Discours de Stephen Harper en Israël : interprétations légitimes ou gauchissement de la vérité? (TJ et Le club des ex)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos de certains commentaires diffusés à ICI RDI et à ICI Radio-Canada Télé en marge d’une visite en Israël du premier ministre Stephen Harper.

LA PLAINTE

La plaignante, Mme Michelle Whiteman, représente le groupe de pression HonestReporting Canada qui surveille la couverture par les médias canadiens des questions touchant la communauté juive et l’État d’Israël pour s’assurer que celle-ci, de son point de vue, soit juste, équilibrée et impartiale.

En janvier 2014, le premier ministre du Canada, M. Stephen Harper, a effectué une visite officielle en Israël durant laquelle il a prononcé un discours devant la Knesset, le Parlement israélien. Dans ce discours, M. Harper a réitéré l’appui du Canada et de son gouvernement à Israël. Certains analystes ont vu dans la formulation de ses propos une condamnation de toutes formes de critique envers Israël, estimant même qu’il les assimilait sans nuance à de l’antisémitisme.

La plainte de Mme Whiteman relève plusieurs éléments de la couverture du séjour du premier ministre en Israël.

Elle considère d’abord que la journaliste Emmanuelle Latraverse, qui suivait M. Harper dans ses déplacements, a erré dans son reportage diffusé le 20 janvier 2014 au Téléjournal, en traduisant un extrait des propos du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou. Voici comment elle exprime ce reproche :

« Sur la question des besoins de sécurité d'Israël, elle a cité M. Nétanyahou qui avait affirmé qu'il n'existe "no margin of error" quand il s'agit de la sécurité d'Israël. La journaliste a traduit cette phrase de la façon suivante : “Nous n’avons aucune marge de manœuvre lorsqu’il est question de notre sécurité”. Le premier ministre a dit qu'il n'y avait pas de place pour l’erreur, et non pas qu'il n'y avait pas de place pour la flexibilité. Cette déclaration inexacte devrait être corrigée. »

La plaignante réprouve aussi l’interprétation qu’a fait le chroniqueur Jean-François Lépine du discours de M. Harper devant la Knesset dans le même Téléjournal.

Voici comment elle formule sa critique :

« M. Lépine a fait le commentaire suivant sur le discours de Harper qui n'a pas été corrigé par Mme Galipeau : “En associant la critique d’Israël a de l’antisémitisme, Stephen Harper dit “si on critique Israël, on est contre le people juif”. Finie la discussion donc”.

En fait, ce n'est pas du tout ce que le premier ministre a dit. M. Harper a clairement déclaré dans son discours que, "bien sûr, la critique de la politique du gouvernement israélien n'est pas en soi nécessairement antisémite".

Ainsi, clairement, M. Harper n'a pas dit que si on critique Israël on est contre le peuple juif. Plutôt, ce que M. Harper a dit était que la "critique qui condamne de manière sélective l'État juif et nie son droit de se défendre tout en ignorant systématiquement ― ou en excusant ― la violence et l'oppression tout autour de lui".

En effet, ceci fait partie de la définition de l'antisémitisme de l'Union européenne : http://www.webcitation.org/5mYZH56QA

(…)

La représentation erronée des paroles de Stephen Harper a induit en erreur les téléspectateurs deux fois : M. Lépine a donné une version inexacte des paroles de M. Harper et il a fait croire que toute critique d'Israël est antisémite. C'est exactement le contraire de ce qu’a dit M. Harper. »

Mme Whiteman en a également contre des propos tenus, toujours le 20 janvier, par les protagonistes de l’émission Le club des ex d’ICI RDI. Voici ce qu’elle en dit :

« Christos Sirros a affirmé que "l’accord d'Oslo avait prévu l'arrêt des colonisations". En fait, aucun des accords d'Oslo n’a placé des limites à la croissance de la colonisation israélienne (…).

Jean-Pierre Charbonneau a affirmé “qu’on ne peut pas critiquer l'État d'Israël parce qu'on passe pour un anti-Juif puis un antisémite. On peut bien être pro-Juif et en même temps critiquer une politique d'un gouvernement puis d'un État".

Une fois de plus, il y a une déformation des mots de M. Harper et de la définition de l'antisémitisme ainsi que je l'ai indiqué auparavant.

Il accuse aussi Israël de la calomnie de l’épuration ethnique (à Jérusalem)…

(…)

Ce n'est pas la première fois que M. Charbonneau exprime une accusation pareille et absolument fausse. L’État d’Israël n'a jamais eu de politique d’épuration ethnique! »

La plaignante ajoute que M. Charbonneau semble aussi ignorer que les Arabes, en 1947, ont rejeté la proposition de l’ONU de créer un deuxième État, arabe celui-là, sur le territoire de l’ancienne Palestine administrée par la Grande-Bretagne depuis la fin de la Première Guerre mondiale en relève de l’Empire ottoman.

Mme Whiteman affirme aussi que l’animateur du Club des ex, Simon Durivage, a eu tort de faire un lien entre le génocide des Juifs lors de la Deuxième Guerre mondiale et la sympathie qu’éprouve M. Harper pour l’État d’Israël, laissant entendre que c’est ce qui inciterait le premier ministre à se fermer aux arguments de ceux qui prétendent qu’il existe en Israël une situation « d’apartheid » envers les Palestiniens.

Enfin, la plaignante estime que le Téléjournal Midi du 21 janvier 2014 a lui aussi présenté « une analyse déformée du discours de M. Harper sur l’antisémitisme ». Cette fois, c’est à Mme Hélène Buzzetti, la correspondante parlementaire du quotidien Le Devoir à Ottawa, qu’on avait interviewé à l’émission, qu’elle le reproche. Celle-ci, soutient-elle, a déformé la position de M. Harper en disant que celui-ci assimilait toute critique d’Israël à de l’antisémitisme.

Et elle ajoute que Mme Buzzetti a erré en affirmant que l’organisme B'tselem, une organisation non-gouvernementale israélienne de défense des droits de l'homme, a perdu sa subvention fédérale parce qu’il avait critiqué le gouvernement Harper.

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

M. Luc Simard, directeur, Diversité et Relations citoyennes, a répondu à Mme Michelle Whiteman au nom de la direction de l’Information.

D’entrée de jeu, il considère que la journaliste Emmanuelle Latraverse n’a pas fait d’erreur en traduisant les propos du premier ministre Nétanyahou.

Sur l’analyse de Jean-François Lépine du discours de M. Harper, M. Simard en rappelle d’abord l’extrait pertinent « tel que transcrit dans le site Internet du premier ministre canadien : " Naturellement, mes amis, il n’est pas nécessairement antisémite en soi de critiquer la politique du gouvernement israélien. Mais que dire d’autre d’une critique qui condamne sélectivement l’État juif et lui refuse en fait son droit d’exister, de se défendre tout en ignorant systématiquement ― ou en excusant ― la violence et l’oppression qui l’entourent?" ».

Voici ce qu’il avait à en dire :

« La dernière phrase commence par "Mais que dire d’autre d’une critique…", qui donne son sens au reste de la phrase. Vous omettez ces mots dans votre message. Or, à cause de ce préambule, la plupart des gens qui ont entendu le discours de la Knesset ont compris que M. Harper associait la critique courante d’Israël à de l’antisémitisme. Fidèle à cette perception, Jean-François Lépine a eu raison de résumer le tout par la formule "si on critique Israël, on est contre le peuple juif". »

À propos du Club des ex, M. Simard rappelle que « ses membres sont des personnalités extérieures, invitées pour exprimer leur opinion sur des sujets d’intérêt public » et qu’ils « représentent les courants de pensée politique les plus fréquemment rencontrés dans la société québécoise ». Et il ajoute :

« Les propos des Ex n’engagent qu’eux-mêmes et (…) Radio-Canada ne les endosse d’aucune manière.

(…)

Vous me permettrez de ne pas revenir sur les arguments historiques que vous évoquez dans votre message. L’interprétation de l’histoire n’est pas exempte de débats et celle d’Israël n’y fait pas exception. Il nous apparaît cependant que les propos défendus par les Ex reflétaient les principaux courants d’interprétation de l’histoire contemporaine du Moyen-Orient. »

En ce qui concerne l’animateur Simon Durivage, M. Simard dit qu’il « serait erroné de croire que ses paroles trahissent des opinions personnelles, (car) il ne fait qu’employer un procédé courant dans les médias, soit d’interroger ses invités en reprenant les arguments de leurs opposants ».

Enfin, il souligne que l’interprétation du discours de Stephen Harper qu’a faite Hélène Buzzetti dans le Téléjournal Midi du 21 janvier « rejoint celle de la majorité des observateurs ».

Et il signale :

« Comme les membres du Club des ex, Mme Buzzetti est une invitée extérieure qui livre un commentaire personnel. Il est probable que des invités de ce genre expriment à l’occasion des opinions avec lesquelles vous êtes en désaccord. Mais il faut retenir que nous nous engageons, au fil de nos émissions, à atteindre l’équilibre des opinions en offrant un large éventail de perspectives. »

Et il termine sa réponse en indiquant avoir « confiance dans la version des faits rapportée par Mme Buzzetti » à propos de l’organisme B’tselem, puisqu’elle avait « suivi de très près, à titre de journaliste au Devoir, les événements entourant le retrait de la subvention à ce groupe israélien ».

LA DEMANDE DE RÉVISION

Mme Whiteman n’a pas été convaincue par tous les arguments de M. Simard et m’a demandé de réviser les éléments les plus importants de sa plainte.

Sur Le club des ex, entre autres. Voici ce qu’elle dit :

« Quand il est question d'Israël, l'émission Le club des ex consiste inévitablement en un panel toujours uni dans sa critique uniforme d'Israël. L'épisode qui s'est déroulé le 20 janvier n'a pas fait exception à la règle. Les auditeurs ont pu écouter les membres du panel faire de fausses déclarations extrémistes sur le nettoyage ethnique et l''apartheid'' entre autres. »

Elle ajoute que M. Simard « se trompe lorsqu'il considère que les positions des membres du panel représentent des principaux courants d’interprétation ».

« Le ''nettoyage ethnique des Arabes'' par les Juifs, écrit-elle, n'est certainement pas une interprétation majoritairement acceptée de l'histoire du Moyen-Orient. Il s'agit d'une allégation provenant d'un courant minoritaire, comme j'ai tenté de l'expliquer dans ma lettre à M. Simard. C'est au mieux une revendication très controversée et faiblement basée sur des faits.

Le fait de considérer que les accords d'Oslo interdisent les colonies s'agit simplement d'une mauvaise interprétation, car les accords d'Oslo ne limitent pas les constructions.

Dire que les Juifs n'ont pas voulu parvenir à un ''arrangement'' avec les Arabes en 1947 n'est pas une interprétation majoritairement admise. Les Juifs ont accepté le plan de partition mais les Arabes, en rejetant la partition, sont entrés en guerre pour anéantir les Juifs. C'est un fait historique.

Enfin, insinuer que le rejet de la notion d’un "apartheid" israélien est lié à l'Holocauste, comme M. Durivage le prétend, ne consiste pas en une position majoritairement admise. M. Harper a contesté l'allégation d'apartheid parce que c'est faux, et non pas à cause de l'Holocauste. L'affirmation selon laquelle la seule démocratie du Moyen-Orient est en fait un pays d'apartheid non-démocratique n'est certainement pas une prétention généralement admise. Il s'agit d'une diffamation provenant de certains leaders palestiniens et des activistes anti-Israël, sans être étayée par des faits ou des preuves. Encore une fois, Radio-Canada accorde de la crédibilité à une telle diffamation. »

Enfin, Mme Whiteman maintient que l’analyse de Jean-François Lépine dans le Téléjournal du 20 janvier 2014 était erronée et ne respectait pas les principes « d’équité et d’exactitude des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada ».

LA RÉVISION

Avant de discuter du bien-fondé des griefs formulés par la plaignante et des arguments de M. Simard, je souhaite rappeler ici quelques-uns des éléments des Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada sur lesquels je devrai m’appuyer pour analyser la plainte. Ces éléments concernent l’impartialité et l’expression d’opinion :

« Impartialité

Notre jugement professionnel se fonde sur des faits et sur l’expertise. Nous ne défendons pas un point de vue particulier dans les questions qui font l’objet d’un débat public. »

« Invités et commentateurs

Radio-Canada offre dans ses émissions toute une gamme de commentaires et d’opinions sur des sujets importants.

L’équilibre est atteint, avec le temps, grâce à la présentation de perspectives et de points de vue multiples qui reflètent une diversité d’opinions.

Afin que le public puisse pleinement comprendre le point de vue d’un invité ou d’un commentateur, il est important de mentionner ses liens d’association ou d’affiliation, ou encore, ses intérêts particuliers. »

« Journalistes des Nouvelles et Actualités de Radio-Canada

Nous sommes guidés par le principe d’impartialité.

Nous offrons à notre public les perspectives, les faits et les analyses dont il a besoin pour comprendre un enjeu ou un sujet d’intérêt public.

Les journalistes de Radio-Canada n’expriment pas leurs opinions personnelles. Cela a pour but de protéger l’impartialité du diffuseur public et de permettre aux journalistes d’explorer un sujet avec ouverture et sans parti pris.

Nous respectons ces normes, peu importe le lieu où nous diffusons, que ce soit sur les plateformes de Radio-Canada ou dans d’autres médias extérieurs à Radio-Canada. »

Les journalistes de Radio-Canada, donc, doivent faire preuve d’impartialité et ne jamais donner leur opinion personnelle, en ondes, mais aussi partout où elle est susceptible d’être entendue publiquement ou rapportée.

Dans le contexte de cette plainte, cette règle s’applique à M. Simon Durivage, l’animateur du Club des ex, un journaliste à l’emploi de Radio-Canada.

Mais elle ne s’applique pas aux membres du Club des ex, qui sont d’ex-politiciens choisis justement en raison de leur alignement idéologique pour exprimer, comme le demandent les NPJ de Radio-Canada, « une gamme de commentaires et d’opinions sur des sujets importants ».

Il en va de même ― depuis peu, il faut le préciser ― de M. Jean-François Lépine qui a pris sa retraite de Radio-Canada l’an dernier. Lorsqu’il intervient maintenant dans les contenus d’information de Radio-Canada, M. Lépine le fait à titre d’« expert indépendant en questions internationales ». Il est maintenant travailleur autonome et n’a plus aucun lien d’emploi avec Radio-Canada.

Toutefois, je peux tout à fait concevoir que cette distinction et ce nouveau statut ne sautent pas aux yeux des téléspectateurs qui écoutent les analyses et points de vue exprimés par M. Lépine depuis qu’il est retraité. En particulier, la contribution au Téléjournal dont se plaint Mme Whiteman n’était en rien différente, dans sa forme, à celles auxquelles il avait habitué le public lorsqu’il était encore à l’emploi de la Société : la direction de l’émission, ni son animatrice, n’ont pris aucune mesure pour expliquer le nouveau statut de M. Lépine.

Si le service de l’Information veut respecter l’esprit comme la lettre des NPJ, il devra donc, dorénavant, s’assurer que les contributions de M. Lépine soient clairement identifiées comme étant celles d’un expert indépendant, externe à Radio-Canada, qui a le droit d’émettre, à travers ses analyses, des opinions personnelles.

Compte tenu de ce qui précède, je pourrais en rester là dans cette révision et ne pas discuter les critiques de Mme Whiteman sur les contenus abordés par les membres du Club des ex et M. Lépine.

Il m’apparaît cependant important de relever quelques-unes de ces critiques parce que je ne voudrais pas laisser entendre par mon silence que je les estime toutes également fondées.

Sur les propos de M. Jean-Pierre Charbonneau, qui a qualifié certaines stratégies des gouvernements israéliens dans les territoires occupés et à Jérusalem de « nettoyage ethnique », je ne suis pas certain qu’ils reflétaient un de ces « principaux courants d’interprétation de l’histoire contemporaine du Moyen-Orient », comme le prétend M. Simard, le représentant de la direction. Je ne suis pas plus certain qu’il s’agisse, comme le croit la plaignante, « au mieux (d’) une revendication très controversée et faiblement basée sur des faits ».

Bref, ce débat nous ramène exactement au rôle que jouent tous les collaborateurs extérieurs sur les plateformes radio-canadiennes, notamment ceux qui participent au Club des ex, soit de présenter une variété de points de vue sur les éléments de l’actualité.

Il en va de même des libertés que M. Charbonneau a prises avec l’histoire (il faut bien le reconnaître) lorsqu’il affirmait que les Juifs n'avaient pas voulu parvenir à un « arrangement » avec les Arabes en 1947.

Mme Whiteman reprochait également à Christos Sirros, un des autres membres du panel des Ex, d’avoir affirmé que « l’accord d'Oslo avait prévu l'arrêt des colonisations » dans les territoires palestiniens, ce qui, à son avis, était faux.

La plaignante joue sur les mots, l’expansion des colonies allant, pour la plupart des observateurs neutres, à l’encontre de l’esprit, sinon de la lettre des accords d'Oslo. Cet accord, en tous cas, n’avait certainement pas prévu la tolérance des autorités à l’implantation des « colonies illégales »; et pas non plus l’encouragement gouvernemental à la croissance par l’intérieur des colonies déjà implantées. Des gestes dénoncés, tout comme l’occupation et le contrôle exercés sur les territoires palestiniens par la plupart des pays alliés d’Israël, y compris le Canada.

Mme Whiteman a aussi trouvé partiale l’analyse par Jean-François Lépine du discours de M. Harper parce qu’il n’aurait pas tenu compte du fait que le premier ministre parlait spécifiquement de la « critique qui condamne de manière sélective l'État juif et nie son droit de se défendre ».

Je veux bien que la plaignante s’appuie sur un élément du discours de M. Harper qui va dans le sens de sa plainte, mais il me semble qu’on doit tenir compte de l’ensemble du discours pour évaluer le sens des propos du premier ministre.

Or, lorsqu’on relit au complet le discours, l’interprétation qu’on peut en donner est, à mon avis, loin d’être aussi univoque que veut bien le croire Mme Whiteman, comme en fait foi l’extrait suivant :

« Comme nous en avons été témoins au cours des dernières années, la vieille maladie de l’antisémitisme est en train de muter.

Nous connaissons tous le vieil antisémitisme.

Il était fait de cruauté et d’indifférence et il a donné lieu aux horribles camps de la mort.

Naturellement, il existe encore dans de nombreux coins sombres.

Mais dans la plus grande partie du monde occidental, la vieille haine s’exprime en société sous une forme beaucoup plus sophistiquée.

Des gens qui n’oseraient jamais dire détester les Juifs ni leur reprocher leurs défauts ou les problèmes du monde déclarent qu’ils haïssent Israël et ne blâment que l’État juif pour les problèmes du Moyen-Orient.

Tout comme les entreprises juives étaient mises à l’index, certains dirigeants de la société civile réclament aujourd’hui un boycottage d’Israël.

Sur certains campus, des arguments intellectualisés contre les politiques israéliennes cachent mal des réalités sous-jacentes, comme l’évitement des universitaires israéliens et le harcèlement des étudiants juifs.

Les plus disgracieux qualifient ouvertement la situation en Israël d’"apartheid".

Pensez à cette affirmation.

Pensez à la logique tordue et à la malice qui inspirent de tels propos.

Un État, fondé sur la liberté, la démocratie et la règle de droit, pour que les Juifs puissent s’épanouir et trouver refuge après la pire expérience raciste de l’histoire, qui est condamné et dont la condamnation est masquée par des propos contre le racisme.

Mes amis, c’est tout simplement révoltant.

Mais, il s’agit du nouveau visage de l’antisémitisme.

Un antisémitisme qui vise le peuple juif en prétendant viser Israël. »

Ce qui m’amène au reproche que fait Mme Whiteman à l’animateur du Club des ex, Simon Durivage. La plaignante considère que M. Durivage a insinué « que le rejet de la notion d’un "apartheid" israélien est lié à l'Holocauste ».

« M. Harper, écrit-elle dans sa demande de révision, a contesté l'allégation d'apartheid parce que c'est faux, et non pas à cause de l'Holocauste. L'affirmation selon laquelle la seule démocratie du Moyen-Orient est en fait un pays d'apartheid non-démocratique n'est certainement pas une prétention généralement admise. Il s'agit d'une diffamation provenant de certains leaders palestiniens et des activistes anti-Israël, sans être étayée par des faits ou des preuves. »

Je rappelle que, dans son échange avec les membres de son panel, l’animateur disait du discours du premier ministre qu’il avait le mérite d’exprimer le fond de sa pensé. Voici exactement ce qu’a dit M. Durivage :

« C’est la première fois que M. Harper est très clair là-dessus. Voilà pourquoi j’appuie Israël : c’est un peuple, c’est un pays, qui a constamment été attaqué depuis 65 ans, c’est ce qu’il dit dans son discours. Même à l’ONU. Et c’est pour ça qu’il accuse les pays qui disent qu’Israël a une politique d’apartheid, qu’il les traite d’antisémites, c’est parce que selon lui ça c’est des ennemis d’Israël. Parce qu’ils n’appuient pas ce peuple qui a vécu l’Holocauste et qui a vécu des attaques. Au moins c’est clair. »

Donc, ce que M. Durivage dit, c’est que M. Harper « accuse les pays qui disent qu’Israël a une politique d’apartheid » d’être des « ennemis d’Israël ». Et il ajoute que ces ennemis « n’appuient pas ce peuple qui a vécu l’Holocauste et qui a vécu des attaques ».

L’animateur n’a donc jamais dit, comme le soutient la plaignante, « que le rejet de la notion d’un apartheid israélien est lié à l'Holocauste ».

Il me semble que lorsqu’on réécoute le discours de M. Harper, en particulier le passage que j’en ai cité plus haut, dans lequel le premier ministre évoque et invoque l’Holocauste, la compréhension qu’en tire M. Durivage apparaît tout à fait légitime.

Mme Whiteman ajoute que l’accusation d’apartheid à l’endroit d’Israël n’est qu’une « diffamation provenant de certains leaders palestiniens et des activistes anti-Israël, sans être étayée par des faits ou des preuves ».

La question est évidemment controversée, l’accusation sans aucun doute provocatrice. Mais il n’est pas exact de dire qu’elle est uniquement le fait de leaders palestiniens et d’activistes anti-Israël. Il s’en trouve beaucoup qui ne songeraient jamais à remettre en question la légitimité de l’État d’Israël ― et parmi eux des Juifs israéliens respectés ― pour croire et prétendre prouver que la « règle de droit » ne s’y applique pas également selon qu’on soit Juif ou Arabe; et ce, que ce soit en Israël même, ou dans les territoires palestiniens contrôlés par Israël.

Conclusion

Des commentaires diffusés le 20 janvier 2014 à ICI RDI, dans le cadre de l’émission Le club des ex, et au Téléjournal d’ICI Radio-Canada Télé, en marge d’une visite en Israël du premier ministre Stephen Harper, n’ont pas enfreint les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

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