On peut parfois comprendre ce qui n’est pas dit. (TJ Grand Montréal)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos d’un commentaire de l’animateur du Téléjournal Grand Montréal, Patrice Roy, le 19 février 2013.

LA PLAINTE

Un citoyen, M. Daniel Guibord, se plaint d’un commentaire qu’a tenu l’animateur du Téléjournal Grand Montréal, M. Patrice Roy, le 19 février 2013, dans un échange sur le projet de loi visant la création d’un registre québécois des armes d’épaule. Le plaignant lui reproche d’avoir soutenu gratuitement qu’à peu près tout le monde au Québec est en faveur de la création d’un tel registre. Voici l’essentiel de sa plainte :

« Le 19 février, écrit-il, lors du Téléjournal Grand Montréal, M. Patrice Roy présente des informations à l’effet que la vaste majorité des citoyens québécois veulent d’un registre d’armes à feu : « On est tous d’accord ou à peu près pour qu’un registre des armes à feu survive au Québec, une version québécoise. »

Pourquoi? »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

C’est M. André Dallaire, directeur, Traitement des plaintes et Affaires générales, qui a répondu à M. Guibord au nom de la direction de l’Information.

M. Dallaire soutient que le plaignant ne cite pas correctement la phrase prononcée par M. Roy, la tirant aussi de son contexte. Voici comment il s’exprime :

« Je vous fais remarquer respectueusement que vous citez là une phrase tronquée qui amène un glissement de sens. Alors qu’on voit à l’écran une image de représentants élus de tous les partis à l’Assemblée nationale, la phrase complète que prononce Patrice Roy est celle-ci : « Photo de famille des différents partis politiques à Québec aujourd’hui : on est tous d’accord ou à peu près pour qu’un registre des armes à feu revive au Québec, une version québécoise donc. »

Le « on est » ici tient lieu de « ils sont » et réfère évidemment aux partis politiques qui ont tous accueilli de façon positive le projet de loi du parti gouvernemental. C’est ainsi qu’il faut le comprendre et pas autrement. »

LA DEMANDE DE RÉVISION

Cette réponse est loin d’avoir convaincu M. Guibord qui m’a demandé de réviser le dossier.

« M. Dallaire ment (…) afin de protéger son collègue de travail, M. Patrice Roy. En mon opinion, M. Patrice Roy se sert de Radio-Canada (…) comme d’un outil de propagande afin de promouvoir ses idéologies (p. ex., l’utilisation d’un registre d’armes à feu) et celles de certains de ses confrères de travail. »

LA RÉVISION

J’ai examiné et écouté avec attention la présentation de M. Roy et l’échange qu’il a eu par la suite avec le chef de bureau de Radio-Canada à l’Assemblée nationale, M. Sébastien Bovet, à propos de la présentation par Québec d’un projet de loi visant la création d’un registre québécois des armes à feu.

Voici d’abord la présentation complète de M. Roy qui a mené à sa première question à Sébastien Bovet :

« Photo de famille des différents partis politiques à Québec aujourd’hui. »

Jusque-là, on ne voyait à l’écran que les images du point de presse du ministre de la Justice du Québec et des représentants de tous les partis d’opposition à l’Assemblée nationale. Puis, M. Roy apparaît et enchaîne :

« On est tous d’accord, ou à peu près, pour qu’un registre des armes à feu revive au Québec, une version québécoise donc.

Le gouvernement Marois a déposé un projet de loi qui permettra ce registre. Sébastien Bovet, est-ce qu’on sait, j’allais dire est-ce qu’il sera efficace et combien ça va coûter? »

M. Bovet répond d’abord en expliquant le contexte et en donnant les détails disponibles du projet de loi. Plus tard, dans l’échange avec M. Roy, il dira ceci :

« Et, comme vous l’avez dit, pour une rare fois, il y a unanimité à l’Assemblée nationale sur cette question de la création d’un registre québécois. »

On entend ensuite à tour de rôle les propos du ministre de la Sécurité publique du Québec, Stéphane Bergeron, de Robert Poëti, porte-parole de l’opposition officielle libérale en matière de sécurité publique, et de Jacques Duchesneau, porte-parole de la Coalition avenir Québec pour la justice. Tous soulignent leur unanimité en faveur du projet de loi annoncé.

L’échange entre MM. Roy et Bovet se terminera ensuite lorsque l’animateur rappellera que plusieurs corps policiers au Québec, comme ailleurs au Canada, sont d’accord avec l’existence d’un registre de ce genre; et que le chef de bureau Bovet évoquera la demande de transfert des données de l’ancien registre canadien vers le Québec, une requête refusée par le gouvernement fédéral et qui est actuellement débattue devant les tribunaux.

En regardant et en entendant l’introduction de M. Roy et de l’échange qu’il a eu avec M. Bovet, je ne peux souscrire à l’interprétation que fait le plaignant des propos de l’animateur. Plusieurs éléments, syntaxique et grammatical, sémantique, formel et contextuel, de même que le sens général de l’échange entre MM. Roy et Bovet et certains propos de ce dernier, me convainquent que le « on est tous d’accord » de M. Roy réfère à la première partie de sa phrase, soit « photo de famille des différents partis politiques à Québec aujourd’hui » :

  • l’utilisation par M. Roy du « on » (qui exclut en français la personne qui parle) au lieu du « nous »;
  • la présentation des images montrant l’ensemble de tous les représentants des partis politiques à l’Assemblée nationale;
  • le sujet même de l’échange entre MM. Roy et Bovet, soit la présentation d’un projet de loi qui fait l’unanimité au Parlement;
  • les extraits des propos des représentants des trois partis politiques reconnus à l’Assemblée nationale;
  • le fait que M. Bovet ait compris lui aussi que les propos de M. Roy référaient à l’unanimité des partis à l’Assemblée nationale comme en fait foi la phrase suivante : « et, comme vous l’avez dit, pour une rare fois, il y a unanimité à l’Assemblée nationale sur cette question de la création d’un registre québécois. »

Conclusion

L’animateur du Téléjournal Grand Montréal, Patrice Roy, n’a enfreint aucune des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada, le 19 février 2013, lors d’un échange sur un projet de loi visant la création d’un registre québécois des armes d’épaule.

Version PDF : Révision Patrice Roy TJ 19 fév 13

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