Météo : trop pour le Québec, pas assez pour l’Ontario? (RDI)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos du contenu des bulletins météorologiques présentés au RDI.

LA PLAINTE

Le plaignant, M. Paul-François Sylvestre, de Toronto, estime que les bulletins météorologiques présentés au Réseau de l’information (RDI) devraient donner la météo d’un plus grand nombre de localités ontariennes.

Voici sa plainte :

« Pouvez-vous m'expliquer pourquoi RDI donne la météo pour une douzaine d'endroits québécois et seulement pour trois endroits ontariens? Toronto, Ottawa et Sudbury ne sont pas les seuls lieux où des francophones vivent en Ontario.

La météo de Toronto n'est pas celle de Windsor ou de Penetanguishene, la météo de Sudbury est loin d'être celle de Hearst, tout comme le temps qu'il fait à Ottawa n'est pas nécessairement celui de Kingston.

Qu'est-ce que les Québécois diraient si leur météo n'était donnée que pour Montréal, l'Abitibi et les Îles-de-la-Madeleine? Et je ne parle pas de l'Ouest canadien où une seule ville est souvent indiquée par province... »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

La réponse de la direction de l’Information à M. Sylvestre est venue de M. André Dallaire, directeur, Traitement des plaintes et Affaires générales.

Voici ce qu’il répondait au plaignant :

« Dans les émissions destinées à l’ensemble du pays, comme à RDI ou au Téléjournal de fin de soirée, il serait malheureusement trop long de donner les prévisions météo pour toutes les régions ou villes du Québec et du Canada, d’autant plus qu’à RDI, nous les donnons pour les trois jours à venir. Notre choix de villes est fait en fonction des provinces et des grandes zones météorologiques.

Nos météorologues ont donc convenu que les régions ou villes dont la météo est présentée aux bulletins radio et télé sont celles qui représentent le mieux les différents systèmes météorologiques. »

M. Dallaire rappelle ensuite à M. Sylvestre qu’il peut prendre connaissance des prévisions météorologiques « de nombreuses villes dans toutes les provinces » en consultant le site web de Radio-Canada..

LA DEMANDE DE RÉVISION

Cette réponse n’a pas satisfait M. Sylvestre qui m’a demandé de réviser le dossier. Voici comment il exprime son insatisfaction :

« Je ne comprends pas pourquoi (M. Dallaire) parle des "régions et villes du Québec et du Canada". À ce que je sache, le Québec fait partie du Canada. Mais cette façon de parler du Québec séparément indique déjà un parti pris en faveur d'une province au détriment des autres.

M. Dallaire m'explique que le choix des villes "est fait en fonction des provinces et des grandes zones météorologiques". Je veux bien qu'on procède ainsi, mais il est difficile de croire que le Québec comprenne douze zones météorologiques. Il n'en comprend certainement pas plus que l'Ontario.

J'exige donc que vous fassiez pression auprès du RDI pour que l'Ontario soit traité sur un pied d'égalité avec le Québec lors de la présentation des bulletins de météo à RDI (…). »

LA RÉVISION

D’entrée de jeu, j’aborderai ce dossier en citant ma prédécesseure, Mme Julie Miville-Dechêne, qui a eu l’occasion de se prononcer sur la question soulevée par M. Sylvestre. C’est d’ailleurs à la demande de M. Sylvestre lui-même que Mme Miville-Dechêne avait produit une révision, le 16 novembre 2010 sur une question connexe.

Voici ce qu’elle écrivait à l’époque :

« La météo est un sujet sensible pour beaucoup de téléspectateurs. Depuis que je suis en poste, plusieurs francophones de l’extérieur du Québec m’ont écrit pour déplorer que tant de temps soit consacré à la météo du Québec par rapport aux prévisions du reste du Canada. Radio-Canada a la difficile tâche de trouver un équilibre entre son mandat national – c’est-à-dire le mandat de servir les francophones de tout le pays – et la réalité démographique de cette population francophone concentrée au Québec.

J’ai constaté, depuis trois ans, qu’en réaction aux plaintes des efforts étaient faits pour présenter davantage de prévisions météorologiques à l’extérieur du Québec. Le poids démographique des communautés francophones demeure toutefois un critère important, ce qui me paraît difficilement contestable. »

Dans le chapitre d’introduction de ses Normes et pratiques journalistiques (NPJ), Radio-Canada définit ainsi sa mission en matière d’information :

« Notre mission

Nous sommes le service public national de nouvelles et d’information des Canadiens. Nous sommes enracinés dans toutes les régions du pays et notre regard se porte sur l’ensemble du Canada, de même que sur le monde. Nous nous assurons d’offrir une perspective canadienne sur l’actualité internationale.

Nos informations sont accessibles en tout temps, et les Canadiens y accèdent comme il leur convient, au moyen d’une gamme de médias en constante évolution. »

Les NPJ précisent aussi que l’information diffusée à Radio-Canada doit tenir compte de la diversité canadienne :

« Refléter la diversité

Nous tenons à refléter fidèlement l’éventail des expériences et des points de vue des Canadiens. Nos informations doivent être pertinentes aux yeux des citoyens, quelles que soient leurs origines, perspectives et croyances, tout en étant conformes à nos valeurs.

Nous nous engageons à refléter les diversités régionales et culturelles du pays et à favoriser le respect et la compréhension entre les régions. »

Les NPJ commandent aussi de fournir, à travers tous les médias de Radio-Canada, des contenus d’information qui « offrent un large éventail de sujets et de points de vue ».

Toutefois, sauf pour indiquer que l’information doit servir « l’intérêt public », ces valeurs et principes généraux ne se traduisent pas dans les NPJ par des exigences plus précises en ce qui concerne la nature et la quantité de contenu régional que doivent véhiculer les bulletins de nouvelles et les autres émissions d’information, la météo comme le reste.

D’abord pour éviter l’arbitraire et ne pas brimer la liberté éditoriale des responsables de l’Information qui doivent utiliser leur jugement et leur expérience en jaugeant l’intérêt des sujets qu’ils choisissent de traiter.

Ensuite, parce que tous les contenus ne s’adressent pas au même public. Les bulletins de nouvelles nationaux, par exemple, ne peuvent pas être composés de la même façon que le bulletin régional de Québec ou d’Edmonton.

Enfin, parce que, comme le soulignait Mme Miville-Dechêne, Radio-Canada devra toujours composer avec la réalité démographique canadienne qui concentre au Québec plus de 86 pour cent des francophones du Canada et, donc, de son public potentiel.

Selon les données du recensement de 2011, les Canadiens parlant le français à la maison sont six fois plus nombreux au Québec (6 801 890) que dans les autres provinces (1 090 305).

Il reste que plus de la moitié de ceux qui parlent le français à la maison à l’extérieur du Québec résident en Ontario (595 925). C’est près de deux fois et demie plus qu’au Nouveau-Brunswick (245 405).

Je n’ai pas de doute que la direction de l’Information de Radio-Canada et du RDI sont bien au fait de ces données et qu’elles en tiennent compte, conformément à leur mission « de refléter les diversités régionales et culturelles du pays ».

Je me permets tout de même de rappeler que Radio-Canada est un outil très important dans la lutte constante que doivent mener les minorités francophones hors Québec pour leur survie et le maintien de leur dynamisme linguistique et culturel.

Selon les analyses de Statistique Canada basées sur les recensements, « la proportion de Canadiens qui déclarent pouvoir soutenir une conversation en français a légèrement diminué au cours des 30 dernières années. D'autre part, la baisse du poids relatif de la population dont le français est la langue maternelle, la première langue officielle parlée ou la langue d'usage à la maison a été plus marquée » lors du recensement de 2011. L’organisme souligne que cette baisse s’observe depuis 1951.

Il y a trois ans, Mme Miville-Dechêne notait déjà que « des efforts étaient faits pour présenter davantage de prévisions météorologiques à l’extérieur du Québec » à la Télévision de Radio-Canada comme au RDI.

J’ajoute que ces efforts ne touchent pas seulement la météo, mais l’ensemble de l’actualité régionale à laquelle le RDI consacre plus de place et de ressources.

Cependant, la responsabilité de refléter et de servir correctement la diversité de la francophonie canadienne n’incombe pas seulement au RDI, mais à toutes les plateformes dont dispose Radio-Canada.

À cet égard, ses choix stratégiques et les avancées des technologies de communication lui permettent maintenant de diffuser des contenus adaptés à chacun de ses publics, qu’ils s’intéressent d’abord à l’information concernant leur région, ou à des sujets plus pointus ou spécialisés : émissions d’actualités et bulletins de nouvelles diffusés par les17 antennes régionales de Radio-Canada à la Télévision, à la Radio ou sur le Web; émissions d’information ou reportages disponibles à la demande sur Radio-Canada.ca, Tou.tv ou Espace.mu; diffusion sur téléphones mobiles, sur tablettes numériques, etc.

Radio-Canada a donc de plus en plus les moyens de servir ses auditoires, quels qu’ils soient. Et elle les utilise, car ses contenus sont de plus en plus nombreux, originaux et diversifiés.

La société publique est d’ailleurs fidèle en cela à sa mission de rendre accessibles ses contenus et de permettre aux Canadiens d’y accéder « comme il leur convient, au moyen d’une gamme de médias en constante évolution ».

Cela implique toutefois que le public radio-canadien doive lui aussi s’adapter à cette démultiplication des plateformes et des contenus et qu’il fasse l’effort d’aller chercher l’information qu’on lui offre là où elle se trouve.

Mais il ne faut pas perdre de vue que, comme toutes les autres plateformes généralistes de Radio-Canada, le RDI demeurera un média qui s’adresse à un public national, c’est-à-dire à toutes les régions du pays en même temps. Ses artisans et sa direction devront donc poursuivre leur recherche constante d’un équilibre, comme l’écrivait ma prédécesseure, entre leur mandat national et la réalité démographique, et résister à la tentation de pousser complètement les informations à caractère régional, dont la météo, vers les autres plateformes.

Conclusion

Les bulletins météorologiques diffusés au RDI n’enfreignent pas les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

Pour me joindre : ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc