L'importance de la présentation d'une invitée (24/60)

Révision de Guy Gendron, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos d’une entrevue avec Mme Louise Arbour, présentée le 6 juillet 2016 à l’émission 24/60 sur les ondes d’ICI RDI.

LA PLAINTE

Le 8 juillet 2016, M. Michel Lebrun écrit à l’ombudsman pour se plaindre d’une entrevue avec Mme Louise Arbour, présentée deux jours plus tôt à l’émission 24/60 sur les ondes d’ICI RDI. Le plaignant déplore que l’animateur de l’émission, M. Sébastien Bovet, ait négligé de mentionner un fait qu’il estime crucial, soit que depuis avril 2016, Mme Arbour détient le poste de « conseillère spéciale du ministre de la Défense nationale à titre de membre de la Commission consultative du ministère de la Défense nationale sur l’examen de la politique de défense ». Un titre, précise-t-il, qui est amovible et à temps partiel, ce mandat devant se terminer le 31 janvier 2017.

Or, le prétexte de cette entrevue était le fait que Mme Arbour venait de se voir décerner un important prix, le prix Tang, assorti d’une bourse de plus de 1 million de dollars américains. Ce prix, soutient M. Lebrun, « est issu de l’Academia Sinica qui serait elle-même directly responsible to the President of the Republic of China ». (Écrit en anglais dans la plainte. Traduction : « qui relèverait directement du président de la République de Chine », le nom officiel de ce que l’on appelle couramment Taïwan.)

« Vous comprendrez que le fait qu’une conseillère spéciale du ministre de la Défense reçoive un prix de cette ampleur est une question qui devait être soulevée. Il faudrait même se demander si cela ne déroge pas au code d’éthique des fonctionnaires publics (…) », écrit le plaignant.

Selon lui, en passant ces faits sous silence, en ne questionnant pas Mme Arbour sur les liens entre l’Academia Sinica, le prix Tang et les pouvoirs politiques qui sont derrière ce prix, Radio-Canada a manqué à son devoir de servir l’intérêt public.

« Dans le contexte d’une tension et d’un conflit appréhendé en mer de Chine, le fait qu’une conseillère spéciale du ministre de la Défense canadien reçoive un tel prix, l’expose à avoir une opinion favorable quant à Taïwan », estime-t-il.

M. Lebrun termine sa plainte en demandant « que le public soit informé des faits que j’ai soulevés, notamment du fait que Mme Arbour était et est conseillère spéciale du ministre de la Défense, ce qui est indiscutable. Quant aux autres faits, j’aimerais avoir l’assurance que vous enquêterez sur les faits soumis, puis que vous informerez le public sur les normes qui régissent de tels prix accordés à des fonctionnaires et sur les liens politiques relativement à l’octroi de ce prix Tang ».

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

Le 13 juillet 2016, la direction de l’Information de Radio-Canada a répondu à M. Lebrun, sous la plume de M. André Dallaire.

« D’entrée de jeu, écrit-il, le journaliste Sébastien Bovet mentionne que ce prix (le prix Tang), de création récente, émane d’une fondation taiwanaise et qu’il est doté d’une bourse de 1 million de dollars. Mme Arbour avoue qu’elle a été très surprise de recevoir ce prix dont elle ignorait tout. »

Face au reproche du plaignant d’avoir passé sous silence le rôle de Mme Arbour à titre de conseillère spéciale du ministre de la Défense sur l’examen de la politique de défense du Canada, la direction de l’Information note avoir « déjà porté cette nomination à la connaissance du public » dans un texte d’ICI Radio-Canada.ca, le 6 avril 2016.

Le prix Tang, « décerné par une fondation qui émane d’un institut placé sous l’égide du président de la République taiwanaise prend, à vos yeux, un tour suspect », poursuit André Dallaire qui semble défendre néanmoins la décision de ne pas avoir cherché à approfondir le sujet lors de l’entrevue, car « si l’attribution du prix Tang motivait l’invitation de Mme Arbour sur le plateau du 24/60, elle n’en constituait pas pour autant l’objectif principal qui était plutôt d’entendre le point de vue de cette illustre Canadienne sur divers sujets d’actualité. C’était là un choix éditorial exercé en toute liberté ».

Pour ce qui est des propositions formulées par le plaignant, conclut la réponse de Radio-Canada, il s’agit de « pistes de recherches qui ne sont pas dénuées d’intérêt. Soyez assuré que vos observations sont transmises à l’équipe de production de l’émission 24/60 ».

LA DEMANDE DE RÉVISION

Insatisfait de cette réponse, M. Lebrun y a répliqué le 15 août 2016 en demandant à l’ombudsman d’en réviser le contenu, comme le prévoit la procédure de plaintes. Il en a profité pour étayer davantage ses griefs en identifiant nommément certaines dispositions des Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada qui auraient été violées lors de l’entrevue avec Mme Arbour.

Ainsi, il estime qu’il y a eu un manquement à l’exactitude lorsque Sébastien Bovet a décrit les raisons pour lesquelles le prix Tang avait été remis à la Canadienne puisque l’animateur ne s’en est pas tenu à la formulation exacte employée par la fondation qui l’accorde.

Selon lui, Sébastien Bovet a aussi violé la règle de l’exactitude dans sa présentation en affirmant que le prix était accompagné d’une bourse de plus de 1 million de dollars américains alors que, « de fait, la valeur approximative était de 1,33 million de dollars américains ».

M. Lebrun plaide également que Radio-Canada a failli à appliquer la valeur d’exactitude et à respecter sa mission de « servir l’intérêt public » en omettant de rapporter, lors de cette entrevue, que Mme Arbour occupe un poste de conseillère spéciale du ministre de la Défense sur l’examen de la politique de défense du Canada. Le fait que cette nomination ait déjà été annoncée, quelques mois auparavant dans un texte sur le web, n’y change rien pour lui. Au contraire, il estime que « cette omission ne peut être que volontaire et entache la crédibilité de Radio-Canada qui n’a pas à servir de "faire-valoir" pour quiconque ».

Alors que les principes de déontologie de CBC/Radio-Canada interdisent à ses employés de recevoir des cadeaux qui pourraient influencer ou sembler influencer une décision de CBC/Radio-Canada, M. Lebrun trouve « légitime de croire qu’il était impossible que l’animateur, M. Sébastien Bovet – un brillant communicateur – et/ou les responsables de l’émission 24/60 n’aient pu soupçonner que l’obtention d’un tel prix à une conseillère spéciale du ministre de la Défense pouvait poser problème! ».

Il cite ensuite plusieurs articles de la Loi sur les conflits d’intérêts s’appliquant aux titulaires de charge publique fédérale, pour en conclure que l’applicabilité de ces dispositions au cas de Mme Arbour « est évidemment d’intérêt public et devait être soulevée ».

M. Lebrun décrit comme « fallacieux » l’argument de la direction de Radio-Canada à l’effet que l’attribution du prix Tang à Mme Arbour ne constituait pas l’objectif principal de l’entrevue et que cela relevait du « choix éditorial » de l’émission. Si, en effet, plusieurs autres sujets ont été abordés lors de cette entrevue, la plupart portant sur des sujets d’actualité internationale, « il aurait été important sur ces questions de savoir que Mme Arbour était, lors de sa réponse, conseillère spéciale du ministre de la Défense », note le plaignant.

« C’est le droit à une information complète, et mise dans son contexte, que je requiers dans ce cas-ci et pour l’avenir », écrit-il en conclusion. « Il en va de la crédibilité de la Société Radio-Canada. »

LA RÉVISION

Les règles en cause

Cette plainte réfère à plusieurs notions ou valeurs contenues dans les NPJ qui doivent guider les employés de Radio-Canada dans la production des contenus d’information. Nommément, les notions d’exactitude, de service public, d’indépendance éditoriale et d’agissement responsable. Je vais en rappeler brièvement les dispositions utiles pour l’étude du cas présent.

Dans la nomenclature des valeurs définies par les NPJ, on retrouve, tout en haut, celle de l’exactitude :

Exactitude

« Nous recherchons la vérité sur toute question d'intérêt public. Nous déployons les efforts nécessaires pour recueillir les faits, les comprendre et les expliquer clairement à notre auditoire. (…) »

Les NPJ définissent aussi la « mission » de Radio-Canada en matière d’information, en somme de grands principes éthiques qui doivent guider ses artisans. L’un d’eux est de « servir l’intérêt public » :

Servir l'intérêt public

« Notre mission est d'informer, de révéler, de contribuer à la compréhension d'enjeux d'intérêt public et d'encourager la participation des Canadiens à notre société libre et démocratique. »

Un autre passage de la mission de Radio-Canada juxtapose la notion d’intérêt public avec celle de défendre la liberté de presse et, donc, l’importance de préserver son indépendance face aux influences extérieures :

Préserver notre indépendance

« Nous sommes indépendants des lobbies et des pouvoirs politiques et économiques. Nous défendons la liberté d'expression et la liberté de la presse, garantes d'une société libre et démocratique.

L'intérêt public guide toutes nos décisions. »

Enfin, les auteurs des NPJ ont voulu baliser cette notion de liberté en inscrivant dans la mission de Radio-Canada une contrainte, celle d’agir de manière responsable :

Agir de façon responsable

« Nous sommes conscients des conséquences de notre travail journalistique et de notre devoir d'honnêteté auprès des auditoires. Nous n'hésitons pas à corriger une erreur, si nécessaire, ni à effectuer un suivi lorsqu'une situation évolue de façon importante. (…) »

Étude du grief

Je vais commencer par traiter les reproches du plaignant concernant la notion d’exactitude.

Sébastien Bovet a-t-il dérogé à cette valeur en affirmant que le prix Tang est « accompagné d’une bourse de plus de 1 million de dollars américains » alors que, nous dit M. Lebrun, il s’agit en fait d’une « valeur approximative de 1,33 million de dollars américains »? Bien sûr que non.

Vérification faite, il y a un seul montant exact associé à ce prix, soit 40 millions de nouveaux dollars de Taïwan (NT$), la monnaie officielle de Taïwan depuis 1949. Le cours de cette monnaie étant flottant, cela représente au moment d’écrire ces lignes, 1 275 000 $ américains. Est-ce que cette somme est « plus de 1 million de dollars américains »? Évidemment. Est-ce que le fait de dire « plus de 1 million de dollars américains » est assez précis? Tout à fait. La règle d’exactitude n’exige pas de définir tous les termes à la virgule près. Elle n’est pas incompatible avec une autre règle cardinale de la communication, celle de simplifier les notions complexes ou d’arrondir les chiffres.

Le même raisonnement vaut pour un autre reproche adressé à Sébastien Bovet concernant, cette fois, les motifs d’attribution du prix Tang. L’animateur avait présenté Mme Arbour en déclarant qu’on lui avait accordé ce prix pour sa « contribution à la justice pénale et à la promotion des droits de l’homme, de la liberté et de la paix ». M. Lebrun conteste l’exactitude de cette description en affirmant qu’ « une simple recherche sur le site du prix Tang permet de voir qu’il est plutôt écrit ce qui suit :

« (…) For her enduring contributions to international criminal justice and the protection of human rights, to promoting peace, justice and security at home and abroad, and to working within the law to expand the frontiers of freedom for all. » (Le soulignage est du plaignant. Ma traduction : « (...) en reconnaissance de sa contribution durable à la justice criminelle internationale et à la protection des droits de la personne, de même que de son travail visant à promouvoir la paix, la justice et la sécurité au Canada et à l’étranger, et à repousser les frontières de la liberté pour tous. »)

M. Lebrun l’ignore peut-être, mais les journalistes et animateurs doivent tous les jours résumer des nouvelles, des faits ou des communiqués dans leurs propres mots. Ne pas reproduire intégralement un communiqué de presse – soit ce que le plaignant reproche à Sébastien Bovet – est loin de constituer une faute journalistique. Dans la profession, cela est plutôt vu comme un devoir! L’important, lorsque l’on reformule ou résume une information, est d’en préserver le sens original. La description faite par Sébastien Bovet me semble résumer tout à fait correctement les motifs de l’attribution du prix Tang à Mme Arbour et, de ce fait, ne représente pas une infraction à la règle d’exactitude.

Passons maintenant aux choses sérieuses. Elles se présentent comme une cascade, chaque élément découlant du précédent : l’omission d’avoir informé les téléspectateurs que Mme Arbour occupait le poste de conseillère spéciale du ministre de la Défense sur l’examen de la politique de défense du Canada; l’omission de la questionner sur l’opportunité pour le titulaire d’une telle charge publique de recevoir un prix en argent d’une aussi grande valeur; et cela, d’autant plus que le prix en question est « en provenance d’un institut affilié à un gouvernement étranger » qui pose un problème de sécurité internationale étant donné la situation conflictuelle qu’il entretient avec la Chine continentale.

Si je peux me permettre d’exprimer en d’autres mots la position de M. Lebrun, il estime que la valeur d’exactitude ne se limite pas à dire la vérité, mais qu’elle implique aussi de dire toute la vérité pertinente afin de bien servir l’intérêt public. « C’est le droit à une information complète », résume-t-il. Je vais donc examiner une à une les trois omissions qu’il déplore.

1. L’omission de rappeler son poste de conseillère spéciale :

Dans sa réponse, la direction de Radio-Canada mentionne que la nouvelle de la nomination de Mme Arbour comme conseillère spéciale du ministre de la Défense avait été publiée quelques mois plus tôt.

D’abord, j’estime que le fait d’avoir rapporté la nouvelle quelques mois plus tôt ne dédouanait pas Radio-Canada d’en faire mention lors de cette entrevue si cela s’avérait pertinent aux sujets qui allaient y être abordés. Cette notion me semble importante : si on avait reçu Mme Arbour pour parler de la place des femmes dans le monde du droit ou pour rappeler les circonstances de la création du Tribunal pénal international où elle a siégé à titre de procureure en chef, on pourrait en effet considérer que son poste de conseillère du ministre de la Défense n’avait aucune pertinence. Or, reconnaît la réponse de Radio-Canada, l’entrevue a porté sur « divers sujets d’actualité que la réputée juriste est invitée à commenter ». Ainsi, Sébastien Bovet l’a interrogée sur la vente controversée de camions blindés canadiens à l’Arabie saoudite, la crise des réfugiés syriens, l’accueil de plusieurs milliers d’entre eux au Canada malgré les craintes de certains Canadiens, ou encore le rôle militaire du Canada sur la scène internationale. Il ne fait aucun doute que tous les téléspectateurs auraient gagné à être informés que celle qui commentait ces questions occupait au même moment un poste de conseillère spéciale du ministre de la Défense. L’omission de le mentionner ne peut se justifier par la liberté éditoriale évoquée par Radio-Canada. Il y a une quantité impressionnante de révisions de mes prédécesseurs au poste d’ombudsman qui plaident en faveur du même argument : la nécessité de bien identifier les invités de manière à ce que les auditeurs ou téléspectateurs puissent savoir qui leur parle, dans quelle perspective, avec quelles attaches. Cela découle tout autant de la valeur d’exactitude que de la mission de servir l’intérêt public.

Je serais donc ici porté à donner raison au plaignant, avec cette nuance qui me paraît essentielle : le fait que l’animateur Sébastien Bovet n’a pas caché volontairement cette information puisqu’il en ignorait l’existence. Je lui ai parlé avant de rédiger cette révision et il l’a admis sans faux-fuyants :

« Nous recevions une personnalité au-dessus de tout soupçon, notre garde était baissée », m’a-t-il dit, et la nouvelle de la nomination de Mme Arbour comme conseillère spéciale du ministre de la Défense lui avait complètement échappé. S’il l’avait su, cela aurait « évidemment » orienté ses questions, reconnaît-il, leur aurait donné plus de mordant. Il est le premier à regretter que ce fait lui ait échappé. Il ne semble pas être le seul à n’avoir pas fait de rapprochement, puisque aucun des articles que j’ai pu consulter annonçant l’attribution du prix Tang à Mme Arbour n’a fait mention de son rôle de conseillère auprès du ministre de la Défense.

2. L’omission de questionner Mme Arbour sur l’opportunité pour le titulaire d’une charge publique de recevoir un prix en argent d’une aussi grande valeur :

L’omission d’interroger Mme Arbour sur l’opportunité de recevoir un tel prix alors qu’elle est titulaire d’une charge publique s’explique tout naturellement par ce qui se trouve dans le paragraphe précédent : ignorant que Mme Arbour occupait ce poste, Sébastien Bovet ne pouvait lui poser de questions à ce sujet.

En disant cela, je ne prétends pas que la question aurait certainement été soulevée ni qu’elle aurait dû l’être. Malgré l’insistance du plaignant à faire la démonstration que l’acceptation d’une telle récompense contrevient à la Loi sur les conflits d’intérêts, je ne vais pas me laisser entraîner dans ce débat qui ne relève pas de ma compétence.

3. L’omission de questionner Mme Arbour sur l’origine du prix Tang :

Il découle de ce qui précède que Sébastien Bovet aurait été davantage justifié de s’interroger sur les éventuels liens politiques ou idéologiques derrière le prix Tang s’il avait su que Mme Arbour était conseillère spéciale du ministre de la Défense. Encore une fois, je ne peux prétendre qu’il aurait été justifié de soupçonner qu’on lui avait attribué ce prix pour, d’une quelconque manière, tenter d’influencer la politique de défense du Canada, comme le laisse entendre le plaignant. Je ne dis pas non plus que M. Lebrun a raison d’attribuer des motivations ou des influences politiques au comité responsable de décerner le prix Tang.

Soit, ce prix, tout juste créé en 2012, relève de l’Academia Sinica, l’académie chinoise des sciences qui se rapporte directement au président de Taïwan. Cela est considéré comme un gage d’une plus grande indépendance que si elle dépendait des ministères subventionnant les programmes de recherche. Cette organisation qui supervise 24 instituts de recherche, compte près de 250 académiciens, des chercheurs de renom dans le domaine des sciences fondamentales et des sciences sociales. Les deux tiers d’entre eux résident à l’extérieur de Taïwan (plus de la moitié travaillent aux États-Unis), et 15 ont été honorés par des prix Nobel. J’ai eu beau chercher, je n’ai rien trouvé qui puisse justifier d’y voir une extension occulte du gouvernement taiwanais.

J’ignore la nature des renseignements que pourrait détenir M. Lebrun le justifiant de redouter des influences politiques ou idéologiques obscures derrière cette académie des sciences, mais ses soupçons ne me semblent pas être autre chose que cela, des soupçons. Quant au choix de Mme Arbour comme lauréate du prix Tang dans la catégorie État de droit, il me semble tout à fait justifié par ses impressionnants états de service en matière de justice criminelle internationale et de défense des droits de la personne qui en font une des plus imminentes ambassadrices du Canada dans le monde. Il me semble donc à tout le moins hasardeux – le mot est faible – de prétendre qu’une femme qui a été juge à la Cour suprême du Canada, haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme et procureure en chef de la Cour pénale internationale aurait obtenu un prix reconnaissant une contribution exceptionnelle à la cause de la justice internationale, de la paix et des droits de l’homme simplement parce qu’elle occupe un poste à temps partiel de conseillère spéciale du ministre de la Défense nationale à titre de membre de la Commission consultative sur l’examen de la politique de défense du Canada, de manière à influencer la politique canadienne à l’égard de la défense de Taïwan.

Conclusion

Tant la valeur d’exactitude que la mission de servir l’intérêt public, contenues dans les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada, auraient exigé que, lors de l’entrevue avec Mme Louise Arbour, l’émission 24/60 informe les téléspectateurs qu’elle occupait alors un poste de conseillère spéciale du ministre de la Défense sur la révision de la politique de défense du Canada, de manière à leur permettre de mieux interpréter ses propos concernant les questions d’actualité internationale et en particulier le rôle du Canada dans certains dossiers controversés. Cette omission, bien qu’involontaire, contrevient donc aux Normes et pratiques journalistiques, et c’est pourquoi la plainte est accueillie en partie.

Je note que la direction de l’Information a reconnu que les questions soulevées par M. Lebrun « ne sont pas dénuées d’intérêt » et qu’elles alimenteront ses réflexions dans l’avenir. Les Normes et pratiques journalistiques stipulent que « nous n’hésitons pas à corriger une erreur, si nécessaire, ni à effectuer un suivi lorsqu’une situation évolue de façon importante ». Il est bien sûr impossible de reculer dans le temps et de refaire l’entrevue avec Mme Arbour. La cérémonie de remise des prix Tang, qui aura lieu à Taïwan en septembre 2016, pourrait cependant être une bonne occasion d’y donner suite.

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Version pdf de la révision.

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