Conflit israélo-palestinien : perdre la carte en terrain miné (TJ)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos d’un reportage diffusé le 16 janvier 2014 au Téléjournal sur ICI Radio-Canada Télé.

LA PLAINTE

M. David Ouellette, directeur associé, affaires publiques (Québec), du Centre consultatif des relations juives et israéliennes, en a contre un reportage diffusé le 16 janvier 2014 au Téléjournal sur ICI Radio-Canada Télé. Il considère que ce reportage sur l’histoire des relations du Canada avec Israël comportait des erreurs de faits qui traduisent l’incompétence et un parti pris anti-israélien.

Ce reportage avait été préparé en marge de la visite officielle en Israël du premier ministre canadien, M. Stephen Harper.

M. Ouellette se plaint d’abord de la carte qu’on nous présente au début du reportage et qui est censée montrer le territoire de la Palestine en 1946.

« Radio-Canada, écrit-il, a choisi (…) d’y apposer le drapeau national palestinien comme si un État arabe souverain y avait existé. Ainsi, Radio-Canada induit le public en erreur en présentant faussement le plan de partition onusien de 1947 et la fondation subséquente d’Israël comme l’amputation territoriale d’un État arabe souverain et indépendant. Ce faisant, Radio-Canada présente la fondation d’Israël comme un acte illégitime. »

M. Ouellette croit aussi que la journaliste Sophie Langlois, l’auteure du reportage, n’avait pas raison de dire que pendant les 30 années qui ont suivi la première guerre israélo-arabe « tous les gouvernements du Canada (ont entretenu) d’étroites relations avec Israël et (refusé) d’envisager la création d’un État palestinien ».

Il considère insensée cette affirmation, entre autres parce que le Canada, en endossant en 1947 le plan proposé par l’Organisation des Nations unies (ONU), appuyait du même coup la création d’un État arabe en même temps que celle d’un État juif sur le territoire de la Palestine qui était alors administrée par la Grande-Bretagne.

« Ce sont, rappelle-t-il, les pays arabes et les mouvements palestiniens qui pendant cette période de temps (et au-delà) rejetaient la création d’un État palestinien et réclamaient la destruction de l’État juif.

(…)

Pendant les trois décennies évoquées par votre journaliste, le Canada ne pouvait tout simplement pas s’opposer à la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël puisqu’elle n’était revendiquée ni par les Arabes ni par les Palestiniens et ne figurait tout simplement pas à l’ordre du jour de la diplomatie internationale. »

M. Ouellette n’est pas non plus d’accord avec la journaliste lorsqu’elle affirme « que le vote du Canada en faveur du plan de partage onusien a valu au gouvernement canadien de se mettre à dos "tous les pays arabes", (…) (et) que Pierre Eliott Trudeau fut le premier chef de gouvernement canadien à se "distancer un peu" d’Israël ».

« De toute évidence, écrit-il, la journaliste ignore qu’en 1956, le Canada (…) prend parti pour l’Égypte et contre Israël et la France dans la crise du canal de Suez. »

Il reproche également à la journaliste de présenter « l’invasion israélienne du Liban comme une agression gratuite sans expliquer qu’Israël tentait de mettre un terme aux raids terroristes transfrontaliers du Fatah qui dominait alors le sud du Liban ».

Enfin, il n’est pas non plus d’accord lorsqu’elle affirme que les territoires palestiniens « continuent de rétrécir sous l’impulsion de la colonisation israélienne ».

Et il ajoute que la carte qui accompagne ces propos est « mensongère » parce qu’elle « prétend présenter le morcèlement des dits territoires par les implantations israéliennes ».

« S’il est vrai, dit-il, que la construction à l’intérieur des implantations se poursuit, il est faux de soutenir que les implantations ont pris de l’expansion territoriale depuis les années 90. L’inverse est vrai puisqu’Israël a démantelé toutes ses colonies à Gaza et quatre colonies en Cisjordanie en 2005. De plus, cette carte identique à une carte présentée le 19 mai 2011 à 24 heures en 60 minutes que vous aviez jugée contraire au principe d’exactitude, représente en fait les territoires sur lesquels les Palestiniens exercent leur autonomie gouvernementale en vertu d’accords passés avec Israël, et non pas le "rétrécissement" des territoires palestiniens. »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

M. Luc Simard, directeur, Traitement des plaintes et Affaires générales, a répondu au plaignant au nom de la direction générale de l’Information.

Il admet d’abord que la carte qui apparaît au début du reportage était erronée :

« Nous admettons sans ambages que nous avons eu tort de présenter la carte intitulée "Palestine 1946". Nous reconnaissons qu’il était inexact d’y superposer le drapeau de l’Autorité palestinienne, qui est postérieur de plusieurs décennies à la Palestine "mandataire", que voulait illustrer le plan. Rappelons que ce territoire, peuplé de Juifs et d’Arabes, a été sous administration britannique jusqu’en 1948. »

M. Simard précise qu’une mise au point sera faite « pour reconnaître l’utilisation erronée de cette carte et pour corriger les faits ».

Par contre, il n’admet aucune erreur en ce qui concerne la deuxième carte qui apparaît vers la fin du reportage et qui présente la situation en 2000.

« Nous ne partageons pas votre avis, écrit-il, selon lequel elle ne montre pas le rétrécissement des territoires palestiniens. Elle indique clairement que l’Autorité palestinienne actuelle ne gère qu’une partie du territoire que le projet onusien de 1947 voulait accorder à un éventuel État arabe.

Est-ce que nous avons eu tort de préciser que ce rétrécissement s’est produit "sous l’impulsion de la colonisation"? Nous ne le croyons pas. Il est vrai que les pouvoirs de l’Autorité palestinienne résultent d’une entente avec Israël, mais il est également vrai que la présence des colonies juives explique en partie pourquoi les Palestiniens ne contrôlent pas tout le territoire dévolu aux Arabes dans le plan de partition de l’ONU. Que ces colonies aient pris ou non de l’expansion depuis 1990 est secondaire : la base de comparaison employée dans le reportage était 1947. »

Sur l’affirmation que les relations Canada-Israël étaient si étroites qu’Ottawa a longtemps refusé d’envisager la naissance d’un État palestinien, M. Simard répond au plaignant :

« Vous notez vous-même que, pendant longtemps, il y a eu peu d’appuis internationaux à la création de cette entité. Or c’est le sens de la phrase entendue dans le reportage : fidèle à la diplomatie dominante de l’époque, le Canada ne soutient tout simplement pas la création d’un État palestinien. »

Et voici comment il répond aux autres reproches du plaignant :

« Vous estimez qu’il est faux d’affirmer que le gouvernement de Mackenzie King s’est mis à dos tous les pays arabes en votant pour la partition de la Palestine. Or la colère arabe contre les 33 pays ayant approuvé la résolution onusienne est pourtant bien documentée et le Canada n’y a pas échappé.

(…)

Sur l’attitude des dirigeants canadiens envers Israël, vous affirmez que Pierre Elliott Trudeau n’était pas le premier à prendre ses distances en rappelant la position du Canada pendant la Crise de Suez. Mais Suez est une exception, le Canada allant même jusqu’à se placer en porte à faux envers son principal allié, la Grande-Bretagne, qui s’était associée à Israël. Il faut rappeler que pendant la crise, la position canadienne fut beaucoup plus proche de celle des États-Unis, le premier pays à avoir reconnu l’indépendance d’Israël.

Au sujet de l’invasion du Liban par l’armée israélienne, en 1982, le reportage ne contient pas l’expression "agression gratuite", comme vous le mentionnez, mais mentionne simplement "l’agression". Une des définitions que donne le dictionnaire pour "agression" est l’"attaque armée d’un État contre un autre, non justifiée par la légitime défense". Bien sûr, la légitime défense a été invoquée par le gouvernement israélien pour motiver l’invasion, mais ce motif n’a pas reçu l’assentiment de la communauté internationale. Vous vous souviendrez que la Résolution 509 du Conseil de sécurité des Nations unies (6 juin 1982) exigeait qu’Israël retire ses troupes du Liban sur-le-champ, et sans condition. »

LA DEMANDE DE RÉVISION

La réponse de M. Simard n’a pas satisfait M. Ouellette qui m’a demandé de réviser sa plainte.

Voici quelques extraits de sa demande de révision :

« J'apprécie que Radio-Canada reconnaisse son erreur et fera une mise au point pour corriger la carte erronée qui laissait croire qu'un État arabe palestinien avait été morcelé pour faire place à un État juif. Ce n'est pas la première fois qu'une telle erreur survient sur les ondes de Radio-Canada. J'espère que cette erreur ne se répétera pas, car elle déforme complètement les origines du conflit israélo-arabe et jette le discrédit sur la fondation d'Israël.

Je maintiens, toutefois, que la seconde carte est erronée. Elle ne représente pas l'expansion des colonies israéliennes ou encore le rétrécissement des territoires palestiniens "sous l'impulsion de la colonisation", mais bien le découpage légalement convenu sous Oslo de la Cisjordanie en zones administratives. Cette carte laisse plutôt croire que les implantations recouvrent plus de 50 pour cent de la Cisjordanie, ce qui est tout simplement faux.

Je maintiens aussi qu'il est faux de dire que Pierre Elliott Trudeau a été le premier chef de gouvernement à prendre ses distances d'Israël, alors que le Canada sous Pearson a clairement pris parti en faveur de l'Égypte dans la crise de Suez (…).

(…)

Sauf erreur, le Canada n'a pas fait l'objet d'une réprobation particulière de la part des pays arabes pour son vote en faveur de la partition du mandat de Palestine (…). En ce sens, il me parait exagéré et inexact de dire que le Canada s'est mis à dos les pays arabes.

Sophie Langlois affirme dans le reportage que "pendant trente ans tous les gouvernements du Canada entretiennent d’étroites relations avec Israël et refusent d’envisager la création d’un État palestinien". Rien dans cette phrase ne laisse comprendre, comme vous le prétendez, que la position canadienne était "fidèle à la diplomatie dominante de l’époque". Au contraire, on ne peut comprendre cet énoncé que comme une opposition canadienne à la création d'un État palestinien tributaire de ses relations étroites avec Israël. (…)

Je maintiens aussi que le reportage a présenté l'invasion israélienne comme une agression gratuite. À moins de nier le fait que le sud du Liban ait servi de rampe de lancement à des attentats terroristes contre la population civile israélienne. »

LA RÉVISION

D’abord, les cartes.

Sur la première, qui ouvre le reportage, je prends acte que le porte-parole de la direction de l’Information, M. Luc Simard, admet qu’elle était erronée. Je n’élaborerai pas plus à ce sujet, son admission étant suffisamment explicite. Je soulignerai quand même le caractère navrant et grossier de cette carte qui a dénaturé dès le départ l’ensemble du reportage.

À propos de la deuxième dont se plaint M. Ouellette, celui-ci a raison de dire qu’elle « ne représente pas l'expansion des colonies israéliennes ou encore le rétrécissement des territoires palestiniens "sous l'impulsion de la colonisation", mais bien le découpage légalement convenu sous (l’accord d’) Oslo de la Cisjordanie en zones administratives ».

Mais est-elle erronée pour autant, comme il le prétend?

Pour bien comprendre, il faut savoir que la fin du reportage se termine sur la présentation successive de deux cartes. La première présente les territoires israélien et « palestiniens » de 1949 à 1967; la deuxième, dont se plaint M. Ouellette, ces mêmes territoires en 2000.

Voici ce que dit Mme Langlois à la fin de son reportage :

« Jean Chrétien va aussi avoir à cœur de préserver de bonnes relations avec Israël, tout en développant les liens avec les territoires palestiniens, qui continuent de rétrécir sous l'impulsion de la colonisation israélienne. »

Au début de ce paragraphe, on voit des images de l’ancien premier ministre Jean Chrétien lors d’une visite officielle en Israël. Puis, lorsque Mme Langlois commence à évoquer les territoires palestiniens, on voit apparaître la carte montrant les territoires israéliens et palestiniens tels qu’ils étaient de 1949 à 1967; ensuite, sur le dernier membre de la phrase (« qui continuent de rétrécir »), la dernière carte apparaît.

Cette carte montre l’État d’Israël et les territoires sous contrôle de l’autorité palestinienne. Il me semble évident que les colonies de peuplement israéliennes sur ces territoires palestiniens ne sont pas sous contrôle de l’autorité palestinienne. En conséquence, ces colonies ont contribué au rétrécissement des territoires palestiniens.

Est-ce que ces territoires continuent de rétrécir? Ça dépend de la période de référence. Ici, la première des deux dernières cartes nous montre la situation de 1949 à 1967, la seconde, la situation en 2000. Durant cette période, l’occupation, puis la colonisation israélienne a effectivement réduit les territoires palestiniens.

Bref, les cartes disent une chose, la journaliste autre chose. Rien de tout ça n’est à proprement parler inexact, mais il ressort de l’ensemble un flou certain.

M. Ouellette se plaint aussi de la phrase suivante du reportage :

« Pendant 30 ans, tous les gouvernements du Canada entretiennent d’étroites relations avec Israël et refusent d’envisager la création d’un État palestinien. »

Précisons d’abord que la journaliste parle ici des 30 années qui suivent la guerre déclenchée par les pays arabes voisins d’Israël après sa déclaration d’indépendance en mai 1948.

Il est exact, comme le rappelle M. Ouellette, que le Canada avait endossé en 1947 le plan de l’ONU qui appuyait la création de deux États, l’un juif, l’autre arabe, sur le territoire de l’ancienne Palestine, administrée par la Grande-Bretagne depuis la chute de l’empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale.

Mais les pays arabes ayant refusé ce plan, la création d’un État palestinien ne fut plus d’actualité pendant longtemps. Toutefois, la création de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1964 le remit à l’ordre du jour.

L’État palestinien, alors revendiqué par l’OLP, n’était pas « un État palestinien aux côtés d’Israël », pour utiliser les termes de M. Ouellette, mais plutôt toute l’ancienne Palestine (celle placée sous le mandat britannique par la Société des Nations en 1920), et passait nécessairement par l’élimination de l’État d’Israël. Ce que, évidemment, tous les pays alliés d’Israël, dont le Canada, refusaient d’envisager, comme l’a justement indiqué la journaliste. Je note par ailleurs que Mme Langlois n’a pas dit, comme le prétend M. Ouellette, que le Canada « s’opposait à la création d’un État palestinien », pas plus qu’elle n’a spécifié que l’État palestinien envisagé devait être créé « aux côtés d’Israël ».

Une autre phrase du reportage de Mme Langlois a soulevé des objections de M. Ouellette. Mme Langlois y rappelait le plan de 1947 de l’ONU, partageant la Palestine mandataire en deux États, l’un juif et l’autre arabe. Ce plan avait été élaboré en grande partie par des Canadiens, dont Lester B. Pearson, alors un acteur important de la diplomatie canadienne. Parlant des suites de l’adoption de ce plan, la journaliste dit :

« Le gouvernement du libéral Mackenzie King se met alors à dos tous les pays arabes, qui vont tenter d’empêcher la création d’Israël par la force. »

M. Ouellette estime exagéré de dire que le Canada s'est mis à dos les pays arabes, parce que, dit-il, « le Canada n'a pas fait l'objet d'une réprobation particulière de la part des pays arabes ».

Peut-être. Mais il est clair que les pays arabes et les Arabes de Palestine n’ont pas apprécié ce plan puisqu’ils l’ont violemment rejeté. Clair également qu’ils se sont sentis trahis par l’ONU et par les pays occidentaux à l’origine du plan. Étant donné le rôle central joué par le Canada dans l’élaboration du plan de partage onusien, je ne vois rien d’exagéré dans la formule utilisée par Mme Langlois.

M. Ouellette croit aussi qu’il est erroné de dire, comme l’a fait la journaliste, que « le premier dirigeant canadien à se distancer un peu d’Israël (a été) Pierre Elliott Trudeau ».

Le plaignant en veut pour preuve que le Canada, en 1956, a pris « parti pour l’Égypte et contre Israël et la France dans la crise du canal de Suez ».

Je ne partage pas cette opinion. D’abord, il est très clair que c’est contre l’intervention concertée de la France et de la Grande-Bretagne pour s’interposer entre l’Égypte, qui venait de nationaliser le canal de Suez, et Israël que le Canada s’est élevé.

Pour mémoire, je rappelle que les deux puissances européennes avaient concocté un plan secret avec Israël pour neutraliser le président égyptien Gamal Abdel Nasser et récupérer le canal de Suez, propriété à 44 pour cent, avant sa nationalisation, d’intérêts français et britanniques.

En vertu de cet accord, lsraël attaquait l’Égypte et récupérait le canal, tandis que la France et la Grande-Bretagne intervenaient ensuite militairement pour séparer les belligérants. Ce qui fut fait.

Le Canada, alors dirigé par le premier ministre libéral Louis St-Laurent, s’aligne sur la position américaine et condamne l’intervention franco-britannique qu’on considère empreinte de néo-colonialisme. Je ne crois donc pas qu’on puisse affirmer, comme le fait le plaignant, que le Canada prenait parti « contre Israël, » et encore moins « pour l’Égypte ».

Louis St-Laurent charge alors son ministre des Affaires étrangères, Lester B. Pearson, de trouver une solution à la crise qui, en pleine guerre froide, dégénère en affrontement entre l’Occident et les pays du bloc soviétique. On agite même le spectre d’une guerre nucléaire.

Lester B. Pearson finira par proposer d’envoyer sur place une force internationale de maintien de la paix sous commandement canadien. Le Conseil de sécurité de l’ONU acceptera la proposition. Ce fut la naissance des « Casques bleus ». La crise se résorbera et Pearson, l’année suivante, recevra le prix Nobel de la paix.

Selon M. Jocelyn Coulon, directeur du Réseau de recherche sur les opérations de paix (ROP) et chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM), que j’ai consulté sur la question, le gouvernement St-Laurent ne cherchait pas à l’époque à se distancer d’Israël, mais à maintenir l’équilibre et à calmer la crise qui avait éclaté entre ses trois alliés, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis.

