L'entrevue avec Marine Le Pen : une attitude impartiale et équitable? (24/60)

Révision de Guy Gendron, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos de l’entrevue de l’animatrice de l’émission 24/60, Anne-Marie Dussault, avec la présidente du Front national, Marine Le Pen, mise en ligne le 23 mars 2016 sur le site ICI Radio-Canada.ca.

LA PLAINTE

Le 23 mars 2016, jour de sa mise en ligne, l’entrevue de l’animatrice de l’émission 24/60, Mme Anne-Marie Dussault, avec la présidente du Front national (FN), Mme Marine Le Pen, a fait l’objet de la plainte de M. André Villeneuve et de nombreuses autres personnes, soit près d’une cinquantaine en tout.

M. Villeneuve y dénonçait « l’impartialité » de Mme Dussault sur un ton laissant entendre qu’il voulait plutôt faire le contraire, soit déplorer sa partialité puisqu’il utilisait des expressions clairement négatives pour décrire l’animatrice :

« (…) Incompétence à mener une entrevue sans laisser transparaître son hostilité envers son invité (…) attitude arrogante », « manque de culture (…) pour rivaliser avec Mme Le Pen ». Il concluait sa très courte plainte par ces mots : « Une vraie honte. »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

Le 12 avril 2016, M. Pierre Tremblay, premier directeur, Programmation nouvelles et journalisme d’impact, a répondu au plaignant. Je reproduis ici le contenu entier de cette réponse standardisée envoyée à tous les plaignants, à l’exception du préambule comprenant quelques variations en fonction de la nature particulière des reproches faits à Anne-Marie Dussault. Certains l’accusaient d’avoir été irrespectueuse ou encore mal préparée, d’autres d’avoir manqué d’impartialité ou de rigueur. Je crois important de la présenter en entier, car elle fait l’objet de la révision. La voici donc :

« (…) Pour rappel, le séjour au Québec de la chef du parti d'extrême droite en France a suscité certaines controverses. Anne-Marie Dussault se devait d’aborder ces éléments d’actualité avec Marine Le Pen, une politicienne habile et rompue aux entrevues difficiles.

Nous avons attentivement regardé cet entretien à la lumière de vos critiques. Permettez-nous de vous faire part de nos observations. Revenons d’abord sur quelques éléments contextuels qui vous permettront de mieux comprendre cette entrevue. Mme Le Pen dirige un parti qui s’oppose à l’immigration. Le FN est vu par plusieurs comme étant raciste, intolérant et fermé aux réalités des réfugiés. En visite au Québec, Mme Le Pen est reçue froidement. La classe politique refuse de la rencontrer. La chef du FN se fait chahuter par des manifestants et critiquer par des artistes, politiciens et chroniqueurs pour ses positions radicales et pour avoir voulu, selon certains, donner des leçons au gouvernement canadien.

Dans des médias québécois et français, Marine Le Pen dit trouver "étonnant qu’on (lui) interdise d’aborder des sujets qui suscitent l’hystérie". Elle critique la politique canadienne d’accueil de 25 000 réfugiés syriens en soutenant que c’est une "folie" et qualifie la classe politique québécoise et canadienne "d’oligarchie", de "puérile" et de "Bisounours" en laissant entendre que le Canada n’est pas une démocratie mature. Elle prétend aussi que les politiciens du pays sont soumis à du "terrorisme intellectuel". Ces critiques en ont froissé plusieurs, des quotidiens ont utilisé le terme "insultes" pour décrire ces propos. Anne-Marie Dussault faisait référence à ces réactions lorsqu’elle a lancé à Mme Le Pen : "Vous avez l'insulte au bout des lèvres."

Les téléspectateurs s’attendent à ce qu'une intervieweuse puisse aller au-delà d’un discours formaté pour obtenir de son invitée des réponses claires, sans faux-fuyants. La journaliste était respectueuse et calme. Ses questions factuelles, légitimes et sans parti pris. Mme Dussault a ainsi demandé à Mme Le Pen : ce qu’elle pensait des réactions provoquées par ses prises de position sur l’immigration; si elle était venue donner des leçons au Canada, comme certains l’ont cru; s’il était légitime de s’interroger sur le caractère raciste et intolérant, selon certains, de la plateforme du FN; en quoi la politique canadienne d’immigration est une folie; et de se prononcer sur les contradictions apparentes entre la politique anti-immigration du FN et son slogan, « La France apaisée ». Des commentaires du premier ministre du Québec et du ministre canadien de l’Immigration, de même que l’extrait d’un point de presse de Mme Le Pen perturbé par des manifestants à Québec furent notamment diffusés pendant cet entretien.

Anne-Marie Dussault a fait preuve d’écoute tout au long de l’entrevue. Elle réagissait aux propos de son invitée, tout en lui laissant l’espace nécessaire pour étayer sa pensée. Mme Le Pen a pu librement exprimer ses inquiétudes face à l’immigration, au communautarisme. Elle voulait mettre en garde le Canada des dangers d’une trop grande ouverture aux réfugiés parmi lesquels, croit-elle, se faufileraient des terroristes. La chef du parti d’extrême droite a longuement décrit les problèmes d’immigration en France et les solutions proposées par le FN, dont la priorité à l’emploi et au logement social aux nationaux. Mme Le Pen a aussi eu le loisir d’exprimer abruptement ses critiques face à la conduite de l’entrevue qui n’allait pas dans le sens de la complaisance.

Mme Dussault a reconnu d’emblée que l’exercice avait été difficile notamment en raison de la véhémence de Mme Le Pen qui se posait parfois en victime. Voici comment l’animatrice de 24/60 a expliqué son rôle au micro de Catherine Perrin qui l’interrogeait sur la pertinence de donner une tribune à la présidente du parti d’extrême droite en France : « Le public doit comprendre que nous ne sommes pas des relationnistes, on ne donne pas du temps d’antenne gratuit. // Ce n’est pas parce qu’on pose des questions difficiles sur un ton parfois qui peut être arrogant quand on a quelqu’un d’arrogant devant nous qu’on manque de respect et que ces questions difficiles indiquent qu’on est partisan. On doit prendre le contrepied, on doit prendre le discours ambiant, l’actualité. » Le journaliste Michel C. Auger qui a reçu la présidente du FN à l’émission Midi Info se prononce aussi sur la question. L’entretien est fort instructif. Nous vous le recommandons : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international/2016/03/23/003-entrevue-24-60-dussault-marine-le-pen-front-national.shtml

L’ombudsman de Radio-Canada se fait plus explicite au sujet des entrevues de Mme Dussault avec des personnalités controversées au cœur de l’actualité. Il a souvent rappelé que :

• Un intervieweur n’est pas un relationniste et il n’a pas à être complaisant avec un interviewé, en particulier lorsque celui-ci est un acteur de l’actualité;

• Un intervieweur n’est pas partisan ni partial parce qu’il pose des questions qui reprennent des points de vue ou des opinions contraires à celles de l’interviewé; c’est au contraire son rôle de se faire "avocat du diable" pour obtenir des réponses qui vont plus loin que le discours entendu et attendu;

• Un intervieweur peut et doit être insistant si l’interviewé refuse ou évite de répondre aux questions, ou encore s’il n’y répond pas directement et franchement;

• En vertu de la liberté de presse et d’expression, Radio-Canada et ses journalistes sont libres d’exercer leur choix éditorial, ce qui signifie que les intervieweurs peuvent poser les questions qu’ils veulent, sous réserve qu’elles ne soient pas offensantes;

• Une entrevue est un exercice dont la dynamique dépend de l’attitude des deux parties et il arrive parfois qu’elle prenne des allures de confrontation; ce genre d’entrevue, contradictoire, ne signifie pas que l’intervieweur manque pour autant de respect envers l’interviewé.

Bref, l’entrevue de Mme Dussault avec la présidente du FN a suscité de nombreux débats dans l’espace public. Certains l’ont âprement critiquée, d’autres grandement appréciée. Comme le soulignent plusieurs révisions de l’ombudsman, nous recevons les contenus d’information à travers le filtre de nos convictions, de nos préjugés et de nos croyances.

Nous espérons que ces précisions vous paraîtront utiles. Si vous le jugez nécessaire, vous pouvez de nouveau faire appel à l’ombudsman. Le Bureau de l’ombudsman est une instance indépendante (ombudsman@radio-canada.ca, 514-597-4757, sans frais 1-877-846-4737). »

LA DEMANDE DE RÉVISION

Le 22 avril, M. Villeneuve s’adresse au Bureau de l’ombudsman pour demander une révision du dossier :

« J’aimerais que vous analysiez à nouveau ma plainte, écrit-il, car je crois que cette plainte est fondée et la réponse que j’ai reçue de M. Tremblay me laisse perplexe. »

Dans un message précédent, le plaignant avait déploré le contenu de cette réponse de Radio-Canada, disant y voir « une opération de démolition contre Mme Le Pen » et « un plaidoyer en faveur de votre journaliste ».

Je dois signaler qu’un autre plaignant, M. André Bérubé, m’a aussi demandé de me prononcer sur cette affaire. Dans sa plainte du 25 mars 2016, dénonçant le « manque de professionnalisme » de l’animatrice de l’émission 24/60, il écrivait :

« Pendant toute l’entrevue, Mme Dussault s’est affairée à attaquer son invitée de façon totalement partiale, mesquine et honteuse », ce qui « ne correspond pas du tout aux normes journalistiques et aux standards de qualité dont on pourrait s’attendre à une émission de Radio-Canada ».

LA RÉVISION

Introduction

D’entrée de jeu, je souhaite préciser, au bénéfice des personnes qui la consultent, que cette révision sera longue, considérant qu’il s’agit d’une des premières depuis mon arrivée au poste d’ombudsman, le mois dernier, et qu’elle me donne l’occasion d’établir quelques principes auxquels j’espère demeurer fidèle au cours de mon mandat. De plus, il faut bien reconnaître que cette entrevue a provoqué une certaine controverse publique où il s’est dit beaucoup de choses, tant dans les médias que sur les réseaux sociaux, et que ce tourbillon a sans doute contribué en partie à gonfler le nombre de plaintes reçues par mon bureau et auxquelles je tiens à faire écho ici. J’estime en effet qu’il incombe à l’ombudsman, en tant qu’arbitre neutre entre d’une part le public et d’autre part le personnel responsable de produire les contenus d’information de Radio-Canada, de jouer un rôle pédagogique auprès des uns et des autres en ne se limitant pas à trancher leurs différends.

Ceux que seule la conclusion intéresse savent où la trouver!

Contexte de l’entrevue

Pour des raisons d’incompatibilité d’horaires, l’entrevue d’Anne-Marie Dussault avec Marine Le Pen n’a pu se dérouler en direct. Elle fut enregistrée dans le studio de 24/60, vers 21 heures, le lundi 21 mars 2016, avec l’intention de la diffuser dans l’émission du lendemain (rappelons que cette émission quotidienne est diffusée de 19 h à 20 h, du lundi au vendredi, sur les ondes du Réseau de l’Information (RDI), la chaîne d’information continue de Radio-Canada). On lui avait d’ailleurs attribué une place de choix, d’une durée de 23 minutes, ce qui représente près de la moitié de l’émission une fois déduit le temps consacré aux pauses publicitaires.

Pendant l’enregistrement, l’un des membres de l’entourage de la présidente du FN, le conseiller régional du parti, Sébastien Chenu, commentait son déroulement en direct sur son fil Twitter. Plusieurs de ses messages ont ensuite été retirés, mais le journal français Libération rapportait, le lendemain, que M. Chenu s’y était félicité de ce que Mme Le Pen ait « humilié » la journaliste Anne-Marie Dussault. J’ai pu consulter une capture d’écran d’un échange sur le réseau Twitter où M. Chenu rapportait un épisode particulièrement corsé de l’entrevue au cours duquel Marine Le Pen s’adressait à Anne-Marie Dussault en ces termes :

« Vous êtes journaliste? Pas militante? Donnez-moi un exemple d’insultes? » Zéro réponse d’Anne-Marie Dussault.

L’entrevue fut plus longue qu’anticipé. En fait, elle a excédé de presque 10 minutes la durée prévue. Par la suite, en accompagnant Mme Le Pen jusqu’à la sortie de l’immeuble de Radio-Canada, Anne-Marie Dussault mentionna cette situation à son invitée, l’avisant qu’il était donc possible qu’il faille couper certains extraits pour respecter le minutage de l’émission. Aux dires de la journaliste, la simple évocation de cette possibilité provoqua une réaction de colère de la part de Mme Le Pen qui y a perçu une volonté de « censurer » certains passages de l’entrevue.

L’équipe de l’émission se réunit ensuite pour revoir l’enregistrement en entier, une démarche inhabituelle considérant l’heure tardive, ce qui démontre que la tournure et le ton de ce face-à-face avaient créé un inconfort. On m’assure qu’il n’a jamais été question de ne pas diffuser l’entrevue. J’ajoute cependant que Radio-Canada aurait très bien pu choisir cette option qui respecte clairement les Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada tout comme elle aurait eu la possibilité de n’en diffuser qu’un extrait ou un assemblage d’extraits. Cela fait partie de la discrétion éditoriale du diffuseur.

Le lendemain, mardi 22 mars, l’actualité brûlante du jour allait en grande partie régler la question. Le double attentat commis à Bruxelles, d’abord à l’aéroport, puis dans le métro, monopolisa l’actualité. Comme cela se produit souvent lors d’événements du genre, 24/60 fut prolongée à 120 minutes. À deux reprises, au début et à la fin de cette émission spéciale, Anne-Marie Dussault informa ses téléspectateurs de l’entrevue avec Marine Le Pen enregistrée la veille et qui aurait dû être diffusée le jour même. Elle expliqua que « ça aurait été inconvenant de la diffuser maintenant » puisque les propos de Marine Le Pen avaient été recueillis avant les attentats et qu’elle y « tient son discours sur le terrorisme », d’où la décision de « mettre cette entrevue-là sur le Web dans les heures qui viennent ».

Ainsi donc l’entrevue ne fut pas présentée dans son cadre habituel, au public à qui elle était destinée, soit les téléspectateurs de l’émission 24/60. Cela est important et j’y reviendrai plus loin.

Dans les jours qui ont suivi la mise en ligne de l’entrevue, le Bureau de l’ombudsman a reçu 47 plaintes s’y rapportant. Au-delà de celles des deux personnes qui m’ont demandé de me prononcer dans ce dossier après avoir reçu la réponse de la direction de l’Information, les plaignants ont soulevé de multiples critiques que je vais tenter de résumer en les regroupant par catégories.

  1. Le manque d’objectivité

La plupart des plaignants ont fait ce reproche à Anne-Marie Dussault sous une forme ou sous une autre, déplorant ici « son manque de neutralité lamentable » ou encore « ses questions (qui) ressemblaient davantage à des commentaires sens dessus dessous qu’à une entrevue structurée ». Plusieurs ont senti le besoin de poser une étiquette sur le « biais » qu’ils imputent à l’animatrice. Cela va de « gauchiste et socialiste », sinon de partisane de l’ « extrême gauche », jusqu’au soupçon d’être inféodée au parti au pouvoir à Ottawa : « Vous êtes vendus aux libéraux », lui écrit un plaignant. Un autre introduit un nouvel axe politique dans l’équation, celui de la position personnelle qu’il attribue à Anne-Marie Dussault sur la question nationale du Québec, quand il dénonce « son biais pour la cause séparatiste/gauchiste ».

  1. Le ton de l’entrevue

Presque tous les plaignants se sont dits choqués par le ton de l’entrevue. « L’attitude de Mme Dussault était arrogante, vulgaire et insultante », écrit l’un d’eux, « elle a été constamment à l’attaque », commente un autre. Certains parlent d’« accueil agressif », de « hargne » ou de « condescendance ». « Ce n’était pas une interview, c’était une tentative de lynchage », déplore un plaignant qui ajoute : « Je n’ai jamais vu avec qui que ce soit (même avec des gens peu recommandables) un ou une "journaliste" se comporter de cette façon-là. »

  1. Le style de l’entrevue

Plusieurs ont senti, dans la structure de cette entrevue, autre chose qu’une tentative d’éclairer les téléspectateurs sur les idées politiques défendues par la présidente du FN, et ils croient qu’il s’agissait plutôt d’une forme de procès. C’était « un réquisitoire contre Mme Le Pen et non une entrevue », écrit un plaignant. Un autre estime que « la « journaliste » ne fait pas du journalisme, mais plus de l’inquisition politique ». Enfin, l’un des plaignants écrit que « l’ensemble des extraits vidéo présentés n’avaient comme objectif (que) d’appuyer l’opinion de la journaliste ».

  1. La question démocratique

Quelques autres se sont insurgés contre le manque de respect dont aurait fait preuve Anne-Marie Dussault, en insistant sur le fait qu’ils croient particulièrement nécessaire de démontrer de la courtoisie envers une invitée comme Marine Le Pen, qui est la représentante élue d’un parti politique reconnu bénéficiant d’un large appui populaire. « Le FN n’est pas une organisation terroriste mais un parti politique », écrit l’un d’eux. « Mme Le Pen a une certaine légitimité », estime un autre. Or, déplore un téléspectateur, la journaliste a conduit l’entrevue « sans aucune décence ni retenue face à une élue du Parlement européen et chef de surcroît d’un parti important en France », ce qui fait dire à un autre qu’« elle a gravement manqué de respect à une élue ».

  1. La curiosité pour le phénomène Le Pen

Considérant, justement, le poids politique du personnage qui pourrait se retrouver en lice au deuxième tour de l’élection présidentielle française l’an prochain, un plaignant déplore que le ton et la forme de l’entrevue avec Marine Le Pen aient fait en sorte qu’au final, « nous n’avons rien appris du programme de son parti politique ».

Si plusieurs des plaignants se sont dits motivés par leurs convictions politiques campées à droite, il est utile de noter que ce n’est pas le cas de tous ceux qui ont pris la peine d’écrire pour se plaindre de l’entrevue. « Je ne suis pas en faveur du parti de Marine Le Pen, mais je considère le comportement, les questions et l’attitude d’Anne-Marie Dussault problématiques », écrit un plaignant qui estime que l’animatrice a été « très tendancieuse ». « Mme Dussault a réussi le tour de force de nous rendre Marine Le Pen sympathique », affirme un autre qui déplore ses « attaques gratuites ». Une téléspectatrice offensée déclare à propos de Marine Le Pen : « Moi non plus je ne suis pas d’accord avec elle mais au moins je sais être respectueuse et polie. » Un autre qui précise qu’il n’a « aucune affinité avec les idées de Mme Le Pen » condamne néanmoins les procédés utilisés par Anne-Marie Dussault dans son « rôle d’inquisiteur ». Il écrit : « Mme Le Pen est amplement capable de montrer l’absurdité de ses idées par elle-même. »

  1. Inexactitude

Enfin, et cela est notable, très peu de plaignants ont relevé des fautes factuelles dans les propos tenus par Anne-Marie Dussault. Deux ont toutefois contesté l’exactitude de ses affirmations concernant l’application de la charte canadienne des droits à des migrants qui se présenteraient au pays en quête d’emplois ou de logement social. Un premier écrit qu’« il y a bien des points du programme de Le Pen qui sont ouvertement racistes, mais utiliser des arguments erronés pour les dénoncer est tout simplement nuisible ». L’autre estime que les affirmations de l’animatrice ont eu pour effet de « confondre, voire mélanger dans une bouillie indigeste, les concepts de nationalité, présence sur le territoire, droits et liberté ».

Les règles en jeu

L’ombudsman de Radio-Canada dispose d’un seul « livre des règlements » pour rendre ses décisions. Il s’agit des Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada qui régissent le travail des artisans de l’Information et des autres producteurs de « contenus d’information » présentés sur les différentes plateformes de Radio-Canada. Quels éléments des NPJ peuvent s’appliquer au cas présent?

Il y a la valeur d’exactitude :

« Nous recherchons la vérité sur toute question d'intérêt public. Nous déployons les efforts nécessaires pour recueillir les faits, les comprendre et les expliquer clairement à notre auditoire. Les techniques de production que nous utilisons servent à présenter nos contenus d'une manière claire et accessible. »

Il y a la valeur d’équité :

« Au cours de la collecte d'information et dans nos reportages, nous traitons les personnes et les organismes avec ouverture et respect. Nous sommes conscients de leurs droits. Nous les traitons sans parti pris. »

Il y a enfin la valeur d’impartialité :

« Notre jugement professionnel se fonde sur des faits et sur l'expertise. Nous ne défendons pas un point de vue particulier dans les questions qui font l'objet d'un débat public. »

Plus loin, dans une section consacrée à l’ « expression d’opinions », la valeur d’impartialité est précisée :

« (…) En vertu du principe d'impartialité qui fait partie de nos valeurs, les membres du personnel de l'Information ne peuvent exprimer leurs opinions personnelles sur des sujets controversés, et ce, sur l'ensemble de nos plateformes. »

Je mentionne aussi la section des NPJ à laquelle j’ai fait allusion plus tôt et qui concerne la « conduite et utilisation de l’entrevue », car j’y reviendrai plus tard :

« (…) Le participant devrait être informé de l'utilisation prévue de l'entrevue. Une fois enregistrée, l'entrevue peut faire l'objet d'un montage avant diffusion pour nous permettre d'en réduire la durée ou de choisir les extraits pertinents. Elle peut aussi être rediffusée en totalité ou en partie, être mise en ligne ou devenir accessible dans les archives de nos sites Internet, ou encore ne pas être diffusée du tout, à notre discrétion. Nous nous engageons à respecter le sens des propos tenus par les participants, quel que soit le contexte dans lequel nous choisissons de les utiliser. (…) »

L’application des NPJ à cette entrevue

Je vais commencer par examiner les reproches spécifiques présentés par les deux plaignants qui m’ont demandé de faire cette révision. Je mentionne que je leur ai parlé de vive voix et qu’il s’agit de deux personnes sensées dont je ne doute pas de la bonne foi. Ils ont été sincèrement choqués par le ton de l’entrevue avec Marine Le Pen et ils n’arrivent pas à réconcilier l’attitude de l’animatrice Anne-Marie Dussault avec les normes de déontologie journalistique.

Dans les deux cas, ils déplorent qu’elle ait fait preuve de partialité et ils dénoncent son attitude en utilisant des termes comme « hostile », « arrogante » ou « mesquine ».

Une question d’impartialité

Voyons d’abord le premier aspect. La valeur d’impartialité demande aux artisans de Radio-Canada de ne pas défendre un point de vue particulier dans les questions qui font l’objet d’un débat public. J’ai écouté l’entrevue à plusieurs reprises, je l’ai même retranscrite mot à mot pour pouvoir l’analyser dans le texte en faisant abstraction du ton des échanges qui, j’en conviens, est déroutant (et j’y reviendrai plus bas). Ce que j’y ai vu, c’est une journaliste combative et qui l’est d’autant plus qu’elle se présente comme porteuse non pas d’un point de vue particulier, mais de celui d’un large consensus canadien et québécois. Rappelons qu’elle fait face à une politicienne étrangère qui qualifie de « folie » la politique canadienne d’accueil de réfugiés syriens. Rappelons aussi que le gouvernement de Justin Trudeau a été élu l’automne dernier en promettant de recevoir 25 000 d’entre eux « d’ici Noël ». Le Nouveau Parti démocratique en promettait aussi 25 000 mais dans un délai plus « réaliste » de quelques mois supplémentaires, alors que les conservateurs de Stephen Harper s’étaient engagés à en accueillir 10 000 avant la fin de 2015. Cette mesure, à quelques nuances près, est donc largement partagée par tout le spectre politique canadien et endossée également par tous les partis politiques représentés à l’Assemblée nationale du Québec. Les déclarations de Marine Le Pen, qualifiant les politiciens canadiens de « Bisounours » à cause de leur manque de méfiance envers l’immigration en général et la venue de ces réfugiés en particulier avait d’ailleurs amené le chroniqueur Yves Boisvert de La Presse à écrire qu’il ne se souvenait pas « d’un politicien étranger important venu donner autant de leçons avec autant d’outrecuidance en aussi peu de temps ». En confrontant la présidente du FN au consensus canadien sur cette question, même avec insistance, Anne-Marie Dussault ne défendait pas « un point de vue particulier », mais plutôt un point de vue général représentant le consensus politique canadien et québécois le plus large. Il y a bien sûr des citoyens qui, pour une raison ou pour une autre, se méfient ou s’opposent carrément à la venue de ces réfugiés ou à l’immigration en général, mais il n’existe ici aucun parti politique important pour défendre cette position.

Je rejette donc la plainte pour manque d’impartialité. J’ajouterais même ceci : un journaliste doit souvent se faire l’avocat du diable – parfois au détriment de ses propres opinions – mais dans le cas présent, Anne-Marie Dussault s’est plutôt présentée comme l’avocate du bien incarné… avec tous les risques que cela comporte. Car le doute est le meilleur ami du journaliste, les certitudes, ses écueils les plus dangereux.

Une question d’attitude

Le deuxième reproche commun aux plaignants concerne l’attitude d’Anne-Marie Dussault envers son invitée. Cela nous renvoie à la valeur d’équité des NPJ qui demande que les artisans de l’Information traitent les personnes « avec ouverture et respect », et « sans parti pris ». La notion de respect revient aussi dans la section des NPJ traitant de la valeur d’équilibre où il est dit que lorsque nous abordons des sujets controversés, « nous nous assurons que les points de vue divergents sont reflétés avec respect ».

Dans la seconde moitié de l’entrevue, lors de l’échange portant sur le contrôle de l’immigration – un problème délicat et complexe auquel sont confrontés actuellement tous les pays d’Europe, tous partis confondus – il faut convenir que l’entrevue a frôlé les limites raisonnables du respect. En effet, on a peine à en voir la manifestation dans l’insistance de l’animatrice à charger chacune de ses questions de termes péjoratifs comme « intolérance », « repli sur soi », « citoyens de seconde zone », « racisme », « discrimination », « exclusion » ou « peur de l’autre ». Je ne remets en cause aucune de ces questions. Elles sont toutes pertinentes, mais en encadrant systématiquement l’échange dans un tel vocabulaire de barbelés, on peut difficilement éviter d’écorcher les notions d’ouverture et de respect dont parlent les NPJ. Il est donc compréhensible qu’un public moins au fait qu’Anne-Marie Dussault de l’évolution du FN et des déclarations passées outrageusement xénophobes et antisémites de son fondateur, Jean-Marie Le Pen, ait vu dans ces questions adressées à sa fille un acharnement déplacé et irrespectueux envers la représentante d’un parti légitime jouissant d’un large appui populaire dans son pays. J’ajouterais qu’il est aussi troublant d’entendre distinctement l’animatrice émettre un son rageur (à 4 min 42 s du début) lorsque son invitée invoque la « sagesse populaire » pour justifier sa crainte de l’aggravation des problèmes liés à l’immigration. Cette claire manifestation d’impatience et/ou d’arrogance me semble difficilement conciliable avec une attitude d’ouverture et de respect.

Cela dit, il est important de rappeler ici qu’Anne-Marie Dussault pratique une forme particulière de journalisme à Radio-Canada. Elle se spécialise dans la formule du hot-seat, un style d’entrevue coriace, à vif, qui est plus susceptible d’irriter invités et téléspectateurs. Certaines personnalités refusent de se prêter à l’exercice, certaines personnes évitent de regarder l’émission, car elles n’apprécient pas le genre. « Il faut de tout pour faire un monde », dit le dicton. Dans l’univers médiatique éclaté qui est le nôtre, les choix sont abondants et ceux qui n’aiment pas peuvent voter avec leur pouce sur la télécommande. Il n’existe rien de tel que le droit de ne pas être dérangé par une forme journalistique particulière et encore moins un droit de la faire interdire.

Je l’avais mentionné plus haut, cette entrevue a exceptionnellement été diffusée sur le Web plutôt que dans le cadre habituel de l’émission 24/60. Elle a ainsi rejoint un public qui n’est pas habituellement le sien et qui n’est donc pas nécessairement familier avec le style d’Anne-Marie Dussault dans lequel on reconnaît souvent l’avocate en elle. Son auditoire quotidien est rompu à cette façon de faire, l’apprécie sans doute puisqu’il est au rendez-vous, mais il faut bien admettre qu’elle ne fait pas l’unanimité. Les deux plaignants m’ayant invité à examiner ce dossier m’ont d’ailleurs indiqué qu’ils n’étaient pas des auditeurs réguliers de l’émission dont ils n’aiment pas le style de manière générale et celui de son animatrice en particulier.

Revoir méticuleusement cette entrevue comme je l’ai fait, c’est comme regarder un accident au ralenti. C’est tout à la fois inconfortable et injuste, et pour les mêmes raisons. L’observateur extérieur bénéficie d’un recul que n’ont pas eu les participants dans le feu de l’action. Sans doute, si j’avais eu à mener cette entrevue, elle aurait été très différente, mais cela est aussi vrai de chacun des milliers de journalistes à qui on demanderait de refaire l’exercice. D’ailleurs, si l’entrevue avec Marine Le Pen était à recommencer, qui sait si Anne-Marie Dussault adopterait la même approche? L’entrevue n’est pas une science exacte, mais un art. Comme dans toute forme d’art, il n’y a pas une bonne formule d’un côté et des mauvaises de l’autre. Certaines sont meilleures et il y en a des moins heureuses. Cependant, il est souvent impossible de les distinguer avant le fait.

Certains plaignants ont estimé que l’animatrice était mal préparée pour affronter Marine Le Pen. Je ne partage pas cet avis et, si je peux me permettre cette remarque, je crois plutôt qu’elle l’était trop dans la mesure où cela est possible. On me rapporte qu’elle avait regardé plusieurs documentaires sur la présidente du FN dans les jours précédant l’entrevue et lu le programme de son parti. Il est aussi de commune renommée qu’Anne-Marie Dussault est depuis longtemps une avide lectrice de la presse française, de sorte que le personnage de Marine Le Pen lui est familier. Elle sait à quel point elle peut être redoutable en entrevue, combative et extrêmement agile à déstabiliser les journalistes en retournant leurs questions et en adoptant le rôle de victime des « élites » politiques et médiatiques qu’elle décrit comme « l’oligarchie » et en se présentant comme la valeureuse défenderesse de la liberté d’expression et de la démocratie. Pourtant, en la prenant de front lors de cette entrevue, Anne-Marie Dussault a créé les conditions idéales pour reproduire ce comportement et même l’alimenter. Une étincelle, dès le début, et le brasier était allumé, aucune des deux femmes ne voulant s’en laisser imposer par l’autre. J’y reviens, c’est comme écouter un accident au ralenti : inconfortable et injuste. Mon rôle n’est pas de juger s’il s’agissait d’une « bonne » entrevue, mais de me prononcer à savoir si elle a respecté les règles fixées par les NPJ.

Au-delà des remarques précédentes, je reprends à mon compte les avis exprimés par mon prédécesseur, Pierre Tourangeau, à l’occasion de plaintes passées concernant Anne-Marie Dussault, mais qui s’appliquent aussi de manière générale à la conduite de toutes les entrevues : « un intervieweur n’est pas un relationniste et il n’a pas à être complaisant »; « un intervieweur n’est pas partisan ni partial parce qu’il pose des questions qui reprennent des points de vue ou des opinions contraires à celles de l’interviewé »; « un intervieweur peut et doit être insistant si l’interviewé refuse ou évite de répondre aux questions »; « les intervieweurs peuvent poser les questions qu’ils veulent, sous réserve qu’elles ne soient pas offensantes »; « une entrevue est un exercice dont la dynamique dépend de l’attitude des deux parties et il arrive parfois qu’elle prenne des allures de confrontation; ce genre d’entrevue contradictoire ne signifie pas que l’intervieweur manque pour autant de respect envers l’interviewé ».

Tout cela est vrai parce que le contraire serait terrible : les journalistes deviendraient des faire-valoir, leurs questions mielleuses et inoffensives, incolores et sans saveur. Surtout, il faudrait une police pour faire appliquer cette politique du beige pâle et châtier les contrevenants. Heureusement, nous vivons dans une démocratie où règne la liberté de presse et cette liberté doit inclure le droit d’aller jusqu’à déranger, voire offusquer certains. Autrement, il s’agirait d’une laisse. N’est-ce pas d’ailleurs ce que disait elle-même Marine Le Pen lors de cette entrevue lorsqu’elle affirmait que « la démocratie, ça ne consiste pas à se taire »… « la démocratie, ça consiste aussi à entendre ceux qui sont en désaccord avec vous »?

Une question d’exactitude

Un dernier aspect évoqué par plusieurs plaintes concerne l’exactitude de propos tenus par Anne-Marie Dussault lors de cette entrevue. Même s’il n’est pas exprimé sous cette forme, on en trouve la trace dans les multiples références à un échange particulièrement tendu au cours duquel Marine Le Pen apostrophe l’animatrice :

« Madame, donnez-moi une seule insulte. Vous êtes journaliste, madame, ou vous êtes militante?... Montrez-moi une insulte… Vous avez dit "insultes et injures". Montrez-moi une insulte et une injure. »

Ce à quoi Anne-Marie Dussault réplique :

« Je ne réponds pas à vos questions, madame. C’est moi qui pose des questions. »

C’est ce passage que l’adjoint de Marine Le Pen, Sébastien Chenu, avait reproduit sur Twitter et qui lui avait fait dire qu’elle avait « humilié » une journaliste canadienne. Certains ont vu dans cet extrait la reconnaissance par Anne-Marie Dussault qu’elle avait utilisé gratuitement et sans preuve les mots « insultes » et « injures » et qu’il s’agissait donc à tout le moins d’exagérations et donc d’inexactitudes. Il est vrai que la charge émotive de cet échange est telle qu’il laisse une impression de K.O.

Et pourtant, quand on en remonte le fil, on découvre deux choses. D’abord, Marine Le Pen y répondait à une question où l’animatrice avait clairement attribué ces propos à d’autres personnes en déclarant :

« (…) Les gens voient dans vos discours – que vous exprimez tout à fait librement – des insultes, des injures et des leçons, des remontrances. »

Elle ne se les attribuait donc pas personnellement.

Ensuite, on réalise que quatre minutes plus tôt, cette question avait déjà été abordée lorsque l’animatrice avait lancé à son invitée :

« Vous arrivez ici, vous avez l’insulte au bout des lèvres à chaque moment. »

Cela avait amené Mme Le Pen à lui demander à quoi elle faisait référence et l’animatrice avait répondu en parlant de son utilisation du mot « oligarchie » pour qualifier la classe politique canadienne. Elle avait aussi évoqué son emploi du qualificatif de « Bisounours » (mieux connus sous le nom de « Calinours » de ce côté-ci de l’Atlantique). Mme Le Pen avait alors confirmé et défendu l’utilisation de ce terme en expliquant qu’elle voulait par là dénoncer la naïveté de nos gouvernements « face aux problématiques de l’immigration ». Or, il faut comprendre que dans le dictionnaire des dirigeants du FN, il n’existe à peu près aucune pire insulte que d’être naïf envers les risques que l’immigration fait courir à la société, tant pour son économie que pour sa cohésion sociale ou sa sécurité domestique. Malgré l’aspect inoffensif du mot, son emploi dans ce contexte représente bel et bien une insulte et une injure envers les gouvernements qu’on accuse ainsi de négligence.

Une autre partie de l’entrevue a fait l’objet de reproches pour inexactitude, celle concernant les règles de droit s’appliquant ou non, ici ou en France, aux immigrants ou aux réfugiés avec ou sans statut. L’entrevue tirait alors à sa fin et le niveau de tension entre l’animatrice et son invitée avait atteint un tel seuil qu’on assistait à un véritable dialogue de sourdes, ce qui rend impossible la tâche de départager les choses. Il m’a semblé que Marine Le Pen éludait les questions en parlant des migrants sans papiers et sans statut arrivés en Europe dans le chaos alors que la question portait sur les immigrants ayant un statut légal en France. En revenant ensuite parler des réfugiés dûment sélectionnés par le Canada et de la protection des chartes des droits dont ils bénéficient, Anne-Marie Dussault a pu donner l’impression de faire une comparaison inappropriée, mais il faut y voir, à mon avis, le résultat d’une incompréhension mutuelle sur l’objet de leur échange.

Une question de transparence

Je voudrais terminer en rappelant que Radio-Canada aurait très bien pu choisir de ne pas diffuser cette entrevue, considérant la tournure qu’elle avait prise. L’équipe de 24/60 aurait aussi pu l’expurger de ses éléments les plus problématiques ou embarrassants, comme cela se fait régulièrement en télévision. Elle en avait d’ailleurs l’excuse toute prête, puisque l’entrevue avait dépassé de beaucoup la durée prévue au départ. Malgré tout cela, Radio-Canada a décidé de la diffuser dans son intégralité et d’exposer son animatrice à la critique. Il me semble qu’il s’agit d’un geste de transparence dont il faut saluer le courage bien qu’il ne dispense pas l’entrevue du respect des NPJ.

Conclusion

L’entrevue de l’animatrice de l’émission 24/60, Anne-Marie Dussault, avec la présidente du Front national, Marine Le Pen, enregistrée le 21 mars 2016 pour être présentée à l’émission 24/60, mais mise en ligne sur le site Web d’ICI Radio-Canada.ca le 23 mars 2016, n’a pas enfreint les règles d’impartialité et d’exactitude des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada. Elle a toutefois écorché la valeur d’équité inscrite dans les Normes et pratiques journalistiques par la manifestation d’un sentiment d’hostilité difficilement conciliable avec les notions d’ « ouverture » et de « respect ».

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