Journal de Québec dans revues de presse (RDI)

Révision de Julie Miville-Dechêne, ombudsman | Services français

Sommaire

Sun Media estime que Radio-Canada fait preuve de parti pris à son endroit en n’accordant pas au Journal de Québec et au Journal de Montréal la place qui leur revient dans les revues de presse matinales au Réseau de l’information (RDI).

Des difficultés d’accès à la version électronique gratuite du Journal de Québec expliquent le peu de place que ce quotidien occupe dans la revue de presse des journaux régionaux.

Le Journal de Montréal n’est pas boycotté par l’émission RDI matin. L’importance accordée aux manchettes des différents journaux relève de la liberté de presse.

Rien ne me permet de conclure qu’il y a un « biais anti-Sun Media » dans les revues de presse de RDI matin.

LA PLAINTE

Le 21 juillet 2010, Mme Lyne Robitaille, présidente et éditrice du Journal de Montréal et vice-présidente exécutive Exploitation (Est du Canada) de Corporation Sun Media, m’a fait parvenir une plainte sur la présumée absence du Journal de Québec et du Journal de Montréal de la revue de presse dans l’émission matinale du RDI. La plaignante avance que, selon son analyse de contenu de RDI matin du 2 juin au 2 juillet 2010, Le Journal de Québec est exclu de l’émission, ce qui constitue « un biais inacceptable », étant donné « le poids de son lectorat et la qualité de son contenu ». Mme Robitaille affirme aussi que Le Journal de Montréal est également victime de ce « biais anti-Sun Media ».

Le 30 août, Mme Martine Lanctôt, directrice du Traitement des plaintes et des Affaires générales au service de l’Information, a répondu à Mme Robitaille. Elle a visionné sept émissions de RDI matin afin d’évaluer si les deux quotidiens étaient exclus des revues de presse. Elle a repéré des erreurs dans l’analyse de la plaignante : selon Martine Lanctôt, il y a eu des références en ondes à la une du Journal de Montréal 4 jours sur 7 (5 h 41, le 6 juin, 5 h 43, le 13 juin, 5 h 51, le 24 juin, et 5 h 41, le 27 juin) et deux mentions du Journal de Québec (6 h 45, le 19 juin, et 6 h 24, le 24 juin). La direction de l’Information explique que la une du Journal de Québec n’était pas souvent à l’antenne en raison de difficultés techniques. De plus, Radio-Canada invoque sa liberté éditoriale pour décider quels articles de journaux valent la peine d’être cités.

Le 1er novembre 2010, Mme Robitaille a contesté l’échantillon choisi par Mme Lanctôt, et a soutenu que la première page électronique du Journal de Québec était disponible aussi tôt le matin que celle de ses concurrents.

J’ai accepté de réviser cette plainte malgré le fait que la plaignante ait dépassé les délais d’appel. Une erreur dans le classement du dossier à son bureau a causé ce retard.

LA RÉVISION

Il s’est écoulé plus de trois mois entre le dépôt de la plainte initiale et la demande de révision. Ces retards ont eu un effet malheureux. Radio-Canada ne conserve pas plus de trois mois les émissions intégrales du RDI. Je ne peux donc pas visionner ces émissions matinales, d’une durée de quatre heures chacune (de 5 h à 9 h), entre le 2 juin et le 2 juillet 2010, période sur laquelle la plainte porte.

Ces retards sont d’autant plus regrettables que je réalise, en écoutant le DVD que Sun Media m’a fourni le 2 novembre 2010, que seul un court segment a été enregistré chaque matin par la plaignante, ce segment d’une dizaine de minutes dans une émission qui dure quatre heures. Cette portion d’émission, diffusée autour de 8 h 30 durant la semaine, était consacrée en juin à un résumé des premières pages de quotidiens dits « régionaux », c’est-à-dire en réalité les journaux québécois publiés à l’extérieur de Montréal. RDI montrait à l’écran la première page de six quotidiens : Le Soleil (Québec), Le Nouvelliste (Trois-Rivières), Le Quotidien (Saguenay), Le Droit (Ottawa), La Tribune (Sherbrooke) et L’Acadie Nouvelle (Moncton). Cinq de ces six quotidiens font partie du groupe Gesca, concurrent de Quebecor.

Le Journal de Québec

Le Journal de Québec est mentionné dans 7 des 32 segments d’émissions enregistrés par la plaignante. J’ai tenté de comprendre pourquoi ce quotidien n’était pas plus souvent intégré en juin à la liste des premières pages hors Montréal. RDI matin ne choisit pas les unes selon leur intérêt dans cette chronique, car ce sont les mêmes journaux dont on parle, jour après jour.

D’après les discussions que j’ai eues avec plusieurs membres de l’équipe, des problèmes techniques, et non un choix idéologique, expliquent la situation.

Il faut comprendre que l’équipe du RDI n’a pas en main les éditions papier de ces journaux régionaux. Elle doit donc les trouver sur le web. La première page des journaux appartenant à Gesca est disponible très tôt le matin (entre 5 h 30 et 6 h) sur le site de Cyberpresse. Le recherchiste de RDI matin peut donc isoler ces premières pages, qui sont faciles à agrandir sans perdre de qualité, et les transmettre aux responsables de l’infographie. Le recherchiste consulte également Eureka, une banque électronique d’articles, afin de trouver le contenu des articles qui font la une.

Le recherchiste de RDI matin m’en a fait la démonstration : il est moins facile de récupérer ces mêmes informations sur le site du Journal de Québec. Quand on cherche à isoler ou agrandir la première page du Journal de Québec, le site demande souvent un numéro d’abonné. Or, l’abonnement à ce site est payant alors que Radio-Canada reçoit gratuitement les unes des autres journaux. Par ailleurs, Le Journal de Québec n’est pas répertorié dans Eureka, et le contenu de la une n’est pas toujours résumé tôt le matin dans le site du Journal de Québec. Mme Robitaille m’écrit que l’édition électronique du Journal de Québec est mise en ligne par la firme NewspaperDirect. Or, il s’agit d’un site payant.

Cette situation dure depuis plus d’un an. Radio-Canada aurait pu tenter de régler ce problème en prenant contact avec Sun Media. Inversement, Sun Media aurait pu contacter le service des Nouvelles de Radio-Canada, afin de proposer une façon d’accéder gratuitement au Journal de Québec. Il est dommage qu’il n’y ait pas eu d’explication franche et directe de part et d’autre avant que je reçoive cette plainte. Le cas du Journal de Québec n’est pas unique : Radio-Canada fait face au même problème d’accès à la une électronique de La Voix de l’Est. Toutefois, dans ce cas-là, le journal de Granby tente de trouver une solution à ce problème.

Étant donné les difficultés d’accès au Journal de Québec, l’équipe admet qu’elle n’allait plus vérifier tous les jours s’il était possible ou non de trouver les informations nécessaires sur ce quotidien, afin de l’inclure dans la chronique des journaux dits régionaux. Depuis le dépôt de cette plainte, les choses ont changé : RDI matin fait des vérifications tous les matins dans le site du Journal de Québec. La semaine dernière, Le Journal de Québec a été mentionné 4 matins sur 5. Le jeudi 18 novembre, on me dit que le résumé de l’article en première page n’était pas disponible sur le site du Journal de Québec, ce qui explique qu’on n’a pas pu parler de la une à l’antenne. Autre détail intéressant : le vendredi 19 novembre, l’animatrice tenait entre ses mains une reproduction en noir et blanc de la première page du Journal de Québec, alors que les premières pages en couleurs des autres journaux régionaux étaient affichées à l’écran. Il y a donc dû encore avoir un problème de disponibilité de la version électronique du Journal de Québec.

Le Journal de Montréal

L’enregistrement d’une seule chronique pendant un mois ne prouve pas l’absence de mention du Journal de Montréal dans la totalité de l’émission quotidienne qui dure quatre heures. En effet, quand on parle de la une du Journal de Montréal à RDI matin (ou de La Presse, ou du Devoir, ou de la Gazette), c’est autour de 5 h 20, et non dans la chronique des journaux dits régionaux. Mme Lanctôt a constaté qu’il était question du Journal de Montréal dans 4 émissions des 7 qu’elle a visionnées. Je ne peux pas faire d’autres vérifications pour juin 2010 parce que les enregistrements ne sont plus disponibles.

La plaignante estime que Le Journal de Montréal, à cause de son important lectorat, devrait avoir une place de choix dans les revues de presse à Radio-Canada. Le nombre de lecteurs d’un journal n’est pas, et ne devrait pas être, le critère principal qui guide les chroniqueurs. Autrement, The Gazette ou The Globe and Mail ne seraient jamais cités, car ils sont peu lus par les francophones.

Les deux journalistes qui étaient responsables de ces revues de presse matinales en juin admettent d’emblée qu’ils ne mentionnaient pas tous les jours Le Journal de Montréal, particulièrement quand la première page était consacrée au sport ou à un fait divers. L’intérêt et la pertinence des articles, les exclusivités, les enquêtes solides, bref, une foule de critères entrent en ligne de compte quand le journaliste choisit les journaux dont il parlera. À titre d’ombudsman, je n’ai pas à intervenir dans ces choix éditoriaux, qui relèvent de la liberté de presse garantie par la Charte canadienne des droits et libertés. Toutefois, la situation serait tout autre si ces journalistes boycottaient Le Journal de Montréal par solidarité syndicale. Ils ne respecteraient pas leur devoir d’impartialité.

Le Journal de Montréal n’était pas boycotté en juin par RDI matin et il ne l’est pas en ce moment.

À titre indicatif, j’ai visionné les émissions matinales du 15 au 22 novembre, autour de 5 h 20. Première constatation : La Presse et Le Devoir sont systématiquement dans la revue de presse. La première page du Journal de Montréal est mentionnée dans 6 des 8 émissions : le mardi 16 novembre, on rapporte que la une traite du maire Vaillancourt et de Luc Plamondon; le mercredi, un sondage sur le maire de Laval fait la page couverture; le jeudi, une caricature de Jean Charest, Charest pris dans le coin; le samedi, le décès de Pat Burns; le lundi 22 novembre, le journal révèle que Joseph Facal ne se joindra pas à la formation de François Legault et il publie un sondage, Le Québec mal parti.

J’ai également visionné RDI matin du 20 au 26 septembre. Cette semaine-là, La Presse et Le Devoir étaient mentionnés 6 jours sur 7, donc, chaque fois qu’ils paraissaient, Le Journal de Montréal apparaissait dans 3 des 7 émissions, The Gazette, 2 fois, le National Post, 2 fois, et The Globe and Mail, 1 fois.

Le lock out au Journal de Montréal est mentionné régulièrement, mais pas toujours, par le journaliste ou l’animateur pendant la revue de presse.

Conclusion

Des difficultés d’accès à la version électronique gratuite du Journal de Québec expliquent le peu de place que ce quotidien occupe dans la revue de presse des journaux régionaux.

Le Journal de Montréal n’est pas boycotté par RDI matin. Le temps d’antenne accordé aux manchettes des différents journaux relève de la liberté de presse.

Rien ne me permet de conclure qu’il y a un « biais anti-Sun Media » dans les revues de presse de l’émission RDI matin.

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Veresion PDF de la révision.

Pour me joindre : ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc