Ce qui est une nouvelle ou pas (TJ Est du Québec)

Révision de Guy Gendron, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à l’endroit d’un reportage de la journaliste Alix-Anne Turcotti portant sur le projet Mine Arnaud, diffusé au Téléjournal Est du Québec, le 29 mai 2017. La plaignante estime que ce reportage n’était pas d’intérêt public, qu’il manquait d’équilibre et qu’il a fait montre de parti pris en faveur de l’entreprise Mine Arnaud.

LA PLAINTE

Une téléspectatrice de la Côte-Nord, Mme Louise Gagnon, a porté plainte le 30 mai 2017 à propos d’un reportage de la journaliste Alix-Anne Turcotti, présenté la veille au Téléjournal Est du Québec. Ce court reportage (93 secondes) traitait du projet d’implantation d’une mine d’apatite à proximité de Sept-Îles. Le projet est connu sous le nom de « Mine Arnaud ». Le reportage faisait principalement état des dépenses encourues jusqu’à maintenant par Investissement Québec pour les études de faisabilité du projet, soit près de 30 millions de dollars selon des documents obtenus par Radio-Canada grâce à la loi sur l’accès à l’information.

Selon la plaignante, cette information « n’était tout simplement pas une nouvelle » puisque Mine Arnaud avait déjà évoqué des dépenses préliminaires de 40 millions de dollars en 2013. Elle estime aussi que les propos de la députée Lorraine Richard (Parti québécois, Duplessis), citée dans le reportage, ne faisaient que réitérer sa position, déjà connue du public, en faveur du projet.

« Le contenu télévision de ce reportage ressemble bien plus à une publicité en faveur de Mine Arnaud qu’à un reportage sans parti pris. On dirait même que le montage a été fait par une boîte de pub. » - Louise Gagnon

Enfin, dans le dernier paragraphe de sa plainte, Mme Gagnon rapporte qu’un journaliste l’a croisée dans les locaux de Radio-Canada et en a profité pour lui demander de commenter à la caméra le reportage de sa collègue Alix-Anne Turcotti. Son commentaire n’aurait pas ensuite été diffusé en ondes. « En plus de ne pas inclure l’autre côté de la médaille, on m’a fait perdre mon temps », déplore-t-elle, avant d’offrir son interprétation des causes de cette situation : l’inexpérience des journalistes qui, « s’ils ne font pas de vagues (…) auront un poste ailleurs »; la tendance de la station de Sept-Îles de mettre « beaucoup plus l’accent sur le babillage et le culturel que sur l’analyse des faits »; le fait que « l’information n’(y) est pas traitée d’une manière professionnelle et approfondie », etc. Elle conclut sa plainte en déplorant que la station n’ait rapporté « pas un mot sur le sujet » de l’acidification des eaux du lac des Rapides et des conséquences qui en résultent sur la baignade après qu’elle ait elle-même soulevé cette question au conseil municipal de Sept-Îles, un mois plus tôt. Cela l’amène à prédire qu’« à force d’éviter les débats ou même de laisser croire qu’il y a unanimité sur un sujet, Radio-Canada n’aura plus sa place à Sept-Îles ».

Comme le veut la procédure, le Bureau de l'ombudsman a demandé dans un premier temps au service de l’Information de répondre à la plainte.

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

Le 23 juin 2017, la rédactrice en chef d’ICI Radio-Canada Est du Québec, Mme Catherine St-Vincent Villeneuve, a écrit à la plaignante pour lui rappeler que le dossier Mine Arnaud fait l’objet de reportages « depuis au moins sept ans sur l’ensemble de nos plateformes à Radio-Canada ». Elle reconnaît qu’il s’agit d’un projet qui divise la population.

« Nous avons couvert à de nombreuses reprises les consultations en prenant soin, chaque fois, de donner la parole à toutes les parties concernées et à présenter la diversité des points de vue. Nous avons d’ailleurs réalisé des entrevues avec vous dans le passé sur ce sujet et, comme vous le savez, nous avons diffusé votre point de vue. » – Catherine St-Vincent Villeneuve

Le reportage en cause dans la plainte « avait un angle bien précis », soutient Radio-Canada, soit « faire le point sur l’état de ce projet qui est dans l’air depuis au moins sept ans ». C’est pourquoi Radio-Canada a présenté une demande en vertu de la loi sur l’accès à l’information afin d’obtenir les chiffres officiels sur les sommes investies à ce jour dans le projet par Investissement Québec et ses filiales. Le reportage a ainsi pu faire état d’un investissement public de 27,5 millions de dollars, « un chiffre réel qui n’était pas connu du public avant la diffusion de ce reportage », précise Mme St-Vincent Villeneuve.

Puisque l’angle du reportage était d’évaluer les sommes publiques investies dans le projet, Radio-Canada soutient que « les parties prenantes dans ce reportage sont Investissement Québec, le gouvernement du Québec et Mine Arnaud ».

« Ce reportage ne portait pas sur une consultation populaire, sur l’acceptabilité sociale ou la division de la communauté. » – Catherine St-Vincent Villeneuve

Radio-Canada ajoute que sa journaliste « a présenté des faits et non des points de vue ». Le reportage a d’ailleurs mentionné que le projet Mine Arnaud est au ralenti, que ses coûts ont connu une augmentation importante et que ses promoteurs ont du mal à trouver des partenaires financiers.

« Vous assimilez ce reportage à une infopub. Ceci est votre opinion. Les techniques de montage utilisées pour produire ce reportage correspondent à nos normes. Le montage se qualifie de standard. Je vous certifie qu’aucune compagnie n’est autorisée à faire le montage de nos reportages de nouvelles. De plus, aucun effet ou aucune musique n’ont été utilisés dans le montage de ce reportage. » – Catherine St-Vincent Villeneuve

LA DEMANDE DE RÉVISION

Le 5 juillet 2017, Mme Gagnon m’a écrit qu’elle souhaitait maintenir sa plainte, mais en mentionnant qu’elle « portait sur la qualité de l’information en général et pas seulement sur le reportage de Mme Alix-Anne Turcotti sur Mine Arnaud ».

En fait, dans sa demande de révision, Mme Gagnon ne fait aucune autre référence au reportage qui l’avait conduite à porter plainte au départ. Elle rapporte plutôt d’autres exemples remettant en cause, selon elle, l’impartialité de l’information de Radio-Canada sur la Côte-Nord. Elle revient sur une de ses interventions – lors d’une séance du conseil municipal de Sept-Îles – au sujet du taux d’acidité de l’eau dans le lac des Rapides et de ses conséquences sur la baignade, une intervention qui n’aurait eu « aucun écho (…) dans la couverture médiatique de Radio-Canada malgré l’importance du sujet » alors qu’un journal local y a consacré « un article complet ».

« Nous avons la perception, supportée par des faits concrets comme pour la baignade, qu’il y a une ligne de conduite donnée par la direction de Radio-Canada Côte-Nord, de ne pas indisposer les autorités en place ou la grande entreprise. » – Louise Gagnon

LA RÉVISION

Introduction

Le courriel de la plainte de Louise Gagnon, le 30 mai 2017, était très clair. Sous la rubrique « Sujet », elle y a écrit : « reportage d’Alix-Anne Turcotti concernant Mine Arnaud ». Sous la rubrique « Émission », elle a précisé qu’il avait été présenté aux « nouvelles de 18h – Est du Québec Côte-Nord ». De plus, les premiers mots de son message étaient les suivants : « Le reportage de Mme Alix-Anne Turcotti du 29 mai 2017 (…) n’était tout simplement pas une nouvelle (…) ».

Bien qu’elle ait conclu sa plainte par quelques remarques de nature générale sur la qualité des journalistes ou de l’information qui ne serait pas « traitée d’une manière professionnelle et approfondie » par la station de Radio-Canada Sept-Îles, l’objet principal de son mécontentement était clairement le reportage d’Alix-Anne Turcotti sur Mine Arnaud, diffusé la veille et à qui elle adressait quantité de reproches. La réponse de la rédactrice en chef Catherine St-Vincent Villeneuve a porté sur ces griefs. Cette réponse n’a pas satisfait la plaignante qui dit « maintenir sa plainte » tout en affirmant qu’elle « portait sur la qualité de l’information en général ».

Bien que j’aurai plus loin quelques remarques à faire sur la question, je dois signaler d’entrée de jeu que cette révision s’en tiendra aux faits avancés de part et d’autre et qui s’appliquent à l’objet initial de la plainte tel que décrit par la plaignante elle-même, soit « le reportage d’Alix-Anne Turcotti sur Mine Arnaud » et les événements qui y sont associés. En tout respect, un plaignant ne peut changer de sujet au moment où il va en appel de son dossier.

Les règles en cause

L’étude de cette plainte exige de faire appel à plusieurs éléments du guide déontologique de Radio-Canada en matière d’information, soit les Normes et pratiques journalistiques (NPJ), plus précisément les notions d’indépendance rédactionnelle, d’intérêt public, d’équilibre et d’impartialité. Voici comment elles sont décrites dans les NPJ :

Préserver notre indépendance

« Nous sommes indépendants des lobbies et des pouvoirs politiques et économiques. Nous défendons la liberté d'expression et la liberté de la presse, garantes d'une société libre et démocratique.

L'intérêt public guide toutes nos décisions. »

Servir l’intérêt public

« Notre mission est d'informer, de révéler, de contribuer à la compréhension d'enjeux d'intérêt public et d'encourager la participation des Canadiens à notre société libre et démocratique. »

Équilibre

« Nous contribuons aux débats sur les enjeux qui touchent le public canadien en présentant une diversité d'opinions. Nos contenus d'information, dans tous nos médias, offrent un large éventail de sujets et de points de vue.

Lorsque nous abordons des sujets controversés, nous nous assurons que les points de vue divergents sont reflétés avec respect. Nous tenons compte de leur pertinence dans le cadre du débat et de l'ampleur du courant qu'ils représentent.

Nous nous assurons également de présenter ces points de vue dans un délai raisonnable. »

Impartialité

« Notre jugement professionnel se fonde sur des faits et sur l'expertise. Nous ne défendons pas un point de vue particulier dans les questions qui font l'objet d'un débat public. »

Étude du grief

  1. L’intérêt de la nouvelle

Je ne partage pas l’avis de la plaignante : il était d’intérêt public de connaître les sommes dépensées par Investissement Québec et ses filiales dans le projet Mine Arnaud. Il s’agit après tout d’argent public. Le fait que, plusieurs années plus tôt, les promoteurs du projet aient prévu consacrer 40 millions de dollars aux études et travaux préliminaires, ne justifie pas que l’on s’abstienne de vérifier par la suite l’état des dépenses ayant été effectuées. Au contraire. Radio-Canada a pour cela fait une demande d’accès à l’information, ce qui a permis de révéler des faits nouveaux, officiels et avérés.

Mme Gagnon s’objecte aussi à la présence, dans le reportage, d’un extrait d’entrevue avec la députée péquiste de la circonscription de Duplessis, Lorraine Richard. Selon la plaignante, la députée n’aurait fait que réitérer sa position « déjà connue » du public en faveur du projet. Cette description des choses n’est pas conforme à la réalité. Oui, la députée Richard est favorable à l’implantation de la mine et, oui, cela était déjà connu. Cependant, l’entrevue ne visait pas à lui demander si elle appuyait ou non le projet Mine Arnaud. Elle avait pour objectif de mesurer son degré de confiance que le projet finisse par se réaliser.

Le fait que la députée locale Lorraine Richard soit favorable au projet ne la disqualifie pas pour en parler, d’autant plus qu’elle occupe le poste de porte-parole de l’opposition officielle en matière de développement nordique. Si son appui au projet – déjà connu du public – devait faire en sorte que Radio-Canada ne sollicite plus ses interventions sur le projet Mine Arnaud, la même logique devrait s’appliquer aux propos de Louise Gagnon et du Regroupement pour la sauvegarde de la grande baie de Sept-Îles pour lequel elle milite, puisque leur opposition au projet minier est aussi bien documentée. Or, j’ai la conviction que le débat est loin d’être clos et que les partisans d’un côté comme de l’autre auront encore de multiples occasions de faire valoir leur point de vue, y compris sur les ondes de Radio-Canada.

Enfin, je tiens à faire une remarque plus générale sur la question de ce qui constitue ou pas une nouvelle et sur la pertinence de faire appel à un intervenant plutôt qu’à un autre. Ces questions relèvent de la liberté éditoriale. Chaque citoyen peut avoir sa propre opinion sur les mérites d’un reportage, souhaiter que le temps qui y est consacré soit utilisé à d’autres fins ou encore regretter que le journaliste n’ait pas privilégié un angle ou un ton différent. Cela est normal et même inévitable. Peu de choses qui relèvent de la vie en société parviennent à faire l’unanimité, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il y a eu faute. Dans la confection de tout reportage, le journaliste et ses supérieurs responsables des choix éditoriaux doivent exercer librement leur jugement professionnel. Aucun groupe extérieur, peu importe sa puissance ou la pureté de ses intentions, ne peut leur dicter une ligne de conduite. Il en va de la liberté de la presse, un concept qui n’est sans doute pas parfait en toutes circonstances, mais qui est de loin préférable aux alternatives connues. Cela est fidèle aux NPJ de Radio-Canada qui l’invitent à préserver son indépendance.

  1. Le parti pris

Le deuxième grief de la plainte remet en question l’impartialité du reportage d’Alix-Anne Turcotti, estimant que son contenu « ressemble bien plus à une publicité en faveur de Mine Arnaud qu’à un reportage sans parti pris ». La notion d’impartialité des NPJ enjoint les journalistes à ne pas défendre « un point de vue particulier dans les questions qui font l’objet d’un débat public ».

Or, une étude attentive du reportage permet de conclure qu’il n’a fait preuve d’aucun parti pris en faveur du projet. On pourrait même affirmer que la description qui en est faite n’est pas reluisante. Que dit la journaliste dans ce reportage? Elle révèle que depuis l’avis de dépôt du projet, en 2010, Investissement Québec a dépensé 27,5 millions de dollars dans l’aventure; que le projet « est au ralenti » depuis 2015; que la société d’État « peine à trouver des partenaires financiers »; que les coûts du projet sont plus élevés que prévu; que la construction qui devait débuter au printemps 2016 n’a toujours pas démarré; que malgré tout cela la députée Lorraine Richard demeure confiante qu’on trouvera un investisseur et que les risques financiers d’Investissement Québec finiront par rapporter à la région; enfin, la journaliste précise qu’Investissement Québec et Mine Arnaud n’ont pas voulu commenter l’information. Il me semble évident qu’aucune agence publicitaire n’aurait choisi cette manière de « promouvoir » un projet minier. Au contraire, le reportage a présenté une description factuelle dont le résultat est d’amener le téléspectateur à se demander si l’on n’assiste pas à un nouveau cas de dilapidation des fonds publics dans un projet sans lendemain. On est loin d’une publicité positive.

Bien que les deux reproches – celui de « parti pris » et celui de « manque d’équilibre » – soient apparentés, il s’agit de deux aspects distincts qu’il faut donc traiter séparément.

  1. La notion d’équilibre

Au-delà du grief voulant que la journaliste Alix-Anne Turcotti ait fait preuve de parti pris, son reportage souffrirait, selon la plaignante, « de ne pas inclure l’autre côté de la médaille », un mal qu’elle estime être généralisé dans la région où « un seul point de vue (est) présenté bien que les journalistes locaux soient très au fait que la population est divisée et que l’opposition de groupes citoyens est encore active ». En somme, Mme Gagnon considère que le reportage manque d’équilibre.

La notion d’équilibre, telle que définie dans les NPJ, invite Radio-Canada à offrir une diversité d’opinions et un large éventail de sujets et de points de vue, mais en tenant compte de leur pertinence dans le cadre du débat et en présentant ces points de vue dans un délai raisonnable. En somme, l’équilibre ne se mesure pas à l’intérieur d’un seul reportage, comme si on imposait à chacun d’eux de présenter les points de vue de toutes les parties qui pourraient vouloir se prononcer sur le sujet dont il est question. Catherine St-Vincent Villeneuve l’a mentionné dans sa réponse à la plaignante : le reportage portait sur les aspects financiers du projet Mine Arnaud, pas sur son acceptabilité sociale ou sur son impact environnemental. La brièveté du reportage – à peine 1 min 33 s – témoigne du fait qu’il n’avait pas l’ambition de couvrir tous les angles possibles. De plus, il ne s’agissait ni du premier ni du dernier mot sur ce projet. Une recherche dans les archives de Radio-Canada a d’ailleurs permis de retracer plus d’une vingtaine d’interventions de Louise Gagnon à propos de Mine Arnaud depuis 2010. Cela démontre qu’il est inexact de prétendre qu’un seul point de vue a eu droit de parole dans ce dossier.

  1. La technique de production du reportage

Outre le contenu du reportage, la plaignante s’en prend à sa présentation. Selon elle, « on dirait même que le montage a été fait par une boîte de pub ». Je comprends qu’elle fait ainsi référence à l’utilisation, par la journaliste, d’images, de maquettes et d’animations graphiques du futur site de la Mine Arnaud, produits par les promoteurs du projet.

Il va de soi que pour réaliser un reportage télévisuel, il faut des images. Il tombe aussi sous le sens qu’il est impossible de photographier des installations qui en sont encore à l’état de projet. En conséquence, il arrive régulièrement que les médias utilisent des croquis, maquettes ou simulations provenant des architectes, ingénieurs ou instigateurs d’un projet, qu’il soit privé ou public. Des exemples récents viennent à l’esprit : le futur pont Champlain à Montréal ou le futur système léger sur rail (SLR) piloté par la Caisse de dépôt et placement du Québec, pour lesquels tous les médias doivent avoir recours aux images fournies par les promoteurs. Leur utilisation ne doit pas, en soi, être interprétée comme un endossement du projet. Ces images, bien que produites par des gens qui ont intérêt à ce que le projet se réalise, peuvent tout aussi bien servir à illustrer un reportage qui en fait la critique.

Dans le cas présent, celui de la Mine Arnaud, les croquis et animations utilisés pour illustrer le reportage ne se démarquaient ni par leurs qualités esthétiques ni par leur originalité. Ils avaient été dévoilés plusieurs années plus tôt et utilisés depuis à plusieurs reprises, de sorte que l’équipe de production du Téléjournal n’a pas cru nécessaire de mentionner la provenance de ces images auxquelles les téléspectateurs de Sept-Îles sont devenus familiers. Aucun autre artifice, par exemple de la musique, n’a été ajouté au montage pour rendre le projet plus attrayant. En conséquence, je rejette le grief de la plaignante concernant une mauvaise utilisation des techniques de production qui aurait fait montre d’un prétendu parti pris de la journaliste en faveur du projet minier.

  1. La qualité générale de l’information

Enfin, il me semble nécessaire de présenter quelques remarques sur la question plus générale soulevée par la plainte initiale concernant la qualité de l’information à la station de Radio-Canada à Sept-Îles. Jusqu’ici, on aura retenu de mon analyse du cas soumis par la plaignante comme principal exemple à l’appui de son grief, qu’il ne résiste absolument pas à l’analyse, d’aucune façon. Les deux autres événements qu’elle rapporte dans sa plainte ne sont pas plus concluants.

D’une part, elle déplore qu’on lui ait fait perdre son temps en lui demandant de donner une brève entrevue pour réagir au reportage d’Alix-Anne Turcotti pour, par la suite, n’en diffuser aucun extrait. Je n’ai pas regardé cette entrevue et je n’avais pas à le faire, car je peux affirmer que cette situation se produit de manière courante. Les NPJ sont d’ailleurs très claires sur le sujet : une fois une entrevue réalisée, Radio-Canada peut décider de la diffuser en entier, en partie ou pas du tout. Cela fait partie de la liberté éditoriale.

Dans le cas présent, les responsables du bulletin d’information ont jugé bon de ne pas retenir ses propos à ce moment-là. Cela ne signifie pas qu’ils sont inutiles ou dépassés, ni que Mme Gagnon serait déconsidérée comme porte-parole sur ces questions. Comme elle le mentionne elle-même dans sa plainte, elle se trouvait à la station de Radio-Canada, au lendemain de la diffusion du reportage sur Mine Arnaud, pour commenter un autre sujet, et, tel que mentionné plus haut, Mme Gagnon a été citée dans le dossier de Mine Arnaud à plus de 20 reprises à la radio, sur le Web ou à la télévision de Radio-Canada. Il me semble donc qu’elle jouit d’un accès plus qu’enviable aux ondes publiques, qui est en tout cas incompatible avec une volonté des dirigeants ou journalistes de la station de Radio-Canada à Sept-Îles de restreindre sa liberté d’expression.

L’autre événement rapporté par la plaignante est de la même nature. Lors d’une réunion du conseil municipal de Sept-Îles, il y a plus d’un mois, elle est intervenue pour poser une question touchant l’acidification des eaux du lac des Rapides, et Radio-Canada aurait négligé d’en faire mention. J’en reviens encore à la question de la liberté éditoriale : personne ne peut revendiquer un droit à ce que ses déclarations ou opinions, sitôt exprimées, soient reproduites par n’importe quel média. Le fait qu’un journal local ait choisi d’écrire un article sur le sujet ne signifie pas que Radio-Canada ait commis une faute en agissant autrement.

Conclusion

Le reportage de la journaliste Alix-Anne Turcotti, présenté le 29 mai 2017 au Téléjournal Est du Québec, était parfaitement conforme aux Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

_____________________________

Révision en version pdf.

Pour me joindre : ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc