Diversité d’opinions : rarement instantanée (Pas de midi sans info)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos d’une entrevue portant sur la démission du ministre des Affaires étrangères du Canada, M. John Baird.

LA PLAINTE

Un auditeur d’ICI Radio-Canada Première, M. Tibor Egervari, se plaint de la couverture par l’émission Pas de midi sans info, le 3 février 2015, de la démission du ministre des Affaires étrangères du Canada, M. John Baird. Il estime que l’émission a manqué d’impartialité en ne faisant entendre qu’un seul point du vue, très critique, du bilan du ministre démissionnaire.

Voici l’essentiel de sa plainte :

« Ce matin, 3 février (…) l’émission Pas de midi sans info (…) a fait intervenir quelqu’un de l’extérieur de la SRC, un ancien diplomate censé établir le bilan du ministre démissionnaire.

En fait de bilan, nous avons eu droit à une charge partisane et hargneuse de la part de M. Ferry de Kerckhove pour qui la seule vertu de M. Baird, expédiée en quelques secondes, était sa capacité de travail. Pour le reste, la négativité du "bilan" aurait fait rougir les critiques les plus féroces de l’opposition. Quant à M. Beauchamp, l’animateur de l’émission, à part une timide question concernant la partisanerie normale de chaque gouvernement, ses questions manquaient singulièrement de pugnacité.

Il est déjà assez surprenant que, contrairement à l’usage dans tous les médias électroniques qui se respectent, personne n’ait été invité pour donner une version différente de l’action de M. Baird, mais Radio-Canada en a rajouté, car elle ne semble pas avoir fait la moindre recherche sur M. Ferry de Kerckhove. (Évidemment si cette recherche avait été faite, la situation serait bien plus grave.)

Il suffit de jeter un coup d’œil sur le site http://www.ipolitics.ca/2014/06/30/it-is-sad-that-john-baird-knows-so-little-about-the-middle-east/ pour apprendre que les deux hommes ne sont guère indifférents l’un envers l’autre. D’autres sites tout aussi facilement accessibles nous informent de la carrière de l’ancien diplomate. En particulier il a servi, on espère loyalement, le Canada dans plusieurs pays, dont l’Égypte où il arrive en tant qu’ambassadeur, le 10 septembre 2008, soit trois jours après l’élection du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Il y a donc représenté pendant trois ans un gouvernement qu’il abhorre.

Contrairement à M. de Kerckhove qui est convaincu qu’il suffit d’avoir eu une grand-mère qui cachait des juifs pendant la guerre pour être immunisé contre toute attitude antisémite ou anti-Israël, je suppose que Radio-Canada invite des analystes, non pas parce qu’ils sont issus d’une famille respectable, mais pour ce qu’ils ont fait ou dit. M. de Kerckhove a prouvé en quelques minutes que ses actions et ses paroles le disqualifient pour le rôle qu’on lui a destiné. N’importe quel recherchiste aurait dû saisir cela, car l’animosité personnelle et publique vis-à-vis de M. Baird le place d’emblée en conflit d’intérêts. Cependant, permettez-moi d’ajouter deux autres raisons.

On comprend que l’ancien diplomate et ex-conseiller de Qatar Airlines, est obsédé par l’attitude du gouvernement Harper vis-à-vis d’Israël. Il cite ce qu’il considère être un péché diplomatique majeur, jamais commis par un autre occidental : avoir pris un café avec Tzipi Livni à Jérusalem Est. Il oublie, ou n’a jamais su (notez qu’il a dit : Mr. Baird is a young man and he knows little) que c’est Joe Clark, un des grands ministres des Affaires étrangères qu’il oppose à J. Baird, qui a proposé, avant d’être porté au pouvoir, de déménager l’ambassade canadienne de Tel-Aviv à Jérusalem.

Le second exemple est l’attachement quasi religieux de M. de Kerckhove à ce qu’il appelle le multilatéralisme et la "politique étrangère traditionnelle" du Canada. Manifestement il ne comprend pas que, en changeant de gouvernement, on change aussi d’orientation politique. Et comme aucun gouvernement n’est éternel, le jeu de balancier finit par fonctionner. Or, il ne faut pas être grand clerc pour se rendre compte que M. Ferry de Kerckhove est complètement inféodé au Parti libéral.

Cela dit, l’objet de cette plainte n’est pas Ferry de Kerckhove et ses prises de position, mais bien Radio-Canada qui, non seulement a dérogé aux règles élémentaires en n’invitant qu’une seule personne pour établir le bilan de M. Baird, a choisi la personne peut-être la moins apte pour aborder le sujet avec un minimum d’objectivité. »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

Mme Micheline Dahlander, chef, Relations citoyennes et Diversité, a répondu à M. Egervari au nom de la direction de l’Information.

Voici cette réponse :

« Vous déplorez ce que vous qualifiez de parti pris de Radio-Canada pour n’avoir invité, selon vous, "qu’une seule personne pour établir le bilan" du ministre canadien des Affaires étrangères John Baird dans le cadre de Pas de midi sans info sur les ondes d’ICI Radio-Canada Première, le 3 février dernier.

Nous avons attentivement réécouté ce segment de l’émission et permettez-nous de corriger votre assertion. Deux personnes, et non une, y ont dressé le bilan politique de M. Baird. Il s’agit de l’ancien diplomate, Ferry de Kerckhove et de l’analyste parlementaire de Radio-Canada, Manon Globensky.

De plus, tout au long de la journée autant à la télévision, qu’à la radio ou sur le web, nous avons eu le souci d’offrir une diversité de points de vue à notre auditoire en diffusant des réactions de spécialistes, d’analystes, de politiciens et d’anciens collaborateurs de M. Baird. Ils ont notamment parlé de la forte personnalité et du legs du ministre conservateur.

Voici quelques textes et émissions sur le départ de John Baird :

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/politique/2015/02/02/003-baird-demission-elex.shtml

http://ici.radio-canada.ca/emissions/Le_midi_trente_ottawa_gatineau/2014-2015/chronique.asp?idChronique=362310

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/politique/2015/02/05/001-demission-john-baird-politicien-a-vie-entrevue-cbc.shtml. »

LA DEMANDE DE RÉVISION

Cette réponse n’a pas convaincu M. Egervari. Et c’est en ces termes qu’il m’a demandé de réviser sa plainte :

« Ferry de Kerckhove établit un bilan à 95 pour cent négatif de l’action de John Baird en tant que ministre des Affaires étrangères. Il attaque la politique étrangère qu’il a menée et la manière dont il l’a appliquée. La seule question un tant soit peu incisive de l’animateur concerne l’auteur réel de cette politique; est-ce le premier ministre ou le ministre Baird?

En revanche, Mme Globensky et son interlocuteur ne s’intéressent qu’à la dimension politicienne de la démission. Pourquoi, pourquoi maintenant, qui va le remplacer, dans quelle situation se trouve le gouvernement, que va faire M. Baird, etc.? Pour ce qui est du fond de la question, elle semble être plutôt d’accord avec l’ancien diplomate.

Par conséquent, je me vois obligé de maintenir ma plainte et je demande respectueusement que l’ombudsman fasse une enquête là-dessus. »

LA RÉVISION

Je rappelle d’abord que les Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada permettent au personnel qui produit des contenus d’information d’inviter des commentateurs et analystes de l’extérieur pour qu’ils expriment leurs opinions sur l’actualité.

Voici ce que disent les NPJ à ce sujet :

« Opinion – Invités et commentateurs

Radio-Canada offre dans ses émissions toute une gamme de commentaires et d’opinions sur des sujets importants.

L’équilibre est atteint, avec le temps, grâce à la présentation de perspectives et de points de vue multiples qui reflètent une diversité d’opinions.

Afin que le public puisse pleinement comprendre le point de vue d’un invité ou d’un commentateur, il est important de mentionner ses liens d’association ou d’affiliation, ou encore, ses intérêts particuliers. »

Il était donc tout à fait normal que les recherchistes de l’émission Pas de midi sans info fassent appel à un ancien diplomate, en l’occurrence Ferry de Kerckhove, pour commenter le départ surprise de M. Baird. Et M. de Kerckhove avait tout à fait le droit d’exprimer son opinion sur l’homme et le ministre.

