Coûts élaboration Plan Nord (TJ)

Révision de Pierre Tourangeau, ombudsman | Services français

Révision de l’ombudsman au sujet d’un reportage sur les coûts d’élaboration du Plan Nord, diffusé au Téléjournal, le 6 juillet 2011.

LA PLAINTE

La plainte concerne un reportage diffusé au Téléjournal, le 6 juillet 2011, qui portait sur les coûts de mise en place du Plan Nord du gouvernement québécois, un vaste projet de mise en valeur et de développement du Nord québécois.

Le plaignant, M. Michel Lévesque, soutient que le « reportage ne présente pas toute l’information » et que « le ton de la journaliste tout au long de son reportage, et plus particulièrement, à la fin de celui-ci où le non-dit laisse croire que les dépenses seront encore plus grandes », le rendent tendancieux. « Son montage, ajoute-t-il, bien qu’il donne des coûts auxquels nous devons croire, laisse supposer ou commande une conclusion qui est partiale. »

La réponse de la direction de l’Information

Dans sa réponse au plaignant, Mme Martine Lanctôt, directrice, Traitement des plaintes et Affaires générales à la direction de l’Information, dit essentiellement que les chiffres qui ont été diffusés sont des données factuelles, présentées sans commentaire par la journaliste. Elle souligne que le reportage contient les points de vue du gouvernement et de l’opposition sur les données en question. Et elle ajoute :

« (…) Dans sa conclusion, (la journaliste) souligne que les dépenses vont se poursuivre avec les voyages à l’étranger du premier ministre Charest pour faire connaître le Plan Nord. Il s’agit là d’un fait. Ce n’est pas un parti pris de la part de la journaliste. (…) »

LA RÉVISION

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Le plaignant ne s’est pas montré satisfait de la réponse de la direction de l’Information et a demandé une révision de sa plainte à l’ombudsman. En réponse aux explications de Mme Lanctôt, il écrit :

« (…) Ce reportage suggère plus qu’il ne présente des faits, ou du moins isole certains chiffres pour faire quoi au juste! C’est facile de faire intervenir le député de l’opposition qui dénoncera et de demander à la ministre de justifier en quelques secondes des dépenses de 2 millions pour « l’élaboration » du plan. Un spécialiste des coûts de campagne de publicité, par exemple de chez Cossette ou de Radio-Canada, aurait peut être été à même de justifier que de tels coûts sont nécessaires, incontournables pour des projets semblables.

(…)

Si madame Biron avait voulu un reportage, comme vous dites, « équilibré », il aurait fallu qu’elle aille plus loin dans sa recherche, qu’elle décortique son sujet et nous présente une « élaboration » fouillée de « sa » nouvelle. »

Ce que je comprends des commentaires du plaignant, c’est qu’il reproche au reportage de ne pas avoir présenté tous les chiffres obtenus, de ne pas les avoir mis en perspective, ni d’avoir tenté de les expliquer. Ce qui, à son avis, rend le reportage « tendancieux ». Il aurait souhaité un reportage plus complet qui analyse l’importance relative et la pertinence des dépenses engagées.

Deux principes des Normes et pratiques journalistiques (NPJ) de Radio-Canada sont en cause dans la plainte de M. Lévesque : l’exactitude et l’impartialité.

Voici comment les NPJ les définissent :

« Exactitude

Nous recherchons la vérité sur toute question d’intérêt public. Nous déployons les efforts nécessaires pour recueillir les faits, les comprendre et les expliquer clairement à notre auditoire. (…)

Impartialité

Notre jugement professionnel se fonde sur des faits et sur l’expertise. Nous ne défendons pas un point de vue particulier dans les questions qui font l’objet d’un débat public. »

J’ai examiné la demande d’accès soumise par le service de l’Information et la réponse du gouvernement. Les renseignements obtenus du ministère des Ressources naturelles et de la Faune s’étendent sur plusieurs centaines de pages. Le reportage de Mme Biron, comme le souligne le plaignant, ne présentait donc pas « toute l’information », mais plutôt une synthèse des chiffres remis par le Ministère. C’était un reportage « de nouvelles » qui durait moins de deux minutes et qui se voulait essentiellement factuel. Les chiffres qu’il exposait sont la somme des montants couvrant : l’élaboration du Plan Nord avec les 26 partenaires du gouvernement; sa validation par les 11 comités sectoriels; son annonce par le gouvernement; et la campagne promotionnelle. Je les ai vérifiés, ils sont exacts.

Toutefois, le plaignant semble douter de la pertinence d’avoir fait et diffusé un reportage avec ces seuls renseignements et sans pouvoir les mettre en perspective. Un reportage d’affaires publiques, plus long, dans une autre émission d’information dont le format se prête plus à l’analyse, aurait sans doute été pertinent et mieux répondu aux attentes du plaignant. Il reste que les renseignements dévoilés au Téléjournal méritaient d’être révélés : d’abord, parce que le Plan Nord et sa mise en œuvre, tout autant que l’utilisation en général des fonds publics par les gouvernements, sont certainement d’intérêt pour l’auditoire de Radio-Canada et l’ensemble de la population; ensuite, parce qu’ils étaient inédits et qu’ils apportaient, même sans analyse ni mise en contexte, un éclairage sur les moyens que le gouvernement était prêt à consacrer à la mise en œuvre de son projet et, conséquemment, sur l’importance qu’il lui accordait.

M. Lévesque considère que le ton utilisé par la journaliste contribue à rendre son reportage « tendancieux ». En télévision comme en radio, les journalistes développent avec le temps un ton, une sonorité, une manière de raconter qui leur est propre et qui devient en quelque sorte leur signature. Je n’ai pas trouvé que le ton utilisé par Mme Biron dans ce reportage était différent de celui qu’elle utilise habituellement, ni qu’il était particulièrement alarmiste.

M. Lévesque estime également que le « non-dit » dans la conclusion de la journaliste contribue aussi à rendre le reportage tendancieux, en ce qu’elle « laisse croire que les dépenses seront encore plus grandes ». À mon avis, la journaliste n’insinue pas que les dépenses de promotion du Plan Nord seront encore plus importantes que celles qu’elle vient d’énumérer, elle l’affirme plutôt clairement. Alors qu’elle vient d’indiquer que la campagne de promotion du Plan Nord engagée par le gouvernement a coûté plus de 620 000 $, voici ce qu’elle dit :

« Sans compter les tournées de promotion. Le premier ministre est allé à New York et en Europe pour parler presque uniquement du développement du Nord. Il fera la même chose au Japon et en Chine à la fin du mois d’août. »

Conclusion

Le reportage de Martine Biron, au sujet des coûts entourant l’élaboration du Plan Nord du gouvernement québécois, diffusé au Téléjournal le 6 juillet 2011, respecte les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

Pour me joindre : ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc