Météo : une question de temps, pas de secondes (ICI RDI)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos du contenu d’un bulletin météorologique présenté à ICI RDI.

LA PLAINTE

Une auditrice, Mme Line Branchaud, se plaint du peu de temps consacré à Ottawa dans le bulletin météorologique diffusé au Réseau de l’information (ICI RDI), à 5 h 55 le matin du 8 décembre 2014.

Voici sa plainte.

« Mme Boudreau (Julie Jasmine Boudreau, la présentatrice météo) et RDI ne se corrigeront jamais au sujet de la météo pour Ottawa. Ceci est une plainte formelle. Je ne peux croire que, encore une fois, Mme Boudreau ne donne que quelques secondes à la météo pour Ottawa. (…) Inacceptable encore une fois. »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

M. Luc Simard, directeur, Diversité et Relations citoyennes, a répondu à Mme Branchaud au nom de la direction de l’Information.

Voici cette réponse :

« Pour être en mesure de vous répondre, nous avons réécouté ce bulletin météo d’ICI RDI Matin, qui a duré de 5 h 49 et 20 secondes à 5 h 52, soit environ 2 minutes et demie.

La première minute et demie, jusqu’à 5 h 50 et 51 secondes, comprend la présentation de 5 cartes, intitulées dans l’ordre : Températures actuelles, Refroidissement éolien, Satellite et radar, Nuages et précipitations et Total de neige. Nous observons que chacune de ces cartes comprend, en plein milieu et donc très visible, la ville d’Ottawa.

La deuxième partie du bulletin présente les prévisions de température sur 3 jours. Elle se déroule de 5 h 50 et 51 secondes jusqu’à 5 h 52, soit pendant 1 minute et 9 secondes. Pendant ce court laps de temps, nous montrons 9 tableaux, comprenant 3 régions chacun. Le premier tableau, consacré aux territoires de Montréal, de l’Outaouais et de Laurentides-Lanaudière est celui qui reste le plus longtemps à l’écran, soit 20 secondes. Le neuvième et dernier tableau, contenant Edmonton, Vancouver et Victoria, est le plus bref : on le voit pendant 2 secondes.

C’est le septième tableau de la série, incluant Ottawa, Toronto et Sudbury, qui a suscité votre indignation : il se voit accorder 5 secondes. Nous notons que, même s’il est montré brièvement, son importance est accentuée par les paroles de la météorologue, qui souligne les "… conditions généralement nuageuses du côté d’Ottawa".

Cinq secondes est une durée égale à celle accordée aux villes de Moncton, Halifax et Charlottetown et supérieure à celle des régions de la Côte-Nord, Îles-de-la-Madeleine et
Saint-Jean, Terre-Neuve et Labrador, qui ont eu 3 secondes.

La visibilité de chacun des tableaux est fonction de certains critères : d’abord, il est normal que la grande région montréalaise, où habite la moitié du public de Radio-Canada, reçoive l’attention qu’elle mérite. Ensuite, il est souhaitable que les phénomènes météo, où qu’ils surviennent, soient convenablement décrits. C’est ce qui a été fait pour les territoires de Montréal, de l’Outaouais et de Laurentides-Lanaudière puisque, le 8 décembre dernier, de fortes chutes de neige et de la pluie verglaçante étaient annoncées. »

LA DEMANDE DE RÉVISION

Mme Branchaud n’a pas été satisfaite de la réponse de M. Simard et m’a demandé de réviser le dossier.

Voici en quels termes :

« Premièrement, je tiens à vous souligner que M. Simard n’a pas répondu dans les 20 jours ouvrables tel qu’il est demandé. J’ai reçu la réponse de M. Simard 35 jours plus tard, à partir du 8 décembre 2014 et reçu le 28 janvier 2015, ce qui n’a pas été respecté. Je sais très bien qu’il y a eu le temps des fêtes, mais ceci n’est pas une raison d’y répondre 35 jours plus tard.

M. Simard a mentionné, et je cite : la visibilité de chacun des tableaux est fonction de certains critères (quels sont ces critères et qui les créent). M. Simard mentionne aussi, et je cite : qu’il est normal que la grande région montréalaise où habite la moitié du public de Radio-Canada, reçoive l’attention qu’elle mérite. Une réponse comme celle-ci est inacceptable et prouve à quel point que Radio-Canada et RDI ne reflètent pas du tout la diversité régionale des francophones hors Québec et indiqué dans les Normes et pratiques journalistiques (NPJ).

Tant qu’à Mme Julie Jasmine Boudreau, que je suis depuis ses débuts à RDI, elle ne semble pas avoir pris de la maturité pour son travail. Je n’ai rien contre le fait que des journalistes-animateurs peuvent avoir un certain plaisir devant public et à l’écran, mais dans le cas de Mme Boudreau, elle semble ne pas respecter les francophones hors Québec lors de sa présentation de la météo, en ne disant qu’un ou deux mots et semble encore très enfantine. Présenter la météo d’Ottawa à 5 secondes et parfois moins et que pour Montréal, Outaouais, Laurentides-Lanaudière a une grande marge de secondes, c’est très désolant et insultant.

Tant qu’aux Normes et pratiques journalistiques (NPJ), qui indiquent, et je cite : Servir l’intérêt du public, Refléter la diversité et Agir de façon responsable, elles ne semblent pas être bien définies mais limitées pour Montréal et le Québec et non pour les francophones hors Québec qui contribuent tout autant à Radio-Canada et RDI. Ces Normes et pratiques journalistiques (NPJ) devraient être modifiées en y ajoutant les francophones hors Québec pour un meilleur service de la part des journalistes-animateurs de Montréal. »

LA RÉVISION

Mme Branchaud est une habituée des plaintes à propos des bulletins météorologiques de Radio-Canada. Sa dernière plainte est la quatrième qu’elle me demande de réviser en moins d’un an. Cette révision-ci sera la dernière que je ferai pour elle sur le sujet. Je rappelle que mes décisions sont sans appel et qu’il n’est pas utile ni constructif de me demander de statuer ad nauseam sur des plaintes similaires qui appellent des conclusions identiques.

Comme pour sa dernière plainte, qui reposait sur des griefs exactement de même nature que celle-ci, j’ai vérifié l’exactitude des renseignements fournis par M. Simard à la plaignante.

Encore une fois, ces renseignements sont rigoureusement exacts.

Mme Branchaud se demande quels sont les critères qui guident les présentateurs météo dans leur décision d’accorder plus de temps aux conditions météorologiques d’une région ou d’une ville qu’à d’autres. M. Simard en donne au moins deux : la nécessité de tenir compte de l’importance des régions en fonction du nombre d’auditeurs qu’on y trouve; et les conditions météorologiques elles-mêmes.

Il m’apparaît normal de donner plus de détails sur la météo d’une grande région métropolitaine, lorsque celle-ci est, ou va être frappée par des conditions de temps ayant une incidence sur les déplacements et la sécurité de ses citoyens, que sur celle d’une région beaucoup moins peuplée où le temps par ailleurs est au beau fixe.

La plaignante se demande aussi qui est responsable de déterminer les critères dont il est question plus haut. Ce sont évidemment les présentateurs et les météorologues, sous la supervision de leur direction éditoriale, comme c’est le cas pour tous les journalistes à l’emploi de Radio-Canada. Je rappelle que ceux-ci, en vertu de leur indépendance éditoriale découlant de la liberté de presse garantie par les chartes des droits, chez nous comme dans tous les pays démocratiques, sont libres de leurs choix, sous réserve qu’ils respectent les balises établies par Radio-Canada dans ses Normes et pratiques journalistiques (NPJ).

Quant aux considérations de Mme Branchaud sur la journaliste Julie Jasmine Boudreau, elles lui appartiennent, mais je n’ai pas à en tenir compte. Il ne m’appartient pas plus de me prononcer sur la nécessité, selon la plaignante, de modifier les NPJ de Radio-Canada.

Enfin, il est exact que la direction de l’Information a mis plus de temps que 20 jours ouvrables, le délai auquel je lui demande de se soumettre, pour répondre à la plainte de Mme Branchaud. Mais contrairement à celle-ci, je considère que la période des fêtes, les congés et l’absence de personnel qui en découlent, justifie ce retard.

En guise de conclusion, je me contenterai de citer cet extrait de l’avant-dernière révision que j’ai faite en août 2014 à la demande de Mme Branchaud à la suite de sa plainte sur le même sujet.

« Je ne répèterai pas les réflexions, explications et conclusions que ma prédécesseure, Mme Julie Miville-Dechêne, et moi avons commises en rapport avec des plaintes portant sur la représentation des différentes régions du pays dans les bulletins météorologiques.

Les lecteurs que ces considérations intéressent peuvent en prendre connaissance sur mon site web. Voici les titres de ces trois révisions sur lesquels il suffit de cliquer pour les consulter :

Tableaux prévisions météorologiques (RDI)

Météo : trop pour le Québec, pas assez pour l’Ontario? (RDI)

Bulletins météo : Une excuse invoquée à répétition est un faux-fuyant (TJ)

J’ajouterai toutefois que les bulletins météo pourraient proposer beaucoup d’autres informations en plus de celles qui y sont présentées : vitesse des vents; prévisions maritimes; heures des marées; prévisions à long terme; lever et coucher du soleil; taux d’humidité; pression barométrique; indice de pollen, etc., et il se trouve que chacun de ces renseignements pourrait être utile à de nombreux auditeurs.

Mais les plateformes de Radio-Canada ne sont pas spécialisées ni dédiées exclusivement à la météorologie et il ne leur revient pas de présenter de long bulletins détaillés pour tous les types d’activités extérieures ni toutes les localités du Canada.

Il reste que ce que Radio-Canada ne peut donner par la télévision, elle le donne par l’internet : tous les auditeurs peuvent en effet obtenir sur ICI Radio-Canada.ca des informations météorologiques à jour pour toutes les régions et localités du pays. Radio-Canada, en cela, répond bien à son mandat avec les moyens dont elle dispose, comme le lui demandent les NPJ. »

Conclusion

Le bulletin météorologique présenté à ICI RDI, le 8 décembre 2014 à 5 h 55, n’a pas enfreint les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

Pour me joindre : ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc