Peut-on traiter d’obésité sans encourager l’obsession de la minceur? (L’épicerie)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos d’un reportage intitulé Le sucre, un poison?, diffusé à l’émission L’épicerie.

LA PLAINTE

Le plaignant est M. José Breton, président fondateur de la Fondation Belles Rondeurs, un organisme à but non lucratif qui lutte, selon ce qu’on peut lire sur son site web, « contre l’obsession de la minceur et l’industrie de l’amaigrissement ».

M. Breton se plaint d’un reportage intitulé Le sucre, un poison?, diffusé dans l’édition du 14 novembre 2012 de l’émission L’épicerie. Il estime entre autres que ce reportage est une
« infopublicité » pour une clinique d’amaigrissement exploitée par un médecin interrogé dans le cadre du reportage.

Le reportage en question se penchait sur les effets possiblement nocifs à long terme d’une surconsommation de sucre, notamment de celui qu’on ajoute aux aliments industriels.

M. Breton en a d’abord contre le fait que l’équipe de journalistes de L’épicerie ait utilisé, pour les besoins de son reportage, le Dr Maurice Larocque, un médecin, écrit-il, « qui utilise sa profession comme argument de vente » pour ses cliniques, ses méthodes et ses produits d’amaigrissement.

Voici l’essentiel de ce qu’il soutient à ce sujet :

« Comment expliquer que le journaliste Alain Roy ait pu choisir d’aller chercher l’opinion de ce médecin qui a tout intérêt qu’on parle de lui parce que cela lui fait de la publicité indirecte pour sa clinique et sa méthode d’amaigrissement?

(…)

Le journaliste lui attribue faussement le titre de chercheur. Ce n’est absolument pas un chercheur en quoi que ce soit et surtout pas en obésité. Les seules recherches qu’il ait faites, c’est pour de mieux en mieux rentabiliser son entreprise.

(…)

Est-ce une commande? Le journaliste/recherchiste a-t-il été payé pour faire de la publicité pour ce docteur à travers ce reportage?

(…)

Le Dr Maurice Larocque nomme sa clinique Clinique Motivation Minceur dans le contexte actuel d’obsession de la minceur chez les femmes, c’est de toute évidence un gros manque de subtilité. Il vise le marché lucratif des femmes qui sont mal dans leur peau, c’est comme trop évident là. On est loin de la recherche scientifique fondamentale.

(…)

Finalement, la situation, où (…) des journalistes qui sont insensibles à la problématique de l’obsession de la minceur et qui choisissent de se fier à un médecin qui a abusé de la situation de l’obsession de la minceur pour faire fortune, est inacceptable. »

M. Breton soutient ensuite que l’équipe de L’épicerie a choisi le sujet du reportage par idéologie :

« Il est raisonnable de penser qu’ils ont choisi d’adopter l’opinion des intégristes anti-obésité, ou celle qui dramatise excessivement les conséquences de la prétendue épidémie d’obésité. »

Il considère également que le reportage laisse croire à l’auditoire que la toxicité du sucre « constitue un fait ou une vérité incontestable ».

Il cite, à l’appui de cette affirmation, les extraits suivants des propos tenus dans le reportage par l’animatrice Johane Despins :

« Le sucre est devenu le nouvel ennemi à abattre. Des scientifiques vont même jusqu’à parler de toxicité du sucre. Toxique comme dans dangereux, néfaste.

C’est la théorie d’un chercheur de l’université de Californie, Robert Lustig, pédiatre expert auprès des enfants obèses. Un concept qui retient de plus en plus l’attention, une théorie qu’endosse un chercheur d’ici, le Dr Maurice Larocque. »

Il s’attarde plus particulièrement à cet extrait-ci de Mme Despins :

« À la lecture des centaines de milliers de dossiers traités dans son réseau de cliniques de traitement du poids, il apparaît clairement que les patients du Dr Larocque souffrent de ravage causé par le sucre. »

Et c’est ainsi qu’il conclut sa plainte :

« Je porte plainte parce que je poursuis une cause humanitaire. Je dénonce tout ce qui contribue à maintenir ou à encourager les femmes à verser dans l’obsession de la minceur. Cette obsession fait souffrir beaucoup les femmes. J’agis par compassion pour les femmes.

Faire un reportage sur la pseudo toxicité du sucre, constitue un des pires arguments anti-obésité pour projeter les femmes dans l’obsession de la minceur et dans un désordre alimentaire. »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

La réponse à la plainte de M. Breton est venue de M. André Dallaire, directeur, Traitement des plaintes et Affaires générales.

