Médias sociaux : Facebook n’a rien de privé pas plus que les commentaires qu’on y fait (Saguenay-Lac-Saint-Jean)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos d’un échange sur Facebook avec une journaliste.

LA PLAINTE

Le plaignant, M. Pierre-Olivier Bergeron, estime que la journaliste Véronique Dubé, de Radio-Canada au Saguenay─Lac-Saint-Jean, a enfreint les Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada en émettant des opinions sur son site Facebook personnel.

M. Bergeron avait été accepté comme « ami Facebook » par la journaliste et avait donc accès aux commentaires qu’elle publiait et aux discussions qu’elle entretenait sur son site. En désaccord avec l’interprétation que la journaliste donnait d’un sondage sur le projet de Charte des valeurs québécoises, paru dans le journal Le Quotidien, le 21 septembre 2013, M. Bergeron a amorcé une discussion avec la journaliste.

Voici comment il formule sa plainte :

« J'ai eu une altercation sur Facebook avec la journaliste Véronique Dubé (Saguenay─Lac-Saint-Jean) concernant la Charte des valeurs québécoises. Un sondage réalisé par le journal Le Quotidien au Saguenay─Lac-Saint-Jean rapporte que les gens sont défavorables au congédiement en cas de port de signes religieux ostentatoires.

La journaliste affirme sur sa publication que les gens considèrent que les signes religieux doivent être tolérés. Je lui précise alors que ce n'est pas ce que le sondage rapporte. »

La discussion entre M. Bergeron et la journaliste a effectivement tourné au vinaigre et, en fin de compte, Mme Dubé l’a retirée tout comme ses commentaires sur le sondage.

Toutefois, le plaignant en avait fait une capture d’écran qu’il m’a envoyée avec sa plainte.

Par la suite, l’échange entre les deux protagonistes s’est poursuivi par courriel.

Mme Dubé a conclu la « conversation » par cette phrase :

« D'autre part, je vous invite à être très prudent d'atteindre à ma réputation puisque cette discussion était privée et non pas dans le cadre de mon travail. »

M. Bergeron en a été ébranlé au point de me demander s’il risquait d’être poursuivi en justice s’il devait porter plainte à mon bureau :

« Dites-moi seulement s'il y a matière à plainte, car je ne veux pas être poursuivi pour avoir "atteint à sa réputation". »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION

La réponse de la direction des Services régionaux est venue de M. Michel Gagné, chef des Services français de Radio-Canada au Saguenay─Lac-Saint-Jean.

Voici ce qu’il écrit au plaignant :

« Aujourd’hui, en vous écrivant, je n’ai pas l’intention de déterminer qui a tort ou qui a raison. Ce qui est important pour moi, c’est de tirer une leçon de l’expérience vécue.

Nous sommes familiers avec l’impact de notre travail journalistique dans l’environnement radio/télévision/web. Les médias sociaux, bien qu’encadrés par nos Normes et pratiques journalistiques, représentent un monde aux conséquences sous-évaluées. (…)

En tout temps, les journalistes se doivent de respecter les politiques journalistiques de Radio-Canada et ne peuvent se dérober à cette responsabilité sous prétexte qu’ils échangent sur les réseaux sociaux ou encore en conversation dite privée sur Facebook.

Votre courriel nous confirme qu’il est d’une grande importance pour la crédibilité et la qualité de notre travail de rappeler à nos journalistes de maintenir la rigueur professionnelle qui nous caractérise.

Je déplore le ton et l’allure de la conversation que vous avez eue avec notre journaliste et vous remercie de l’attention que vous portez au travail que nous faisons. »

LA RÉVISION

Cette réponse n’a pas satisfait le plaignant qui m’a demandé de réviser le dossier.

Pour éclairer le litige entre M. Bergeron et Mme Dubé, je dois d’abord préciser que le sondage Segma diffusé par le journal Le Quotidien de Saguenay, le 21 septembre, concluait ceci :

« La population vivement opposée aux sanctions sévères pour ceux qui contreviendraient à l’interdiction du port de signes religieux trop visibles ».

Et voici l’ensemble des échanges entre la journaliste et le plaignant.

D’abord sur le mur « privé » de la page Facebook de Mme Dubé :

VÉRONIQUE DUBÉ : « Le sondage régional du Progrès-Dimanche : 8 personnes sur 10 pensent que les signes religieux doivent être tolérés au travail. »

PIERRE-OLIVIER BERGERON : « Attention, le sondage précise que les gens sont défavorables au congédiement en cas de port de signes religieux et non que les signes religieux doivent être tolérés, il ne faut pas interpréter. »

V. DUBÉ : « Si la charte devenait une loi, porter des signes religieux serait illégal au travail. Ça revient pas mal au même. »

P.- O. BERGERON : « Il y a plusieurs aspects à analyser, ne joue pas à ce jeu-là, tu es meilleure journaliste pour tomber dans ce genre de déclaration! »

V. DUBÉ : « Un sondage est un sondage, ça vaut ce que ça vaut mais ceux qui comprennent la charte et qui connaissent le droit savent que rendre illégal le port de signes religieux équivaut à un congédiement pour ceux qui ne veulent y remédier. Un plus un ça fait deux mon ami. »

P.- O. BERGERON : « Depuis quand on congédie à la première offense? C’est bien ce que je dis, il y a plusieurs aspects à analyser! »

V. DUBÉ : « C’est justement ce pourquoi la charte dérange tant, la loi est la loi, une seule offense est interdite. »

P.- O. BERGERON : « Ah oui et vous avez trouvé où cette source considérant la charte… Come on, on ne sait pas ce qui va arriver concrètement et on ne sait pas non plus si les employés se feront directement renvoyer lors du port de signes religieux, c’est malhonnête de prêter ce genre d’intention! »

V. DUBÉ : « La charte veut INTERDIRE le port des signes religieux pour tous les employés de l’État. INTERDIRE, ça veut dire quoi pour les femmes voilées qui refusent de les enlever : CONGÉDIEMENT, DÉMISSION. Ça ne peut pas être plus clair!!! »

P.- O. BERGERON : « Le droit de retrait de cinq ans vient tout juste de disparaître dans votre analyse! Encore une fois, je le répète, on ne sait pas si cela va s’appliquer à la première offense… vous interprétez et vos opinions semblent étrangement trop paraître, le droit de réserve des journalistes vous connaissez? Je commence à en avoir marre de la propagande multiculturelle de la SRC! »

L’échange entre M. Bergeron et Mme Dubé s’est ensuite poursuivi par courriel à l’initiative de la journaliste :

V. DUBÉ : « Ouf... le journal aussi j'imagine fait de la propagande?? Du culot quand même, sur mon mur de m'accuser de propagandiste, oh là là!!!! Je vous conseille de lire la charte et ensuite de poser toutes les questions comme je l'ai fait. Je n'ai pas d'opinion sur la charte mais bien des questions et c'est la base du journalisme de poser des questions. Le racisme est dangereux monsieur. Je me vois dans l'obligation de vous flusher de mes amis Facebook. Si vous avez une plainte à adresser à Radio-Canada, faites-la! »

P.- O. BERGERON : « C'est bien ce que je fais à l'instant au Conseil de presse, bonne journée! »

V. DUBÉ : « Ha ha! Allez-y et on discutera ensuite de vos couleurs politiques avec plaisir. »

P.- O. BERGERON : « J'ai le droit d'avoir des couleurs politiques, pas vous! »

V. DUBÉ : « Je vous invite à fouiller dans mon passé et vous verrez qu'il n'y a pas plus apolitique que moi. J'ai publié le résultat d'un sondage PUBLIC, en donnant des explications publiques après avoir parlé à un avocat à ce sujet. Les explications viennent des juristes et pas de moi. De plus, j'ai répondu à un ami Facebook en privé... mon mur est complètement privé, pas de l'ordre du public, et je vous ai accepté comme ami restreint. Personne ne saura mon opinion sur la charte puisque je n'en ai aucune. Mais mon travail est de poser des questions, je trouve que vous avez du front de m'attaquer ainsi dans ma vie privée. En 13 ans de journalisme, je n'ai jamais eu un tel affront dans ma maison. Merci et au plaisir. »

V. DUBÉ : « D'autre part, je vous invite à être très prudent d'atteindre à ma réputation puisque cette discussion était privée et non pas dans le cadre de mon travail. »

Les journalistes me demandent régulièrement comment ils devraient se comporter sur les médias sociaux, que ce soit dans le cadre de leur travail ou dans leur vie privée. À la lumière de leurs questions et préoccupations, il m’apparaît évident qu’il y a beaucoup de confusion sur le comportement qu’ils devraient avoir. Pourtant, la question est plutôt simple.

Les journalistes, et tous les employés de Radio-Canada, ne doivent pas perdre de vue une chose essentielle : comme le terme l’indique, un « média social » est d’abord et avant tout un « média ». En conséquence, les règles de conduite qu’ils devraient s’imposer sont les mêmes que celles qu’ils doivent respecter lorsqu’ils diffusent sur n’importe quel autre média.

Autrement dit, ils ne devraient pas agir autrement sur Twitter ou Facebook ou sur quelque média social que ce soit, que sur les ondes ou sur le site web de Radio-Canada. Il en va de même pour l’utilisation « personnelle » qu’ils font de ces médias sociaux, où ils doivent exercer la même réserve que s’ils se trouvaient dans une assemblée publique ou dans un endroit où leurs propos risquent d’être rapportés.

Les règles qui encadrent l’expression d’opinion et l’interaction des journalistes, et autres producteurs de contenus d’information avec le public, sont nombreuses et très claires à Radio-Canada. Par souci de pédagogie pour tous ceux qui saisissent mal l’application de ces normes aux médias sociaux, je me permettrai de relever toutes les politiques en vigueur à Radio-Canada à cet égard, et d’en souligner en gras les passages les plus lourds.

D’abord dans les NPJ de Radio-Canada qui s’appliquent à tout le personnel produisant des contenus d’information.

Ces NPJ reposent sur quatre grands principes et cinq valeurs qui sont définis dans leur chapitre d’introduction. Parmi ces valeurs, les trois suivantes sont pertinentes pour analyser les cas comme celui qui m’est soumis :

« Équité

Au cours de la collecte d’information et dans nos reportages, nous traitons les personnes et les organismes avec ouverture et respect. Nous sommes conscients de leurs droits. Nous les traitons sans parti pris.

« Impartialité

Notre jugement professionnel se fonde sur des faits et sur l’expertise. Nous ne défendons pas un point de vue particulier dans les questions qui font l’objet d’un débat public. »

« Intégrité

La confiance du public est notre capital le plus précieux. Nous évitons de nous placer en situation de conflit d’intérêts réel ou potentiel. Cela est essentiel au maintien de notre crédibilité. »

Plus loin, dans la rubrique « opinion », les NPJ précisent ceci :

« En vertu du principe d’impartialité qui fait partie de nos valeurs, les membres du personnel de l’Information ne peuvent exprimer leurs opinions personnelles sur des sujets controversés, et ce, sur l’ensemble de nos plateformes. »

(…)

« Les journalistes de Radio-Canada n’expriment pas leurs opinions personnelles. Cela a pour but de protéger l’impartialité du diffuseur public et de permettre aux journalistes d’explorer un sujet avec ouverture et sans parti pris.

Nous respectons ces normes, peu importe le lieu où nous diffusons, que ce soit sur les plateformes de Radio-Canada ou dans d’autres médias extérieurs à Radio-Canada. »

Il est donc clair que les membres du personnel qui produisent des contenus d’information ne doivent pas exprimer leurs opinions personnelles, que ce soit sur les plateformes de Radio-Canada ou « dans d’autres médias extérieurs ».

Le chapitre des NPJ portant sur les « conflits d’intérêts » se penche lui aussi sur cette question :

« Introduction

Notre crédibilité est le fondement de notre réputation. La crédibilité du Service de l’information de Radio-Canada repose sur la réputation de ses journalistes qui sont indépendants et impartiaux, et qui sont perçus comme tels.

L’intégrité de la Société dépend de l’intégrité individuelle de chaque employé, tant dans sa vie professionnelle que dans ses activités personnelles.

Pour préserver cette indépendance, chaque membre du personnel qui participe à la création de contenus pour le Service de l’information doit scrupuleusement évaluer les organismes auxquels il s’associe publiquement. Il doit être conscient que toute déclaration publique, qu’elle soit faite de vive voix ou dans des médias sociaux, peut créer une impression de parti pris pour une cause. Si un employé croit qu’il risque de se trouver dans une situation de conflit d’intérêts, il doit en informer son supérieur. »

Il existe même dans cette section des NPJ une norme qui concerne précisément l’« utilisation personnelle des médias sociaux ». Voici ce qu’on y dit :

« Dans nos activités privées dans les médias sociaux, nous sommes conscients de notre association professionnelle avec Radio-Canada et nous respectons les politiques institutionnelles relatives à l’utilisation de médias sociaux, ainsi que celles qui portent sur les conflits d’intérêts. Nous honorons notre devoir de réserve professionnelle et nous ne faisons rien qui puisse nuire à la réputation de Radio-Canada.

L’expression d’opinions personnelles sur des sujets controversés ou d’ordre politique peut miner la crédibilité du journalisme de Radio-Canada et éroder la confiance de notre public. »

Cette politique de Radio-Canada en recoupe plusieurs autres. On doit donc tenir compte aussi des textes suivants :

a. Politique 2.2.03 : Conflits d’intérêts et questions de déontologie;

b. Politique 2.2.21 : Code de conduite;

c. Politique 2.5.01 : Sécurité des technologies de l’information (TI) et utilisation par les employés des biens TI;

d. Politique 2.9.02 : Protection des renseignements personnels et de la vie privée. »

On le voit, ce ne sont pas les seules NPJ qui encadrent le travail et le comportement des producteurs de contenus d’information à Radio-Canada. Je citerai ici les passages pertinents des politiques générales de Radio-Canada qui viennent compléter les NPJ.

D’abord, ces deux extraits tirés de la Politique 2.2.03 intitulée « Conflits d’intérêts et questions de déontologie » :

« Les employés ne doivent pas s'engager dans des activités susceptibles de donner une mauvaise réputation à CBC/Radio-Canada. »

« Les employés ne peuvent pas prendre position sur des sujets de controverse publique si cela risque de compromettre l'intégrité de CBC/Radio-Canada. »

Ensuite, ces passages de la politique 2.2.21, qui constitue en fait le « Code de conduite » que tous les employés de CBC/Radio-Canada sont tenus, dès l’embauche, de respecter :

« Respect des personnes

Les employés de CBC/Radio-Canada respectent la dignité humaine et reconnaissent la valeur de chaque personne : Ils traitent chaque personne avec respect et équité. »

« Intégrité

Les employés de CBC/Radio-Canada servent l’intérêt du public :

  • Ils se conduisent toujours avec intégrité et d’une manière qui puisse résister à l’examen public le plus approfondi; cette obligation ne se limite pas à la simple observation de la loi ;
  • Ils n’utilisent jamais leur rôle officiel en vue d’obtenir de façon inappropriée un avantage pour eux-mêmes ou autrui, ou en vue de nuire à quelqu’un.
  • Ils prennent toutes les mesures possibles pour prévenir et résoudre, dans l’intérêt public, tout conflit d’intérêts réel, apparent ou potentiel entre leurs responsabilités officielles et leurs affaires personnelles.
  • Ils agissent de manière à préserver la confiance de la Société. »

Il me semble évident que la journaliste Véronique Dubé a contrevenu à ces règles. D’abord en émettant un point de vue discutable, et discuté, ce qui faisait de ce point de vue une opinion personnelle. Car le sondage concluait bien que la population du Saguenay─Lac-Saint-Jean est « vivement opposée aux sanctions sévères pour ceux qui contreviendraient à l’interdiction du port de signes religieux trop visibles ». Et non pas que « huit personnes sur dix pensent que les signes religieux doivent être tolérés au travail ».

N’eut été de la discussion qui a suivi cette affirmation de la journaliste, j’aurais conclu à une simple erreur d’exactitude que Mme Dubé aurait facilement pu corriger après la première remarque du plaignant (« Attention, le sondage précise que les gens sont défavorables au congédiement en cas de port de signes religieux et non que les signes religieux doivent être tolérés… »). Mais il est clair que la journaliste tenait mordicus à son interprétation. Or, une interprétation, lorsqu’elle n’est pas fondée « sur les faits et l’expertise », comme le réclament les NPJ, devient une opinion.

Mme Dubé a soutenu au plaignant que le commentaire qu’il lui reprochait avait été émis sur son site Facebook privé. Les exemples sont nombreux pour nous faire comprendre qu’il n’y a rien de moins privé qu’un média social, que peu importe les restrictions d’accès qu’on impose, son contenu peut se retrouver étalé au grand jour. Ici, la prudence impose au journaliste non pas d’en limiter l’accès, mais de peser les conséquences des commentaires qu’il y publie et les discussions qu’il y tient. Dans le cas présent, le plaignant est une connaissance de Mme Dubé dont elle a fait son « ami Facebook »; mais ça aurait bien pu être quelqu’un de plus près d’elle, voire un membre de sa famille qui aurait fait suivre le commentaire à d’autres.

Bref, il faut considérer que le média social auquel nous participons, peu importe le volume de son auditoire, est un « lieu public ». En conséquence, toute affirmation ou contenu qu’on y publie est une « déclaration publique » au sens où l’entendent les NPJ en matière de conflit d’intérêts, « qu’elle soit faite de vive voix ou dans des médias sociaux ».

Enfin, je ne peux passer sous silence le caractère « vigoureux », pour employer un euphémisme, des réparties adressées à M. Bergeron par Mme Dubé, ni le ton général de l’échange qu’elle a eu avec lui.

Je comprends tout à fait les mécanismes qui peuvent envenimer une discussion, mais, devant l’obstination du plaignant, Mme Dubé aurait dû avoir la sagesse de mettre un terme à la leur avant qu’elle ne dégénère. Son échange avec le plaignant n’est pas le genre de dialogue que Radio-Canada souhaite avoir avec son public. Les NPJ et l’ensemble des règles en vigueur à Radio-Canada sont très claires à cet égard. Mme Dubé n’a pas traité M. Bergeron avec « respect et équité ».

Conclusion

Un échange sur Facebook de la journaliste Véronique Dubé, de Radio-Canada Saguenay─Lac-Saint-Jean, avec un auditeur a enfreint les Normes et pratiques journalistiques et plusieurs politiques institutionnelles de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

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