Une manchette maladroite peut gâcher un bon reportage (TJ Acadie)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos d’un reportage de la Télévision de Radio-Canada Acadie, diffusé le 2 octobre 2012.

LA PLAINTE

La plaignante, Mme Janet Hogan, est vice-présidente, Communications et Relations communautaires, du Réseau de santé Horizon, la régie dont dépend l’Hôpital de Moncton.

Mme Hogan se plaint d’un reportage du journaliste Nicolas Steinbach, diffusé au Téléjournal Acadie le 2 octobre 2012, qui portait sur la prestation de services bilingues à l’Hôpital de Moncton. Elle estime que l’entrevue réalisée avec un médecin de l’hôpital, pour les fins du reportage, a été utilisée hors contexte. Mme Hogan considère aussi que la manchette du Téléjournal Acadie annonçant ce reportage était mensongère.

Pour comprendre le litige, je rappelle que le reportage portait sur les propos d’un patient de l’Hôpital de Moncton, M. Jacques Verge, qui s’était plaint publiquement de n’avoir pas reçu un service en français adéquat lors de son séjour dans l’institution. M. Verge est aussi secrétaire d’Égalité santé en français, un organisme qui milite pour la prestation de soins de santé en français au Nouveau-Brunswick.

Le reportage rapportait les propos critiques de M. Verge sur les services qu’il avait reçus pendant son séjour à l’Hôpital de Moncton pour une chirurgie de la prostate. On y entendait aussi le Dr Dhany Charest, un cadre mandaté par l’institution comme porte-parole, se porter à la défense de celle-ci. Mme Hogan soutient que Dr Charest ne pouvait discuter du cas de M. Verge, que le journaliste en était parfaitement au courant, tout comme il savait que le médecin ne pouvait parler que du bilinguisme au sein de son département, soit celui des neurosciences. Elle en conclut que les propos du médecin ont été rapportés hors contexte, ce qui contrevient aux Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada ().

Voici des extraits de la plainte de Mme Hogan dans lesquels elle explique sa position :

« L’entrevue n’a pas été proposée au Réseau de santé Horizon et n’a pas été acceptée par celui-ci afin que le Dr Charest puisse répondre à la plainte d’un patient concernant les services en français de quelque nature que ce soit (…). En raison d’obligations juridiques et professionnelles de conserver la confidentialité des renseignements sur les patients, aucun porte-parole du Réseau de santé Horizon n’est autorisé à discuter des détails du dossier médical d’un patient en particulier.

Radio-Canada Moncton a été préalablement informée de la nature des renseignements pouvant être fournis par le Dr Charest.

(…)

L’entrevue menée auprès du Dr Charest a été utilisée hors de son contexte, l’enregistrement de la rencontre ayant été coupé et amalgamé à une entrevue donnée par un patient au sujet d’une plainte touchant les services d’urologie de l’Hôpital de Moncton.

(…)

Très peu de l’information obtenue au cours de l’entrevue entre le Dr Charest et M. Steinbach a été utilisée lors de sa télédiffusion sur Radio-Canada le soir; de plus, ces renseignements n’ont pas servi à aborder la question des services fournis en français par le programme de neurosciences. »

Quant à la manchette annonçant le reportage et lue par l’animateur Martin Robert au début du Téléjournal Acadie, Mme Hogan l’a jugée « hautement provocatrice et inexacte ».

Elle écrit :

« On entend déclarer le patient : « Il n’y avait aucun service en français. La seule personne qui me parlait en français était le concierge. » Le présentateur enchaîne avec : « L’hôpital et le Réseau de santé Horizon nient tout. »

Or, ni le Réseau de santé Horizon ni l’hôpital n’ont déjà nié un événement de ce type, soit par l’entremise d’un porte-parole ou d’un de ses représentants. Comme nous l’avons déjà indiqué, nous ne pouvons faire de commentaires sur la situation d’un patient en particulier. »

Mme Hogan considère également que les propos du patient, entendus dans le reportage, à l’effet que seul le concierge lui avait parlé en français, sont inexacts. M. Verge lui-même, écrit-elle, a déclaré sur les ondes de la Radio de Radio-Canada « qu’une infirmière de première ligne et un préposé lui avaient également parlé en français ». Elle ajoute :

« Si la télévision de Radio-Canada suit les pratiques journalistiques prescrites, le diffuseur se doit, comme il l’affirme, de ne jamais diffuser le résultat d’une enquête « avant d’avoir suffisamment de faits et d’éléments de preuve pour se permettre de tirer des conclusions et de porter des jugements ». »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

C’est M. Philippe Ricard, chef de l’Information à la Télévision de Radio-Canada Acadie, qui a répondu à la plaignante.

Il explique d’abord qu’une recherchiste de Radio-Canada Acadie, Mme Cynthia Boudreau, a contacté « Lisa Caissie, gestionnaire des relations avec les médias au Réseau de santé Horizon, le 2 octobre dernier ».

« L’objectif, écrit-il dans sa réponse à Mme Hogan, était d’obtenir des réactions du Réseau Horizon aux commentaires de M. Verge, qui affirmait que l’Hôpital de Moncton n’est pas une institution bilingue. »

Et il indique que la recherchiste a parlé plusieurs fois au cours de la journée à Mme Caissie pour tenter d’obtenir une entrevue des porte-parole habituels du Réseau Horizon. Ceux-ci n’étaient toutefois pas disponibles et Mme Caissie a donc finalement proposé le Dr Dhany Charest, chef de la division de neurochirurgie à l’Hôpital de Moncton. M. Ricard admet que Mme Caissie lui a bien précisé que le médecin pouvait seulement témoigner des services en français de son secteur, soit le programme des neurosciences : « Mme Caissie, ajoute-t-il, était toutefois bien au fait de l’angle du reportage et des propos tenus par Jacques Verge. »

Voici d’autres extraits pertinents de sa réponse :

« (…) Contrairement à ce que vous affirmez, nous estimons que l’entrevue réalisée avec le Dr Charest a été utilisée dans son contexte. (…) Ce que nous voulions, et nous l’avons exprimé dès le départ, c’est vous donner l’occasion de répondre aux accusations de Jacques Verge de façon générale, puisque M. Verge partait d’un exemple concret pour dénoncer le manque de services en français à l’Hôpital de Moncton dans son ensemble.

Nous savions que le Réseau de santé Horizon ne pourrait parler spécifiquement du cas de M. Verge, mais nous vous avons donné l’opportunité de donner une opinion générale sur les services en français offerts à l’Hôpital de Moncton. »

(…)

Je vous rappelle aussi que l’angle du reportage n’était pas les services en français offerts par le programme de neurosciences, mais bien la question des services bilingues à l’Hôpital de Moncton… »

Pour ce qui est de la manchette lue par l’animateur Martin Robert, M. Ricard précise que la plaignante a omis de la citer au complet, écartant sa première phrase qui permet de mettre tout le reportage en contexte.

Enfin, M. Ricard souligne que les extraits de l’entrevue du Dr Charest utilisés dans le reportage se rapportaient non pas au cas du patient Jacques Verge, mais bien à ses propos « dénonçant le manque de services en français en général à l’Hôpital de Moncton ».

« M. Verge, écrit-il, soutient que l’Hôpital de Moncton n’est pas, dans les faits, un hôpital bilingue : « C’est un constat d’échec pour le réseau anglophone ». »

Le Dr Charest dit le contraire, il nie : « C’est réellement un hôpital bilingue. »

D’où la manchette « L’Hôpital et le Réseau nient tout ».

LA RÉVISION

La réponse de M. Ricard n’a pas satisfait Mme Hogan qui m’a demandé de revoir le dossier.

Selon Mme Hogan, le reportage de M. Steinbach et la manchette lue par l’animateur Martin Robert enfreignent la valeur d’exactitude et certaines normes relatives à la conduite des entrevues et au journalisme d’enquête. J’en reproduis ici les extraits pertinents, tels qu’on les trouve dans les NPJ :

« Exactitude

Nous recherchons la vérité sur toute question d’intérêt public. Nous déployons les efforts nécessaires pour recueillir les faits, les comprendre et les expliquer clairement à notre auditoire.

Les techniques de production que nous utilisons servent à présenter nos contenus d’une manière claire et accessible. »

« Conduite et utilisation de l’entrevue

Nous informons la personne interviewée du sujet de l’entrevue.

(…)

Le participant devrait être informé de l’utilisation prévue de l’entrevue.

(…)

Nous nous engageons à respecter le sens des propos tenus par les participants, quel que soit le contexte dans lequel nous choisissons de les utiliser. Nous évitons de limiter à l’avance notre capacité de diffuser l’entrevue en raison de contraintes négociées ou imposées par les participants. (…) »

« Montage de l’entrevue

Il est possible d’extraire de l’entrevue intégrale des questions et des réponses qui seront insérées dans un reportage, entrecoupées de narration, de séquences d’actualités ou d’extraits d’autres entrevues. De même, il est souvent nécessaire de procéder au montage d’une entrevue présentée en forme plus longue pour éliminer certains passages moins essentiels ou pour respecter le minutage d’une émission.

Quel que soit le montage qui en est fait, nous présenterons de manière juste et équitable les propos du participant sans en déformer le sens. »

« Caractéristiques particulières ─ Journalisme d’enquête

Le journalisme d’enquête est un genre particulier qui peut mener à des conclusions et, parfois, à des jugements sévères. Une enquête journalistique s’appuie généralement sur une prémisse, mais nous ne diffusons jamais le résultat d’une enquête avant d’avoir suffisamment de faits et d’éléments de preuve pour nous permettre de tirer des conclusions et de porter des jugements. (…) »

Pour bien comprendre la genèse du reportage du 2 octobre, dont se plaint le Réseau de santé Horizon, il faut savoir que le matin du même jour, le réseau anglais de CBC/Radio-Canada, CBC Moncton, avait diffusé dans son émission Information Morning un reportage monté de la journaliste Shelley Steeves sur le même sujet. Elle y faisait état des critiques de l’organisme Égalité santé en français à l’égard des services de santé dispensés par le Réseau de santé Horizon et l’Hôpital de Moncton.

On y entendait d’abord le Dr Hubert Dupuis, président de l’organisme en question, affirmer que le Réseau de santé Horizon ne remplissait pas adéquatement son obligation d’assurer aux patients francophones des services en français. Il soutenait que cette déficience s’observait dans plusieurs spécialités médicales. La journaliste donnait ensuite la parole à M. Jacque Verge, qu’elle présentait comme un patient ayant subi une intervention chirurgicale à l’Hôpital de Moncton. Voici ce que M. Verge disait :

« All of the nurses were English and the only person who spoke French was the janitor. The doctor was an English doctor and did not speak French. » (Les infirmières étaient toutes anglophones et la seule personne qui parlait français était le concierge. Le médecin était anglophone et ne parlait pas français.)

Suivait Mme Pauline Gallant, directrice des Langues officielles au Réseau de santé Horizon, qui réagissait ainsi aux affirmations de MM. Dupuis et Verge :

« We are aware that not all of our staff is bilingual and this is why we are adopting the team approach and we are continuing to recruit bilingual staff as needed. » (Nous sommes conscients que tout notre personnel n’est pas bilingue et c’est pourquoi nous misons sur une approche d’équipe et que nous continuons à combler nos besoins en recrutant du personnel bilingue.)

La journaliste ajoute que Mme Gallant a dû répondre à trois plaintes du même genre que celle formulée par M. Verge au cours de l’année.

C’est en prenant connaissance de ce reportage de Mme Shelley Steeves que l’équipe du Téléjournal Acadie a décidé de traiter du même sujet dans son édition du soir. La recherchiste de l’émission a donc contacté Mme Lisa Caissie, gestionnaire des relations avec les médias au Réseau de santé Horizon, afin d’obtenir une entrevue devant caméra avec un porte-parole pour les besoins d’un reportage devant être diffusé le soir même au Téléjournal Acadie.

La demande était claire : on souhaitait obtenir le point de vue de l’organisme sur les critiques formulées dans le reportage de CBC par M. Jacques Verge, point de vue déjà donné dans le même reportage par Mme Pauline Gallant. La recherchiste a d’ailleurs demandé qu’on lui délègue Mme Gallant, ou à défaut un autre des porte-parole habituels de l’organisme. Toutefois, ces personnes n’étaient pas disponibles. Dans sa plainte, Mme Hogan confirme cette version des faits. Il y a eu trois conversations téléphoniques entre la recherchiste et Mme Caissie avant que celle-ci ne lui propose finalement le Dr Dhany Charest.

Du côté de Radio-Canada Acadie, on se souvient très bien que Mme Caissie a précisé que le Dr Charest ne pouvait pas parler du cas particulier de M. Verge parce les dossiers des patients sont confidentiels. On reconnaît aussi qu’elle a indiqué que le médecin pouvait commenter seulement les services offerts pas son propre département des neurosciences. Le journaliste Nicolas Steinbach, qui a fait le reportage diffusé au Téléjournal Acadie, a également été mis au courant de cette contrainte par le Dr Charest lui-même au moment où l’entrevue a été réalisée.

Le chef de l’Information de Radio-Canada Acadie, M. Philippe Ricard, m’a indiqué que la demande n’avait jamais porté sur les commentaires du Dr Hubert Dupuis, lui aussi cité dans le reportage de Mme Shelley Steeves. M. Ricard explique que le Dr Dupuis a souvent été interviewé sur les ondes de Radio-Canada Acadie, et que les propos qu’il avait tenus sur les ondes de CBC n’étaient pas nouveaux pour l’auditoire francophone du réseau. Par contre, ceux de M. Verge étaient inédits et illustraient bien la problématique des services de santé bilingues.

M. Ricard ajoute que la crédibilité de M. Verge dans la communauté francophone était solide, celui-ci ayant été pendant des années directeur de l’école secondaire de Bouctouche.

À mon avis, il est clair que le Téléjournal Acadie a bel et bien informé la personne interviewée du sujet de l’entrevue et de son utilisation prévue, comme l’exigent les extraits cités plus haut des NPJ.

D’autre part, ce n’est pas parce qu’un organisme estime qu’un de ses porte-parole n’est pas qualifié, mandaté ou autorisé à répondre à certaines questions, qu’un journaliste doit s’empêcher de les lui poser. Le Dr Charest était tout à fait libre de répondre ou non aux questions que lui posait le journaliste.

Dans le reportage de M. Steinbach, on entend d’abord le patient Jacques Verge se plaindre qu’il n’a pas reçu de services en français adéquats lorsqu’il a subi une intervention chirurgicale à la prostate. Le journaliste explique ensuite que le seul porte-parole francophone disponible ce jour-là, le Dr Charest, ne pouvait commenter le cas de M. Verge puisqu’il n’avait pas été traité dans son département. Puis en entend le Dr Charest dire ceci : « Le cancer de la prostate, c’est pas notre département, c’est donc difficile de répondre à ces accusations-là spécifiquement. »

Jusque-là, je ne vois pas comment on peut prétendre que le journaliste a cité le Dr Charest hors contexte, puisqu’il dit essentiellement ce que la porte-parole Lisa Caissie avait déjà expliqué à la recherchiste de Radio-Canada.

Toujours dans le reportage, le patient Jacques Verge tirait aussi des conclusions générales à partir de son cas particulier, et concluait que l’Hôpital de Moncton et le Réseau de santé Horizon avaient failli à leur devoir d’assurer les services aux francophones dans leur langue.

Le journaliste a donc demandé au Dr Charest ce qu’il pensait de cette affirmation et celui-ci a accepté de répondre. Voici comment Nicolas Steinbach rend compte de cet échange dans la suite de son reportage :

« Selon les observations du Dr Charest, l’Hôpital de Moncton respecte son devoir en matière de bilinguisme. »

Suit ce commentaire du Dr Dhany Charest :

« Je pense que c’est réellement un hôpital bilingue, c’est certain qu’il y a encore des choses à travailler, on peut encore s’améliorer. Tout le personnel n’est pas bilingue, ce qu’on essaie de faire c’est, pour les premières lignes, de s’assurer qu’il y ait toujours quelqu’un de bilingue. »

Ici encore, le Dr Charest n’a pas été cité hors contexte.

Dans le contexte de son reportage qui portait sur les critiques de M. Jacques Verge à l’endroit des services en français fournis par l’Hôpital de Moncton et le Réseau de santé Horizon, le journaliste Nicolas Steinbach a donc respecté « le sens des propos tenus par les participants », comme le stipulent les NPJ.

Quant au fait que l’entrevue avec le Dr Charest a été coupée, que seuls certains de ses propos ont été utilisés, et qu’ils l’ont été dans un reportage où on entendait aussi d’autres personnes, tout ça, contrairement à ce que prétend la plaignante est parfaitement normal en reportage télévisé et conforme aux NPJ.

La plaignante estime également que les propos tenus par M. Verge dans le reportage, à l’effet que seul le concierge lui a parlé en français, sont inexacts. Après vérification, un journaliste de la Radio de Radio-Canada a bel et bien rapporté que M. Verge lui avait dit n’avoir été servi en français que par une infirmière à l’accueil et un préposé.

Mme Hogan en conclut donc que Radio-Canada n’a pas respecté le chapitre des NPJ sur le journalisme d’enquête qui dit qu’on ne peut pas diffuser le résultat d’une enquête « avant d’avoir suffisamment de faits et d’éléments de preuve pour se permettre de tirer des conclusions et de porter des jugements ».

Cette partie des NPJ concerne spécifiquement le journalisme d’enquête. Elle ne s’applique pas aux déclarations des acteurs de l’actualité courante.

Dans ce cas-ci, c’est plutôt la norme suivante qu’il convient d’observer :

« Responsabilités liées à l’entrevue

En choisissant de publier les propos d’une personne, dans un contexte précis, Radio-Canada en assume la responsabilité et les conséquences.

Si nous présentons les propos d’une personne comme soutien à un énoncé de faits, nous nous assurons que ses propos ont fait l’objet d’une vérification sérieuse et diligente. Dans le cas de commentaires émis par une personne qui exprime honnêtement son opinion, nous veillons à ce que l’opinion soit fondée sur des faits portant sur des questions d’intérêt public.

La personne interviewée assume également la responsabilité de ses propos. En règle générale, nous ne lui offrons aucune immunité ou protection à l’égard des conséquences possibles de la diffusion des propos que nous recueillons. »

Voici ce que dit M. Verge dans le reportage de Nicolas Steinbach :

« J’ai passé 24 heures à l’hôpital et durant tout ce temps tous les infirmiers, les infirmières étaient des anglophones, on n’a aucun service en français, la seule personne qui m’a parlé français c’est le concierge. »

Au vu de ce qu’il a affirmé au journaliste de la Radio, M. Verge aurait donc été servi en français à deux occasions plutôt, et non à une seule durant son séjour de 24 heures à l’hôpital. On ne peut pas dire que la différence soit énorme.

Que dit la norme reproduite ci-haut? Le reportage de M. Steinbach la respecte-t-il?

  • Qu’un reporter doit vérifier les propos d’une personne s’il s’en sert comme soutien à un énoncé de fait.

Ce n’est pas le cas ici puisque le reporter n’affirme pas lui-même que l’Hôpital de Moncton n’est pas bilingue. Il rapporte plutôt que c’est « l’avis d’un patient francophone qui accuse l’établissement de lui avoir fourni un service uniquement en anglais »;

  • Que s’il utilise plutôt les propos d’une personne « qui exprime honnêtement son
    opinion », comme le fait M. Steinbach, le reporter doit s’assurer que cette opinion « soit fondée sur des faits portant sur des questions d’intérêt public ».

Il serait difficile de prétendre que la prestation de services en français à l’Hôpital de Moncton n’est pas une question d’intérêt public;

  • Que la personne interviewée est responsable de ses propos et qu’elle doit les assumer.

Ça n’a pas semblé poser problème à M. Jacques Verge, le patient interviewé par le journaliste.

J’ajouterai que l’équipe du Téléjournal Acadie a fait un effort plus que raisonnable pour obtenir la version et la réaction du Réseau de santé Horizon aux propos de M. Verge. Mais, comme l’explique Mme Janet Hogan dans sa plainte « en raison d’obligations juridiques et professionnelles (…), aucun porte-parole du Réseau de santé Horizon n’est autorisé à discuter des détails du dossier médical d’un patient en particulier ».

À cet égard, je me permettrai ce commentaire :

Le reportage de M. Steinbach est essentiellement semblable à celui de la journaliste de CBC Shelley Steeves. À cette différence près que dans celui de Mme Steeves, la porte-parole du Réseau de santé Horizon, Mme Pauline Gallant, commente bel et bien le cas de M. Verge et ne semble pas se soucier de ces « obligations juridiques et professionnelles » évoquées par sa supérieure, Mme Janet Hogan. Elle précise même à la journaliste que trois plaintes semblables à celle de M. Verge ont été reçues par son organisme au cours de la dernière année.

Je constate aussi que le Dr Charest n’a rien dit dans le reportage de M. Steinbach que Mme Gallant n’avait déjà dit dans celui de Mme Steeves.

Enfin, Mme Hogan se plaint également de la manchette lue en ondes par l’animateur du Téléjournal Acadie, Martin Robert, pour annoncer le reportage de M. Steinbach.

Dans cette manchette on voit et on entend d’abord l’animateur dire :

« Le manque de services en français à l’Hôpital de Moncton décrié. »

On voit et on entend ensuite M. Jacques Verge qui dit :

« Aucun service en français. La seule personne qui m’a parlé en français, c’est le concierge. »

Puis on entend l’animateur conclure :

« L’hôpital et la régie Horizon nient tout. »

Mme Hogan a jugé cette manchette « hautement provocatrice et inexacte ». Elle soutient qu’aucun des porte-parole ou des représentants du Réseau de santé Horizon n’a nié quoi que ce soit. À son avis, la manchette ne respecte donc pas la valeur d’exactitude des NPJ.

Si on se rapporte au texte complet de la manchette, celle-ci contient trois affirmations, la troisième se rapportant aux deux premières : d’abord que le manque de services en français à l’Hôpital de Moncton est « décrié »; ensuite que la seule personne qui a parlé en français au patient Jacques Verge était le concierge; et finalement que l’hôpital et la régie Horizon « nient tout », le mot « tout » renvoyant nécessairement aux deux premières affirmations de la manchette.

J’ai beau réécouter le reportage de M. Steinbach, et même celui de la journaliste de CBC Shelley Steeves, je n’y entends aucun porte-parole ou représentant du Réseau de santé Horizon ou de l’Hôpital de Moncton nier que le manque de services en français à l’Hôpital de Moncton ait été « décrié »; ou nier les propos de M. Jacques Verge à l’effet que la seule personne à lui avoir parlé français était le concierge. L’extrait retenu pour la manchette était mal choisi et le texte maladroit. Le tout était pour le moins confus.

La plaignante a donc raison de dire que la manchette du Téléjournal Acadie du 2 octobre 2012, qui annonçait le reportage de M. Nicolas Steinbach, était inexacte.

Conclusion

Le reportage sur les services en français à l’Hôpital de Moncton, diffusé le 2 octobre 2012 sur les ondes de Radio-Canada Acadie, et la démarche journalistique de l’équipe qui l’a produit, respectent en tous points les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

Toutefois, la manchette annonçant ce reportage dans le Téléjournal Acadie a enfreint la valeur d’exactitude des Normes et pratiques journalistiques.

Version PDF : Révision Hôpital Moncton et Horizon

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