Rectifier? Ou s’autoflageller? (Médium large)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos d’une chronique présentée le 5 mars 2013 dans le cadre de l’émission Médium large à la Première Chaîne Radio de Radio-Canada.

LA PLAINTE

Le plaignant est M. David Ouellette, directeur associé pour le Québec du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CERJI), un organisme qui se présente comme le porte-parole officiel des quelque 400 000 juifs canadiens.

M. Ouellette se plaint d’un élément de la chronique internationale intitulée Tour du monde, présentée le 5 mars 2013 par la journaliste de Radio-Canada international, Mme Khady Beye, dans le cadre de l’émission Médium large, sur la Première Chaîne Radio de Radio-Canada.

L’élément en question portait sur l’élection de la nouvelle Miss Israël 2013, Yityish Titi Aynaw, une reine de beauté d’origine éthiopienne.

Dans son échange avec l’animatrice de l’émission, Mme Catherine Perrin, Mme Beye en a profité pour rappeler une controverse sur l’existence d’un possible programme du gouvernement israélien visant le contrôle des naissances des immigrantes d’origine éthiopienne.

Voici l’échange à ce sujet entre la journaliste et l’animatrice :

KHADY BEYE : « Depuis huit ans, le gouvernement israélien obligeait des femmes originaires d’Éthiopie, qui arrivaient en Israël, à prendre une injection d’un contraceptif de longue durée. Et, au bout de quelques années, ils se sont rendu compte que le taux de fertilité de ces femmes-là était extrêmement bas et elles ne comprenaient pas pourquoi, parce que la plupart d’entre elles disaient que lorsqu’elles arrivaient, on leur disait que c’était un vaccin, alors qu’en réalité c’était un contraceptif de longue durée. »

CATHERINE PERRIN : « Parce qu’on voulait carrément limiter les naissances dans…»

K. BEYE : « Dans leur communauté, oui…»

C. PERRIN : « … les naissances d’origine éthiopienne, oui. »

K. BEYE : « C’est un gros scandale et en plus ils se sont fait également taper sur les doigts parce qu’ils avaient une politique de rapatriement des immigrants d’origine d’Afrique subsaharienne, et ils les payaient entre 500 et 1 000 euros…»

C. PERRIN : « Pour les renvoyer…»

K. BEYE : « Pour les renvoyer…»

C. PERRIN : « Wow… c’est gênant…»

K. BEYE : « Alors, du coup, il y a des gens qui disent, est-ce que la victoire de Titi, comme on l’appelle, ne serait pas politique finalement? Si on veut calmer un petit peu les ardeurs des gens. »

C. PERRIN : « Oui, symbolique. Oh, c’est un dossier dont je n’avais pas entendu parler, cette histoire de contraception forcée. Très, très, très troublant quand on pense à toutes sortes … d’expériences qui ont été menées contre des juifs à une certaine époque, hein. »

Or, soutient M. Ouellette, « s’il y a en effet une importante controverse au sujet de l’usage du contraceptif de longue durée Depo-Provera chez les Israéliennes d’origine éthiopienne, il n’y a pour l’heure que des allégations et certainement aucune preuve d’une politique israélienne de contrôle des naissances dans la communauté israélo-éthiopienne ».

Le plaignant ajoute que les faits sont plutôt les suivants :

« – Des Israéliennes d’origine éthiopienne ont affirmé dans un reportage de la télévision israélienne avoir été incitées à utiliser le contraceptif Depo-Provera injecté aux trois mois sans que d’autres méthodes contraceptives ne leur aient été offertes;

- D’autres affirment avoir été informées par les agences juives responsables de leur immigration en Israël que les Israéliens ont de petites familles et que la vie y est difficile pour les familles nombreuses;

- Certaines affirment qu’on leur aurait intimé qu’elles ne pourraient immigrer en Israël si elles n’acceptaient pas les injections de Depo-Provera;

- D’autres, enfin, prétendent avoir ignoré qu’on leur injectait un contraceptif, pensant qu’il s’agissait de vaccins;

- En 2008, au moment où les premières allégations d’une politique de contrôle des naissances dans la communauté éthiopienne ont fait surface, le ministre israélien de la Santé avait déclaré que l’usage de contraceptifs intraveineux comme le Depo-Provera était une question de préférence culturelle;

- Cette affirmation est soutenue par une étude réalisée en 2005 par Family Health International, une ONG dédiée à la santé publique et au développement. Publiée dans The African Journal of Reproductive Health, l’étude établit « une prédominance des injectables » en Afrique subsaharienne, due à la nature dissimulée de son usage dans un contexte culturel où « les contraceptifs peuvent introduire la discorde sociale, menant parfois à la violence de partenaires intimes dans des couples africains »;

- Itzik Dasa, directeur de Tebeka, un organisme d’aide juridique pour Juifs éthiopiens, a affirmé ne pas croire qu’Israël ait imposé une politique de réduction de taux de naissance chez les Israéliennes d’origine éthiopienne;

- Le ministère de la Santé israélien a fermement nié l’existence d’une politique encourageant l’usage de Depo-Provera ou de contrôle des naissances dans la communauté éthiopienne et vient de créer une commission d’enquête sur la question;

- L’Agence juive, responsable de l’immigration juive en Israël et du rapatriement des Juifs éthiopiens, a affirmé ne jamais intervenir dans la planification familiale des immigrants.

Il est extrêmement troublant que Radio-Canada ait présenté des allégations incertaines comme des faits éprouvés dans une affaire controversée sur laquelle toute la lumière n’a pas encore été faite. La teneur de l’échange entre l’animatrice et la journaliste enfreint clairement les valeurs d’exactitude de l’information et d’équilibre. Elles trahissent, en outre, un amateurisme indéfendable. Enfin, le rapprochement proposé entre les allégations de contrôle des naissances et les crimes du Docteur Mengele auxquels Mme Perrin fait implicitement référence est proprement scandaleux et inadmissible. »

LA RÉPONSE DE L’ÉMISSION MÉDIUM LARGE

La réponse de la direction de l’émission Médium large est venue de Mme Sylvie Julien, premier chef de contenu à la Première Chaîne Radio.

Mme Julien s’explique ainsi :

« Lors de l’émission du 5 mars, il était question de la nouvelle Miss Israël 2013, événement qui a retenu l’attention de la chroniqueuse puisqu’il s’agissait de la première Israélienne d’origine éthiopienne à gagner ce concours. Mme Beye a relaté des articles soulevant l’hypothèse d’une décision politique relativement au choix de la gagnante en raison de situations pour le moins sérieuses qui ont été exposées quelques semaines auparavant dans différents quotidiens réputés concernant la pratique d’injection de contraceptif de longue durée sur les migrantes éthiopiennes par Israël. Selon le Jeune Afrique, « le ministère israélien de la Santé a reconnu avoir contraint des Éthiopiennes juives à prendre un contraceptif avant de les autoriser à immigrer sans les informer des risques ».

Aussi, « une source gouvernementale a pour la première fois reconnu la pratique d’injection de contraceptif de longue durée sur des femmes d’origine éthiopienne, rapporte le site du quotidien Haaretz » selon le Slate Afrique. De même que le Point.fr qui publiait le 30 janvier dernier; « quand Israël impose la contraception à ses Éthiopiennes ». Mme Beye a rapporté dans ses mots les informations qu’elle a colligées à partir des sources sur lesquelles elle s’est appuyée. Nous convenons cependant qu’avec un sujet aussi controversé, il aurait été plus approprié qu’elle mentionne ses sources en ondes. »

Mme Julien fournit ensuite au plaignant les liens vers les articles qu’elle cite et sur lesquels la journaliste s’est appuyée pour les besoins de sa chronique. Et elle conclut en invitant le plaignant « à consulter le site Internet de l’émission Médium large du 5 mars où une précision a été apportée concernant les médias qui ont rapporté qu’Israël a nié l’existence d’un tel plan de naissance ».

LA RÉPLIQUE DU PLAIGNANT À LA DIRECTION DE MÉDIUM LARGE

Toutefois, le plaignant n’a pas été convaincu par la réponse de Mme Julien. Dans la réplique qu’il lui envoie, M. Ouellette souligne que la plupart des articles consultés par la journaliste Khady Beye pour les besoins de sa chronique précisaient bien que les organismes et responsables israéliens concernés avaient démenti les allégations rapportées.

« Or, Mme Beye, écrit-il, a plutôt choisi de rapporter ces allégations sur les ondes de la Première Chaîne comme un fait incontestable ».

Et il ajoute qu’« aucune des sources consultées par Mme Beye ne soulève l’hypothèse d’une décision politique relativement au choix de la gagnante (éthiopienne de Miss Israël) en raison de situations (…) qui ont été exposées (…) concernant la pratique d’injection de contraceptif de longue durée sur les migrantes éthiopiennes par Israël ».

Il en a aussi contre le fait que la journaliste « ait présenté une chronique sur cette controverse sur la base d’articles parus plus d’un mois avant son passage à Médium large.

« Si elle s’était donné la peine de consulter des articles plus récents sur le développement de cette controverse, elle aurait pu lire que :

- le 30 janvier 2013, la chroniqueuse de Ha’aretz, Allison Kaplan Sommer, remettait les pendules à l’heure et démontrait comment la presse internationale avait grotesquement déformé la controverse en rapportant qu’Israël avait imposé la contraception, voire une politique de stérilisation, à des Éthiopiennes. (…)

- le 28 février 2013, soit 5 jours avant que Mme Beye ne présente sa chronique, la BBC rapportait les allégations comme telles, rappelait le déni catégorique des autorités israéliennes et annonçait que le gouvernement israélien allait constituer un comité d’enquête composé de responsables du ministère de la Santé, d’un médecin indépendant et d’un représentant de la communauté israélo-éthiopienne pour confirmer qu’il n’y a jamais eu de politique de contraception forcée.

(…)

Enfin, vous affirmez que « le diffuseur public respecte les opinions de chacun et une seule émission ne peut présenter un équilibre des opinions exprimées » et que « cet équilibre n’est possible que dans notre programmation prise dans son ensemble et sur nos différentes plateformes ». Or, l’impair commis par Mme Beye n’est pas de l’ordre de l’opinion. Elle a présenté comme des faits avérés des allégations si graves que l’animatrice de Médium large s’est crue permis un inacceptable parallèle avec les crimes nazis.

L’ajout sur la page de l’émission d’hyperliens à des articles offrant des informations plus justes, dont vous m’apprenez l’existence et qui aura échappé aux auditeurs de Radio-Canada, ne répare en rien cette infraction aux normes journalistiques de Radio-Canada. Il m’apparait qu’à défaut d’émettre une correction en ondes (comme a l’habitude de le faire la CBC) Radio-Canada ferait fi de sa propre politique de correction des erreurs qui stipule que « Dans le respect des principes d’exactitude, d’intégrité et d’équité, nous n’hésitons pas à corriger une erreur importante lorsque nous avons pu établir qu’elle a été commise ». (…) ».

LE CORRECTIF DE MÉDIUM LARGE

À la suite de cette réplique de M. Ouellette, Mme Julien revoyait sa position et en venait à la conclusion que l’émission devait effectivement apporter un correctif. Voici ce qu’elle écrivait au plaignant :

« J’ai lu attentivement votre courriel que je vous remercie d’avoir pris la peine de me faire parvenir. Je vous informe que l’équipe de Catherine Perrin apportera en ondes prochainement des précisions sur la chronique de Khady Beye diffusée le 5 mars dernier dans le cadre de l’émission Médium large. »

Le 4 avril 2013, l’émission Médium large a effectivement apporté des précisions à la chronique de Mme Beye du 5 mars précédent. Voici comment ces précisions ont été présentées en ondes :

CATHERINE PERRIN : « … vous avez rapporté des articles qui alléguaient que le gouvernement israélien aurait autorisé l’injection d’un contraceptif à des femmes éthiopiennes à leur insu. »

KHADY BEYE : « Oui Catherine, alors j’avais évoqué notamment les articles qui avait été publiés par Le Point, Slate Afrique et Jeune Afrique et qui avaient rapporté ces allégations, mais il y a aussi des articles qui ont été publiés qui évoquent, eux, une autre vision de cette situation. Selon, entre autres, l’agence de presse Reuters, la BBC, et le site Israël Info, les autorités israéliennes auraient nié avoir mis en place des politiques visant à contrôler le taux de naissance chez les femmes immigrantes éthiopiennes et la BBC rapporte d’ailleurs qu’Israël aurait l’intention de créer un comité d’enquête composé de responsables du ministère de la Santé, d’un médecin indépendant et d’un représentant de la communauté israélo-éthiopienne afin de confirmer que la politique de contraception forcée n’aurait jamais eu lieu. »

Le même jour, Radio-Canada.ca publiait sur le site web de Médium large le correctif suivant :

« Khady Beye fait un retour sur un des sujets qu’elle a traités le 5 mars dernier dans la rubrique Tour du monde, où des collaborateurs venus d’ailleurs font part aux auditeurs des nouvelles publiées dans des médias de leur région de la planète.

La chroniqueuse avait alors parlé d’articles alléguant que le gouvernement israélien aurait autorisé l’injection d’un contraceptif à des femmes éthiopiennes, à leur insu. Elle avait alors mentionné Le Point, Slate Afrique et Jeune Afrique.

Or, d’autres articles donnent, eux, une image différente de cette situation. Selon, entre autres, l’agence de presse Reuters, la BBC et le site Israël-Infos, les autorités israéliennes auraient nié avoir mis en place des politiques visant à contrôler les taux de naissance chez les immigrées éthiopiennes. La BBC rapporte d’ailleurs qu’Israël aurait l’intention de créer un comité d’enquête composé de responsables du ministère de la Santé, d’un médecin indépendant et d’un représentant de la communauté israélo-éthiopienne, afin de confirmer que la politique de contraception forcée n’aurait jamais existé. »

LA DEMANDE DE RÉVISION

Ces précisions et correctifs n’ont toutefois pas satisfait le plaignant qui m’a demandé, en ces termes, de revoir le dossier.

« Les précisions de Mme Beye, comme celles publiées sur le site de l’émission, plutôt que de reconnaître l’erreur d’avoir présenté au public de Radio-Canada des allégations controversées comme des faits établis, présentent comme des « versions » également crédibles d’une même affaire des articles de presse clairement erronés avec des articles présentant des informations exactes et complètes.

Comme Radio-Canada et l’émission n’ont pas reconnu l’erreur et que les « précisions » apportées, au mépris des exigences de la politique de corrections des erreurs de Radio-Canada, ne la corrigent pas, nous vous prions de procéder à une révision de notre plainte. »

LA RÉVISION

Après avoir pris connaissance d’un grand nombre d’articles de presse publiés sur le sujet dont il est ici question, il ne fait aucun doute dans mon esprit que Mme Beye a effectivement présenté des allégations comme des faits établis alors qu’elles restaient encore à établir.

Je rappelle que c’est l’émission Vacuum de la Télévision éducative israélienne, dans un reportage d’enquête présenté en décembre 2012, qui a lancé le débat sur cette question.

Les auteurs du reportage ont recueilli les témoignages de 35 Éthiopiennes, qui affirment avoir été forcées d’accepter des injections de Depo-Provera, un contraceptif à action prolongée, si elles voulaient immigrer en Israël. Ces femmes participaient alors à des ateliers de planification familiale en Éthiopie dans les camps de transit où elles attendaient leur départ pour Israël.

En réaction à ce reportage, l’American Joint Distribution Committee, qui gère les ateliers de planification familiale et les cliniques médicales dans les camps de transit en Éthiopie, et le ministère israélien de la Santé ont vigoureusement nié ces allégations. L’Agence Juive, qui supervise l’émigration vers Israël, a de son côté affirmé ne pas être au courant de telles pratiques.

À la suite de la plainte de M. Ouellette, la direction de Médium large a d’abord mis en ligne, à la fin de sa chronique Tour du monde du 5 mars 2013, quelques liens vers des articles de différents journaux faisant état de cette affaire. On y trouvait beaucoup plus de détails, y compris les positions des différents organismes israéliens impliqués.

Non content de ces ajouts, M. Ouellette a maintenu sa plainte. En fin de compte, Médium large a choisi de livrer en ondes et sur son site web la mise au point que j’ai retranscrite plus haut.

Cela n’a pas non plus satisfait M. Ouellette qui considère que la direction de l’émission n’a pas reconnu son erreur et que sa mise au point présente « comme des versions également crédibles d’une même affaire des articles de presse clairement erronés avec des articles présentant des informations exactes et complètes ».

Si je comprends bien le plaignant, il aurait souhaité que la mise au point ne retienne sur cette affaire que le seul point de vue officiel du gouvernement et des agences israéliennes concernées. Bref, que la mise au point établisse que tout ce qui avait été dit par Mme Beye, et rapporté dans les journaux, qu’elle citait le 5 mars 2013, était non seulement nié « officiellement », mais que c’était des faussetés.

Or, nous avons ici affaire à une véritable controverse. Au départ, d’un côté une enquête journalistique basée sur les affirmations de 35 femmes, dont certaines personnes ou organismes ont pu soupçonner ou conclure à une politique délibérée d’Israël visant à limiter les naissances dans sa communauté d’origine éthiopienne; de l’autre, des démentis des agences et du ministère israéliens concernés. Mais aussi, avec le temps, certaines admissions officielles, des opinions et avis contradictoires, des demandes d’éclaircissements et, semble-t-il, le déclenchement d’une enquête.

Le 27 janvier dernier, le quotidien israélien Haaretz rapportait que le directeur général du ministère de la Santé israélien avait ordonné qu’on cesse d’injecter du Depo-Provera aux femmes d’origine éthiopienne s’il y avait des risques qu’elles ne comprennent pas ou mal les conséquences du traitement anticonceptionnel. Le quotidien rappelait que le ministère de la Santé et les autres agences gouvernementales concernées avaient toujours nié être au courant ou responsables de cette pratique.

Deux jours plus tard, le quotidien montréalais La Presse diffusait un article de l’Agence France Presse qui reprenait essentiellement les mêmes informations. On y indiquait aussi que c’est à la demande de l’Association pour les droits civiques en Israël (ACRI) que le ministère de la Santé avait émis cette directive. L’article cite le porte-parole de l’ACRI, M. Marc Grey, qui y voit « un aveu important que ce phénomène a bien existé ».

Le même jour, soit le 29 janvier, une dépêche diffusée sur le site web de l’IRIN, un réseau d’information rattaché au Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, rappelait qu’un rapport dévoilé en 2010 par une organisation de femmes, la Isha le’Isha, établissait que
57 pour cent des Israéliennes à qui on avait administré le contraceptif Depo-Provera étaient d’origine éthiopienne « alors qu’elles représentent moins de 2 pour cent de l’ensemble de la population israélienne ».

L’article cite l’auteur du rapport, Hedva Eyal, qui dit ceci :

« En fait, c’est la première fois que l’État reconnaît que cette pratique d’administrer à des immigrantes un médicament alors qu’elles n’en connaissent pas les effets secondaires est immoral. »

L’article cite aussi « le porte-parole adjoint du ministère de la Santé, Smadar Shazo », qui explique que le ministère de la Santé enquêtait déjà depuis quelques mois « afin de déterminer qui était responsable de cette pratique à la fois en Israël et dans les camps de transit en
Éthiopie ».

À la lecture de tous ces articles, et de nombreux autres publiés récemment en Israël et ailleurs, il semble bien que la question n’est plus de savoir si le Depo-Provera a été administré ou non à des émigrantes éthiopiennes, plus ou moins conscientes qu’il s’agissait d’un contraceptif et plus ou moins contre leur gré; mais plutôt de savoir si le gouvernement israélien était bien au courant de cette pratique et s’il y a eu une volonté politique de contrôler les naissances des Juifs éthiopiens.

Or, dans sa revue de presse du 5 mars, la journaliste Khady Beye a bel et bien affirmé que « le gouvernement israélien obligeait des femmes originaires d’Éthiopie qui arrivaient en Israël à prendre une injection d’un contraceptif de longue durée ».

Si plusieurs soutiennent cette allégation, l’ACRI entre autres, elle reste à prouver. Et c’est justement pour faire la lumière à ce sujet que, selon la BBC, le gouvernement israélien entendrait créer un comité d’enquête. En fait, la BBC explique que c’est pour vérifier s’il y a eu ou pas une politique délibérée visant à limiter les naissances dans sa communauté d’origine éthiopienne.

« Israel’s health ministry is to investigate why contraceptive injections were widely given to Ethiopian immigrant women », lit-on dans un article de la correspondante à Jérusalem de la BBC publié sur le web le 28 février 2013.

« A new committee will look into allegations that this was done in a deliberate attempt to reduce births in the Ethiopian Israeli community. »

(Ma traduction : « Le ministère de la Santé israélien enquêtera sur les raisons pour lesquelles des contraceptifs injectables ont été abondamment administrés aux immigrantes éthiopiennes. Un nouveau comité examinera les affirmations selon lesquelles il s’agissait là d’une pratique délibérée afin de réduire les naissances au sein de la communauté éthiopio-israélienne. »)

Mme Beye a donc commis l’erreur de considérer et de présenter comme telles des allégations non établies. Des affirmations, il est important de le souligner, suffisamment sérieuses pour que le gouvernement israélien veuille apparemment enquêter pour en vérifier le bien-fondé.

Les Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada exigent, en vertu de la valeur d’exactitude, que ses journalistes recherchent « la vérité sur toute question d’intérêt public » et déploient « les efforts nécessaires pour recueillir les faits, les comprendre et les expliquer clairement ».

Aucun journaliste ni aucune émission ne sont à l’abri des erreurs. C’est pourquoi les NPJ prévoient aussi qu’on doit corriger les erreurs qui sont portées à leur attention. Voici ce qu’on dit à cet égard :

« Principes – Correction des erreurs

Nous mettons tout en œuvre afin d’éviter les erreurs en ondes et dans nos services en ligne. Dans le respect des principes d’exactitude, d’intégrité et d’équité, nous n’hésitons pas à corriger une erreur importante lorsque nous avons pu établir qu’elle a été commise. Cela est essentiel pour maintenir notre crédibilité auprès des Canadiens. Lorsque nous devons apporter une mise au point, nous le faisons dans les meilleurs délais, en tenant compte des circonstances et de l’ampleur donnée à la diffusion des éléments erronés.

(…)

Le choix de la forme et du moment de diffusion d’une mise au point incombe au directeur, qui peut, si nécessaire, consulter le Service juridique. »

Il y a donc eu erreur, puis correction de l’erreur. Ce correctif a pris la forme d’une intervention en ondes de la journaliste Khady Beye durant l’édition du 4 avril de Médium large et de la mise en ligne d’un texte sur le site de l’émission.

Dans son correctif, Mme Beye n’a pas dit qu’elle avait omis, le 5 mars, de rapporter les démentis du gouvernement israélien et des agences concernées contenus dans les journaux qu’elle avait cités. M. Ouellette s’en désole et s’en plaint.

Toutefois, il n’est pas nécessaire qu’un correctif prenne la forme d’une séance d’autoflagellation publique pour remplir son rôle; je considère aussi que les précisions de Mme Beye font clairement état de plusieurs des informations et points de vue que M. Ouellette lui reproche d’avoir omis lors de sa chronique du 5 mars. Je comprends que, pour le plaignant, les articles cités par la journaliste le 5 mars étaient erronés, mais c’est matière à opinion.

Par ailleurs, les responsables de l’émission m’ont indiqué qu’ils avaient consulté les services juridiques de Radio-Canada pour rédiger leur mise au point, comme le permettent les NPJ.

Il y a donc eu erreur au plan de l’exactitude. Mais, comme le demandent les NPJ, l’erreur a été corrigée. Il n’y a donc pas eu faute.

Conclusion

En corrigeant une erreur relevée dans sa chronique Tour du monde du 5 mars 2013, à propos de l’administration controversée d’un contraceptif aux Éthiopiennes immigrant en Israël, l’émission Médium large a respecté les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF : Révision Médium large 5 mars 13

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