À propos du choix du Dr Maurice Larocque pour les besoins du reportage, M. Dallaire explique qu’il a été « référé par le Dr Alain Dagher, neurologue, professeur et chercheur à l’Institut neurologique de Montréal ».

Il précise que « depuis plus de 30 ans, le Dr Larocque a mis sur pied une base de données regroupant les dossiers de 400 000 personnes qui souffrent de troubles alimentaires causant des problèmes de santé liés au surpoids ».

Il ajoute :

« Que le Dr Larocque ait un commerce lié à l’exercice de sa profession ne le rend pas moins expert pour autant. Les médecins qui opèrent en clinique privée ne sont, en général, pas moins compétents pour autant. »

Et il conclut :

« Encore une fois, il était question, dans le reportage de L’épicerie, de la toxicité du sucre consommé en quantité excessive, et ce, de façon régulière. Dans ce reportage, le seul « témoin à charge » contre le sucre était un homme, qui disait être venu à bout de son surpoids grâce à une alimentation plus équilibrée et à l’exercice physique. Nous avons du mal à y voir une volonté de culpabiliser qui que ce soit. »

LA RÉVISION

M. Breton n’a pas du tout été convaincu par la réponse de M. Dallaire et il m’a donc demandé de réviser le dossier.

Les premières questions à trancher concernent l’utilisation du Dr Maurice Larocque comme expert dans le reportage pour commenter la théorie voulant que le sucre consommé à l’excès (« en quantité chronique » pour utiliser les termes du médecin) soit toxique :

  • Le Dr Larocque est-il vraiment un expert du traitement de l’obésité?
  • Est-il vraiment un chercheur?
  • Puisqu’il est aussi impliqué dans des cliniques privées d’amaigrissement qui utilisent ses méthodes et vendent des produits protéinés, est-il en conflit d’intérêts quand il identifie le sucre comme un produit toxique qui contribue grandement à l’obésité?

Il suffit de consulter brièvement le curriculum vitae du Dr Maurice Larocque pour constater qu’il possède bel et bien une expertise en traitement de l’obésité. Clinicien dans le domaine depuis plus de 30 ans, il a aussi été expert consultant pour plusieurs corporations et associations médicales, bureaux d’avocats, organismes consultatifs, etc. Il a également donné de nombreuses formations en Europe et en Amérique du Nord destinées aux médecins et aux professionnels de la santé.

Enfin, il a été référé à l’équipe de L’épicerie par le Dr Alain Dagher, neurologue de l’Institut et hôpital neurologiques de Montréal et chercheur qui travaille entre autres sur les dépendances, notamment liées à l’obésité.

Le Dr Dagher, avec qui j’ai discuté pour les besoins de cette révision, estime que le Dr Larocque est un spécialiste de l’obésité qui propose une approche neuro comportementale « qui se défend ». Il ajoute que le Dr Larocque fait effectivement de la recherche et qu’il a été entraîné à cet égard par des spécialistes de l’Université McGill.

Il précise toutefois que ses recherches sont plus « périphériques » que la recherche fondamentale sur l’obésité, à laquelle il collabore par ailleurs. Enfin, à sa connaissance, la méthodologie et l’échantillonnage des études du Dr Larocque n’ont jamais été contestées par ses pairs, même si les patients étudiés avaient été traités dans les cliniques avec lesquelles il est associé.

Les Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada comportent des règles que les journalistes doivent respecter pour éviter de se retrouver en situation de conflit d’intérêts. Toutefois, ces règles ne s’appliquent qu’aux journalistes, et non aux personnes invitées à commenter les sujets abordés dans les reportages.

Par contre, un des articles des NPJ portant sur l’expression d’opinions encadre l’utilisation qui est faite de ces personnes par les journalistes. Voici ce qu’on y lit :

« Invités et commentateurs

Radio-Canada offre dans ses émissions toute une gamme de commentaires et d’opinions sur des sujets importants.

L’équilibre est atteint, avec le temps, grâce à la présentation de perspectives et de points de vue multiples qui reflètent une diversité d’opinions.

Afin que le public puisse pleinement comprendre le point de vue d’un invité ou d’un commentateur, il est important de mentionner ses liens d’association ou d’affiliation, ou encore, ses intérêts particuliers. »

Il apparaît donc que l’équipe de L’épicerie était tout à fait justifiée de présenter les commentaires et les opinions du Dr Larocque sur le lien possible entre la consommation excessive de sucre et l’obésité.

Puisqu’il s’agit d’une opinion, même si elle est experte, elle doit être complétée « avec le temps » par d’autres opinions. La valeur d’équilibre des NPJ vient préciser l’application de cet aspect précis de la norme citée plus haut :

« Équilibre

(…)

Lorsque nous abordons des sujets controversés, nous nous assurons que les points de vue divergents sont reflétés avec respect. Nous tenons compte de leur pertinence dans le cadre du débat et de l’ampleur du courant qu’ils représentent.

Nous nous assurons également de présenter ces points de vue dans un délai raisonnable. »

Une vérification succincte auprès du service des archives de Radio-Canada m’a permis de constater que différents aspects de la problématique de l’obésité ont été abordés dans plusieurs émissions d’information de la Télévision et de la Radio de Radio-Canada à partir du 14 novembre 2012, jour de la diffusion par L’épicerie du reportage dont se plaint M. Breton. En voici quelques-uns :

  • Le 14 novembre 2012, l’émission de radio Désautels diffusait dans son édition nationale un reportage de six minutes et demie du journaliste Bruno Coulombe sur ce que devrait être la meilleure façon de lutter contre l’obésité au Québec. Le journaliste a fait entendre sur le sujet Mme Suzie Pellerin, de la Coalition québécoise sur la problématique du poids, Mme Ruth Vander Stelt, de l’Association médicale du Québec, Mme Lyne Mongeau, chercheure pour la promotion de saines habitudes alimentaires, et Mme Gale Ellen West, professeure au département d’économie agroalimentaire et consommation de l’Université Laval;
  • Le 19 novembre 2012, l’émission À l’affiche de Radio-Canada international, diffusée sur le web, présentait un reportage de neuf minutes du journaliste Stéphane Parent sur la pertinence d’imposer un taxe spéciale sur les boissons sucrées comme le réclament certains médecins pour freiner la croissance du taux d’obésité observé au Canada;
  • Le 26 décembre 2012, l’édition nationale du Téléjournal (22 heures) diffusait un court reportage de 20 secondes lu par l’animateur faisant état d’une nouvelle étude qui concluait à la baisse du taux d’obésité chez les jeunes enfants aux États-Unis, une première en 30 ans;
  • Le 10 janvier 2013, le journaliste de l’émission Découverte, Mario Masson, faisait, dans le cadre de l’émission de radio d’intérêt général Médium large, une revue des études récemment divulguées. Une d’entre elles portait sur les bienfaits pour la santé d’avoir quelques kilos en trop;
  • Le 13 janvier 2013, l’émission scientifique de la Radio de Radio-Canada, Les années lumières, présentait un reportage d’une dizaine de minutes du journaliste et animateur Yanick Villedieu sur la même étude que celle citée dans l’élément précédent. Le journaliste expliquait que l’étude tend à démontrer qu’un indice de masse corporelle au-dessus de la norme acceptable augmenterait l’espérance de vie. M. Villedieu s’est entretenu à ce sujet avec M. Paul Boisvert, kinésiologue spécialiste de la question, et avec M. Jean-Pierre Després, cardiologue, directeur adjoint de la recherche à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec;
  • Le 15 janvier 2013, dans le cadre de sa chronique Le monde en bref du Téléjournal Grand Montréal, la journaliste Lise Villeneuve faisait état d’une campagne de publicité étonnante de Coca-Cola diffusée à la télévision américaine. L’entreprise y établissait pour la première fois un lien entre ses produits et l’obésité. Le message publicitaire rappelait aux consommateurs que les calories contenues dans un Coca-Cola peuvent contribuer au surplus de poids. Cette publicité arrivait au moment où la Ville de New York s’apprêtait à interdire les gros formats de boissons gazeuses dans les restaurants, les cinémas et les stades sportifs.

Cette énumération ne tient pas compte de ce qui a pu se faire autour de l’obésité dans les émissions d’intérêt général, ni dans les émissions d’information régionales ou sur le web. Elle suffit toutefois à me convaincre que Radio-Canada a offert, et continue d’offrir, une variété de points de vue et d’opinions sur la question de l’obésité comme le lui demandent les NPJ.

Reste à déterminer si le reportage de L’épicerie a bien précisé les « liens d’association ou d’affiliation, ou encore, (les) intérêts particuliers » du Dr Maurice Larocque afin, comme les disent les NPJ, « que le public puisse pleinement comprendre » son point de vue.

En regardant le reportage, on constate que la première fois que le Dr Larocque s’y exprime, son nom, ses fonctions, et son association avec la Clinique Motivation Minceur apparaissent en surimpression sous son image.

Voici exactement ce que les auditeurs ont pu lire à l’écran pendant qu’il parlait :

« Dr Maurice Larocque

Clinicien-chercheur

Clinique Motivation Minceur »

Ces indications étaient écrites en gros caractères et en blanc sur des fonds colorés. Elles occupaient environ le huitième de l’image et ont été visibles pendant quatre secondes.

La narratrice du reportage, l’animatrice Johane Despins, enchaîne après cette première intervention du Dr Larocque pour préciser que celui-ci fait ses observations à partir « des centaines de milliers de dossiers traités dans son réseau de cliniques de traitement du poids ».

Le reportage fait donc bel et bien état des « liens d’association ou d’affiliation » et des « intérêts particuliers » du Dr Larocque et le public auditeur était en mesure de « pleinement comprendre » son point de vue.

Je ne relèverai l’élément de la plainte de M. Breton, où il suggère que le journaliste qui a travaillé au reportage de L’épicerie a été payé pour « faire la publicité » du Dr Larocque, que pour dire ceci : il s’agit d’une insinuation grave et d’autant plus outrancière qu’elle n’est absolument pas étayée.

Pas plus, d’ailleurs, que l’allégation voulant que le sujet du reportage ait été choisi par idéologie pour défendre le point de vue de ceux que M. Breton qualifie d’« intégristes anti-obésité », ou de ceux dont il dit qu’ils dramatisent « excessivement les conséquences de la prétendue épidémie d’obésité ».

Bien sûr, M. Breton a droit à son opinion, mais ce qu’il avance n’est aucunement appuyé et relève du procès d’intention.

Quoi qu’il en soit, et comme je l’ai longuement expliqué dans une révision récente à propos d’une autre plainte de M. Breton, les NPJ accordent aux journalistes de Radio-Canada et aux responsables de l’Information l’entière liberté en matière de choix éditorial.

Cette liberté découle de deux des quatre grands principes sur lesquels reposent les NPJ. Le premier ne soumet cette liberté qu’à la simple obligation de « servir l’intérêt public »; le second, qui porte sur la nécessité pour le service de l’Information de « préserver son indépendance » de tous les lobbys et pouvoirs, lui laisse le soin de déterminer ce qui est « d’intérêt public » et d’ainsi choisir librement et sans contrainte ni pression ses contenus éditoriaux.

M. Breton soutient également que le reportage laisse croire que la toxicité du sucre « constitue un fait ou une vérité incontestable ». Pourtant, les extraits du reportage qu’il cite pour appuyer cette affirmation ne la soutiennent pas.

« Le sucre est devenu le nouvel ennemi à abattre, dit l’animatrice Johane Despins. Des scientifiques vont jusqu’à parler de toxicité du sucre ». Une formulation, donc, qui n’attribue cet énoncé qu’à certains scientifiques. Puis elle ajoute qu’il s’agit là d’une « théorie », celle d’un chercheur de l’université de la Californie, Robert Lustig, expert auprès des enfants obèses. Elle dit encore que c’est « un concept qui retient de plus en plus l’attention, une théorie qu’endosse un chercheur d’ici, le Dr Maurice Larocque ».

« Une théorie », donc, « un concept » nouveau qui « retient de plus en plus l’attention » et auquel adhèrent certains scientifiques.

Toutefois, la phrase suivante de Mme Despins peut paraître ambiguë :

« À la lecture des centaines de milliers de dossiers traités dans son réseau de cliniques de traitement du poids, il apparaît clairement que les patients du Dr Larocque souffrent de ravage causé par le sucre. »

Ce commentaire suit immédiatement ces propos du Dr Larocque :

« Pris en quantité chronique sur une longue période, c’est toxique (le sucre). J’en ai la conviction profonde et mes propres recherches depuis 30 ans le confirment. »

On comprend bien, dans le contexte, que Mme Despins dit en fait qu’il « apparaît clairement » au Dr Larocque, « à la lecture de ses centaines de milliers de dossiers traités dans son réseau de cliniques de traitement du poids », que ses patients « souffrent du ravage causé par le sucre ».

La phrase aurait mérité d’être plus claire en attribuant directement au Dr Larcoque la teneur des propos de l’animatrice. Mais il ne s’agit là que d’une maladresse sémantique qui ne change rien au caractère impartial de l’ensemble du reportage.

Ce caractère d’impartialité est d’ailleurs renforcé par les propos suivants de Mme Despins :

« Le concept de toxicité du sucre est une notion récente en santé publique. Les agences gouvernementales évitent le sujet. L’industrie alimentaire, elle, ne voit aucun problème avec notre consommation de sucre ajouté. Selon elle, on consommerait tout au plus l’équivalent d’une boisson gazeuse par jour en sucre ajouté. »

Et pendant que Mme Despins tient ce commentaire, on peut voir à l’écran un rapport sur la santé de Statistique Canada intitulé : Consommation de sucre chez les Canadiens de tous âges, dont le passage suivant est surligné en jaune :

« Aucune recommandation n’a été faite concernant l’apport total de sucre, et il n’existe aucun consensus quant à la consommation de sucre ajouté. »

Je constate donc que Mme Despins parle à nouveau de la toxicité du sucre comme d’un « concept », mais aussi comme d’« une notion récente en santé publique ». Elle donne le point de vue de l’industrie alimentaire, qui ne croit pas à cette toxicité, et explique que les agences officielles évitent de se prononcer sur le sujet. On nous montre aussi une étude où on peut lire qu’il n’y a pas de consensus sur la consommation de sucre ajouté.

Compte tenu de tous ces éléments, je ne vois vraiment pas comment le plaignant peut prétendre que le reportage présente la toxicité du sucre comme « un fait ou une vérité incontestable ».

Je terminerai cette révision par quelques considérations plus générales.

La lecture de la plainte de M. Breton montre à l’évidence que celui-ci ne croit pas au caractère épidémique de l’obésité puisqu’il la présente régulièrement comme une « prétendue » épidémie.

M. Breton explique qu’il poursuit une cause humanitaire et qu’il dénonce, par compassion, « tout ce qui contribue à maintenir ou à encourager les femmes à verser dans l’obsession de la minceur » et dans « le désordre alimentaire », y compris les arguments anti-obésité.

Le plaignant a beau ne pas y croire, il y a déjà plusieurs années que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui est chargée par l’ONU de diriger l’action sanitaire mondiale, a établi, chiffres à l’appui, que la planète est aux prises avec une « épidémie d’obésité ».

Selon les données de l’OMS, il y avait dans le monde, en 2008, 1,4 milliard d’adultes en surpoids et plus de 500 millions d’obèses. L’organisme affirme que :

  • au moins 2,8 millions de personnes meurent chaque année des conséquences du surpoids ou de l’obésité, dont la prévalence a presque doublé entre 1980 et 2008;
  • le surpoids et l’obésité sont associés à un plus grand nombre de décès dans le monde que l’insuffisance pondérale, qui est définie comme une maigreur anormale;
  • 65 % de la population mondiale vit dans un pays où le surpoids et l’obésité sont plus meurtriers que l’insuffisance pondérale;
  • 44 % du diabète, 23 % des cardiopathies ischémiques (acquises) et 7 à 41 % de certains cancers peuvent être imputés au surpoids et à l’obésité à l’échelle mondiale;
  • l’obésité est généralement le résultat d’un déséquilibre entre les calories consommées et les calories dépensées;
  • une alimentation saine peut contribuer à prévenir l’obésité;
  • chacun peut veiller à conserver un poids normal en limitant la consommation de graisses; en consommant davantage de fruits et légumes, de légumineuses, de céréales complètes et de noix; en limitant sa consommation de sucre et de sel.

On peut toujours contester des faits généralement admis, surtout quand on poursuit une cause, comme M. Breton.

Mais les journalistes, eux, doivent composer avec les données réelles et rendre compte des débats qu’elles soulèvent. S’ils les remettent en question, ou choisissent de donner la parole à des gens qui le font, ils doivent tenir compte de la crédibilité et des arguments de ces personnes, tout en considérant l’ampleur du point de vue ou du courant d’idées qu’elles représentent.

Lorsqu’ils traitent de l’obésité, par exemple, ils ne peuvent certainement pas faire abstraction du fait qu’elle est aussi reliée, dans la majorité des cas, à « un désordre alimentaire », pour reprendre les termes que le plaignant utilise lorsqu’il plaide contre « l’obsession de la minceur ».

Enfin, ce n’est parce qu’on aborde un sujet qui touche au surpoids ou à l’obésité qu’on devient automatiquement le promoteur des cures et produits d’amaigrissement, ou l’apôtre de la minceur obsessionnelle.

Conclusion

Le reportage intitulé Le sucre, un poison?, diffusé dans l’édition du 14 novembre 2012 de l’émission L’épicerie respecte les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.


Version PDF : Révision Le sucre, un poison

Pour me joindre :

ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc