Violences en Israël : à l’impossible nul n’est tenu (ICI Radio-Canada.ca)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte concernant un article publié le 9 octobre 2015 sur ICI Radio-Canada.ca à propos d’incidents violents survenus en Israël.

LA PLAINTE

Le plaignant est M. David Ouellette. Il agit comme directeur associé, affaires publiques (Québec) du Centre consultatif des relations juives et israéliennes, un groupe de pression qui défend les intérêts d’Israël et de la communauté juive.

M. Ouellette en a contre un article publié le 9 octobre 2015 sur ICI Radio-Canada.ca à propos d’incidents violents survenus en Israël.

Plus précisément, il considère que l’article intitulé 5 questions pour comprendre la flambée de violence en Israël enfreint les valeurs d’exactitude, d’équilibre et d’impartialité des Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada.

Voici comment il exprime ses griefs :

« Radio-Canada a publié sur son site web un texte intitulé 5 questions pour comprendre la flambée de violence en Israël qui prétend expliquer au public les causes des attaques palestiniennes en cours contre les Juifs israéliens. Son auteure, Ximena Sampson, affirme d’entrée de jeu que les "tensions ont commencé à monter au début du mois de septembre, lorsque le gouvernement israélien a émis des restrictions sur la présence de musulmans sur l'esplanade des Mosquées".

Rien n’est plus faux.

Premièrement, Israël n’a pas restreint l’accès des musulmans au mont du Temple au début du mois de septembre, mais plutôt banni du lieu les mourabitat et mourabitoun. Les mourabitat et mourabitoun (défenseurs de la foi) sont des sentinelles musulmanes affiliées au Mouvement islamique en Israël qui harcèlent les visiteurs non-musulmans et cherchent à provoquer des incidents, selon la police israélienne chargée de maintenir la paix sur le mont du Temple et d’assurer qu’aucun autre culte que l’islam n’y soit pratiqué.

Deuxièmement, les tensions autour du mont du Temple se sont exacerbées, après l’accalmie qui a suivi la dernière vague de terreur palestinienne en octobre et novembre 2014, dès le mois de juillet dernier. En effet, le 26 juillet dernier des Palestiniens masqués lancent des pierres, des bombes incendiaires et des explosifs sur la police israélienne qui les repousse dans la mosquée Al-Aqsa. Selon la police israélienne, les Palestiniens avaient entreposé dans la mosquée pierres et petits explosifs pour attaquer les fidèles juifs célébrant Tisha Be’av devant le mur des Lamentations en contrebas du mont du Temple.

Mme Sampson fait appel à deux personnes pour donner leurs vues sur les causes de la violence palestinienne en recrudescence. Les deux, un universitaire québécois qui voit dans le boycott d’Israël "le seul espoir" des Palestiniens et une journaliste affiliée à l’extrême gauche israélienne, concordent sans surprise pour ne blâmer que le gouvernement israélien. Radio-Canada n’a même pas recherché un semblant d’équilibre.

À propos de la réaction du gouvernement israélien à la violence palestinienne,
Mme Sampson évoque les mesures contre-terroristes israéliennes et parle de "ligne dure", mais n’évoque jamais les mesures prises par Israël pour convaincre les Palestiniens que ni le statu quo sur le mont du Temple, ni la mosquée Al-Aqsa ne sont en danger. D’ailleurs Radio-Canada n’a jamais expliqué quel est le statu quo sur le mont du Temple assurant l’exclusivité de l’islam et dont les Palestiniens prétendent qu’il est en danger.

À la question "que fait l’Autorité palestinienne?", Mme Sampson ne dit rien de l’incitation à la violence articulée par Mahmoud Abbas et diffusée par les médias officiels de l’Autorité palestinienne et des dirigeants du Fatah, le parti de M. Abbas.

Certes, Mme Sampson rapporte qu’Israël accuse l’Autorité palestinienne d’inciter les Palestiniens à la violence, mais alors que son article affirme que la présence accrue de juifs sur le mont du Temple a attisé les tensions, elle passe sous silence l’appel d’Abbas aux Palestiniens à verser leur sang pour "défendre" la mosquée d’Al-Aqsa.

En déformant les faits et en ne présentant que des perspectives critiques du gouvernement israélien et muettes sur la responsabilité des Palestiniens, cet article enfreint les valeurs d’exactitude de l’information, d’équilibre et d’impartialité. »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION

M. Pierre Champoux, directeur de la rédaction numérique pour ICI Radio-Canada.ca a répondu à M. Ouellette au nom de la direction de l’Information.

Voici sa réponse :

« Votre plainte porte sur notre article du 9 octobre 2015 intitulé 5 questions pour comprendre la flambée de violence en Israël. Cet article, signé par notre journaliste Ximena Sampson, se veut une façon de vulgariser une situation complexe pour le bénéfice d’un auditoire qui n’en saisit pas toujours les contours et les nuances. Évidemment, loin de nous l’intention d’imposer un point de vue plutôt qu’un autre. Il s’agit ici d’éclairer notre public afin qu’il puisse se faire une opinion ou, à tout le moins, qu’il s’intéresse davantage à ce conflit.

Cela dit, vous relevez quelques passages de l’article qui, selon vous, contreviennent à nos NPJ.

Vous estimez d’abord qu’il est faux de dire que, je cite notre article, "les tensions ont commencé à monter au début du mois de septembre, lorsque le gouvernement israélien a imposé des restrictions sur la présence de musulmans sur l'esplanade des Mosquées…".

Selon vous, je vous cite, "... Israël n’a pas restreint l’accès des musulmans au mont du Temple au début du mois de septembre mais plutôt banni du lieu les mourabitat et mourabitoun".

Sans vouloir jouer sur les mots, je suis d’avis que notre formulation ("...la présence de musulmans…") ne signifie pas que tous les musulmans soient visés par ces restrictions imposées par les autorités israéliennes, mais je conçois que cela puisse prêter à équivoque. Nous allons donc ajouter une précision à cet égard.

Vous soulignez ensuite que cette flambée des tensions remonte, non pas au début du mois de septembre comme nous l’écrivons, mais à juillet dernier. La poule ou l’œuf? L’origine réelle des tensions est certainement plus ancienne que ces événements de septembre, mais il n’est certainement pas inexact d’affirmer que la flambée toute récente a été provoquée par les restrictions israéliennes et la visite du ministre Ariel.

Vous critiquez aussi le choix des intervenants invités à commenter la situation. Pierre-Alain Clément est directeur adjoint de l'Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand et expert du conflit israélo-palestinien. À ce titre, il est un analyste privilégié et son propos ne se résume pas qu’à cette idée d’un boycott "des entreprises israéliennes" dont il ne fait d’ailleurs pas la promotion mais rappelle qu’il est en marche depuis plusieurs années et représente un espoir plus prometteur que la violence. Quant à la journaliste Mairav Zonszein, elle propose un regard intéressant du fait qu’elle soit critique des politiques de son pays, offrant ainsi un contrepoids non sans valeur à la version officielle du gouvernement ou de l’armée israélienne, largement plus répandue que les voix israéliennes dissidentes ou modérées.

Au sujet du statu quo, je vous référerai à notre encadré apparaissant à la fin du point 1 où nous le résumons, proposant en appui une vidéo qui retrace l’histoire de l’esplanade des Mosquées/mont du Temple. Aux fins de cet article qui ne se veut pas encyclopédique, je crois que l’explication est amplement suffisante.

Vous estimez que nous passons sous silence le rôle de l’Autorité palestinienne et l’appel à la violence de son président Mahmoud Abbas. Je vous soumets ce passage qui met le rôle et l’influence de M. Abbas en perspective :

"Le président de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, n'a pas condamné les dernières violences. Le 30 septembre, devant l'Assemblée générale de l'ONU, il a déclaré qu'il n'était pas tenu de respecter les accords conclus avec Israël, en raison notamment de son refus de cesser la colonisation. M. Abbas a accusé Israël de saper les efforts de paix américains et a déclaré que l'AP ne se sentait plus liée par les accords d'Oslo. Pour autant, ce geste d'éclat n'aura pas vraiment de répercussions sur le terrain, affirme Pierre-Alain Clément, puisque Mahmoud Abbas n'a aucune prise sur la situation. "C'est un complice plus ou moins consentant." L'AP est partenaire d'Israël pour la sécurité, mais son rôle se limite à ça, affirme, pour sa part, Mairav Zonszein, étant donné qu'elle n'a aucune légitimité ni aucun pouvoir. "C'est une marionnette", affirme la journaliste."

Aussi, en toute transparence, nous ignorions l’existence de cette vidéo de M. Abbas qui n’a manifestement pas été relayée par les grands médias ou authentifiée quant à la précision de sa traduction ou à la date de sa production. »

LA DEMANDE DE RÉVISION

À l’évidence, la réponse qu’il a reçue de M. Champoux n’a pas convaincu le plaignant puisqu’il m’a demandé de réviser sa plainte. Voici en quels termes il a réfuté les explications du porte- parole de la direction :

« Vous affirmez qu’il n’est pas inexact de prétendre que la vague de terrorisme palestinien en cours a pour origine les restrictions israéliennes, voire même la visite d’Ariel Sharon au mont du Temple il y a 15 ans.

Sans douter de la sincérité de votre point de vue, il s’agit là d’une perspective entièrement tributaire des déclarations palestiniennes à l’intention de la presse occidentale qui fait fi à la fois du point de vue israélien et de l’histoire du conflit, comme c’est généralement le cas à Radio-Canada.

Comme j’ai tenté de le démontrer, la reprise de la violence a commencé en juillet dernier, alors que des extrémistes musulmans préméditaient un assaut depuis le mont du Temple sur les fidèles juifs réunis en contrebas devant le mur des Lamentations.

Les seules restrictions en vigueur à l’époque étaient celles du statu quo, à savoir la stricte interdiction faite aux juifs de prier sur le mont du Temple, qui n’a jamais cessé d’être appliquée depuis 1967.

S’il fallait remonter aux véritables origines historiques de la violence actuelle, et j’encourage Radio-Canada à le faire en conformité avec les récentes lignes directrices établies par la direction générale de l’information, il faudrait informer votre public que depuis 1929 les dirigeants religieux et politiques palestiniens incitent leur population à tuer des juifs sur la base de cette fausse rumeur voulant que les juifs attaquent la mosquée Al-Aqsa ou chercheraient à s’accaparer du mont du Temple. Aujourd’hui, comme en 1929, cette accusation gratuite incite des Palestiniens à assassiner des juifs.

En prétendant que les tensions se sont exacerbées du fait de restrictions "sur la présence de musulmans" sans autres explications, Radio-Canada donne à comprendre qu’Israël brime arbitrairement l’accès de musulmans à leur lieu de prière, alors que le gouvernement israélien en a banni un petit groupe d’extrémistes qui harcelaient les visiteurs non-musulmans dans le but de provoquer des incidents et d’élever les tensions.

Les tentatives d’attaques depuis le mont du Temple contre des juifs à l’extérieur de son périmètre en juillet dernier et l’expulsion subséquente d’extrémistes musulmans du site sont des éléments essentiels à rapporter pour comprendre la situation et éviter de conférer aux actions israéliennes un caractère arbitraire.

Vous me dites que Mme Zonszein "propose un regard intéressant du fait qu’elle soit critique des politiques de son pays, offrant ainsi un contrepoids non sans valeur à la version officielle du gouvernement ou de l’armée israélienne, largement plus répandue que les voix israéliennes dissidentes ou modérées".

Je ne conteste pas à Radio-Canada sa liberté entière de donner la parole aux individus de son choix. Il reste que pour un article qui prétend, comme vous dites, éclairer sans imposer de point de vue, celui-ci ne présente que le point de vue de deux critiques d’Israël qui blanchissent les Palestiniens de toute responsabilité.

En outre, il est déconcertant que Radio-Canada juge nécessaire, pour faire "contrepoids" à la "version officielle" des responsables israéliens, d’en appeler à une "dissidente", comme si la presse généraliste israélienne, réputée pour sa farouche indépendance, ne regorgeait pas de journalistes à l’esprit critique qui auraient pu proposer des remarques plus nuancées pour le bénéfice de votre public. Je note aussi que Radio-Canada ne fait jamais appel aux dissidents palestiniens pour faire contrepoids à la version officielle des dirigeants palestiniens.

Soit, Radio-Canada n’était pas au courant des propos incendiaires du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Pourtant, ces propos ont été amplement rapportés dans la presse israélienne. Quant à l’authenticité de ses propos incendiaires, je me permets de vous envoyer le lien à la une du 17 septembre dernier du quotidien officiel de l’Autorité palestinienne Al-Hayat Al-Jadida (http://alhaya.ps/pdf/2015/9/17/page1.pdf) qui reproduit les propos d’Abbas se réjouissant du sang versé à Jérusalem. Je note d’ailleurs que vos confrères de la CBC rapportent le double discours d’Abbas (http://www.cbc.ca/news/world/israel-palestinian-boy-erroneous-1.3271928). Puisque vous m’indiquez être disposé à apporter des modifications à cet article, je vous soumets qu’il n’est pas trop tard de valider l’authenticité des propos d’Abbas (et de plusieurs autres de ses collègues au Fatah et dans l’Autorité palestinienne) pour informer votre public de l’incitation à la violence des responsables palestiniens.

Pour l’heure, je maintiens que cet article déséquilibré, affiché depuis une dizaine de jours parmi les premiers titres de la page internationale de Radio-Canada.ca, contrevient aux NPJ de Radio-Canada. Je prie en conséquence l’ombudsman d’en faire la révision. »

Le porte-parole de la direction, M. Pierre Champoux, a de nouveau répondu à ces dernières remarques de M. Ouellette. Voici cette réplique :

« Je … vous informe que nous avons publié, dans notre article du mardi 13 octobre, la précision à laquelle je fais allusion dans ma première réponse.

Le passage se lit maintenant comme suit :

...

"Les tensions ont commencé à monter au début du mois de septembre lorsque le gouvernement israélien a déclaré "illégal" le mouvement des mourabitoun, un groupe musulman en grande partie informel qui affirme défendre l'esplanade des Mosquées, que les juifs appellent le "mont du Temple". La visite sur le site du ministre israélien de l'Agriculture, Uri Ariel, partisan du droit des juifs à prier sur le site et de la construction du troisième temple, a avivé les tensions et provoqué des affrontements entre des Palestiniens et des soldats israéliens.

Ces affrontements se déroulent sur fond de tensions liées au fait que les Palestiniens ont l'impression qu'Israël permet à un nombre de plus en plus important de juifs d'accéder au site et d'altérer le statu quo. Le gouvernement israélien a démenti les rumeurs et soutenu qu'il n'avait aucunement l'intention de modifier les règles.

Dans une version précédente de cet article, nous écrivions que "les tensions ont commencé à monter au début du mois de septembre, lorsque le gouvernement israélien a imposé des restrictions sur la présence de musulmans sur l'esplanade des Mosquées, que les juifs appellent le "mont du Temple"."Cette formulation pouvait laisser croire que ces restrictions s'étendaient à tous les musulmans. Nous avons modifié ce passage pour plus de clarté."

...

Vous pouvez le lire également en cliquant ici.

Respectueusement, je vous rappelle que cet article se veut une explication ponctuelle en lien avec des événements récents. S'il souhaite en connaître davantage, le lecteur aura tout le loisir de consulter nos autres contenus connexes ou fouiller le web à la recherche d'informations complémentaires. »

Ces dernières précisions n’ont toutefois pas ébranlé M. Ouellette dans sa conviction que l’article demeurait « fortement déséquilibré ».

LA RÉVISION

La première version de l’article, qui fait l’objet de cette plainte, péchait effectivement par imprécision, mais il n’était pas fondamentalement inexact. Cela dit, la direction de l’Information s’est rendue aux arguments du plaignant et en a modifié le début.

M. Ouellette soutient que « les tensions autour du mont du Temple se sont exacerbées … dès le mois de juillet dernier », mais, pour autant, il n’est pas faux de dire, comme l’écrit la journaliste Ximena Sampson, que « les tensions ont commencé à monter au début du mois de septembre ».

Dans le contexte du conflit israélo-palestinien qui, d’Intifadas en guerres totales, de répressions en attaques suicides, d’appels à la haine et d’attentats en bombardements, n’en finit plus de durer, il devient assez difficile et oiseux de déterminer si les tensions se sont « exacerbées » ou si elles ont « commencé », et en juillet plutôt qu’en septembre. Dans ma compréhension de ce drame affligeant, les tensions sont permanentes et les flambées de violence aussi régulières qu’inévitables.

En tout état de cause, il n’est pas inexact d’affirmer que « la visite sur le site (du mont du Temple) du ministre israélien de l'Agriculture, Uri Ariel, partisan du droit des juifs à prier sur le site et de la construction du troisième temple, a avivé les tensions et provoqué des affrontements entre des Palestiniens et des soldats israéliens ».

Par ailleurs, l’argumentaire de M. Ouellette fait peu de cas du mouvement réclamant en Israël le droit pour les juifs de prier sur le mont du Temple, un droit actuellement strictement réservé aux musulmans; actuellement, si les juifs peuvent visiter l’endroit, ils ne peuvent y prier.

Ce mouvement, qui prend de plus en plus d’ampleur parmi les juifs orthodoxes et la droite religieuse, est appuyé par plusieurs députés de la Knesset, dont certains sont membres du Likoud, le parti au pouvoir du premier ministre Benyamin Nétanyahou.

Il n’est pas inutile de savoir que ce mouvement, relativement nouveau, est essentiellement politique puisque le grand rabbinat d’Israël, l’autorité suprême en matière de religion pour les Juifs israéliens, interdit aux fidèles, pour des motifs religieux, de se rendre sur le mont du Temple.

Cette prescription a toujours été largement respectée, sauf depuis quelques années alors qu’à l’appel d’activistes des juifs se rendent de plus en plus nombreux au mont du Temple. En 2013, on en a compté autour de 11 000.

À mon avis, on ne peut pas faire abstraction de ce phénomène pour comprendre vraiment la nature et l’origine des dernières violences, qu’il est réducteur d’attribuer aux seules actions, en juillet 2015, de certains extrémistes musulmans.

M. Ouellette en a également contre le fait que les deux personnes dont les commentaires sont rapportés dans l’article critiquent Israël et « blanchissent les Palestiniens de toute
responsabilité ».

La première, Mme Mairav Zonszein, est une journaliste et blogueuse israélienne indépendante qui écrit entre autres dans le New York Times et le Guardian de Londres et que M. Ouellette décrit comme étant « affiliée à l’extrême gauche israélienne », une opinion qui lui appartient. Mme Zonszein est effectivement critique des positions israéliennes et s’oppose notamment à l’occupation illégale des territoires palestiniens conquis en 1967.

Toutefois, je ne crois pas qu’on puisse affirmer qu’elle blanchit, dans l’article, « les Palestiniens de toute responsabilité » puisqu’elle y qualifie l’Autorité palestinienne de « marionnette » qui « n'a aucune légitimité ni aucun pouvoir ».

L’autre personne interviewée est le professeur Pierre-Alain Clément, directeur adjoint de l'Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal. Il y soutient que les gestes posés par l’Autorité palestinienne, comme le reniement des accords d’Oslo, n’ont pas de répercussions puisque son président, Mahmoud Abbas, n'a aucune prise sur la situation ». « C'est, dit-il, un complice plus ou moins consentant. »

Par ailleurs, l’article de Mme Sampson fait bien état de la position officielle du gouvernement israélien en précisant qu’il « a démenti les rumeurs et soutenu qu'il n'avait aucunement l'intention de modifier les règles » d’accès au mont du Temple; que le premier ministre Benyamin Nétanyahou « accuse l'Autorité palestinienne et le Hamas d'inciter les Palestiniens à la violence » et dénonce le Mouvement islamique qui mobilise « les Palestiniens et les Arabes israéliens autour de l'esplanade des Mosquées ».

De la même façon, l’article précise que « le président de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, n'a pas condamné les dernières violences ». La journaliste Sampson y rappelle aussi que « le 30 septembre, devant l'Assemblée générale de l'ONU, (Abbas) a déclaré … que l'Autorité palestinienne ne se sentait plus liée par les accords d'Oslo ».

Enfin, M. Ouellette reproche à la journaliste Ximena Sampson de ne pas avoir fait état de « l’appel d’Abbas aux Palestiniens à verser leur sang pour défendre la mosquée d’Al-Aqsa ».

Après vérifications, j’ai constaté que les propos en question d’Abbas, en arabe, ont été rapportés différemment par les médias, même israéliens, et que la traduction en anglais pouvait varier selon l’utilisation qu’on en faisait.

Ainsi, le 17 septembre, le Jerusalem Post, qui publie en langue anglaise, rapportait ces propos, prononcés la veille par Mahmoud Abbas, à la fin d’un article portant sur les mesures de défense que l’armée israélienne était en train de déployer pour faire face à la crise :

« Each drop of blood that was spilled in Jerusalem is pure blood as long as it’s for the sake of Allah. » (Ma traduction : « Chaque goutte de sang qui a été répandue à Jérusalem est du sang en autant qu’il l’ait été pour l'amour d'Allah. »)

Au fil des jours, le début de cette déclaration s’est transformé, notamment dans la bouche des officiels israéliens, en ceci :

« We bless every drop of blood that has been spilled for Jerusalem … » (Ma traduction : « Nous bénissons chaque goutte de sang qui a été répandue pour Jérusalem … »)

Puis, dans une lettre d’opinion publiée le 18 octobre dans le Wall Street Journal et signée par la vice-ministre des Affaires étrangères d’Israël Tzipi Hotovely, un mois après la déclaration d’Abbas, celle-ci est devenue :

« We welcome every drop of blood spilled in Jerusalem. » (Ma traduction : « Nous nous félicitons de chaque goutte de sang versée à Jérusalem … »)

Notons, outre l’ajout des termes « nous bénissons » qui deviennent finalement « nous nous félicitons » dans la dernière version, le passage du passé au présent puisque « le sang qui a été versé » (that was spilled ou has been spilled) devient « le sang versé » (spilled).

Je soumets respectueusement que la déclaration d’origine était nettement plus ambiguë que ce qu’elle est devenue un mois plus tard dans sa dernière mouture et que celle-ci raisonne effectivement beaucoup plus que la première comme un « appel … aux Palestiniens à verser leur sang pour défendre la mosquée d’Al-Aqsa », pour employer la phrase de M. Ouellette.

Dans ces circonstances, on ne peut pas reprocher à la journaliste de ne pas en avoir fait état, d’autant qu’elle avait rapporté les propos de Benyamin Nétanyahou, qui accusait « l'Autorité palestinienne et le Hamas d'inciter les Palestiniens à la violence », et ceux de Mahmoud Abbas qui n’avait « pas condamné les dernières violences ».

La nature du conflit israélo-palestinien, ses contextes historique, politique et religieux qui contribuent à son extrême complexité, sa permanence, l’impasse dans laquelle il se trouve et l’incapacité, voire le refus, des belligérants de le dénouer sont autant de facteurs qui rendront toujours sa couverture journalistique périlleuse, en tous cas sujette à caution pour les tenants des parties en cause.

Les journalistes, eux, se doivent d’éviter les erreurs de faits, et de faire le maximum pour rendre compte des événements sans donner l’impression qu’ils favorisent une partie plutôt qu’une autre. Celles-ci en seront rarement convaincues, mais ce qui importe c’est l’honnêteté de la démarche journalistique. On ne peut pas exiger l’impossible des journalistes, soit de réconcilier tous les points de vue de ceux qui s’opposent sur le terrain d’un conflit insoluble. Ce n’est pas leur rôle et ça tiendrait du miracle.

Dans le cas présent, l’article intitulé 5 questions pour comprendre la flambée de violence en Israël est le fruit d’un travail journalistique honnête et d’une démarche impartiale.

Conclusion

L’article intitulé 5 questions pour comprendre la flambée de violence en Israël, publié le 9 octobre 2015 sur ICI Radio-Canada.ca, n’enfreint pas les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Révision en version PDF.

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