Le diplomate retraité n’a pas apprécié le ministre démissionnaire John Baird dans son rôle de ministre des Affaires étrangères du Canada. Il n’a aimé ni le style de l’homme ni les positions qu’il a défendues. À cet égard, il est clair que c’est l’ensemble de la politique étrangère du gouvernement dirigé par le premier ministre Stephen Harper qu’il déprécie, politique caractérisée entre autres par la défense inconditionnelle des valeurs occidentales, le rejet de l’approche multilatérale pour régler les conflits internationaux, l’appui sans réserve à Israël, etc.

De son côté, le plaignant n’a pas beaucoup de respect pour l’ex-diplomate et ses opinions pour lesquels il ne ménage ni le sarcasme ni le sous-entendu. Il considère même que M. de Kerckhove est en conflit d’intérêts lorsqu’il se prononce sur l’ancien ministre Baird, du fait qu’il a eu avec celui-ci ce qu’on pourrait qualifier de prise de bec par médias interposés.

La norme que j’ai citée plus haut demande qu’on mentionne les « liens d’association ou d’affiliation, ou encore, (l)es intérêts particuliers » des invités appelés à commenter l’actualité. Aurait-on dû souligner que les deux hommes avaient déjà eu une algarade? Je ne crois pas.

S’il fallait suivre le raisonnement du plaignant, il faudrait exclure du débat public tous ceux dont les opinions s’affrontent ou qui se sont invectivés ou houspillés : les parlements seraient très silencieux et les journaux réduits aux annonces classées.

Je fais par ailleurs remarquer que ce sont les critiques de l’ancien diplomate à l’ancien ministre sur la manière dont il menait le dossier du journaliste canadien Mohamed Fahmy, emprisonné en Égypte, qui sont à l’origine de l’altercation entre les deux hommes. Et que le discours de M. de Kerckhove sur la politique étrangère du gouvernement Harper a toujours été constant, avant et après cet accrochage.

Le plaignant voit aussi dans le fait que M. de Kerckhove a été un temps conseiller de Qatar Airways, un de ces « intérêts particuliers » dont parlent les NPJ, ce qui le discrédite à son avis pour commenter le travail de M. Baird aux Affaires étrangères. Pourquoi? Parce que la société aérienne en question est la compagnie nationale d’un pays arabe et que M. de Kerckhove est critique de l’appui sans réserve du Canada à Israël? Je ne crois pas que ça le discrédite plus que d’avoir été en poste en Égypte pendant trois ans sous le gouvernement Harper.

Quoi qu’il en soit, comme le fait remarquer M. Egervari lui-même, « l’objet de cette plainte n’est pas Ferry de Kerckhove et ses prises de position ». C’est plutôt, explique-t-il, que Radio-Canada n’a invité « qu’une seule personne pour établir le bilan de M. Baird, (…) (et) a choisi la personne peut-être la moins apte pour aborder le sujet avec un minimum d’objectivité ».

L’extrait des NPJ, que j’ai cité plus haut, dit que l’équilibre des opinions sur les sujets traités « est atteint, avec le temps, grâce à la présentation de perspectives et de points de vue multiples qui reflètent une diversité d’opinions ».

Cet énoncé concorde avec la valeur d’équilibre, une des cinq sur lesquelles sont construites les NPJ, telle qu’elle s’exprime dans le chapitre d’introduction de celles-ci où est définie la mission de Radio-Canada en information. Voici comment est définie cette valeur :

« Équilibre

Nous contribuons aux débats sur les enjeux qui touchent le public canadien en présentant une diversité d’opinions. Nos contenus d’information, dans tous nos médias, offrent un large éventail de sujets et de points de vue.

Lorsque nous abordons des sujets controversés, nous nous assurons que les points de vue divergents sont reflétés avec respect. Nous tenons compte de leur pertinence dans le cadre du débat et de l’ampleur du courant qu’ils représentent.

Nous nous assurons également de présenter ces points de vue dans un délai raisonnable. »

J’ajoute que sans cette valeur, il serait impossible pour Radio-Canada de concilier l’impartialité qu’on réclame du personnel affecté à la production des contenus d’information, et l’obligation qu’on lui impose de « refléter fidèlement l’éventail des expériences et des points de vue des Canadiens ».

Pour faire justice à la plainte de M. Egervari, il faut donc chercher à savoir si Radio-Canada a reflété « avec respect » les points de vue divergents sur la question précise du bilan de M. Baird comme titulaire du ministère des Affaires étrangères.

M. Egervari soutient que non. Il croit que l’analyse de la journaliste parlementaire Manon Globensky, qui a suivi l’entrevue de l’animateur de Pas de midi sans info avec M. de Kerckhove, ne s’intéressait qu’à la « dimension politicienne » de la démission de M. Baird, et pas à son bilan de ministre des Affaires étrangères.

L’analyse de Mme Globensky a effectivement porté essentiellement sur les conséquences politiques de la démission de M. Baird, mais pas complètement. La journaliste a souligné que M. Baird s’était comporté aux Affaires étrangères en porte-parole sans compromis du premier ministre Stephen Harper, notamment à l’endroit de l’Iran, de l’Ukraine et du Sri Lanka; que certaines prises de position en matière de politique étrangère semblaient taillées sur mesure pour plaire à certaines communautés culturelles importantes au Canada même; que le démissionnaire avait descendu l’ONU en flammes; que certaines divergences existaient entre M. Harper et lui…

Ces aspects de l’analyse, bien que factuels, étaient plus nuancés dans leur appréciation que celle qu’en avait faite M. de Kerckhove auparavant et ne comportaient aucun jugement de valeur. Mais, à mon avis, le plaignant a raison de ne pas y voir un point de vue qui contrebalance celui de l’ancien diplomate.

Cela dit, je rappelle, comme j’ai eu l’occasion de le souligner à plusieurs reprises dans des révisions précédentes, que les NPJ n’exigent pas que l’équilibre des points de vue soit atteint au sein d’un même reportage ou d’une même émission. Ce serait la plupart du temps impossible. C’est pourquoi il faut considérer l’ensemble des contenus d’information sur toutes les plateformes de Radio-Canada et déterminer si les points de vue divergents, différents ou complémentaires, portant sur une question d’actualité particulière y ont été diffusés dans un délai raisonnable.

Je précise que les NPJ exigent que Radio-Canada offre une diversité d’opinions et un éventail de points de vue sur une sujet donné, pas qu’on présente des points de vue qui soient nécessairement « divergents ». Car il arrive, bien entendu, que sur certaines questions les opinions divergentes soient marginales, voire farfelues ou inexistantes. Voilà pourquoi les normes demandent aussi de tenir compte, pour choisir ces points de vue divergents, de leur « pertinence dans le cadre du débat et de l’ampleur du courant qu’ils représentent ».

Si je prends la peine de faire cette précision, c’est que tout ce qu’a dit M. de Kerckhove dans son analyse n’est pas matière à opinion. En effet, tous les analystes que j’ai entendus ou lus sur la politique étrangère dessinée sous le gouvernement Harper s’entendent à peu près tous pour dire que celle-ci est différente à plusieurs égards de celle définie par les gouvernements précédents, notamment sur l’importance du multilatéralisme, le rôle des organismes internationaux, l’appui à Israël, le ton des prises de position canadiennes, etc. Il ne fallait donc pas s’attendre, pour que soit respectée la valeur d’équilibre des NPJ, à ce que Radio-Canada présente nécessairement des opinions selon lesquelles la politique étrangère canadienne, sous la gouverne de MM. Harper et Baird, n’avait pas bougé d’un iota.

Ce qui est en cause ici, ce sont les jugements de valeur et appréciations qu’a portés l’ex-diplomate sur ces changements de cap.

M. Egervari considère que les exemples de contenus donnés par la direction, dans la réponse qu’il a reçue, ne sont pas des points de vue qu’on peut comparer à celui présenté par M. de Kerckhove. Il a raison, les exemples donnés étant essentiellement des reportages factuels, rapportant des réactions de politiciens à la démission de M. Baird et ayant peu à voir avec son bilan à la tête de la diplomatie canadienne.

J’ai donc cherché, dans tout ce qui a été diffusé sur la question sur l’ensemble les plateformes de Radio-Canada, des contenus qui apportaient un éclairage différent de celui présenté par M. de Kerckhove. Et je dois dire que j’en ai trouvé plusieurs. Sans en faire ici la liste exhaustive, j’en présenterai tout de même plusieurs, en citant certains extraits à titre d’exemple :

Le 3 février 2015 à l’émission C’est pas trop tôt sur ICI Radio-Canada Première.

M. Mathieu Bock-Côté, essayiste et chroniqueur au quotidien Le Journal de Montréal, lors d’un échange débat avec M. Yves Boisvert, journaliste chroniqueur au quotidien La Presse.

M. Bock-Côté souligne qu’on peut être en désaccord avec la politique étrangère du gouvernement Harper, défendue et appliquée par M. Baird, mais… :

« Il n’en demeure pas moins qu’il la menait avec un certain talent. Il réussissait à crédibiliser une option qui n’est pas celle manifestement de la majorité des Québécois, qui n’est pas majoritaire manifestement au Canada anglais. Il réussissait à personnifier et à professionnaliser cette espèce de politique étrangère musclée, pro-américaine, quelquefois un peu téméraire et matamore. »

Le 3 février 2015 à l’émission Le 15/18 sur ICI Radio-Canada Première.

Analyse de M. François Brousseau, journaliste et analyste en affaires internationales de Radio-Canada, sous forme d’échange avec l’animateur de l’émission Michel C. Auger.

Parlant de la politique étrangère canadienne, telle qu’elle se présente sous le gouvernement Harper et défendue par M. Baird, M. Brousseau dit qu’il faut faire « très attention » avant de parler de virage fondamental :

« Est-ce que c’est un saut qualitatif ou est-ce que c’est simplement beaucoup plus accentué dans un sens conservateur que ça ne l’était? Il y a un virage à droite. Il y a plus d’idéologie qu’auparavant, c’est tonitruant dans certaines prises de position sur l’environnement, c’est clair. Il y a le secteur pétrolier de l’Ouest canadien et l’importance de l’Ouest canadien dans l’électorat de M. Harper. Il y a aussi l’approche coopérative multilatérale qui a reculé, évidemment. Mais c’est peut-être aussi dans l’air du temps, mais peut-être que ça serait également un peu produit avec les libéraux. Vous savez que le Canada était un allié très fervent d’Israël, même si sous les libéraux, on avait quand même un bon petit mot pour les Palestiniens.

(…)

Je ne pense pas que la politique libérale sur l’Ukraine aurait été très différente. »

Et M. Brousseau rappelle que bien que ce soit le gouvernement conservateur qu’on qualifie souvent de « militariste », c’est sous le gouvernement libéral de Jean Chrétien que les dépenses militaires avaient commencé à augmenter.

Le 3 février 2015 à l’émission L’heure du monde sur ICI Radio-Canada Première.

Analyse de Manon Globensky sous forme d’échange avec l’animateur de l’émission
Jean-Sébastien Bernatchez.

Mme Globensky y explique que le ministre démissionnaire, même s’il appliquait une politique étrangère dictée par le premier ministre Harper, ne craignait pas de défendre ses propres positions sur des dossiers qui lui tenaient à cœur, comme celui des mariages forcés, ou celui de la reconnaissance des droits des gais et lesbiennes… :

« Même, précise-t-elle, quand ça ne plaisait pas à des groupes comme Real Women, qui sont pourtant des appuis conservateurs importants.

(…)

C’est un des rares qui s’opposent à M. Harper. Par exemple, en Ukraine, M. Harper n’a pas voulu que les députés de l’opposition soient dans la délégation pour aller appuyer les manifestants. Par la suite, M. Baird s’est fait un point d’honneur d’amener ses critiques (de l’opposition) avec lui lors du déplacement en Irak. »

Le 3 février 2015 à l’émission 24/60 sur ICI RDI.

Entrevue télévisée menée par l’animatrice Anne-Marie Dussault avec Manon Cornellier, correspondante du quotidien Le Devoir à la Chambre des communes.

Voici un extrait de l’analyse de Mme Cornellier :

« Les premiers ministres ont toujours la main haute sur la politique étrangère même lorsqu’ils ont des ministres forts. M. Baird était au diapason de M. Harper sur la question d’Israël et de plusieurs autres dossiers. Par contre, il s’est fait le champion des droits des gais et lesbiennes; c’était quand même une particularité de son passage aux Affaires étrangères. »

Je précise que Mme Cornellier intervenait alors à la suite de M. de Kerckhove, qui était lui aussi invité à 24/60 pour commenter le départ de M. Baird qu’il venait de décrire comme « l’exécutant d’une politique qui n’en est pas une ». L’ex-diplomate a repris durant l’entrevue essentiellement les mêmes critiques de M. Baird et de la politique étrangère canadienne qu’il avait formulées dans celle accordée plus tôt dans la journée à l’émission Pas de midi sans info, qui fait l’objet de cette plainte.

Toutefois, M. de Kerckhove y est aussi allé de ce commentaire inédit et plutôt positif sur le travail de M. Baird :

« On a vu M. Baird aller très très souvent dans les Émirats arabes, avec qui il avait développé de fortes relations. Je crois qu’il y a une valeur qu’il faut quand même lui reconnaître, qu’il était un travailleur acharné. Je crois qu’il avait à cœur d’être le primus inter pares même sur le plan commercial parce qu’on l’a vu défendre les intérêts commerciaux du Canada avec la même vigueur que M. Ed Fast (NDLR : Edward Fast, le ministre du Commerce international dans le cabinet Harper). »

Le 3 février 2014 au Téléjournal sur ICI RDI et sur ICI Radio-Canada Télé.

Échange entre l’animatrice Céline Galipeau et l’analyste politique de Radio-Canada Manon Globensky.

Mme Globensky explique qu’en John Baird, c’est un « gros morceau » et un homme de confiance que perd le premier ministre Stephen Harper.

Et elle rappelle que M. Baird a non seulement imposé la politique étrangère conservatrice à son ministère, mais qu’il y a mis « tout le monde au pas et froissé tous ceux qui n’aiment pas être bousculés ». Et qu’il a mis de l’ordre dans la gestion du ministère, par exemple en fermant des ambassades, ou en enlevant certains privilèges dont jouissaient les diplomates en poste à l’étranger, comme en réduisant leur espace de travail aux mêmes dimensions que celles accordées à leur collègue en poste au Canada.

Le 4 février 2015 à l’émission À l’affiche sur ICI RCI (Radio-Canada international).

Reportage radio sur le départ du ministre John Baird, dans lequel on peut entendre M. Raymond Chrétien, ancien ambassadeur du Canada à Washington.

M. Chrétien présente M. Baird comme « un opérateur d’une politique étrangère » dessinée par le premier ministre Stephen Harper.

« Mais, ajoute-t-il, sur la question de la Chine, c’est bien John Baird qui a guidé le premier ministre vers un rapprochement, notamment économique. »

On entend aussi longuement dans ce reportage M. David Morin, professeur de politique appliquée à l’Université de Sherbrooke. M. Morin présente les accomplissements de M. Baird sans porter de jugement sur ceux-ci. Voici deux extraits de ses propos :

« M. Baird est probablement le premier ministre des Affaires étrangères à avoir imposé l’agenda conservateur au sein du ministère des Affaires étrangères. Il a été la figure de proue, le visage de la rupture voulue par les conservateurs en matière de politique étrangère. Il a aussi passablement modifié l’image du Canada sur la scène internationale.

(…)

M. Baird s’est efforcé de redéfinir la politique étrangère canadienne en rompant le plus possible avec les symboles de l’internationalisme libéral pour établir un style conservateur en politique étrangère. »

J’ajoute que M. Morin avait aussi tenu des propos similaires la veille, le 3 février, dans le cadre d’entrevues accordées aux émissions de l’après-midi, diffusées sur les stations régionales d’ICI Radio-Canada Première à Sept-Îles, Matane, Sudbury, Regina et Winnipeg.

Cette liste et ces extraits d’opinions entendues ou lues sur les plateformes de Radio-Canada à propos du bilan de M. John Baird comme ministre des Affaires étrangères du Canada n’est pas exhaustive, loin de là. Mais elle suffit à me convaincre que Radio-Canada a présenté une diversité de points de vue sur le bilan de M. Baird comme ministre canadien des Affaires étrangères.

Conclusion

L’émission Pas de midi sans info n’a pas enfreint les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada, dans son édition du 3 février 2015, en présentant une opinion très critique du travail de M. John Baird comme ministre des Affaires étrangères du Canada.

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Version PDF de la révision.

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