Y avait-il des Palestiniens avant la création d’Israël? (ICI.Radio-Canada.ca; TJ)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos de reportages portant sur la canonisation de deux religieuses.

LA PLAINTE

Le plaignant, M. Jean-Luc Proulx, en a contre un article intitulé Le pape François canonise deux Palestiniennes, publié le 17 mai 2015 sur ICI Radio-Canada.ca, et un reportage diffusé le même jour au Téléjournal de 22 heures sur ICI Radio-Canada Télé. Les reportages portaient sur la canonisation de deux religieuses présentées comme Palestiniennes par le pape François.

Par sa plainte, M. Proulx voulait souligner ce qu’il estime être « des erreurs ou à tout le moins un manque de recherche » dans l'article du web et le reportage télé signé par la journaliste
Anne Levasseur.

Voici les extraits pertinents de sa plainte :

« Les deux "Palestiniennes" en question (…) Mariam Baouardy et Marie-Alphonsine Danil Ghattas (…) ont en effet été canonisées par le pape François mais leur nationalité n'est pas "palestinienne". Prenons d'abord le cas de Mariam Baouardy. Une simple petite recherche sur Google aurait permis à votre équipe (ou disons à l'équipe de Reuters à qui vous avez emprunté l'article qui, elle, l'a copié d'une dépêche de l'AFP) d'atterrir sur la page Wikipédia consacrée à sœur Baouardy. Elle aurait découvert que le lieu de naissance de sœur Baouardy n'est en rien la Palestine.

Je cite l'article de Wikipédia :

"Mariam Baouardy (en religion sœur Marie de Jésus Crucifié), née le 5 janvier 1846 à Abellin, en Galilée et décédée le 26 août 1878 à Bethléem était une religieuse carmélite libanaise. La définition de la nationalité de Mariam Baouardy est difficile à indiquer car elle a vécu dans un pays (l'Empire ottoman), aujourd'hui disparu, qui regroupait en son sein diverses populations et nationalités. Aujourd'hui, le village natal de Mariam, Abellin, fait partie de l'État d'Israël (…). L'origine libanaise de ses parents la fait parfois qualifier de "libanaise", alors que son lieu géographique de naissance lui fait attribuer à tort une origine "palestinienne" (voire israélienne). Il ne semble pas y avoir de consensus actuellement sur sa nationalité à ce jour."

Pour ce qui est de Marie-Alphonsine Danil Ghattas, elle est née à Jérusalem. On dit sur sa page Wikipédia que sa nationalité est inconnue. Toutefois, à l'époque, Jérusalem faisait partie de l'Empire ottoman.

Comment Mariam Baouardy et Marie-Alphonsine Danil Ghattas pouvaient être "Palestiniennes" alors qu'à leur époque, il n'y avait aucun pays nommé Palestine, tout comme il n'y a jamais eu dans toute l'histoire de l'humanité un pays nommé Palestine? Le Larousse de 1884 décrit la Palestine comme une "contrée de la Turquie d’Asie, habitée autrefois par les Israélites, souvent désignée sous le nom de Terre sainte". Le Larousse de 1925, lui, décrit la Palestine comme une "contrée de la Syrie, entre la Phénicie au Nord, la mer Morte au Sud, la Méditerranée à l’Ouest, et le désert de Syrie à l’Est, arrosé par le Jourdain. C’est une bande de terre étroite, resserrée entre la mer, le Liban, et parcourue par le Jourdain, qui s’y jette dans la mer Morte. Elle est appelé aussi, dans l’Écriture sainte, Terre de Chanaan, Terre promise et Judée. C’est aujourd’hui [en 1925 donc] un État juif sous le mandat de l’Angleterre; 770 000 habitants. Capitale Jérusalem."

Aussi, l'article mis en ligne sur le site de Radio-Canada affirme que le pape François a qualifié Mahmoud Abbas d' "ange de la paix" lors de sa visite au Vatican. En fait, il s'agit d'une intoxication (un hoax, si vous préférez). Il s'agit d'une traduction erronée dans le but d'utiliser l'image du pape pour faire mal paraître Israël.

Le pape a offert à Abbas une copie de l’Evangelii Gaudium et un médaillon où figure l’ange de la paix qui a "détruit l’esprit diabolique de la guerre". Il lui a dit ceci en italien : Ho pensato a lei: che lei possa essere un angelo della pace. Tout Italien honnête traduit cette phrase ainsi : j'ai pensé à vous, [et souhaité] que vous puissiez être un ange de la paix.

Le pape lance un défi à Mahmoud Abbas, en aucun cas il le complimente.

Radio-Canada fait un merveilleux travail qui mérite d'être salué. Toutefois quand le sujet touche de près ou de loin Israël ou le conflit israélo-arabe, les artisans de Radio-Canada semblent oublier les principes de déontologie journalistique les plus élémentaires. En effet, ce n'est malheureusement pas la première fois qu'un citoyen écrit à l'ombudsman de Radio-Canada pour corriger une erreur de fait, une erreur historique, une mauvaise traduction ou une citation tronquée quand ce n'est pas de la propagande pure et simple digne du pire militant propalestinien. (…)

Ce sujet est complexe. Je lis sur Israël, le Proche-Orient, le Moyen-Orient et le conflit israélo-arabe depuis 2008 en lisant notamment des livres que la plupart des gens ne lisent pas et ne liront sûrement jamais. Je me considère plus informé sur ces sujets que quelqu'un qui s'informe uniquement dans les médias traditionnels et encore, je doute que ce que je connais de ces sujets n'est que la pointe de l'iceberg, tellement l'histoire renferme encore des secrets. Ce sujet mérite donc à mon avis une meilleure couverture journalistique qui se doit d'être neutre et impartiale. Et qui plus est, lorsqu'on reprend le communiqué d'une agence de presse comme dans le cas qui nous préoccupe ici, il me semble que le travail d'un journaliste serait de vérifier les informations qu'il contient avant de le publier bêtement sans poser de questions. »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

M. Pierre Champoux, directeur de la rédaction numérique à ICI Radio-Canada.ca, a répondu au plaignant au nom de la direction de l’Information.

Voici l’essentiel de sa réponse :

« D’abord, comme vous le constatez, l’article publié dimanche le 16 mai est signé Reuters, une agence de presse dont la réputation n’est plus à faire. ICI Radio-Canada.ca publie régulièrement des textes d’agence de Reuters ou de la Presse canadienne après s’être assuré, dans la mesure du possible, qu’ils répondent à nos critères d’excellence journalistique.

Dans le cas qui nous occupe, vous vous attardez au fait que l’on parle de "religieuses palestiniennes" et à l’accueil réservé par le pape François au leader palestinien Mahmoud Abbas, samedi.

La dépêche de Reuters désigne donc Mariam Baouardy et Marie-Alphonsine Danil Ghattas comme étant des "religieuses palestiniennes", citant ainsi le Vatican à l’instar de médias comme Libération ou France Inter. Cependant, nulle part dans le texte ne lit-on qu’il s’agit-là de leur nationalité à proprement parler. C’est plutôt une référence à leurs lieux de naissance respectifs (Jérusalem et Abellin). Comme moi, vous savez que la définition de la Palestine a beaucoup évolué au fil des siècles, n’acquérant une dimension politique qu’après 1948, pour les raisons que l’on sait. Dire des deux religieuses qu'elles étaient "Palestiniennes" relève plus du symbole, selon ma compréhension.

Wikipédia ne saurait être une référence absolue en la matière mais je vous recommande quand même la lecture de cette page sur la Palestine (que vous avez probablement déjà parcourue).

Quant aux mots lancés par le pape François à l’endroit de Mahmoud Abbas, la "version" contenue dans l’article de Reuters a aussi été reprise ailleurs. Si bien que le Vatican a tenu à préciser, lundi, que le Saint-Père avait, je cite l’AFP, "exprimé un encouragement aux efforts de paix avec Israël en souhaitant que le président palestinien Mahmoud Abbas soit un ange de la paix (...)". Nous ferons une mise à jour de notre article de samedi pour qu’il tienne compte de cette nouvelle version des faits.

Cela dit, nous faisons confiance à ces agences de presse dont nous publions les textes, jour après jour. S’il peut arriver que des erreurs ou des imprécisions se glissent dans les dépêches, nous n’avons généralement aucune raison de douter de la qualité de leur journalisme et de nous astreindre à tout contrevérifier. »

LA DEMANDE DE RÉVISION

M. Proulx n’a été qu’en partie satisfait de la réponse de M. Champoux et m’a donc demandé de réviser sa plainte.

M. Proulx reconnaît que l’article dont il s’est plaint a été mis à jour pour préciser les propos tenus par le pape François à l’endroit de Mahmoud Abbas et s’en trouve heureux.

Par contre, il maintient qu’il est erroné de qualifier les deux canonisées de Palestiniennes.

Voici quelques extraits de sa demande de révision :

« La compréhension de M. Champoux n'est malheureusement pas celle de tout le monde. Le lecteur qui ne s'attarde qu'au titre et au premier paragraphe comprend que le pape a canonisé deux Palestiniennes en présence du "président palestinien" Mahmoud Abbas. M. Champoux appelle ça un "symbole". Et quel symbole, oui. Ce lecteur conclura qu'il existait donc au XIXe siècle un État arabe indépendant nommé Palestine avec tous les attributs que l'on reconnaît aux États souverains aujourd'hui (institutions politiques propres, monnaie, langue, etc.) et que les Juifs ont volé leur pays à ce peuple. Cela donne de l'eau au moulin des contempteurs d'Israël et des "antisionistes". Surtout quand, je cite l'article, on mentionne tout de suite après ce "symbole", le traité dans lequel le Vatican "reconnaît pour la première fois formellement l'existence d'un État de Palestine" sans oublier le bijou en guise de conclusion que sont les propos politiques de Mahmoud Abbas : "Dans un communiqué, le dirigeant palestinien a déclaré que ces canonisations "exprimaient notre détermination à construire une Palestine souveraine, indépendante et libre en s'appuyant sur les principes d'une égalité entre les citoyens." Mahmoud Abbas a appelé les chrétiens de Palestine à ne pas émigrer, "mais à rester avec nous et à profiter des droits d'une citoyenneté pleine et égale, et à partager le poids des difficultés de la vie jusqu'à parvenir à la liberté, la souveraineté et la dignité humaine".

En présentant de tels "symboles", les gens finissent par adhérer au récit national palestinien. À l'époque, la Palestine était une province de l'Empire ottoman et comme dit dans ma plainte initiale, les deux religieuses n'ont aucun lien avec la Palestine telle qu'on la voit aujourd'hui et elles n'ont rien en commun avec la cause d'Abbas aujourd'hui. (…) La "palestinité" est apparue dans les années 1970. Il n'y a aucun pays nommé Palestine à ce jour et il n'y en a jamais eu. Les "Palestiniens" sont des Arabes et ils sont indifférenciables des Jordaniens. (…) »

Le reste de la demande de révision de M. Proulx s’attarde longuement à décrire l’opinion qu’il a de Mahmoud Abbas, du caractère entre autres corrompu de l’Autorité palestinienne et des caractéristiques démocratiques de l’État israélien, autant de sujets qui ne sont pas directement pertinents à l’examen de la plainte auquel je dois me livrer.

LA RÉVISION

Je remarque d’abord que le reportage n’indique pas, comme le soutient le plaignant, que les deux canonisées étaient de « nationalité » palestinienne. S’il les qualifie de « Palestiniennes », l’article de l’agence internationale Reuters reproduit sur ICI Radio-Canada.ca ne dit jamais qu’elles sont de « nationalité » palestinienne.

Dans l’introduction au reportage diffusé au Téléjournal, l’animatrice Claudine Bourbonnais ne parle pas non plus de « nationalité ». Quant au reportage lui-même, il présente les deux saintes comme « les premières religieuses de cette région à être canonisées depuis le début du christianisme ». On y précise aussi qu’elles y « sont nées au XIXe siècle sous le règne ottoman ».

Le plaignant s’appuie sur un article de l’encyclopédie en ligne Wikipédia pour affirmer que la première religieuse canonisée, Mariam Baouardy, n’est en rien Palestinienne. Et il en cite cet extrait :

« Mariam Baouardy (en religion sœur Marie de Jésus Crucifié), née le 5 janvier 1846 à Abellin, en Galilée et décédée le 26 août 1878 à Bethléem était une religieuse carmélite libanaise. La définition de la nationalité de Mariam Baouardy est difficile à indiquer, car elle a vécu dans un pays (l'Empire ottoman), aujourd'hui disparu, qui regroupait en son sein diverses populations et nationalités. Aujourd'hui, le village natal de Mariam, Abellin, fait partie de l'État d'Israël (…). L'origine libanaise de ses parents la fait parfois qualifier de "libanaise", alors que son lieu géographique de naissance lui fait attribuer à tort une origine "palestinienne" (voire israélienne). Il ne semble pas y avoir de consensus actuellement sur sa nationalité à ce jour. »

Toutefois, quand on consulte aujourd’hui le même article de Wikipédia, on remarque que le texte précédent a été modifié. Voici comment il se lit maintenant :

« Mariam Baouardy (en religion sœur Marie de Jésus Crucifié), née le 5 janvier 1846 à Abellin, en Galilée et décédée le 26 août 1878 à Bethléem était une religieuse carmélite, connue pour diverses manifestations mystiques. La définition de la nationalité de Mariam Baouardy est difficile à indiquer, car elle a vécu dans l'Empire ottoman, aujourd'hui disparu, qui regroupait en son sein diverses populations et nationalités. Aujourd'hui, le village natal de Mariam, Abellin, fait partie de l'État d'Israël (…). L'origine libanaise de ses parents l'a fait parfois qualifiée de libanaise, alors que son lieu géographique de naissance lui fait attribuer une origine palestinienne (voire israélienne). Le Saint-Siège la considère palestinienne. »

Je constate donc que dans la dernière version du texte, on ne dit plus que l’Empire ottoman était « un pays », et qu’on ne précise plus que c’est « à tort » que le lieu géographique de naissance de Mariam Baouardy « lui fait attribuer une origine palestinienne ». La dernière phrase de l’extrait cité par le plaignant, disant qu’il « ne semble pas y avoir de consensus actuellement sur sa nationalité », a disparu de la dernière version, dans laquelle par contre on ajoute que « le Saint-Siège la considère palestinienne ».

Cette petite démonstration illustre deux choses :

  • Wikipédia est une encyclopédie évolutive, qui est constamment mise à jour en fonction des derniers développements et qui n’est qu’une référence parmi d’autres; en fait, le plus utile dans les entrées de cette encyclopédie ouverte à tous sont les références et les renvois en bas de page;
  • et le dossier palestinien est d’une complexité si grande, comme en convient lui-même M. Proulx, que chaque terme utilisé est reçu par chacun selon sa propre vision des faits.

À cet égard, je souligne que même les dictionnaires « sérieux » et renommés, comme le Larousse que le plaignant cite dans son édition de 1925, ne sont pas à l’abri des erreurs ou des prises de position controversées. Il est en effet tout à fait faux de prétendre, en 1925, que la Palestine est « un État juif sous le mandat de l’Angleterre » ayant comme capitale Jérusalem.

Le plaignant considère que l’autre nouvelle sainte, Marie-Alphonsine Danil Ghattas, ne peut pas elle non plus être qualifiée de « Palestinienne » puisqu’elle est née à Jérusalem à une époque où la ville faisait partie de l'Empire ottoman. Il ajoute, se reposant à nouveau sur Wikipédia que « sa nationalité est inconnue ».

Le nom « Palestine » est utilisé depuis l’Antiquité. Il est dérivé du mot « philistin », du nom d’un peuple qui domina la région à une certaine époque, mais qui fut conquis par les Assyriens et continua d’exister sous les différents empires qui dominèrent le Proche-Orient avant d’être tout à fait assimilé.

À partir du IIe siècle, le terme « Palestine » commença à être utilisé par les Romains pour désigner la région et il continua d’en être ainsi par les différentes puissances qui la conquirent jusqu’à la chute de l’Empire ottoman au terme de la Première Guerre mondiale. La Palestine fut alors confiée par la Société des Nations à la tutelle britannique avec le mandat d’y créer deux États souverains, l’un juif, l’autre arabe. Depuis l’ère romaine jusqu’à la création d’Israël, la Palestine couvrait à peu de choses près le même territoire que celui de la Palestine mandataire gérée par les Britanniques.

Les deux religieuses canonisées par le pape François sont nées sur ce territoire bien avant la création d’Israël : la première à Abellin, qui fait aujourd’hui partie d’Israël qui a conquis ce village en 1948 pendant la guerre avec les pays arabes voisins qui a suivi sa déclaration d’indépendance; la deuxième à Jérusalem. Les deux villes faisaient partie de la Palestine mandataire.

La Palestine existe donc depuis longtemps, n’en déplaise à M. Proulx. Elle est actuellement au centre d’un conflit et les « territoires palestiniens » de Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem, sont actuellement sous l’occupation ou le contrôle d’Israël depuis qu’il les a conquis durant la guerre de 1967 contre l’Égypte, la Syrie et la Jordanie.

Si elle existe depuis 2 000 ans et qu’elle continue d’exister sous la forme de « territoires occupés », il serait absurde de prétendre que les Palestiniens n’existent pas et n’ont jamais existé. D’ailleurs, la communauté internationale reconnaît l’existence de plusieurs millions de « réfugiés palestiniens » chassés de chez eux par les guerres successives entre Israël et ses voisins arabes.

Bien sûr, dans le contexte actuel de l’éternel et irrésolu conflit israélo-palestinien, l’utilisation des mots « Palestine » et « Palestinien » risque toujours d’être interprétée comme une prise de position. On le comprend bien quand on constate le contexte dans lequel le pape François a canonisé les deux religieuses palestiniennes dont il est question dans les reportages qui font l’objet de cette plainte. Le Vatican lui-même s’est servi de ces canonisations pour envoyer un appel au règlement du conflit israélo-palestinien, en profitant même pour inviter le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à y participer, et reconnaître officiellement l’existence d’un État palestinien.

Les reportages ne pouvaient pas ne pas en tenir compte et je considère qu’on pouvait très bien y qualifier les deux nouvelles saintes de « Palestiniennes, » comme l’a fait le Vatican.

Comme je l’ai dit plus haut, jamais les reportages ne disent que les deux femmes étaient de « nationalité » palestinienne.

Or, on peut tout à fait être désigné par son lieu d’origine, de naissance ou de résidence, que ce soit sa région, sa ville, sa province, sa contrée, sa communauté, son district, son département, son ethnie, voire son continent, sans que ce soit obligatoirement son pays ou sa nation. Sinon quoi? On ne pourrait pas être Québécois, Ontarien, Beauceron, Breton, Kurde, Européen?

Je ne peux donc pas partager l’opinion de M. Proulx, qui considère que le fait d’avoir dit des deux religieuses canonisées qu’elles étaient Palestiniennes incite à conclure qu'il existait « au XIXe siècle un État arabe indépendant nommé Palestine avec tous les attributs que l'on reconnaît aux États souverains aujourd'hui (institutions politiques propres, monnaie, langue, etc.) et que les Juifs ont volé leur pays à ce peuple ».

L’autre aspect de la plainte de M. Proulx tient au fait qu’on a mal traduit les propos du pape François, faisant dire à celui-ci que Mahmoud Abbas était un « ange de la paix » alors qu’en fait il l’appelait plutôt à le devenir.

Je constate que cette erreur est attribuable aux auteurs de l’article de l’agence Reuters et qu’il a été reproduit par les médias qui l’ont diffusé. Le Vatican s’est donc senti obligé, au lendemain de la publication, de préciser que le pape avait « exprimé un encouragement aux efforts de paix avec Israël en souhaitant que le président palestinien Mahmoud Abbas soit un ange de la paix ».

Les journalistes de Radio-Canada qui ont utilisé l’article de Reuters comme source n’avaient pas les moyens d’en vérifier l’exactitude. Mais dès qu’on a compris qu’il y avait eu erreur, on a modifié les articles parus sur ICI Radio-Canada.ca. On a donc agi conformément aux Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada qui disent ceci :

« Principes - Correction des erreurs

Nous mettons tout en œuvre afin d’éviter les erreurs en ondes et dans nos services en ligne. Dans le respect des principes d’exactitude, d’intégrité et d’équité, nous n’hésitons pas à corriger une erreur importante lorsque nous avons pu établir qu’elle a été commise. Cela est essentiel pour maintenir notre crédibilité auprès des Canadiens. Lorsque nous devons apporter une mise au point, nous le faisons dans les meilleurs délais, en tenant compte des circonstances et de l’ampleur donnée à la diffusion des éléments erronés.

Le fait qu’une situation ait pu évoluer et qu’une information qui était exacte au moment de sa diffusion ne le soit plus ne signifie pas qu’une erreur a été commise. Toutefois, nous devons considérer la pertinence d’une mise à jour, selon l’importance de l’information et ses répercussions.

Le choix de la forme et du moment de diffusion d’une mise au point incombe au directeur, qui peut, si nécessaire, consulter le Service juridique. »

Conclusion

Les reportages, diffusés le 17 mai 2015 sur ICI Radio-Canada.ca et au Téléjournal de 22 heures d’ICI Radio-Canada Télé, à propos de la canonisation par le pape François de deux religieuses d’origine palestinienne n’ont pas enfreint les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

Pour me joindre : ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc