EnquĂŞte Villanueva (Radio-Canada.ca)

Révision de Julie Miville-Dechêne, ombudsman | Services français

Sommaire

Le plaignant a relevé une erreur dans le texte internet intitulé Enquête Villanueva – Le témoin Sagor-Metellus connaît la police.

La direction a reconnu que M. Sagor-Metellus n’avait jamais admis qu’il était membre d’un gang de rue et elle a corrigé le compte rendu. Les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada ont donc été suivies.

Par souci de transparence, et étant donné la nature de l’erreur, je recommande d’indiquer le contenu et la date de la correction sur la page de la nouvelle intitulée Enquête Villanueva – Le témoin Sagor-Metellus connaît la police.

Il serait également souhaitable à l’avenir de rendre visible les corrections apportées aux textes internet quand il s’agit de corrections jugées significatives par la rédaction.

la plainte

Le 23 juin 2010, M. Alexandre Popovic, porte-parole de la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP), a relevé une erreur dans le texte intitulé Enquête Villanueva – Le témoin Sagor-Metellus connaît la police, publié la veille sur Radio-Canada.ca. On peut lire dans cet article web : « Jeffrey Sagor-Metellus a finalement reconnu qu’il avait revendu de la drogue pour le compte des Bloods pendant des années. » Or, selon Alexandre Popovic, qui a assisté au témoignage en cause, il est « archifaux » d’écrire que Sagor-Metellus a été trafiquant de drogue pour le compte du gang de rue connu sous le nom des Bloods ou des Rouges.

Le 25 juin, le rédacteur en chef, Internet et Services numériques de Radio-Canada, M. Soleiman Mellali, a admis l’erreur et l’a attribuée à une mauvaise interprétation d’une dépêche. La phrase en cause a été corrigée, l’information inexacte supprimée : « Jeffrey Sagor-Metellus a finalement reconnu qu’il avait revendu de la drogue pendant des années. »

On peut lire l’article corrigé au bout de ce lien.

Le plaignant s’est dit insatisfait de cette rectification. Il considère que la faute est inexcusable, car on aurait pu facilement vérifier le contenu du témoignage avant la publication de l’article. M. Popovic croit que Radio-Canada n’aurait pas fait preuve d’une telle « nonchalance » si M. Sagor-Metellus avait été une personnalité politique influente et non un simple citoyen qui a reçu une balle d’un policier. Il croit que la correction est insuffisante, car des centaines de personnes ont lu la fausse information. M. Popovic conteste l’expression « finalement reconnu » utilisée dans l’article. Le plaignant ajoute qu’il veut une révision de l’ombudsman afin de rendre cette erreur publique. Il suggère enfin de publier un erratum afin de signaler la correction aux internautes.

LA RÉVISION

Les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada indiquent :

« La Société reconnaît et corrige une erreur qu’elle a commise dès qu’elle la constate. (…) » (NPJ, IV. Normes de production B, 10)

C’est ce qui a été fait dans ce cas-ci. La direction a reconnu qu’une journaliste du service Internet avait mal interprété une dépêche de l’agence La Presse canadienne sur l’enquête Villanueva. Dans la dépêche, il est écrit qu’« une bonne part des interrogatoires en avant-midi visaient à déterminer le statut de Jeffrey Sagor-Metellus par rapport au gang de rue des Bloods qui contrôle le territoire où le témoin a admis avoir été vendeur de stupéfiants ». Cette phrase ne signifie pas que M. Sagor-Metellus a reconnu avoir travaillé pour un gang de rue. La police soutient que le jeune homme était membre des Bloods, mais le témoin l’a nié à plusieurs reprises.

Un journaliste radio de Radio-Canada, Marc Verreault, a couvert l’enquête Villanueva ce jour-là, mais il a fait son reportage sur un autre aspect du témoignage de M. Sagor-Metellus, sans mentionner son passé de trafiquant. Les rédacteurs Internet ajoutent régulièrement dans leurs textes des informations qui ne sont pas contenues dans les courts reportages radio ou télévision diffusés à l’antenne. Souvent, cela permet de donner davantage de contexte à une nouvelle. En général, ce ne sont pas les journalistes radio ou télévision qui écrivent une version internet plus longue de leur reportage. Vitesse oblige, on ne consulte pas non plus le reporter sur le terrain avant d’écrire un texte web, sauf exception. Du point de vue de l’auditeur, ce manque de communication entre deux services de Radio-Canada – nouvelles radio et nouvelles Internet – est difficile à comprendre. Des efforts pour intégrer les différentes composantes du secteur de l’Information sont en cours.

Cela étant dit, rien ne me permet de conclure, comme le pense le plaignant, que Radio-Canada a fait preuve de « nonchalance », car il s’agissait du témoignage d’un simple citoyen et non d’une personnalité politique influente. À titre d’ombudsman depuis trois ans, je suis à même de constater que les erreurs touchent aussi ceux qui détiennent le pouvoir.

Il est tout à fait exact d’écrire que le témoin, M. Sagor-Metellus, a « finalement reconnu » qu’il avait revendu de la drogue pendant des années. Voici une portion du compte rendu de Caroline Touzin dans Cyberpresse, le 22 juin 2010, à ce sujet :

« "Depuis combien de temps vendez-vous de la drogue?", lui a demandé Me Dupras. "Quelques semaines, quelques mois, quelques années. Aucune idée", a d’abord répondu le jeune témoin qui a plusieurs trous de mémoire depuis le début de son témoignage. Le jeune homme finira par préciser qu’il a commencé à en vendre à l’école Henri-Bourassa – école qu’il a fréquentée de la première à la troisième secondaire. »

Plus de transparence?

L’article a été corrigé par la direction de Radio-Canada.ca. Toutefois, rien n’indique, à la lecture du texte en ligne, qu’il y a eu une correction, ce que déplore le plaignant. Notons que, dans plusieurs sites web de grands médias, les corrections significatives apportées aux articles sont systématiquement signalées. C’est une question de transparence. Dans le site du New York Times, les corrections sont indiquées à la fin de l’article.

Dans les sites du Guardian de Londres et de la National Public Radio (NPR), aux États-Unis, les rectifications sont soulignées avant l’article en cause [1].

Le directeur de l’Information, Internet et Services numériques, Pierre Champoux, reconnaît que « c’est une bonne idée » d’indiquer visiblement qu’il y a eu une correction quand elle est jugée significative par la rédaction. Voici ce que les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada indiquent à ce sujet :

« (…) Toute correction apportée à un sujet archivé devra inclure la date à laquelle la correction a été faite. Les corrections devraient, dans la mesure du possible, être liées ou apparaître avec le sujet qui fait l’objet de la correction. (…) » (NPJ, IV. Normes de production, C. Journalisme en ligne de Radio-Canada, 4. Archives)

En ce moment, au-dessus des articles internet, on peut voir que le texte a été mis à jour à telle ou telle date, mais cela n’indique pas forcément qu’il y a eu correction.

Conclusion

La direction de Radio-Canada a respecté ses Normes et pratiques journalistiques en corrigeant l’erreur que le plaignant lui a signalée à propos d’un texte web sur l’enquête Villanueva.

Par souci de transparence, et étant donné la nature de l’erreur, je recommande d’indiquer le contenu et la date de la correction sur la page de la nouvelle intitulée Enquête Villanueva – Le témoin Sagor-Metellus connaît la police.

Il serait également souhaitable à l’avenir de signaler les corrections apportées aux textes internet quand il s’agit de corrections jugées significatives par la rédaction.

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Version PDF de la révision.

Pour me joindre : ombudsman@radio-canada.ca

Twitter : @ombudsmanrc