Des propos paternalistes, mais aucun manque de respect (Le club des ex)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision de l’ombudsman d’une plainte qui porte sur le fait que, le 2 avril 2012, l’animateur de l’émission Le club des ex, M. Simon Durivage, a qualifié le porte-parole étudiant Gabriel Nadeau-Dubois de « petit Gabriel ».

LA PLAINTE

Mme Dominique Damant se plaint que, le 2 avril 2012, M. Simon Durivage, animateur de l’émission Le club des ex, diffusée au RDI, a qualifié M. Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la Coalition Large de l’Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (CLASSE), de « petit Gabriel ». Voici un extrait de sa plainte :

« Que monsieur Durivage ne partage pas les opinions du représentant de la CLASSE est possible, qu’il le manifeste comme il le fait depuis le début du conflit est pour le moins questionnable de la part d’un « journaliste », mais qu’il traite le leader étudiant de « petit Gabriel » est carrément inacceptable.

J’enseigne à l’Université de Montréal et une telle attitude de la part de professeurs, chargés de cours ou tout autre membre du personnel à l’égard de nos étudiants serait jugé inacceptable. »

LA RÉPONSE DE LA DIRECTION DE L’INFORMATION

C’est M. André Dallaire, du service du Traitement des plaintes à la direction de l’Information, qui a répondu à la plaignante. Il explique que c’est parce que « le nom de famille du porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, lui a échappé » que l’animateur a dit « le petit Gabriel…».

« M. Durivage, poursuit-il, est le premier à reconnaître que les termes « le petit Gabriel » pouvaient être perçus comme une marque d’irrespect ou de paternalisme à son égard. C’était plutôt dit de manière empathique. M. Durivage regrette cette expression et vous assure qu’il n’avait alors aucune intention malveillante envers la personne ou la fonction de M. Nadeau-Dubois. »

LA RÉVISION

La réponse de la direction de l’Information n’a pas satisfait Mme Damant qui m’a demandé de revoir sa plainte :

« Je trouve la réponse de monsieur Durivage, écrit-elle, farfelue et une insulte à mon intelligence, dans le contexte de son attitude depuis le début du conflit. »

Dès le chapitre d’introduction, les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada (NPJ) exigent que ses journalistes fassent preuve d’équité dans leurs rapports avec les personnes et les organismes qu’ils couvrent. Voici ce qu’on y dit à ce sujet :

« Équité

Au cours de la collecte d’information et dans nos reportages, nous traitons les personnes et les organismes avec ouverture et respect.

Nous sommes conscients de leurs droits. Nous les traitons sans parti pris. »

Cela étant établi, c’est plutôt dans les normes de pratiques relatives à la langue qu’il faut chercher les balises qui encadrent l’emploi des termes utilisés pour « qualifier » les gens et les organismes.

Sous la rubrique « Niveau de langue et bon goût », les NPJ demandent que les journalistes de Radio-Canada adoptent « un ton qui ne risque pas de heurter sans raison la sensibilité du public ». Quant à la norme intitulée « Respect et absence de préjugés », elle demande que le vocabulaire soit choisi « de façon à respecter l’égalité des droits ». Voici ce qu’on y lit :

« (…) Nous sommes conscients de notre influence sur la perception de l’auditoire à l’égard des groupes minoritaires ou vulnérables. En règle générale, nous ne mentionnons pas l’origine nationale ou ethnique, la couleur, l’appartenance religieuse, les caractéristiques ou déficiences physiques, la maladie mentale, l’orientation sexuelle ou l’âge d’une personne, sauf lorsque cela est important pour la compréhension du sujet ou lorsque cette personne est recherchée et que ses caractéristiques personnelles facilitent son identification.

Nous évitons l’emploi de généralisations et de stéréotypes, de même que toutes images ou tous propos dégradants, offensants ou susceptibles d’alimenter les préjugés ou d’exposer des personnes à la haine ou au mépris. (…) »

Cette norme est ensuite complétée et précisée par la suivante qui porte sur les « propos choquants ». En voici un extrait pertinent :

« (…) Nous nous assurons que, selon le contexte dans lequel les propos sont diffusés, ils ne sont pas susceptibles d’exposer quiconque à la haine ou au mépris pour des motifs fondés sur la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l’orientation sexuelle, l’âge ou la déficience physique ou mentale. (….) »

L’animateur du Club des ex, Simon Durivage, reconnaît qu’il n’aurait pas dû appeler Gabriel Nadeau-Dubois « le petit Gabriel », que l’expression pouvait « être perçue comme une marque d’irrespect ou de paternalisme ». Et il dit regretter de l’avoir fait, assure qu’il n’avait aucune intention malveillante et explique l’emploi de l’expression par un blanc de mémoire qui lui a momentanément fait oublier le nom de famille de M. Nadeau-Dubois.

Mme Damant ne croit pas à ses regrets, ne croit pas non plus au blanc de mémoire invoqué par M. Durivage et estime que, contrairement à ce qu’il dit, l’emploi des termes « petit Gabriel » était délibéré et malveillant « dans le contexte de son attitude depuis le début du conflit » étudiant, attitude qu’elle décrit comme hostile aux opinions de M. Nadeau-Dubois.

Ici, je me dois de faire la mise au point suivante : si Mme Damant avait voulu que je me penche sur le fait qu’à son avis M. Durivage véhicule des opinions hostiles aux étudiants, et ce depuis le début des actions contre la hausse des frais de scolarité, il aurait fallu qu’elle documente ses allégations et porte plainte en conséquence. L’ombudsman ne peut pas se prononcer sur des impressions, ni, pour les étayer à la place du plaignant, se livrer à l’exégèse rétroactive d’une quarantaine d’émissions d’une heure. Il a besoin, pour travailler, de faits, d’événements et de propos précis.

J’ai écouté l’extrait des propos de M. Durivage où il utilise les termes « le petit Gabriel », et il me semble assez évident qu’il n’avait pas en tête le nom de famille du porte-parole étudiant, les autres participants à la discussion devant même venir à sa rescousse pour lui rappeler le nom de l’association qu’il représentait. M. Durivage commentait alors un sondage sur la perception du public à l’égard des différentes revendications étudiantes.

Je n’ai rien perçu dans le ton de l’animateur, ni dans ses propos, qui puisse permettre de conclure à la malveillance de sa part. En soi, le fait de qualifier le porte-parole étudiant de « petit Gabriel » pouvait certainement être perçu comme une manifestation de paternalisme. Mais, dans le contexte de la phrase, vu le ton employé par l’animateur, je ne vois pas comment ces propos auraient pu être susceptibles « d’exposer quiconque à la haine ou au mépris pour des motifs fondés sur (…) l’âge ». M. Durivage a par ailleurs admis sa maladresse et s’en est excusé.

Conclusion

L’animateur de l’émission du RDI, Le club des ex, M. Simon Durivage, n’a pas enfreint les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada, le 2 avril 2012, en qualifiant de « petit Gabriel » le porte-parole étudiant Gabriel Nadeau-Dubois.

Version PDF de la révision.

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