Le sens des mots et de l’histoire (TJ)

Révision de Guy Gendron, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à l’effet que le reportage de la journaliste Alexandra Szacka, diffusé le 1er février 2018 au Téléjournal d’ICI Radio-Canada Télé, contient des erreurs factuelles et qu’il manque d’équilibre dans la présentation des points de vue qui y sont exprimés.

LA PLAINTE

Le 6 février 2018, l’ambassadeur de la République de Pologne au Canada, M. Andrzej Kurnicki, a porté plainte à l’encontre d’un reportage de la journaliste Alexandra Szacka, diffusé le 1er février 2018 au Téléjournal sur ICI Radio-Canada Télé. Le reportage portait sur l’adoption par le Sénat polonais d’une loi visant à baliser le discours public sur la responsabilité du peuple polonais et de son gouvernement dans les crimes commis par l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Selon le plaignant, des informations inexactes se sont glissées dans le reportage, en particulier cette phrase :

« Quiconque osera mentionner que les Polonais ont été complices de l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale est passible de trois ans de prison. »

Or, affirme M. Kurnicki, la loi sur l’Institut de la Commémoration nationale ne va pas aussi loin. Il écrit :

« La loi en question ne pénalise en fait que celui qui, de façon publique et contraire aux faits établis, incrimine à la nation polonaise ou à l’État polonais la responsabilité ou la coresponsabilité dans les crimes commis par l’Allemagne nazie. Cela concerne plus particulièrement l’attribution aux Polonais de l’idée d’établissement ou d’administration de camps de concentration et d’extermination allemands nazis, situés par les Allemands sur le territoire de la Pologne occupée. Il est à souligner que la loi ne concerne ni les scientifiques ni les artistes, dans l’exercice de leurs fonctions respectives. »

M. Kurnicki ajoute que la loi n’interdit pas non plus les témoignages sur l’Holocauste de ceux qui y ont survécu et de leurs familles.

Enfin, le plaignant déplore le choix des deux personnes interviewées dans le cadre de ce reportage, les professeurs Jan Tomasz Gross et Jan Grabowski qui sont, dit-il, « connus pour leurs positions très critiques vis-à-vis des attitudes des Polonais dans leurs relations aux Juifs pendant l’occupation allemande ». Selon lui, cela ne respecte pas la valeur d’équilibre des Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada selon laquelle, « lorsque nous abordons des sujets controversés, nous nous assurons que les points de vue divergents sont reflétés avec respect ».

Comme le veut la procédure habituelle, j’ai d’abord demandé au service de l’Information de Radio-Canada de répondre au plaignant.

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

Dans sa réponse, Radio-Canada défend entièrement le contenu du reportage, y compris la phrase à l’effet que « quiconque osera mentionner que les Polonais ont été complices de l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale sera passible de trois ans de prison ». Au nom du service de l’Information, M. Ahmed Kouaou écrit le 5 mars 2018 :

« Force est de constater que l’affirmation de la journaliste est fidèle à l’esprit de la loi qui, dans son alinéa 1, souligne effectivement que quiconque attribuerait à la nation polonaise la responsabilité de l’Holocauste serait passible d’une amende ou d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à trois ans. Dès lors, la phrase que vous jugez problématique est correcte, et le fait qu’elle n’intègre pas l’exception accordée aux activités artistiques et scientifiques, indiquée dans l’alinéa 3, ne diminue pas son exactitude. La portée principale de cette loi, vous en conviendrez, est dans son premier paragraphe et dans un reportage comme celui auquel vous faites référence, qui n’avait pas la prétention de disséquer cette législation, mais d’en présenter les grandes lignes et le contexte, il était tout à fait normal qu’on s’intéresse davantage à la règle qu’à l’exception. »

Radio-Canada ajoute que les exceptions évoquées par le plaignant ne rassurent pas les chercheurs et les historiens spécialistes de l’Holocauste en Pologne comme Jan Grabowski qui, dans le magazine français L’Express a écrit :

« L’argument selon lequel les travaux académiques ne rentrent pas dans le périmètre de la loi ne tient pas. Comment définir la différence entre le travail académique et sa vulgarisation – mon interview pour L’Express par exemple? Ne risque-t-il pas d’y avoir un effet dissuasif sur les étudiants? Les journalistes? Les enseignants qui préfèrent ne plus aborder les parties "sensibles" de l’histoire dans leurs cours? »

La réponse de Radio-Canada rappelle que, de l’aveu même du président polonais, Andrzej Duda, la loi gagnerait à être plus précise et que c’est la raison pour laquelle il l’a soumise au Tribunal constitutionnel afin de s’assurer qu’elle respecte les dispositions de la constitution relatives à la liberté d’expression.

Enfin, sur la question de l’équilibre du reportage, Radio-Canada soutient que les deux spécialistes qui y prennent la parole sont « des historiens reconnus de par le monde pour leur travail de recherche », et que la décision de leur donner la parole relève du choix éditorial du service de l’Information. M. Kouaou rappelle qu’ils ne sont pas les seuls Polonais entendus dans le reportage qui présente aussi une déclaration du président polonais se prononçant en faveur de la nouvelle loi en ces termes :

« Il n’y a eu aucune participation (à l’Holocauste) ni de la Pologne en tant que pays qui n’existait pas ni du peuple polonais comme nation. »

LA DEMANDE DE RÉVISION

La réponse n’ayant pas satisfait M. Kurnicki, il a demandé à l’ombudsman, le 14 mars 2018, de revoir le dossier, pour trois raisons :

« Premièrement, je trouve que l’omission de l’information sur la non-pénalisation des chercheurs scientifiques et des artistes dans le cadre de la loi en question, est une distorsion, même si involontaire, du contenu de la loi et de sa portée. Sans cette information importante, les opinions des chercheurs citées dans le reportage sur la soit-disant volonté du gouvernement polonais de freiner des recherches libres et impartiales sur l’Holocauste, ne trouvent pas de contrepoids substantiel, et, par conséquent, ne permettent pas aux auditeurs de juger librement de l’intention du législateur.

Deuxièmement, je considère que la phrase du président polonais Andrzej Duda citée dans le reportage ne permet pas de constater que "les points de vue divergents aient été reflétés avec respect", l’allocution du président n’ayant en fait aucun rapport à l’analyse de la loi en question.

Troisièmement, je suis d’avis que les professeurs Jan Thomasz Gross et Jan Grabowski sont des scientifiques connus pour leurs positions très critiques vis-à-vis des attitudes des Polonais à l’égard des Juifs pendant l’occupation allemande. Je suis d’accord avec la constatation de M. Ahmed Kouaou que "leur donner la parole relève du choix éditorial" de la CBC. Mais je constate avec regret que ce choix n’a pas été de nature à garantir l’impartialité du traitement du sujet. »

LA RÉVISION

Les règles en cause

L’étude de cette plainte réfère à trois valeurs contenues dans les NPJ de Radio-Canada, soit celles de l’exactitude, de l’équilibre et de l’impartialité :

« Exactitude

Nous recherchons la vérité sur toute question d'intérêt public. Nous déployons les efforts nécessaires pour recueillir les faits, les comprendre et les expliquer clairement à notre auditoire.

Les techniques de production que nous utilisons servent à présenter nos contenus d'une manière claire et accessible.

Équilibre

Nous contribuons aux débats sur les enjeux qui touchent le public canadien en présentant une diversité d'opinions. Nos contenus d'information, dans tous nos médias, offrent un large éventail de sujets et de points de vue.

Lorsque nous abordons des sujets controversés, nous nous assurons que les points de vue divergents sont reflétés avec respect. Nous tenons compte de leur pertinence dans le cadre du débat et de l'ampleur du courant qu'ils représentent.

Nous nous assurons également de présenter ces points de vue dans un délai raisonnable.

Impartialité

Notre jugement professionnel se fonde sur des faits et sur l'expertise. Nous ne défendons pas un point de vue particulier dans les questions qui font l'objet d'un débat public. »

Étude du grief

Cette affaire est plus complexe qu’il n’y paraît au premier abord, considérant qu’elle repose en grande partie sur l’utilisation d’articles ou de prépositions pourtant simples : « les », « des » et « de ».

Pour la bonne compréhension de cette révision, je dois d’abord rappeler le contexte de la loi dont il est question dans le reportage d’Alexandra Szacka. En début d’année, les deux Chambres du Parlement polonais ont adopté une loi, qui est en fait une série d’amendements à des lois existantes. Le but avoué de la mesure est de « protéger la réputation de la République de Pologne et de la nation polonaise » contre des affirmations les associant aux crimes commis par l’occupant allemand pendant la Seconde Guerre mondiale.

Depuis des années, plusieurs Polonais s’indignent de l’utilisation fautive de l’expression « camp d’extermination polonais » lorsqu’il est question, par exemple, du plus sinistre d’entre eux, celui d’Auschwitz-Birkenau. Il est vrai que ce camp de la mort était situé sur le territoire actuel de la Pologne, mais le régime nazi (le Troisième Reich) ne l’a érigé qu’après son invasion par l’armée allemande, en septembre 1939, une agression militaire qui marqua d’ailleurs le début de la Seconde Guerre mondiale. En cinq ans, près d’un million de Juifs furent exterminés dans ce camp établi et dirigé par les troupes SS allemandes. On évalue qu’au total, près de six millions de Polonais sont morts pendant la guerre, la moitié étant des Juifs, soit la presque totalité de la population juive du pays à l’époque.

Il est indéniable qu’il faut éviter de parler des « camps d’extermination polonais », la responsabilité en revenant clairement au régime nazi allemand. Il faut plutôt parler des camps nazis établis en Pologne. La première expression, fautive, est sans doute blessante pour les Polonais, car elle semble faire porter sur leur peuple ou leur gouvernement la responsabilité d’une politique d’extermination conçue et dirigée par les autorités allemandes sous la direction d’Adolf Hitler.

Cela étant, la nouvelle loi ne fait aucune référence explicite à cette expression qui choque. Voici plutôt comment est rédigé l’article principal du texte de loi :

« Quiconque prétend, publiquement et contrairement aux faits, que la nation polonaise ou la République de Pologne est responsable ou coresponsable des crimes commis par le Troisième Reich (…) ou pour d’autres crimes qui constituent des crimes contre la paix, des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre, ou toute autre personne qui diminue de manière flagrante la responsabilité des véritables auteurs desdits crimes, est passible d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans. »

Deux clauses secondaires viennent compléter cet interdit. La première statue qu’ « aucune infraction n’est commise si l’acte criminel (…) est commis dans le cadre d’une activité artistique ou académique ». La deuxième décrète que son application est universelle, peu importe qui tient les propos jugés diffamatoires et peu importe l’endroit dans le monde où ils sont exprimés : « Indépendamment de la réglementation en vigueur sur le lieu d’exécution de l’infraction pénale, la présente loi s’applique aux citoyens polonais et étrangers en cas de commission des infractions (…). »

En somme, selon cette loi, personne dans le monde n’a le droit d’affirmer publiquement que le peuple polonais ou son gouvernement partagent la responsabilité de la politique d’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ̶ ou dans n’importe quel autre crime de guerre ̶ , sauf lors d’activités académiques ou artistiques.

Voyons maintenant si le Téléjournal de 22 heures, le 1er février 2018, a présenté les faits avec exactitude. Examinons d’abord l’introduction, lue par l’animatrice Céline Galipeau :

« Aujourd’hui, le Sénat polonais a adopté une loi interdisant à toute personne d’évoquer publiquement la complicité ou la participation de citoyens polonais à l’Holocauste, une tentative de réécrire l’histoire, selon les experts, et qui suscite la colère d’Israël et l’inquiétude des États-Unis. Alexandra Szacka. »

Cette formulation est inexacte. La loi n’interdit pas de parler de la participation de citoyens polonais à la traque des Juifs. Ce qu’elle souhaite interdire, c’est la généralisation du blâme à l’ensemble du peuple polonais. La valeur d’exactitude des NPJ n’a donc pas été respectée ici.

Quant au reportage lui-même, il n’est pas non plus exempt de problèmes. Il y a d’abord celui rapporté par le plaignant, soit la deuxième phrase lue par la journaliste Alexandra Szacka :

« Dorénavant, quiconque osera mentionner que les Polonais ont été complices de l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale sera passible de trois ans de prison. »

Techniquement, cette phrase passe le test de l’exactitude, bien que de justesse. D’une part, il est vrai que mot « quiconque », comme le mentionne la plainte, ne rend pas justice aux deux exceptions prévues par la loi, notamment celles relatives aux activités académiques et artistiques. Comme les mots « toujours » et « jamais », le terme « quiconque » a un caractère absolu qui semble incompatible avec des exceptions. Pourtant, c’est bien le mot employé dans la loi elle-même, de sorte qu’il ne m’apparaît pas inconvenant de l’avoir utilisé à cet endroit, même s’il aurait été plus juste de dire que « la plupart des propos » sur la responsabilité de la Pologne allaient être sanctionnés.

Ensuite, la phrase emploie l’expression « les Polonais » : on peut comprendre par-là que la journaliste parle des Polonais dans leur ensemble, en tant que société ou peuple, ce qui est conforme à l’objet de la loi, mais il faut admettre que la formule n’est pas d’une clarté limpide. J’estime qu’il aurait été préférable de le préciser d’entrée de jeu, ce qui aurait permis de mieux comprendre l’intention de la loi, soit d’interdire que l’on salisse la réputation « de la nation polonaise » ou de la « République de Pologne ». Cela aurait été d’autant plus utile que les deux extraits sonores présentés par la suite, ceux de l’historien Jan Tomasz Gross, sont venus brouiller davantage les cartes. Voici comment :

Jan Tomasz Gross : « Des Polonais non-juifs, des Polonais chrétiens, ont participé dans la persécution de diverses manières de leurs concitoyens juifs. Maintenant, les gens en Pologne ne pourront pas apprendre la vérité sur ça. »

Alexandra Szacka : « Auteur de nombreux livres, cet historien de l’Université Princeton a été un des premiers à faire la lumière sur les massacres de Juifs, non par les Allemands, mais par des Polonais. Notamment ici (Jedwabne), dans ce village de l’est de la Pologne où 400 ont été brûlés vifs par leurs concitoyens. »

Jan Tomasz Gross : « C’est une falsification de l’histoire. C’est ce que je trouve très important, parce que sans connaître leur propre histoire, les Polonais ne pourront pas être une société saine et sauve. »

Que peut comprendre le téléspectateur de cet enchaînement? Que « les gens en Pologne ne pourront plus apprendre la vérité » sur le fait que des Polonais ont participé à la persécution des Juifs, car les massacres comme celui de Jedwabne, perpétré par des Polonais, ne pourront plus être racontés à la suite de l’adoption de cette loi puisqu’elle est une entreprise de « falsification de l’histoire ». Encore une fois, ce n’est pas ce que dit la loi. Elle n’interdit pas de parler d’actes précis de persécution des Juifs auxquels des Polonais auraient participé, mais elle veut interdire que les Polonais dans leur ensemble soient présentés comme les responsables de la politique d’extermination des Juifs menée par l’Allemagne nazie sur le territoire polonais.

Plus loin dans le reportage, Alexandra Szacka conforte la fausse perception laissée par les propos de M. Gross lorsqu’elle dit :

« Le rôle des Polonais dans l’extermination des Juifs a longtemps été tabou. »

J’estime qu’il aurait plutôt fallu dire « le rôle de Polonais », ou, sans doute, « le rôle de nombreux Polonais ». La formulation « le rôle des Polonais » semble ici, encore une fois, s’appliquer à l’ensemble du peuple polonais. Cela est aussi injuste que de parler du rôle « des Français » dans l’extermination des Juifs. Oui, de nombreux citoyens français ont participé à la traque, à l’arrestation et à la déportation de dizaines de milliers de Juifs vers les camps de la mort, mais on ne peut pour autant en tenir responsables « les Français » ou « le peuple français ». Ce serait faire abstraction de tous ceux qui n’y ont pas participé, et surtout de ceux qui ont bravement combattu le régime nazi malgré l’Occupation, dans la Résistance ou autrement.

Cela dit, je conçois très bien les inquiétudes de M. Gross, l’un des plus imminents historiens s’intéressant à la persécution des Juifs en Pologne. Comme il le mentionne dans un troisième extrait d’entrevue présenté à la fin du reportage, il croit que le parti nationaliste actuellement au pouvoir en Pologne profite du débat autour de cette loi pour mousser sa popularité. Il se peut qu’il craigne l’instrumentalisation de cette loi, qu’il redoute que son application aille au-delà de ce qu’en prévoit le texte, et qu’elle serve plutôt à faire taire ceux qui ne feraient que dénoncer la complicité de certains Polonais dans la persécution des Juifs. Si cette crainte de débordement est compréhensible, elle ne demeure pas moins pour l’instant qu’une extrapolation, de sorte qu’elle aurait dû être présentée comme telle et non pas comme une description de ce que prévoit la loi actuelle.

Tout cela donne plus de poids à la deuxième partie de la plainte de M. Kurnicki, celle qui concerne la notion d’équilibre dans le reportage. Sur cette question, je dois établir d’entrée de jeu que tous les sujets n’exigent pas un nombre égal d’intervenants de part et d’autre d’une question, car l’équilibre, surtout dans des reportages de format court comme ceux présentés dans les bulletins de nouvelles, est une notion qui s’évalue sur une plus longue période de temps. Voilà pourtant un cas où il aurait été utile d’avoir « un autre son de cloche ». En plus du témoignage de M. Gross, le reportage a présenté celui d’un autre historien ayant, comme lui, écrit sur la persécution des Juifs en Pologne, soit Jan Grabowski de l’Université d’Ottawa. Deux hommes partageant la même perspective sur l’affaire valent sans doute mieux qu’un, mais, dans le cas présent, leur juxtaposition ne permet pas de prendre du recul sur la question. Bien sûr, comme le mentionne la réponse de Radio-Canada, le reportage fait entendre un extrait de discours du président polonais, Andrzej Duda, affirmant qu’« il n’y a eu aucune participation, ni de la Pologne en tant que pays qui n’existait pas ni du peuple polonais comme nation », mais cette citation n’arrive pas à contrer la fausse impression laissée par le reportage sur ce que dit la loi. J'estime donc que la notion d’équilibre des NPJ n’a pas été respectée.

On pourrait en conclure que la norme d’impartialité n’a pas non plus été appliquée, bien que cela relève en grande partie d’un jugement de valeur sur les intentions de la journaliste et/ou de la personne qui a rédigé la présentation du reportage lue en ondes par Céline Galipeau.

J’ai demandé à Alexandra Szacka de me faire parvenir le texte du reportage et la suggestion de présentation qu’elle avait faite à l’équipe du Téléjournal. Le « précède » qu’elle a proposé était conforme. Elle y parlait de l’interdiction « de toute référence publique à la participation des Polonais (…) ». Cependant, le texte écrit du reportage qu’elle a fait parvenir à Montréal était légèrement différent de ce qu’elle a lu en ondes en ce qui concerne la phrase au centre de la plainte. Il y était écrit que « quiconque osera mentionner que des Polonais ont été complices (…) », ce qui laissait faussement entendre que toute référence à la participation de simples citoyens polonais était sous le coup d’une interdiction. Dans le reportage, elle prononce en fait « les Polonais », ce qui, comme je l’ai mentionné plus tôt, rend la phrase techniquement plus près de la réalité.

Je conçois que le rédacteur du Téléjournal, lisant le texte du reportage, l’ait interprété comme il l’a fait, en écrivant que « la loi interdit à toute personne d’évoquer publiquement la complicité ou la participation de citoyens polonais à l’Holocauste ». C’était la conclusion logique à tirer de la lecture du reportage. Malheureusement, elle était fausse.

Conclusion

Le reportage de la journaliste Alexandra Szacka, présenté au Téléjournal du 1er février 2018 sur ICI Radio-Canada Télé, n’a pas respecté les valeurs d’exactitude et d’équilibre des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada. La présentation du reportage, lue en ondes, a elle aussi dérogé à la valeur d’exactitude. Il serait souhaitable que Radio-Canada fasse un suivi sur l’application de cette loi que le président polonais dit d’ailleurs avoir soumis au Tribunal constitutionnel pour s’assurer qu’elle respecterait les règles en matière de liberté d’expression. Cela pourrait être l’occasion de mieux en expliquer la portée.

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