« Diplômes à vendre » : un reportage sans faille (Enquête)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision par l’ombudsman de Radio-Canada d’une plainte à propos du reportage intitulé Diplômes à vendre, diffusé le 1er mars 2012 à l’émission Enquête sur les ondes de la Télévision de Radio-Canada.

LA PLAINTE

Les plaignants sont M. Aleksandar Rachkov et Mme Radostina Stanisheva. Leur plainte porte sur le reportage intitulé Diplômes à vendre, diffusé le 1er mars 2012 à l’émission Enquête sur les ondes de la Télévision de Radio-Canada. De façon générale, ils estiment que la partie du reportage qui traite du Management Institute of Canada (MIC) manque d’objectivité, de rigueur et de neutralité.

Pour contexte, je rappelle que le reportage, présenté par la journaliste Johanne Faucher, faisait entre autres état des activités du MIC, une entreprise enregistrée, non reconnue comme université au Québec par le ministère de l’Éducation, mais qui offre des cours universitaires en ligne. Le MIC n’a pas le droit non plus de décerner de diplômes universitaires, mais il le fait faire par une institution avec laquelle il est associé, la Delta International University (DIU), basée en Louisiane et reconnue par cet État américain.

Les plaignants ont soulevé six éléments du reportage à l’appui de leur plainte :

  • Ils soutiennent d’abord que sa partie qui porte sur le MIC est « ambiguë » et « manque de clarté » parce qu’elle « a été placée au milieu d’un reportage consacré à des opérations illégales de vente de diplômes ». Pourtant, ajoutent-ils, le reporter affirme dans le reportage « que les diplômes de la DIU sont autorisés et légaux, et que ni DIU ni MIC ne sont des fabricants de faux diplômes ». Ils en concluent que « la mise en scène générale du reportage et la juxtaposition d’images et d’informations sur la vente de diplômes suggèrent le contraire ». Et ils se demandent : « Est-ce que cette ambiguïté et ce manque de clarté ne serait-il pas en opposition avec un travail honnête et neutre des journalistes? »
  • Les plaignants en ont aussi contre le fait qu’on associe le MIC et la DIU au « business des diplômes » alors que le MIC, rappellent-ils, ne « décerne » pas de diplômes universitaires, et que la DIU est une « institution reconnue en Louisiane, aux États-Unis (le reportage le confirme), dont le diplôme n’est pas reconnu au Canada ».

M. Rachkov et Mme Stanisheva posent donc les questions suivantes : « Est-ce que cette qualification selon laquelle DIU est dans le « business de diplômes » est justifiée et honnête pour une institution académique reconnue dans le pays là où elle est active? (…) Est-ce que ceci ne contribuerait pas à entretenir l’amalgame entre cette institution légale et des malfaiteurs, des fabricants de faux diplômes? »

  • Les deux plaignants soutiennent par ailleurs qu’il est inexact de dire, comme le ferait le reportage, que « le MIC est une école non reconnue », d’autant qu’elle ne décerne pas de diplôme universitaire. Ils fondent leur prétention sur le fait qu’ « on peut voir la preuve de la reconnaissance de cette institution comme une école » sur le site Internet de l’entreprise.
  • Ils remettent également en question le « bien fondé » et la nécessité d’avoir utilisé une caméra cachée pour le segment du reportage qui porte sur le MIC et la DIU, d’autant que le président du MIC, M. Alain Hoodashtian, a accepté de rencontrer la journaliste et qu’il « tient visiblement, disent-ils, les mêmes propos pendant l’entretien accordé à la journaliste que dans le petit extrait filmé avec la caméra cachée ».

Ils en ont aussi contre ces commentaires de la journaliste :

« Nous nous sommes rendus en caméra cachée pour voir le campus de cette université située au centre-ville de Montréal, dont on n’avait jamais entendu parler. Elle se résume à ce local. Quatre personnes y travaillent ce jour-là. »

Les plaignants se demandent « en quoi il est important que le bureau d’une école légale soit luxueux, petit ou grand, soit situé au milieu ou au fond d’un couloir? »

« Est-ce que ces propos et la caméra cachée n’ont pas été utilisées dans ce reportage, pour créer une ambiance équivoque afin de suggérer, voire renforcer l’idée de culpabilité de cet institut? »

  • M. Rachkov et Mme Stanisheva s’élèvent ensuite contre l’affirmation de l’enquêteur Eyal Ben Cohen, de la firme britannique Verifile Accredibase, qu’on entend dans le reportage à propos du réseau d’institutions affiliées au MIC à travers le monde. Selon la journaliste, M. Cohen a enquêté sur le réseau du MIC. On l’entend en entrevue affirmer que la plupart des sociétés avec lesquelles le MIC est affilié ne sont pas reconnues et fonctionnent dans l’illégalité. Les plaignants se demandent sur quelle base et à partir de quelles preuves Radio-Canada peut soutenir cette affirmation.
  • Enfin, les plaignants en ont aussi contre un commentaire de la journaliste sur le fait que la maîtrise en gestion offerte par le MIC (mais dont le diplôme est décerné par la DIU) coûte 10 000 $ pour 12 mois de cours. « C’est long et coûteux, dit-elle, pour un diplôme qui n’est pas reconnu au Canada. »

Les plaignants soulignent que même s’il n’est pas reconnu au Canada, il l’est ailleurs et que le diplôme obtenu est peu cher payé puisque, pour une durée équivalente, « le MBA de McGill coûte plus de 60 000 $, et celui de l’University of Western Ontario autour de 90 000 $ ».

Et ils concluent l’ensemble de leurs griefs en remettant en cause « l’intention véritable » de la journaliste et la « neutralité du travail journalistique » pour ce reportage.

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

M. André Dallaire, du service de Traitement des plaintes, s’est chargé de répondre aux plaignants au nom de la direction de l’Information. D’emblée, il rejette les critiques sur le caractère ambigu du reportage, ajoutant qu’il est « clair, précis, factuel et concluant ».

« Dans un reportage complet sur « le business du diplôme », écrit-il, il était important de tout couvrir : la contrefaçon, les usines à diplômes et les diplômes non reconnus. Notre travail journaliste nous permet de conclure que le MIC et son affilié Delta, entrent dans la dernière catégorie. »

Voici ce que M. Dallaire répond par ailleurs sur le caractère « non reconnu » du MIC et de la DIU :

« Dans la préparation de ce reportage, l’équipe d’Enquête a découvert que le MIC offre des cours de niveau universitaire sans avoir l’autorisation du ministère de l’Éducation du Québec. Puisque le MIC n’est pas reconnu par le MÉQ, les diplômes décernés par son affilié, la DIU, ne sont pas reconnus non plus. Le Centre d’information canadien sur les diplômes internationaux nous le confirme. Donc, les étudiants canadiens du MIC obtiennent un diplôme qui n’a pas de valeur au Canada.

La DIU ne se retrouve pas non plus sur la liste du Council for Higher Education Accreditation, le CHEA, liste qui sert de référence à plusieurs pays pour reconnaître ou pas des diplômes étrangers. Ce qui nous permet de croire que seule la Louisiane reconnaît les diplômes de Delta. Monsieur Hoodashtian nous le confirme d’ailleurs en entrevue.

(…)

Une école non reconnue? Cette information nous vient du ministère de l’Éducation. Il ne reconnaît pas le MIC comme un établissement d’enseignement. Dans un courriel, le MÉQ, nous écrit : « Le Management Institute of Canada contrevient à la loi sur les établissements de niveau universitaire et a été avisé par voie de lettre. »

À propos de l’utilisation des images obtenues en utilisant une caméra cachée, M. Dallaire rétorque aux plaignants que « l’équipe d’Enquête avait plusieurs motifs de croire qu’il valait mieux procéder ainsi et avait obtenu les autorisations nécessaires ».

Mais, compte tenu du fait que la journaliste a pu s’entretenir sans difficulté par la suite avec le président du MIC, M. Hoodashtian, M. Dallaire ajoute : « Il est exact qu’a posteriori, l’utilisation de ces images dans le reportage peut paraître superflue, mais cela ne travestit les faits d’aucune manière. »

Sur l’appartenance du MIC et de la DIU à un réseau international, M. Dallaire rappelle que l’équipe d’Enquête a demandé à une firme spécialisée, Verifile Accredibase, basée en Grande-Bretagne, d’effectuer des vérifications sur les écoles de ce réseau : « Dans son entrevue, Eyal Ben Cohen, son président, écrit-il, nous affirme que la plupart de ces institutions ne sont pas reconnues dans les pays où elles se trouvent. »

Et il poursuit :

« Nous avons fait notre propre recherche et contacté le ministère de l’Éducation de la Finlande. Il nous confirme par courriel que la Scandinavian Art Business Institute n’est pas reconnue par le gouvernement finlandais et que le document que nous a remis Alain Hoodashtian alléguant le contraire, est faux. S’il avait voulu nous convaincre de la légitimité des autres écoles, Alain Hoodashtian nous aurait fourni autre chose que des documents en arabe. »

LA RÉVISION

La réponse de M. Dallaire n’a pas convaincu M. Rachkov et Mme Stanisheva qui ont longuement répondu à ses arguments. Leur dernier message reprend et développe essentiellement les mêmes griefs. Toutefois, ils soumettent que M. Dallaire n’a pas relevé tous les éléments de leur plainte, notamment sur le coût du diplôme de gestion émis par la DIU. Ils soutiennent aussi qu’il était du devoir des journalistes de vérifier la teneur et la qualité des documents remis à la journaliste par le président du MIC, M. Hoodashtian, même si ceux-ci étaient rédigés en arabe. Voici ce qu’ils écrivent à ce sujet :

« Vous fournir un document en langue « arabe » serait-il une preuve de culpabilité du directeur du MIC ou la non-reconnaissance de l’institution étrangère en question?

(…)

N’est-ce pas de votre responsabilité de journaliste de rechercher la vérité et la soutenir preuve à l’appui? Vous vous permettez d’accuser publiquement une Institution étrangère, sans avoir fait l’effort de traduire les documents que vous aviez à votre disposition? »

Les plaignants jugent donc « insuffisantes » les explications du service de l’Information et m’ont demandé de réviser leur plainte.

Par souci de clarté, je traiterai point par point les six éléments de la plainte.

1. Sur le caractère « ambigu » et « le manque de clarté » du reportage

Les plaignants soutiennent que le passage concernant le MIC et la DIU est ambigu et manque de clarté parce que, soutiennent-ils, il « a été placé au milieu d’un reportage consacré à des opérations illégales de vente de diplômes », alors « que les diplômes de la DIU sont autorisés et légaux, et que ni DIU ni MIC ne sont des fabricants de faux diplômes ». Ma lecture du reportage ne va pas dans le même sens.

Le reportage se divise en deux parties de 11 minutes chacune. La première partie expose trois façons « alternatives » d’obtenir un diplôme, c’est-à-dire autrement que par la fréquentation d’une institution d’enseignement reconnue. La deuxième partie porte essentiellement sur l’utilisation de faux diplômes par les gens qui les ont obtenus. Le cas du MIC et de la DIU est présenté dans la première partie du reportage.

À mon avis, il est très clair que celle-ci aborde trois éléments différents :

« Il y d’abord la contrefaçon pure et simple », dit la journaliste au début du reportage en précisant qu’au Canada « acheter un diplôme contrefait d’une vraie université est un acte criminel ».

Cet aspect du « business du diplôme », pour reprendre les termes utilisés par l’animateur d’Enquête, Alain Gravel, dans sa présentation du reportage, n’est traité que très brièvement par la journaliste, pendant moins de 25 secondes en tout.

Elle passe ensuite au deuxième élément du reportage : les fausses universités. Voici comment elle présente ce deuxième élément :

« Nous avons, dit-elle, découvert une autre façon d’obtenir un diplôme. En acheter un d’une fausse université. » Dans ce segment, elle présente ce que les spécialistes de ce « business » appellent les « usines à diplômes » et en explique le fonctionnement. Ce segment dure trois minutes.

La journaliste aborde enfin le troisième élément, c’est-à-dire les universités dont les diplômes ne sont pas reconnus au Canada. Et c’est dans ce segment, d’une durée de quatre minutes, qu’elle présente les cas du MIC et de la DIU. Voici comment :

« Dans le business du diplôme, dit-elle, il y a la contrefaçon, les usines à diplômes, et il y a aussi des universités dont les diplômes ne sont pas reconnus au Canada.

C’est le cas du Management Institute of Canada. Dans son programme d’étude de cette année, le MIC prétend être une université reconnue. Ce qui est faux. »

Je ne vois donc rien dans le texte, ni dans la structure du reportage, pas plus que dans le traitement visuel, qui puisse porter à croire, comme le soutiennent les plaignants, que le MIC et la DIU sont des « fabricants de faux diplômes ».

Au contraire, la journaliste, comme le démontre l’extrait de ses propos cité ci-haut, présente clairement et sans ambiguïté le MIC comme appartenant à la catégorie « des universités dont les diplômes ne sont pas reconnus au Canada ».

2. Sur la participation du MIC et de la DIU au « business des diplômes »

Les plaignants se demandent s’il est « juste et honnête » d’associer le MIC et la DIU au « business des diplômes » puisque le MIC ne décerne pas de diplômes universitaires et que la DIU est reconnue en Louisiane, même si elle ne l’est pas au Québec.

Quand on écoute attentivement le reportage, on comprend bien que la DIU, créée en 2009 à la Nouvelle-Orléans, est une organisation sœur du MIC et qu’elle partage entre autres avec cette dernière le même fondateur, M. Alain Hoodashtian.

Je veux bien que la DIU ait reçu de l’État de Louisiane aux États-Unis le droit de s’enregistrer comme institution universitaire, il reste que c’est le seul endroit sur la planète où elle a pu le faire. À cet égard, il y a une différence entre ce que les plaignants prétendent, soit que la DIU est une « institution académique reconnue dans le pays là où elle est active », entendre par là les États-Unis, et la réalité, qui est qu’elle n’est reconnue que dans un de ses 50 États et non au niveau fédéral.

Par ailleurs, puisque c’est le MIC qui offre et donne les cours qui mènent aux diplômes décernés par la DIU au Québec, cet arrangement peut raisonnablement être perçu comme un subterfuge utilisé par le MIC pour faire de façon détournée ce que la loi québécoise ne lui permet pas : c’est-à-dire offrir des cours universitaires qui mènent à un diplôme.

Mais même cet arrangement est illégal au Québec. La Loi québécoise sur les établissements d’enseignement de niveau universitaire (L.R.Q., chapitre E-14.1) établit clairement qu’il est interdit à un organisme non reconnu d’émettre sur son territoire des diplômes universitaires, qu’il soit basé au Québec ou à l’extérieur du Québec. Or, ni le MIC, ni la DIU ne sont des universités reconnues au Québec.

3. Sur la reconnaissance du MIC

M. Rachkov et Mme Stanisheva estiment qu’il est faux de prétendre que « le MIC est une école non reconnue ». Et ils en veulent pour preuve que sur le site Internet du MIC « on peut voir la preuve de la reconnaissance de cette institution comme une école ».

Je remarque d’abord que jamais le reportage n’utilise le terme « école » pour qualifier le MIC. La journaliste dit simplement et précisément ceci :

« Dans son programme d’étude de cette année, le MIC prétend être une université reconnue. Ce qui est faux. »

J’ai pu moi-même constater dans le document en question cette prétention du MIC. « The university is based in Montreal, Quebec » (l’université est établie à Montréal, Québec), peut-on y lire en introduction du chapitre portant sur la « vision, la mission, la philosophie et les objectifs » du MIC. Le programme en question indique aussi de façon très détaillée que le MIC offre des cours qui mènent à l’obtention de baccalauréats et de maîtrises en gestion.

Or, ce faisant, le MIC contrevient ici encore à la Loi sur les établissements d’enseignement de niveau universitaire qui lui interdit de s’attribuer le titre d’« université » ou « d’attribuer le qualificatif « universitaire » à un programme d’enseignement (…) de façon à laisser croire que l’enseignement dispensé au Québec est de niveau universitaire ».

Par ailleurs, la seule « preuve » de reconnaissance gouvernementale qu’on peut voir sur le site Internet du MIC est un lien menant à un « certificat d’agrément » à titre d’« organisme formateur » émis par le ministère québécois de l’Emploi et de la Solidarité sociale. Ce certificat permet au MIC d’offrir des cours de formation générale, d’administration et de commerce à des travailleurs en emploi. Toutefois, le MIC ne peut pas, en vertu de ce certificat d’agrément, donner de cours qui conduisent à l’obtention de diplômes quels qu’ils soient.

4. Sur l’utilisation de la caméra cachée et de l’exiguïté des locaux du MIC

Les plaignants estiment qu’il n’était pas nécessaire d’utiliser une caméra cachée pour obtenir des renseignements sur le MIC puisque son président, M. Hoodashtian, a accepté volontiers de répondre aux questions de la journaliste lorsque celle-ci lui a demandé une entrevue.

Ils ajoutent que l’utilisation, dans le reportage, des images tournées en caméra cachée vient renforcer l’idée que le MIC se livre à des activités coupables.

Dans le chapitre portant sur le journalisme d’enquête, les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada précisent les conditions d’utilisation d’une caméra cachée, tout comme les conditions nécessaires à la diffusion des images recueillies par ce moyen. Voici quelques extraits pertinents des normes en question :

« Caméras et micros cachés – Conditions justifiant l’enregistrement

Nous ne dissimulons notre matériel d’enregistrement que dans des circonstances où nous jugeons après réflexion qu’il serait difficile, voire impossible, de recueillir l’information recherchée en agissant de façon plus visible.

(…)

Lieux privés :

Avant de dissimuler un équipement d’enregistrement dans un lieu privé, c’est-à-dire un lieu dont l’accès est restreint, nous nous assurons que :

- Nous disposons d’une information crédible indiquant la probabilité d’une activité illégale ou antisociale ou d’un abus de confiance.

- Nous sommes convaincus qu’une approche ouverte pour recueillir l’information recherchée échouerait.

- L’information recherchée constituerait une preuve utile à la démonstration de l’activité illégale ou antisociale ou de l’abus de confiance.

Nous consultons le rédacteur en chef afin de confirmer notre évaluation de la situation et nous veillons à respecter les contraintes juridiques avant d’entreprendre un enregistrement clandestin dans un lieu privé.

Caméras et micros cachés – Conditions justifiant la diffusion du matériel recueilli

Le matériel sonore ou visuel capté de façon clandestine fait l’objet d’un examen rigoureux. Tout projet de diffuser ou de mettre en ligne ce genre d’enregistrements doit être autorisé par le directeur.

Voici quelques circonstances pouvant justifier la diffusion de matériel recueilli de façon clandestine :

Matériel servant à illustrer une activité illégale ou antisociale ou un abus de confiance :

Si des extraits choisis du matériel recueilli sont révélateurs d’une activité illégale ou antisociale ou d’un abus de confiance, nous tenterons alors de mettre la personne compromise devant les faits. Nous lui exposerons le contenu de l’enregistrement clandestin et tiendrons compte de sa réaction dans la présentation de notre reportage. (…) »

Au vu des activités du MIC, qui offre ouvertement et ostensiblement des cours universitaires en contravention de la loi, et de sa prétention, illégale, au statut d’« université », il m’apparaît évident que l’équipe de l’émission Enquête disposait « d’une information crédible indiquant la probabilité d’une activité illégale ou antisociale ou d’un abus de confiance ». Et il était peu probable, dans ces circonstances, qu’une « approche ouverte » aurait permis de recueillir toute l’information recherchée pour établir « une preuve utile à la démonstration de l’activité illégale ou antisociale ou de l’abus de confiance » soupçonnée.

Les journalistes ont par ailleurs obtenu l’approbation de leur direction éditoriale avant d’utiliser la caméra cachée au MIC.

Pour ce qui est de l’utilisation dans le reportage des images obtenues par la caméra cachée, on aurait dû éviter de diffuser les images prises sur le trottoir à l’extérieur des locaux du MIC parce qu’elles auraient pu être tournées sans problème au grand jour avec de l’équipement normal.

Pour le reste, la diffusion des autres images permet d’illustrer la démarche journalistique. Elle permet surtout de voir le président du MIC en action en train de vanter les mérites de son « institution » à la journaliste et à un de ses collaborateurs qui s’étaient présentés à deux occasions différentes comme étudiants potentiels. On y entend alors M. Hoodashtian insister sur le réseau de « campus » avec lesquels le MIC est associé à travers le monde, un réseau, comme le démontre par la suite le reportage, composé essentiellement d’organismes non reconnus dans les pays où ils sont installés.

L’utilisation de la caméra cachée et la diffusion des images permet aussi de constater que M. Hoodashtian ne mentionne jamais que les cours du MIC et les diplômes de la DIU ne jouissent d’aucune reconnaissance au Canada.

Par ailleurs, M. Rachkov et Mme Stanisheva s’interrogent sur la pertinence d’avoir mentionné que le « campus » du MIC se résumait à un local où travaillent quatre personnes. Et ils se demandent « en quoi il est important que le bureau d’une école légale soit luxueux, petit ou grand, soit situé au milieu ou au fond d’un couloir? ».

Je remarque que les plaignants utilisent encore une fois les termes « école légale » pour qualifier le MIC alors que la journaliste ne parle que de son caractère prétendument « universitaire ». Or, dans l’entrevue à la caméra cachée, M. Hoodashtian parle clairement des « campus » des autres institutions membres de son réseau. Et le MIC a beau indiquer que ses cours sont donnés en ligne, il illustre quand même son programme et son site web avec des photos montrant apparemment des étudiants sur ce qui pourrait être un campus, ou dans ce qui ressemble à s’y méprendre à une salle de classe avec des gens qui semblent y suivre l’enseignement de quelqu’un (un professeur?).

Il n’est sans doute pas important, comme le disent les plaignants, que « le bureau d’une école légale soit luxueux, petit ou grand, soit situé au milieu ou au fond d’un couloir », mais on s’attend certainement à plus qu’une pièce unique pour une « université » membre d’un vaste réseau international qui offre des programmes menant à des baccalauréats et à des maîtrises en gestion.

5. Sur la légalité des partenaires internationaux du MIC

Les plaignants se demandent sur quelles preuves se fonde Radio-Canada pour affirmer que « la plupart des partenaires du MIC ne sont pas reconnus et opèrent illégalement dans le monde ».

Pour être tout à fait précis, bien qu’elle fasse partie du reportage et, donc, qu’elle la reprenne à son compte, ce n’est pas Radio-Canada, ni sa journaliste qui font cette affirmation, mais M. Eyal Ben Cohen, président de Verifile Accredibase. Cette firme, basée en Grande-Bretagne, est reconnue mondialement pour son expertise et ses recherches sur les fausses universités.

Verifile Accredibase est régulièrement consultée par les organismes officiels de plusieurs pays pour vérifier la valeur et l’authenticité des diplômes décernés à travers le monde. Elle l’est, notamment, par le Centre d’information canadien sur les diplômes internationaux (CICDI) qui relève du Conseil des ministres de l’Éducation du Canada (CMEC), un organisme interprovincial. Le CICDI est, entre autres, chargé de coordonner au niveau national les efforts de chaque province pour valider les diplômes décernés à l’étranger. La crédibilité de cette firme est, à mon avis, très bien établie.

Radio-Canada a donc travaillé avec Verifile Accredibase pour vérifier la nature des institutions étrangères membres, selon M. Hoodashtian, du réseau international du MIC. La journaliste m’a permis de consulter le rapport de recherche de Verifile Accredibase. Il en ressort qu’une douzaine des institutions en question ne sont pas reconnues et ne peuvent émettre de diplômes dans les pays où elles sont installées. D’où l’affirmation de M. Cohen entendue dans le reportage à l’effet que la plupart des institutions « affiliées » au MIC, selon son président fondateur, « ne sont pas reconnues et fonctionnent dans l’illégalité ».

Par ailleurs, après la diffusion du reportage, la journaliste Johanne Faucher a aussi vérifié une lettre que lui a remise M. Hoodashtian à propos d’une institution finlandaise, membre du réseau du MIC. Cette lettre, prétendument signée par un conseiller gouvernemental finlandais, assure la Scandinavian Art & Business Institute (SABI) que ses diplômes seront « reconnus comme équivalents à des diplômes finlandais ». Or, l’organisme finlandais responsable de la reconnaissance des diplômes internationaux affirme à Mme Faucher que la lettre en question est un faux.

Tout ça m’apparaît amplement suffisant pour étayer l’affirmation de M. Cohen à l’effet que « la plupart des partenaires du MIC ne sont pas reconnus et opèrent illégalement dans le monde ». Compte tenu de tous ces faits et données, j’estime qu’il n’était pas du tout nécessaire qu’en plus l’équipe d’Enquête fasse traduire, comme l’auraient souhaité les plaignants, les documents en arabe remis par M. Hoodashtian pour étayer ses prétentions.

6. Sur le caractère « long et coûteux » de la maîtrise en gestion de la DIU

Aux fins du reportage, un collaborateur de l’émission Enquête s’est fait passer pour un étudiant désirant s’inscrire au programme de maîtrise en gestion offert par le MIC. Voici ce que dit la journaliste à ce sujet :

« Des semaines plus tard, notre collaborateur reçoit finalement une réponse : sa maîtrise en gestion lui coûtera 10 000 $ et prendra 12 mois. C’est long et coûteux pour un diplôme qui n’est pas reconnu au Canada.»

Les plaignants ne voient pas les choses du même œil. À leur avis, puisqu’il est reconnu en Louisiane et qu’il s’agit d’un programme international, il n’y a pas de raison d’en réduire la durée et d’en baisser le prix, surtout si on le compare à ceux offerts pas les universités McGill et Western Ontario qui coûtent, disent-ils, de 60 000 $ à 90 000 $.

Je ne peux me rendre à ces arguments. Les diplômes décernés par les deux universités qu’ils donnent en exemple sont reconnus et recherchés internationalement. Les deux établissements eux-mêmes jouissent d’une réputation et d’une crédibilité sans faille. Je ne crois pas qu’on puisse en dire autant du MIC et de la DIU, d’autant qu’ils n’ont aucune reconnaissance au Québec, pire, qu’ils y fonctionnent en toute illégalité selon le ministère de l’Éducation qui les a sommés au moins trois fois, depuis 2005, d’y cesser leurs activités.

Conclusion

Le reportage intitulé Diplômes à vendre, diffusé le 1er mars 2012 à l’émission Enquête sur les ondes de la Télévision de Radio-Canada, respecte en tous points les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

Version PDF de la révision.

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