Intervention policière armée sur un chien (TJ)

RĂ©vision de Kirk LaPointe, ombudsman | Services anglais

Révision de l’ombudsman au sujet d’un reportage de Christian Latreille sur l’intervention policière d’un agent de la Sûreté du Québec, diffusé au Téléjournal, le 23 mars 2011.

LA RÉVISION

Le 23 mars 2011, Radio-Canada a diffusé un reportage de Christian Latreille au Téléjournal national à propos d’une poursuite intentée par Mme Geneviève Gariépy contre un agent de la Sûreté du Québec, M. Guy Bélanger.

M. Bélanger a tiré sur l’un des chiens de Mme Gariépy quelques secondes à peine après son arrivée au domicile de celle-ci, en février 2008, à la suite d’une plainte de voisins. Mme Gariépy affirme que M. Bélanger a pointé l’arme sur elle, qu’elle a eu peur pour sa vie et qu’elle a été traumatisée par l’incident. Celui-ci a été enregistré par une caméra de surveillance placée à proximité.

Le reportage présentait la version de Mme Gariépy. Elle a affirmé que M. Bélanger avait tiré rapidement lorsque les deux chiens s’étaient approchés de son véhicule. Quand Mme Gariépy a vu qu’un de ses chiens saignait, elle a compris que l’agent avait tiré à balle réelle.

Guy Bélanger l’aurait alors intimée de rentrer ses chiens, et aurait braqué son arme sur elle. Mme Gariépy se serait sentie menacée.

Le reportage a indiqué que M. Bélanger n’a jamais été suspendu en raison de l’incident et que Mme Gariépy n’est pas retournée au travail depuis. Elle poursuit l’agent pour 300 000 dollars en dommages et intérêts.

Un psychologue qui a travaillé avec la police, M. Gilles Vachon, a été interviewé à l’antenne et a critiqué les gestes de l’agent.

Le journaliste Christian Latreille a indiqué que ni M. Bélanger ni la police n’ont accepté d’être interviewés pour ce reportage.

Le 14 juin 2011, le président de l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec, M. Pierre Veilleux, en appui à M. Bélanger, a écrit à l’ombudsman que Radio-Canada avait omis de mentionner l’existence d’un rapport de 2010 du Commissaire à la déontologie policière du Québec, qui appuyait la conduite du plaignant. Il soulevait aussi qu’il y avait eu plusieurs plaintes concernant les chiens de Mme Gariépy et il estimait que le journaliste aurait dû en parler dans son reportage.

Le 20 juin, M. Bélanger a écrit à l’ombudsman pour se plaindre du fait que le reportage de Christian Latreille était incomplet, partial, qu’il reposait sur des renseignements non vérifiés et qu’il constituait une atteinte à sa réputation.

Le 5 août, Mme Martine Lanctôt, directrice, Traitement des plaintes et Affaires générales au service de l’Information, a écrit à M. Bélanger pour lui signifier que le reportage respectait les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada. Elle a ajouté que Christian Latreille avait tenté de joindre M. Bélanger pour obtenir ses commentaires en vue du reportage, mais sans succès.

Mme Lanctôt a indiqué que Radio-Canada n’aurait pas pu être au courant du rapport du Commissaire à la déontologie policière, puisque c’était un rapport confidentiel. Pour Christian Latreille, la source principale était l’information contenue dans les documents de la poursuite.

Dans les mois qui ont suivi le reportage, Radio-Canada a obtenu une copie du rapport du Commissaire à la déontologie policière. Le 5 août, Radio-Canada a publié sur son site web des précisions sur l’affaire. (Entre autres choses, le rapport mentionnait qu’il y avait eu plusieurs plaintes concernant les chiens de Mme Gariépy et que M. Bélanger n’avait pas pointé son arme en sa direction.) Mme Lanctôt a informé M. Bélanger de cette précision publiée en ligne.

Le 5 août, le plaignant a répondu à Mme Lanctôt que Christian Latreille n’avait pas fait suffisamment d’efforts pour le rejoindre, et, le 8 août, il a demandé à l’ombudsman une révision de sa plainte.

À la fin de novembre 2011, le nouvel ombudsman de Radio-Canada, Pierre Tourangeau, a renvoyé la plainte à l’ombudsman de CBC, Kirk LaPointe. Avant d’être nommé ombudsman, Pierre Tourangeau était l’un des responsables de l’Information dans le secteur qui a produit ce reportage. Il a décidé de se retirer du processus de révision pour éviter tout conflit d’intérêts. Il y a des précédents en la matière chez les ombudsmans de Radio-Canada et de CBC.

Les Normes et pratiques journalistiques exigent que Radio-Canada recherche la vérité dans ses reportages, traite les personnes de manière juste, corrige toute inexactitude, en assure le suivi des sujets déjà traités lorsque des informations ou des faits nouveaux et importants apparaissent.

Conclusion

Le reportage portait sur la poursuite de Mme Gariépy contre l’agent Bélanger, et s’appuyait sur une vidéo dans laquelle on voit M. Bélanger tirer sur le chien. Le point de vue de M. Bélanger aurait certainement contribué à jeter un éclairage nouveau sur ces deux éléments au cœur du reportage.

Étant donné le caractère public d’une poursuite, les parties concernées doivent s’attendre à ce que les médias s’y intéressent et demandent des renseignements. C’est particulièrement vrai dans le cas des poursuites impliquant des officiels, des fonctionnaires ou des institutions publiques. Il est regrettable que M. Bélanger n’ait pas été disponible pour donner son point de vue ou que son employeur ne l’ait pas libéré pour le faire.

Je suis convaincu que Radio-Canada a fait l’effort de communiquer avec lui par les moyens officiels appropriés afin de prendre en compte son point de vue, et qu’elle n’a pas agi avec précipitation. Elle a attendu plusieurs jours avant qu’on lui dise que le policier ne ferait pas de commentaires.

Lorsque M. Bélanger a communiqué avec Radio-Canada des mois après la diffusion du reportage, la direction de l’Information a proposé d’en faire un second pour y intégrer son point de vue, mais il a rejeté la proposition.

Je suis convaincu que Radio-Canada a suivi de manière responsable chaque étape du processus.

Il y aurait eu avantage à intégrer au reportage de l’information contenue dans le rapport du Commissaire à la déontologie policière, mais Radio-Canada n’avait pas connaissance de son existence, puisqu’il était confidentiel.

Lorsque Radio-Canada a obtenu ce rapport, elle a rapidement ajouté des précisions dans l’article en ligne sur Radio-Canada.ca. Cette initiative, responsable et sérieuse, était conforme à l’esprit et à la lettre des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

Je suis aussi satisfait que Radio-Canada ait l’intention de faire un reportage sur la conclusion d’un éventuel procès découlant de la poursuite de Mme Gariépy. Cette façon de faire est en accord avec la nécessité d’assurer le suivi d’un événement lorsque des développements importants se produisent.

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Version PDF de la révision.

Pour me joindre : ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc