Plan vert du gouvernement Harper (TJ)

Révision de Julie Miville-Dechêne, ombudsman | Services français

Sommaire

Le plaignant estime que le reportage diffusé le 1er décembre 2010 au Téléjournal, sur la politique environnementale du gouvernement Harper, a induit en erreur les téléspectateurs.

J’ai conclu que le reportage respecte les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

LA PLAINTE

M. Will Dubitsky estime que le reportage d’Emmanuelle Latraverse sur la politique environnementale du gouvernement Harper, diffusé le 1er décembre 2010 au Téléjournal, a induit les téléspectateurs en erreur. M. Dubitsky avance que la comparaison faite par la journaliste entre la politique américaine et canadienne sur l’éthanol est dépassée. À son avis, le reportage a également induit l’auditoire en erreur en ne rappelant pas les faiblesses des gouvernements libéraux sur le contrôle des gaz à effets de serre.

LA RÉVISION

Le reportage d’actualité de la journaliste Emmanuelle Latraverse et du réalisateur Pierre St-Denis dure environ six minutes. Ce n’est pas un bref résumé d’une nouvelle du jour, mais ce n’est pas non plus un reportage d’affaires publiques de 20 ou 40 minutes, comme on peut en voir aux émissions Découverte ou Enquête. Il peut être visionné à l’adresse suivante :

http://www.radio-canada.ca/emissions/telejournal/2010-2011/Reportage.asp?idDoc=126594

À la veille du Sommet de Cancun sur le climat, le Téléjournal a tenté d’évaluer la performance du Canada au chapitre des énergies vertes. Voilà la question posée par l’animatrice pour présenter le reportage :

« (…) et justement, pendant que le monde faisait de petits pas, et parfois même de grand sauts, le Canada a-t-il suivi l’exemple? »

La journaliste Emmanuelle Latraverse a choisi de mettre l’accent sur un élément de la stratégie canadienne pour vulgariser cette question complexe : la production d’éthanol cellulosique, un éthanol beaucoup plus vert que l’éthanol-maïs parce qu’il est fait à partir de déchets de bois ou de papier. Le choix d’un angle de reportage relève de la liberté de presse, à condition que cet angle reflète la réalité. Or, après vérification, rien dans cet exemple n’induit le téléspectateur en erreur. Le cas de l’éthanol cellulosique illustre clairement une des différences entre les politiques gouvernementales des États-Unis et du Canada. Enerkem, l’entreprise canadienne qui produit cet éthanol vert, recevait, grâce au programme fédéral écoÉNERGIE pour les biocarburants, environ 10 cents le litre (la subvention baissera d’année en année jusqu’en 2016-2017, où seulement 3 cents le litre seront remis au producteur d’éthanol cellulosique). Aux États-Unis, les producteurs d’éthanol cellulosique peuvent bénéficier d’un crédit d’impôt de 1.01 $ le gallon, ce qui revenait environ à 30 cents le litre au moment de l’entrevue.

Enerkem est bien placée pour parler de cette différence de traitement, car elle fait des affaires non seulement au Canada mais également au Mississippi.

Le plaignant indique que l’appui des pouvoirs publics américains à la production d’éthanol-maïs a peu à voir avec l’environnement, et tout à voir avec le lobby agroalimentaire. C’est exact, mais la comparaison citée plus haut ne porte que sur l’éthanol cellulosique, donc, il n’y a pas d’erreur dans le reportage.

Will Dubitsky explique que le fossé entre Ottawa et Washington est surtout dû à de généreuses subventions dans les énergies solaire et éolienne. Cela n’invalide en rien la comparaison faite par Emmanuelle Latraverse sur un autre élément : l’éthanol-cellulosique. Un reportage plus long ou privilégiant un angle différent aurait pu consacrer plus de temps aux portions de la stratégie américaine qui intéressent M. Dubitsky. Mais la journaliste a fait d’autres choix.

Le plaignant souligne aussi dans sa plainte les pas de géant faits par la Chine, l’Allemagne et l’Union européenne. Encore une fois, je ne doute aucunement de ces statistiques, mais la journaliste a choisi de résumer, en un seul tableau, la situation dans le monde. Ce tableau très clair donne les pourcentages de hausses d’investissements dans les technologies vertes (Corée du Sud, 79%, Chine, 36%, Australie, 21%, et le Canada, 9%).

Finalement, M. Dubitsky reproche au reportage de n’avoir parlé que des promesses non tenues des conservateurs, et de ne pas avoir souligné que les libéraux n’ont pas imposé, eux non plus, de cibles contraignantes d’émissions de gaz à effets de serre. Selon le plaignant, le fait d’interviewer John Manley, un ex-ministre libéral devenu le président du Conseil canadien des chefs d’entreprise, donne l’impression que les conservateurs sont pires que les libéraux dans ce domaine. Je ne partage pas cette impression. John Manley parlait du manque de stratégie nationale au Canada depuis les années 80, donc sa réflexion ne m’apparaît pas partisane.

Il est vrai que le reportage n’aborde pas la stratégie passée des libéraux. Il n’avait pas à le faire pour se conformer aux Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada. Les conservateurs sont au pouvoir depuis cinq ans. Ils ont fait des promesses en matière d’environnement, et c’est là-dessus que la journaliste se penche.

Conclusion

Le reportage diffusé le 1er décembre au Téléjournal sur la politique environnementale du gouvernement Harper respecte les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

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