Comme me l’a fait remarquer M. Coulon, le fils de Lester B. Pearson, dans son livre intitulé Seize the Day: Lester B. Pearson and Crisis Diplomacy, le cabinet St-Laurent avait débattu et accepté, quelques semaines avant la crise de Suez, une demande israélienne d'acheter au Canada des avions chasseurs F-86. Toutefois, la crise et l'embargo qui le suivit entraînèrent l'annulation de la commande. Une requête semblable de l’Égypte, formulée elle aussi avant la crise, avait déjà été rejetée par le Canada.

Par ailleurs, Mme Langlois m’a envoyé la version originale du texte de son reportage qui contient effectivement une référence à la crise de Suez. Mais le passage en question a été retranché pour des considérations de durée. Voici ce passage :

« 1956 : crise du canal de Suez. Israël envahit l'Égypte. Lester B. Pearson, devenu ministre des Affaires étrangères du libéral Louis St-Laurent, propose à l'ONU d'envoyer des forces neutres.

Extrait sonore de Lester B. Pearson :

What we are suggesting now is that the unit should move into the Gaza strip immediately after the removal of the Israeli armed forces… (Nous suggérons maintenant que l’unité entre dans la bande de Gaza immédiatement après le retrait des forces armées israéliennes…)

L'envoi de ces Casques bleus accélère le retrait des troupes israéliennes. Le Canada gagne alors des points chez les pays arabes, mais la position pro-Israël d'Ottawa demeure inchangée. »

Évidemment, je ne peux me prononcer que sur le texte qui s’est retrouvé en ondes. Je crois cependant que ce passage retranché permet de mettre en contexte la perception générale du plaignant qui voit dans le reportage un parti pris anti-israélien.

Enfin, le plaignant soutient que la journaliste a présenté « l’invasion israélienne du Liban comme une agression gratuite ». Comme le porte-parole de la direction, M. Luc Simard, je note que Mme Langlois utilise le mot « agression » sans le qualifier et seulement pour signifier que le Canada a été un des premiers pays à la dénoncer.

M. Ouellette aurait aimé que la journaliste explique que l’invasion du Liban par Israël était une réaction de légitime défense devant les attaques contre son territoire perpétrées par des groupes palestiniens. Soit. N’empêche que l’invasion d’un pays voisin est certainement une agression.

Je souligne que Mme Langlois a relaté cet épisode pour expliquer que le premier ministre canadien d’alors, M. Pierre Elliott Trudeau, avait pris à cette occasion ses distances à l’endroit d’Israël. Dans ce contexte, les détails réclamés par le plaignant n’étaient pas essentiels, ni requis.

Pour terminer, je me permettrai quelques remarques plus générales.

Depuis deux ans et demi que je suis en poste, j’ai fait une vingtaine de révisions sur des reportages à propos du conflit israélo-palestinien. C’est beaucoup.

J’ai donc amplement eu le loisir d’expliquer que le travail journalistique à propos de ce dossier est un véritable parcours du combattant. Le contentieux israélo-palestinien s’est développé sur un siècle et c’est un des dossiers les plus difficiles à couvrir pour un journaliste.

Au fil de ces révisions, dont plusieurs ont conclu que les Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada n’avaient pas été respectées, j’ai fait des recommandations à la direction de l’Information. Celles-ci permettaient, à mon avis, de limiter les erreurs dans l’interprétation des faits, ou d’éviter les prises de position ou l’expression d’opinions « accidentelles » par un choix de termes, ou d’illustrations, dont la neutralité pouvait être remise en cause.

D’ailleurs, la direction de l’Information y a toujours réagi avec ouverture. Malheureusement, je constate que des erreurs qui pourraient, et devraient, être évitées continuent de se produire.

J’invite donc à nouveau la direction de l’Information, et tous les autres services de Radio-Canada susceptibles de produire des contenus sur la question, à redoubler de prudence et à mettre en place un système de vérification rigoureux, en particulier pour les illustrations qui appuient les textes des reportages.

J’ajoute que dans le doute, il vaudrait mieux s’abstenir. Car, encore une fois, l’histoire complexe et épineuse des relations israélo-palestiniennes s’accommode mal de l’ambigüité, de l’imprécision, de la confusion et du manque de nuance.

Conclusion

Un reportage retraçant l’histoire des relations entre le Canada et Israël, diffusé le 16 janvier 2014 au Téléjournal sur ICI Radio-Canada Télé, enfreignait la valeur d’exactitude des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

Pour me joindre : ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc