Élection partielle dans Bonaventure (TJ)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision de l’ombudsman portant sur la couverture de l’élection partielle provinciale dans le comté de Bonaventure au Québec par Le téléjournal RDI de 17 heures, le 27 novembre 2011.

LA PLAINTE

Le plaignant, M. Robert Sasseville, estime que Le téléjournal RDI, diffusé le 27 novembre 2011 à 17 heures, a fait preuve de partialité dans sa couverture de l’élection partielle provinciale dans le comté de Bonaventure au Québec. Il soutient qu’on y a présenté la chef péquiste Pauline Marois et son candidat sous un jour favorable, alors que son adversaire libéral, Damien Arsenault, y était critiqué pour sa gestion de la municipalité de Saint-Elzéar, dont il est le maire. Ce que le plaignant trouve injuste, donc inéquitable. Voici ce qu’il écrit :

« Je vous demande d’écouter cette nouvelle et de regarder objectivement le traitement fait aux deux parties par vos journalistes qui doivent respecter un code d’impartialité. Je trouve déplorable la façon d’agir de RC et cela à quelques jours de l’élection. »

La réponse de la direction de l’Information

Dans sa réponse à M. Sasseville, Mme Martine Lanctôt, directrice, Traitement des plaintes et Affaires générales à la direction de l’Information, souligne que la campagne électorale dans Bonaventure avait fait l’objet de nombreux reportages dans les semaines précédentes. Elle ajoutait que « pour juger de l’équilibre du traitement à l’égard des différents candidats, (il fallait) tenir compte de l’ensemble de la couverture ».

Voici un extrait de sa réponse :

« (…) Dans le bulletin de nouvelles du 27 novembre, Mme Marois concède pratiquement la victoire aux libéraux. L’accent est donc mis sur le candidat libéral, Damien Arsenault. On présente un portrait du maire de St-Elzéar qui fait ressortir les ramifications de ses liens familiaux et les critiques de certains citoyens face à son style de gestion. M. Arsenault étant un élu, appelé à devenir député de son comté, les questions soulevées par le journaliste sur sa gestion, son intégrité et ses valeurs démocratiques sont certainement d’intérêt public.

M. Arsenault a eu l’occasion de faire valoir ses idées à de nombreuses reprises dans le cadre de notre couverture et notamment lors du débat des candidats organisé par notre station régionale. (…) »

M. Sasseville n’a pas été satisfait de cette réponse et m’a demandé une révision de sa plainte.

LA RÉVISION

Le plaignant soutient que l’édition de 17 heures du Téléjournal RDI, diffusé le 27 novembre 2011, a présenté une couverture « partiale et injuste » de la campagne électorale dans Bonaventure. Ce jour-là, un dimanche, ce bulletin de nouvelles proposait deux éléments sur l’élection partielle qui allait se tenir huit jours plus tard, lundi 5 décembre : un extrait d’une trentaine de secondes d’une entrevue sur le terrain de la chef péquiste Pauline Marois; et un reportage de deux minutes et demie du journaliste Bruno Lelièvre sur la gestion de la municipalité de Saint-Elzéar par son maire et candidat libéral à l’élection, M. Damien Arsenault. Chacun de ces éléments était présenté par l’animatrice, Mme Pascale Nadeau.

M. Sasseville estime que l’extrait de Mme Marois lui était favorable. C’est une question de perception, car il en ressort clairement que la chef péquiste ne croit pas aux chances de son candidat de remporter l’élection. Voici ce qu’elle dit à cet égard : « Écoutez, vous savez que c’est un comté difficile pour nous. En cinquante ans, on l’a eu pendant quatre ans. (…) On s’investit beaucoup, on met du temps, de l’énergie, et on se bat pour le gagner. Mais on sait que la côte est difficile à remonter. » C’est d’ailleurs ce qui faisait dire à l’animatrice dans sa présentation de l’extrait que « Pauline Marois ne se (faisait) pas trop d’illusions dans cette forteresse libérale … ».

Le plaignant soutient, à juste titre, que le reportage qui a suivi n’était pas favorable au candidat libéral puisqu’il était critique de sa gestion comme maire de Saint-Elzéar. Et il voit dans la juxtaposition de ces deux éléments, le premier, « favorable » selon lui au Parti québécois, et le second, critique du candidat libéral, une preuve de partialité et un traitement injuste de ce dernier.

Un grand principe et trois valeurs de base des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada (NPJ) sont en cause ici : d’abord le principe sur lequel repose la mission du service de l’Information de Radio-Canada, soit de servir l’intérêt public; puis, les valeurs d’impartialité, d’équité et d’équilibre. Voici comment on les définit dès le chapitre d’introduction (Introduction – Mission et valeurs) :

« Servir l’intérêt public

Notre mission est d’informer, de révéler, de contribuer à la compréhension d’enjeux d’intérêt public et d’encourager la participation des Canadiens à notre société libre et démocratique.

(…)

Équité

Au cours de la collecte d’information et dans nos reportages, nous traitons les personnes et les organismes avec ouverture et respect.

Nous sommes conscients de leurs droits. Nous les traitons sans parti pris.

Équilibre

Nous contribuons aux débats sur les enjeux qui touchent le public canadien en présentant une diversité d’opinions. Nos contenus d’information, dans tous nos médias, offrent un large éventail de sujets et de points de vue.

Lorsque nous abordons des sujets controversés, nous nous assurons que les points de vue divergents sont reflétés avec respect. Nous tenons compte de leur pertinence dans le cadre du débat et de l’ampleur du courant qu’ils représentent.

Nous nous assurons également de présenter ces points de vue dans un délai raisonnable.

Impartialité

Notre jugement professionnel se fonde sur des faits et sur l’expertise. Nous ne défendons pas un point de vue particulier dans les questions qui font l’objet d’un débat public. »

La première question qui se pose est donc la suivante : était-il d’intérêt public de faire état de certaines particularités de la gestion du maire de Saint-Elzéar, Damien Arsenault, dans le cadre d’une campagne électorale provinciale? Pour rappel, le reportage du journaliste Bruno Lelièvre révélait entre autres que M. Arsenault et trois membres de sa famille détenaient la majorité des sièges au conseil municipal de
Saint-Elzéar; et qu’il existait des liens d’affaires entre la municipalité et des membres de la famille du maire. Puisque M. Arsenault briguait une autre charge publique, ces informations sur la façon dont il remplissait déjà ses fonctions de maire, permettaient aux électeurs de faire un choix plus éclairé. En soumettant ces faits à l’attention du public, le journaliste respectait en tous points la mission du service de l’Information de Radio-Canada qui est « d’informer, de révéler, de contribuer à la compréhension d’enjeux d’intérêt public… ».

Autres questions : les personnes et les organismes mis en cause dans le reportage ont-ils été traités avec « ouverture et respect » et « sans parti pris »? Le journaliste s’est-il appuyé sur des faits et a-t-il défendu un « point de vue particulier »?

Pour ce qui est d’abord de la façon dont Le téléjournal RDI a présenté l’extrait de Mme Marois, je ne vois pas comment on pourrait conclure à un parti pris en faveur de son candidat puisque la chef y concédait pratiquement la victoire aux libéraux. Quant au reportage de M. Lelièvre, il repose sur des faits vérifiés, appuyés par des témoignages d’opposants. Le journaliste a tendu son micro au candidat Arsenault, qui a fait valoir son point de vue. Tous les intervenants interviewés, comme on peut le constater dans le reportage, ont été traités avec « ouverture et respect ». Enfin, M. Lelièvre lui-même n’émet aucun commentaire ou opinion personnels, laissant au maire et à ses opposants le soin de s’exprimer sur les faits qu’il présente. Il ne défend donc pas « un point de vue particulier ».

Reste la question de l’équilibre qui s’atteint, comme l’expliquent les NPJ, « en présentant une diversité d’opinions », « un large éventail de sujets et de points de vue » sur toutes les plateformes de Radio-Canada (« dans tous nos médias ») et ce, « dans un délai raisonnable ». L’équilibre peut donc être atteint sur plusieurs jours, voire plusieurs semaines dans certains cas, et en utilisant plusieurs contenus d’information sur des plateformes différentes. Pourquoi? Tout simplement parce qu’il est illusoire de croire qu’on peut équilibrer les points de vue et les opinions sur un sujet particulier dans chaque bulletin de nouvelles et dans chaque édition des émissions d’affaires publiques ou d’actualités. Les bulletins et les émissions doivent traiter plusieurs sujets et leurs durées sont limitées. C’est encore plus évident dans le cas d’une élection, où les enjeux et les points de vue sont multiples. Le site web de Radio-Canada permet depuis quelques années de compléter la palette des contenus offerts, mais ses ressources ne sont pas infinies non plus, et il doit lui aussi tenir compte de l’ensemble de l’actualité dans ses choix éditoriaux.

Le plaignant déplore que le reportage sur la gestion de Saint-Elzéar ait été diffusé « à quelques jours de l’élection ». En fait, c’est huit jours avant l’élection que le reportage a été présenté, ce qui laissait suffisamment de temps aux personnes concernées pour réagir et exprimer un point de vue. La première réaction du candidat Arsenault faisait déjà partie du reportage. Le lendemain de sa diffusion, soit lundi 28 novembre, M. Arsenault a pu donner longuement sa version des faits lors d’un point de presse. Le même jour, il a pu le faire à nouveau au cours d’un débat avec les autres candidats, diffusé sur les ondes de la radio régionale de Radio-Canada; sa position a ensuite été rapportée à 18 heures dans Le téléjournal de l’Est du Québec. La question avait alors passablement été vidée, ce qui laissait encore une semaine aux électeurs pour évaluer les faits et soupeser les positions de chacun.

En ce qui concerne l’ensemble des enjeux et du débat électoral, je constate que Radio-Canada a assuré, sur plusieurs semaines, une couverture exhaustive de la campagne dans Bonaventure. Des reportages, des analyses, des portraits et des dossiers ont été produits avec régularité sur les enjeux de l’élection, les positions des partis et des candidats, à la Radio, à la Télévision et sur Radio-Canada.ca, tant sur les plateformes régionales que nationales. Le site web de Radio-Canada nous donne un aperçu de cette couverture à l’adresse suivante : http://www.radio-canada.ca/sujet/election-bonaventure.

En terminant, je me permettrai ce commentaire :

On peut comprendre que des citoyens qui appuient un candidat, ou qui sont autrement bien disposés à son égard ou réceptifs à ses idées, n’apprécient pas que la presse révèle, en pleine campagne électorale, des faits qui jettent un éclairage particulier sur sa gestion des affaires publiques. Ils peuvent, de leur point d’observation, considérer ces révélations comme une intervention partisane. Toutefois, je rappelle que les personnes qui exercent une charge publique le font sous l’œil des citoyens et doivent rendre compte de la façon dont ils exercent leurs fonctions. Elles sont imputables. À plus forte raison lorsque ces personnes réclament à la population un renouvellement de mandat ou des responsabilités plus importantes.

Le droit du public à l’information, un principe de base de toute démocratie, prend d’ailleurs tout son sens en période électorale : les gens ont le droit de savoir comment les élus et les candidats exercent ou exerceront leur charge. Revenons au cas qui fait l’objet de cette plainte et imaginons pour les fins de la discussion que le journaliste en possession des informations qu’il a révélées, et convaincu de leur validité, ait plutôt choisi de les garder pour lui. Ça n’aurait peut-être pas changé grand chose aux résultats de l’élection, mais les électeurs auraient certainement fait un choix moins éclairé. Sans compter qu’on aurait pu reprocher au journaliste d’avoir voulu aider un candidat en cachant des informations le concernant, et de faillir ainsi à sa mission de « servir l’intérêt public ».

Conclusion

La couverture de l’élection partielle provinciale dans le comté de Bonaventure au Québec, présentée au Téléjournal RDI de 17 heures, le 27 novembre 2011, a respecté les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada. Il en va de même pour les deux éléments de cette couverture, soit la présentation d’un extrait de la chef péquiste Pauline Marois et un reportage sur la gestion de la municipalité de Saint-Elzéar par son maire et candidat libéral, Damien Arsenault.

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Version PDF de la révision.

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