Radio-Canada a-t-il cherché à cacher le « recul du français »? (ICI Radio-Canada.ca, Instagram)

Révision de Guy Gendron, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à l’effet que les articles publiés le 2 août 2017 par ICI Radio-Canada.ca et sur le compte Instagram de Radio-Canada ont manqué d’exactitude en n’offrant pas une information complète sur les dernières données du recensement, car ils n’auraient fait « aucune mention » du recul du français au Québec et au Canada.

LA PLAINTE

Le 6 août 2017, M. Pierre-Emmanuel Desmarais a porté plainte contre la couverture faite par Radio-Canada des données du recensement publiées quelques jours auparavant, soit le 2 août. Il écrit :

« J’estime que le compte Instagram et le site Internet de Radio-Canada sont complètement passés à côté de la nouvelle. Pour mémoire, Statistique Canada a présenté ce jour-là des données qui démontrent que le français recule partout au Canada, y compris au Québec, alors que l’anglais y est en croissance. L’ensemble des médias ont rapporté cette nouvelle avec exactitude. »

M. Desmarais cite les grands titres de plusieurs journaux, La Presse, Le Devoir, le Journal de Montréal, même Le Figaro en France, qui parlent du recul, de la perte de vitesse ou du déclin du français au Québec. Il mentionne aussi les titres aux nouvelles de TVA et au Réseau de l’Information (RDI) rapportant le déclin ou le recul du français.

« Or, l’actualité produite par Radio-Canada sur son compte Instagram ce jour-là a complètement fait barrage sur cette information. Cette actualité, en effet, a d’abord mis l’accent sur le fait que les Canadiens vivent de plus en plus seuls, pour ensuite se contenter d’indiquer que les Canadiens sont de plus en plus polyglottes. Aucune mention sur le recul du français, aucun détail sur les mouvements linguistiques au Québec qui se sont faits au détriment du français. » - Pierre-Emmanuel Desmarais

En ce qui concerne le traitement de la nouvelle sur le site web d’ICI Radio-Canada.ca, le plaignant qualifie le titre choisi de « tarte aux pommes ». L’article intitulé Le Canada de plus en plus polyglotte a, dit-il, « complètement occulté le recul du français en reléguant le contenu sur le sujet à quelques lignes à sa fin ».

« En d’autres mots, on a voulu poser un regard bienveillant sur le recul du français en présentant ce dernier comme une montée en puissance du bilinguisme et du multiculturalisme – le tout dans une perspective à peine voilée de soi-disant ouverture sur le monde et de multiculturalisme. » -Pierre-Emmanuel Desmarais

Le plaignant conclut en reconnaissant que les médias jouissent de la liberté de presse qui leur permet de faire leurs choix éditoriaux. Cependant, estime-t-il, cela n’autorise pas les médias à « ne pas rapporter l’information de manière complète », non plus qu’à « occulter les aspects les plus sombres et litigieux d’une nouvelle ».

Comme le veut la procédure, j’ai d’abord demandé au service de l’Information de Radio-Canada de répondre à la plainte.

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

Sous la plume de Mme Micheline Dahlander du service d’Éthique journalistique, Radio-Canada a d’abord rappelé que, le 2 août 2017, Statistique Canada avait dévoilé « deux séries de données : les statistiques sur la langue et celles sur les familles, les ménages et l’état matrimonial provenant du Recensement de 2016 ». Chacun de ces deux volets se déclinait en différents constats. En ce qui concerne les données sur la langue, le document de Statistique Canada a émis plusieurs « faits saillants », dont les suivants : « les langues immigrantes sont en forte croissance »; « les langues cries sont les langues autochtones les plus fréquemment parlées à la maison »; « l’arabe connaît une forte croissance dans les provinces de l’Atlantique »; ou encore « le français à la maison recule au Québec ».

Radio-Canada se défend d’avoir omis de couvrir la question du déclin du français dans ses nombreux articles publiés le 2 août sur les données du recensement. L’un d’eux portait le titre Le français poursuit son recul à Montréal et on y écrivait que « l’utilisation du français est en baisse à travers le pays et l’île de Montréal ne fait pas exception. Depuis 2011, la proportion de personnes parlant uniquement le français a diminué de 1,2 % ».

Un autre article, intitulé Le Canada de plus en plus polyglotte, fait aussi état du déclin du français en ces termes : « Le français poursuit son déclin graduel au Québec, tout comme au Canada. » L’article cite Jean-François Lepage, sociologue et analyste de recherche principal au Centre de la statistique ethnoculturelle, langue et immigration de Statistique Canada, selon qui « on obverse une baisse de la proportion des gens qui ont le français comme langue maternelle et de ceux qui parlent le français à la maison. Par contre, la connaissance de la langue française est stable au Québec ». Ce même article mentionne qu’ « au pays, de moins en moins de personnes (21,3 % comparativement à 22 % en 2011) considèrent le français comme leur langue maternelle. De plus, la proportion de Canadiens utilisant le français à la maison a également diminué de 23,8 % à 23,3 %. En 1981, 24,6 % de la population parlait le français le plus souvent à la maison ».

Plus loin le même article précise que « moins de Québécois (78,4 %, comparativement à 79,7 % en 2011) ont déclaré le français comme langue maternelle et la proportion de la population qui parle français à la maison est passée de 87 % en 2011 à 86,4 % en 2016 ».

Radio-Canada rappelle d’autres passages de cet article où l’on aborde les questions suivantes :

  • la baisse du poids relatif des personnes de langue française au Canada « en raison du contexte d’immigration élevée »;
  • la diminution de la proportion des personnes ne parlant que le français à Montréal;
  • la baisse de la proportion des gens ayant le français comme langue maternelle sur l’île de Montréal au moment où les « langues tierces » sont en hausse.

Enfin, pour ce qui est de la couverture de cette question sur son compte Instagram, Radio-Canada se limite à répondre qu’on y a traité à la fois de la hausse du nombre de polyglottes et du déclin du français, mais sans autre précision.

LA DEMANDE DE RÉVISION

M. Desmarais considère que cette réponse « tente de noyer le poisson » et il a donc demandé, le 28 août 2017, que l’ombudsman se prononce sur les « problèmes de fond que ma plainte soulève » : en particulier, celui concernant le compte Instagram de Radio-Canada qui, écrit-il, a « fait complètement barrage sur les données relatives à la langue française »; ensuite, à propos du titre « tarte aux pommes » coiffant le principal article de Radio-Canada sur les données du recensement, qui ne faisait pas état du déclin du français au Canada et au Québec.

LA RÉVISION

Introduction

Aux yeux du plaignant, il y avait une seule nouvelle à retenir des données publiées le 2 août 2017 par Statistique Canada (on peut trouver une partie importante de ces données à cette adresse), ou plutôt une seule qui méritait de dominer toutes les autres, soit celle portant sur le recul du français au Québec et au Canada. C’est ce qu’il soutient en donnant pour exemple les titres d’articles tirés de plusieurs médias et en écrivant que, eux, ils « ont rapporté cette nouvelle avec exactitude ».

M. Desmarais estime tour à tour que Radio-Canada est « passé à côté de la nouvelle », que ses articles n’auraient fait « aucune mention » du recul du français ou encore qu’un des articles aurait relégué cette information « à quelques lignes à sa fin ». Pour lui, ces fautes ne sont pas innocentes.

Il y voit une volonté de « faire barrage sur cette information », d’en « occulter les aspects les plus sombres », de « jeter un regard bienveillant sur le recul du français ». Cela découle, selon lui, d’« une perspective à peine voilée de soi-disant ouverture sur le monde et de multiculturalisme ». Bref, il croit que l’inexactitude qu’il déplore est la conséquence d’un manque d’impartialité.

Les règles en cause

L’étude de cette plainte nécessite donc de faire appel aux valeurs d’exactitude et d’impartialité qui se retrouvent dans les Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada.

Exactitude

« Nous recherchons la vérité sur toute question d'intérêt public. Nous déployons les efforts nécessaires pour recueillir les faits, les comprendre et les expliquer clairement à notre auditoire.

Les techniques de production que nous utilisons servent à présenter nos contenus d'une manière claire et accessible. »

Impartialité

« Notre jugement professionnel se fonde sur des faits et sur l'expertise. Nous ne défendons pas un point de vue particulier dans les questions qui font l'objet d'un débat public. »

Étude du grief

Je vais d’abord étudier la question de l’exactitude des titres et des articles publiés sur le site web de Radio-Canada, puis examiner la couverture sur le compte Instagram. Enfin, je me prononcerai sur la question de l’impartialité.

L’exactitude des titres et des articles

Le 2 août 2017, le site web de Radio-Canada a mis en ligne trois textes portant sur les données rendues publiques pendant la nuit par Statistique Canada. À 8 h 37 du matin, les deux textes les plus étoffés furent publiés simultanément, soit quelques minutes après la levée de l’embargo (Le dévoilement des données de Statistique Canada sur le Recensement est soumis à un embargo, comme cela se produit, par exemple, lors de la publication des budgets gouvernementaux. Le 2 août 2017, les journalistes voulant prendre connaissance des données du Recensement de 2016 devaient se rendre en personne à Ottawa, à compter de minuit, et accepter de couper tout lien avec l’extérieur jusqu’à 8 h 30 le matin. Ce n’est qu’à ce moment qu’ils ont pu brancher leur ordinateur à l’Internet et envoyer leurs textes à leur salle de rédaction..) : L’un traitait du « profil des ménages », sous le titre Les Canadiens plus nombreux que jamais à vivre seuls; l’autre rapportait les données sur la langue avec pour titre Le Canada de plus en plus polyglotte. Un peu plus d’une heure plus tard, soit à 9 h 57, un nouvel article sur ce thème fut mis en ligne : Le français poursuit son recul à Montréal. Cette recension ne tient pas compte des textes produits ce jour-là par les stations régionales de Radio-Canada afin de dresser un portrait plus spécifique de la situation dans chaque coin du pays. Par exemple, la station de Radio-Canada à Québec a publié un article intitulé : Recensement de 2016 : le français recule à Québec.

À sa face même, le reproche du plaignant voulant que le site Internet de Radio-Canada ait négligé d’aborder la question du « recul du français » ne tient donc pas la route puisqu’au moins deux textes en ont fait leur manchette. Je comprends que M. Desmarais proteste, en fait, contre le titre coiffant le texte principal rapportant les données du recensement sur la langue : Le Canada de plus en plus polyglotte.

Ce titre est-il inexact? Est-il passé « à côté de la nouvelle »? Et l’article cherche-t-il à « occulter » le déclin du français?

Mentionnons d’entrée de jeu que ce texte rédigé par Mélanie Meloche-Holubowski, journaliste à la rédaction numérique de Radio-Canada, n’est pas seulement coiffé d’un titre, mais aussi d’un sous-titre qui apparaît avant même la signature de son auteure :

« Le Canada de plus en plus polyglotte

Si les Canadiens sont de plus en plus plurilingues en raison de l’immigration, on observe aussi un déclin du français au pays.

Un texte de Mélanie Meloche-Holubowski »

Encore une fois, on a peine à y voir une tentative de « faire barrage sur cette information » puisqu’elle s’y trouve. Cependant, le titre Le Canada de plus en plus polyglotte est-il pour autant exact? Est-il conforme à la réalité? Oui, absolument, puisque le nombre de Canadiens déclarant une langue maternelle autre que le français ou l’anglais est passé de 6,56 millions en 2011 à 7,32 millions en 2016, soit un bond de 750 000 personnes. Ces citoyens de langue maternelle « tierce » représentaient 19,8 % de la population canadienne en 2011 alors que, cinq ans plus tard, ils comptent pour 21,1 % du total. Ce n’est pas banal : pour la première fois de l’histoire canadienne contemporaine, ces « allophones » sont proportionnellement plus nombreux que ceux pour qui le français est la seule langue maternelle (20,4 %). Il s’agit d’un constat qui est non seulement exact, mais tout à fait digne de mention dans le titre.

Je comprends que le plaignant aurait préféré que le titre de l’article insiste plutôt sur le « déclin du français ». Il s’agit d’une question existentielle pour le peuple québécois ou canadien-français dont la lente érosion dans l’ensemble canadien ne se dément pas, recensement après recensement. En tant que seul média implanté dans toutes les régions du pays pour y desservir les communautés francophones, Radio-Canada est sans doute le mieux placé pour comprendre l’importance de cet enjeu.

Cela signifie-t-il pour autant qu’il s’agissait, ce jour-là, du seul titre exact pouvant coiffer l’article sur les données du recensement, comme le soutient le plaignant? C’est une opinion qui se défend, mais il doit reconnaître que d’autres points de vue ont aussi droit de cité et qu’ils peuvent être également valables. La présentation de données statistiques complexes se prête mal à une interprétation rigide de la notion d’exactitude. Les choix qui s’offrent aux journalistes sont alors beaucoup plus nombreux que ceux du célèbre dilemme qui oppose la vision du verre à moitié plein à celle du verre à moitié vide. On est face à des milliers de chiffres qui peuvent être croisés dans des millions de configurations possibles. S’il existe de meilleures façons que d’autres de présenter les choses, le choix final relève de la prérogative éditoriale : il n’y a pas d’un côté une manière exacte et de l’autre des faussetés.

En l’occurrence, en tenant compte des données publiées le 2 août 2017 par Statistique Canada, l’article aurait pu parler du « déclin de l’anglais », car cette langue perd aussi du terrain au Canada en termes relatifs : elle était la seule langue maternelle de 56,9 % de la population en 2011, une proportion qui est tombée à 56,1 % en 2016. Bien qu’il soit toujours dominant au Canada, l’anglais est tout de même en recul en ce qui concerne la proportion de personnes pour qui il est la langue la plus souvent parlée à la maison : ce pourcentage est passé, au cours de la même période, de 64,8 % à 63,9 % (en fait, après correction d’uenages-etat-matrimonialne erreur informatique dans l’enregistrement des données, le chiffre révisé est encore plus bas : 63,7 %) de la population canadienne totale.

Pour ce qui est du français, on aurait aussi pu écrire qu’il est « en progression » puisque jamais il n’a été la langue maternelle unique d’autant de Canadiens, soit 7,1 millions de personnes (le nombre atteint 7,4 millions si l’on compte ceux pour qui le français et l’une des langues maternelles déclarées).. De même, il y a une augmentation du nombre de Canadiens pour qui le français est la langue la plus souvent parlée à la maison. Cette hausse était de 60 000 selon les chiffres disponibles le 2 août; elle a été portée à une hausse de 120 000 après la correction d’une erreur informatique. Cela démontre que si le français est « en recul » au Canada, c’est uniquement en proportion de la population totale, pas en nombres réels de locuteurs. Ainsi, ceux pour qui le français est la langue maternelle unique représentaient 21,3 % de la population canadienne totale en 2011, puis 20,4 % en 2016.

Si le français et l’anglais reculent en proportion de l’ensemble de la population canadienne, c’est parce qu’un phénomène puissant est en jeu, celui d’un Canada de plus en plus polyglotte en raison d’une immigration importante provenant de pays n’ayant ni l’anglais ni le français comme langue première. Voilà ce que la première partie du titre de l’article a mis en lumière. J’estime que cela était tout à fait justifié et conforme à la valeur d’exactitude des NPJ.

J’ajoute, en terminant sur cette question, que la liberté d’expression et la liberté de presse seraient très mal servies si l’ombudsman de Radio-Canada devait faire ce à quoi le plaignant l’invite : blâmer le service d’Information pour ne pas avoir eu la même manchette que ses concurrents, comme s’il y avait une manière exacte et unique de couvrir une nouvelle. Le public québécois et canadien serait mal servi par une telle homogénéisation de l’information.

La couverture sur le compte Instagram

Instagram, comme l’évoque son nom, est un réseau social qui a la particularité de privilégier l’instantanéité de l’information et la brièveté du message qui rappellent le télégramme, à cette différence près que cette plateforme repose surtout sur la présentation visuelle, soit la photographie, la vidéo ou des éléments graphiques. De plus, il ne s’agit pas d’un médium de référence, car une partie de son contenu (le « Story » qui est constitué d’une série de photographies sur lesquelles apparaissent des manchettes) s’efface après 24 heures.

Le texte mis en ligne le 2 août 2017 sur le compte Instagram de Radio-Canada était grandement inspiré de celui produit par la journaliste Mélanie Meloche-Holubowski dont il reprenait le titre : Le Canada est de plus en plus polyglotte. Il se déclinait en trois courts paragraphes : un premier, lié au titre, rapportait la hausse de la proportion de Canadiens ayant une langue maternelle autre que le français ou l’anglais. Un deuxième décrivait les langues tierces les plus couramment utilisées à la maison. Un dernier, le plus long, parlait du « français (qui) poursuit son déclin graduel au Québec, tout comme au Canada », et il chiffrait le phénomène.

D’une part, on y a donc abordé la question du déclin du français. D’autre part, je considère qu’on ne peut reprocher à un texte présenté sur la plateforme Instagram d’avoir brièvement rapporté un sujet puisque cela est dans la nature du format. Le court article offrait d’ailleurs un renvoi vers une section du site web de Radio-Canada consacrée entièrement à la couverture des données du Recensement de 2016.

Quant à la « Story » sur Instagram, elle était constituée d’une suite de six manchettes, la première se limitant à en annoncer le contenu : « Les faits saillants du recensement 2016 de Statistique Canada ». Puisque Statistique Canada avait dévoilé ce jour-là deux séries de données, on les a résumées en cinq phrases. C’est un exercice qui, par définition, est réducteur. Les deux premières manchettes ont porté sur la partie du recensement dressant le portrait des ménages canadiens et les trois suivantes sur les données reliées à la langue : « 7,3 millions de Canadiens ont une langue maternelle autre que l’anglais et le français »; « Les langues les plus parlées : mandarin, cantonnais, pendjabi, espagnol »; « Le français recule et n’est plus la langue maternelle que de 20,4 % des Canadiens ».

Encore une fois, il serait faux d’affirmer qu’on n’y a fait « aucune mention » de la question du recul du français. Pour ce qui est de l’exactitude, comme on l’a vu plus tôt, ces informations s’avèrent vraies. Quant à leur ordre de présentation, il relève de la prérogative éditoriale, d’autant qu’il me semblerait abusif de prétendre que l’information sur le recul du français aurait été ici reléguée à la toute fin de manière à la passer sous silence. Après tout, il ne faut que 10 secondes de lecture pour se rendre à la fin de cette série de manchettes.

La question de l’impartialité

Qu’en est-il maintenant des accusations de M. Desmarais voulant que la couverture de Radio-Canada démontre une volonté de « faire barrage » aux informations sur le recul du français, d’en « occulter les aspects les plus sombres », ou même de « jeter un regard bienveillant » sur le phénomène?

Dans une société libre et démocratique, tous les citoyens ont le droit de critiquer les médias. Cela est même sain. Chacun, s’il le souhaite, peut pousser l’exercice jusqu’à nourrir des soupçons à leur égard, leur prêter des intentions cachées, y aller de sa théorie pour justifier ses opinions.

Comme on l’a vu précédemment, les allégations du plaignant ne sont pas avérées. J’estime en effet que rien, dans ce dossier, ne démontre une quelconque partialité de la part de Radio-Canada et des journalistes ayant couvert le dévoilement des plus récentes données du Recensement de 2016. Je ne vois rien dans leurs textes qui justifie une accusation voulant qu’ils aient tenté de cacher le « recul du français » ou encore d’avoir un « regard bienveillant » sur ce phénomène.

En fait, mon étude du dossier me conduit plutôt à une conclusion inverse. Il y a bien deux inexactitudes dans l’article Le Canada de plus en plus polyglotte, dont l’une est reprise mot pour mot sur la publication Instagram de Radio-Canada. Dans les deux cas, ces inexactitudes ont pour effet de donner l’impression que le recul du français est plus grave que dans la réalité. Ces deux erreurs dans la présentation des données relèvent du même procédé, celui qui consiste à confondre les nombres absolus avec leur proportion du total de la population.

La première inexactitude se retrouve dans la phrase suivante :

« Au pays, de moins en moins de personnes (21,3 % comparativement à 22 % en 2011) considèrent le français comme leur langue maternelle. »

Or, tel que mentionné plus haut, le nombre de personnes déclarant le français comme langue maternelle n’a pas diminué au Canada, il a plutôt augmenté. Il est donc inexact de dire qu’il y a « de moins en moins de personnes » pour qui il s’agit de la langue maternelle. C’est uniquement leur part dans la population totale qui a diminué.

La deuxième inexactitude se retrouve dans cette phrase :

« Moins de Québécois (78,4 %, comparativement à 79,7 % en 2011) ont déclaré le français comme langue maternelle et la proportion de la population qui parle français à la maison est passée de 87 % en 2011 à 86,4 % en 2016. »

Or, il n’y a pas « moins de Québécois » qui se déclarent de langue maternelle française, il y en a plus. Encore une fois, c’est leur proportion de l’ensemble qui diminue.

Conclusion

La couverture de la publication des données du Recensement de 2016 par Statistique Canada, le 2 août 2017, tant sur le site Internet d’ICI Radio-Canada.ca que sur son compte Instagram, était conforme aux Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

Il s’est cependant glissé une inexactitude dans la formulation de deux phrases de l’article principal, dont l’une a été reproduite sur le compte Instagram, et qui donnent l’impression qu’il y aurait une baisse du nombre de « personnes » ayant le français pour langue maternelle au Canada et au Québec, ce qui n’est pas le cas.

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La révision en version PDF.

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