Couverture pandémie grippe A H1N1

Révision de Julie Miville-Dechêne, ombudsman | Services français

Sommaire

Le plaignant estime que Radio-Canada a passé sous silence les risques du vaccin contre la grippe A(H1N1). Il écrit qu'il n'a pas eu droit à une information complète, diversifiée et équilibrée sur ce vaccin.

Radio-Canada n'a pas passé sous silence les risques potentiels et les effets secondaires prouvés du vaccin.

Bien qu'il aurait été souhaitable de parler davantage dans les grands bulletins nationaux des risques potentiels du vaccin, ces lacunes dans la couverture ne sont pas suffisantes pour conclure qu'il y a eu violation des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

LA PLAINTE

Le 23 novembre 2009, M. Gilbert Guérin me faisait parvenir cette plainte :

« (…) Je suis extrêmement déçu de l'information qui m'a été fournie par Radio-Canada au cours des derniers mois sur la grippe H1N1 et sur la vaccination. J'ai été brimé dans mon droit légitime à une information complète, diversifiée et équilibrée.

À mon avis Radio-Canada :

- Fait de la désinformation lorsqu'il garde sous silence le fait que le vaccin contre la grippe H1N1 n'est pas sécuritaire et représente un danger réel à court, moyen et à long termes pour la population du Québec et du Canada;

- A manqué à son devoir puisqu'il ne supporte pas les citoyens vers un choix éclairé entre la vaccination ou d'autres alternatives pour renforcer leur santé et leur système immunitaire et pour prévenir et contrôler les infections virales.

Notamment, Radio-Canada ne m'a pas transmis les informations suivantes :

1. Il est écrit sur le site du fabricant que ce vaccin contient du mercure, du squalène et du polysorbate 80 et qu'il n'a pas été testé suffisamment :

http://www.gsk.ca/french/docs-pdf/Arepanrix_PIL_CAPA01v01_FR.pdf

2. Selon des chercheurs de l'Université de Calgary, le mercure contenu dans le vaccin et injecté dans le corps, qui n'est pas éliminé par le corps et se loge dans le cerveau, le foie et les reins, peut causer des problèmes neurologiques graves :

http://commons.ucalgary.ca/mercury/

3. Selon plusieurs médecins, ce vaccin est dangereux parce qu'il contient les mêmes ingrédients (ex. le squalène) que celui qui aurait tué plus de 10 000 soldats américains depuis 1990 (re : syndrome de la Guerre du Golfe);

4. Un lien est de plus en plus établi, par de nombreux médecins et scientifiques reconnus, entre la vaccination et des maladies graves telles que l'autisme et la schlérose en plaques.

Recommandations

À mon avis Radio-Canada doit aider les Canadiens et les Canadiennes à connaître les alternatives de renforcement de la santé et du système immunitaire et faire un choix éclairé face à la vaccination.

Pour bien assumer son rôle de média public, Radio-Canada doit :

1. donner l'heure juste sur les dangers du vaccin;

2. informer la population sur les cas d'effets secondaires graves, au Canada et ailleurs dans le monde;

3. faire une place et donner la parole dans ses émissions à des personnes émettant des réserves sur la vaccination et des personnes proposant des alternatives naturelles pour prévenir et contrôler les infections virales;

4. diffuser le film Silence, on vaccine, de Lina B. Moreco, coproduit en 2009 par l'Office national du film du Canada; ce film propose un questionnement légitime sur le sujet. (…) »

Le 30 novembre 2009, le premier directeur par intérim des émissions d'Affaires publiques, Télévision, M. Pierre Sormany, lui a envoyé cette réponse :

« (…) La connaissance scientifique suit une démarche précise. Devant certains constats, des gens émettent des hypothèses qui doivent être confirmées ou infirmées par des recherches. Il arrive que, pendant quelques années, voire quelques décennies, des résultats incomplets ou contradictoires laissent certains débats « ouverts ». Il a fallu plusieurs décennies de recherches pour que le lien entre le tabac et le cancer du poumon soit solidement démontré, et plus encore pour que soit démontré ensuite le lien entre l'amiante et de cancer. Certains « débats scientifiques » demeurent encore ouverts, c'est le cas présentement des discussions sur certains aspects de la question des changements climatiques, sur le rôle des antioxydants dans le vieillissement ou sur le rapport entre le cholestérol et la santé cardiovasculaire. Il est alors important pour les journalistes de couvrir ces controverses.

Mais avec la multiplication des recherches, certaines hypothèses initiales finissent par être rejetées de façon claire et évidente. Elles ne font alors plus partie du champ de la science.

Sur la toxicité des produits qui entrent dans la composition du vaccin, les adjuvants notamment, les hypothèses ont été formulées après la vaccination massive de 1976 aux États-Unis, et les nombreux cas de syndrome de Guillain-Barré qui ont suivi. Sauf que les études épidémiologiques n'ont jamais pu établir un lien statistique clair entre ces cas et ladite vaccination. Et aucune étude en laboratoire n'a pu mettre en évidence un quelconque rôle délétère de ces adjuvants. Le fait que les premières hypothèses aient été sans cesse reprises dans les textes des anti-vaccinalistes, et qu'on les retrouve sur de très nombreux sites Internet n'en fait pas, pour autant, des faits scientifiques.

Idem pour les chercheurs de Calgary et le mercure. On sait depuis des années que le mercure est potentiellement toxique, mais à des doses bien au delà de celles qu'on peut trouver dans les vaccins. Et s'il est vrai qu'il y a bio-accumulation, le mercure est par contre éliminé naturellement à un rythme très lent. C'est pour ça que les conseils nutritionnels, par exemple, autorisent la consommation de poisson faiblement contaminé au mercure. Jusqu'à une ou deux portions par semaine, il n'y a pas d'augmentation à long terme du mercure emprisonné dans les tissus. Or les quantités absorbées via un vaccin sont beaucoup plus faibles.

Enfin, quant aux liens entre les vaccins et les maladies auto-immunes, ils sont réels, mais moins forts qu'entre les infections « naturelles » et ces mêmes maladies. Et la recherche initiale qui a établi un lien entre les vaccins et l'autisme a fait l'objet d'une enquête pour fraude, et le médecin qui l'a fait publier en Grande-Bretagne a été suspendu de son droit de pratique, pour avoir faussé ses données. Toutes les autres recherches menées sur ce sujet par la suite ont infirmé ce lien.

Je ne doute pas que certains téléspectateurs soient inquiets, et accordent un crédit à ces affirmations. Mais notre rôle est d'en vérifier les fondements. Et quand on découvre qu'il s'agit de mensonges, d'exagérations, ou d'hypothèses initiales infirmées par la suite, nous n'avons pas à y faire écho par seul souci d'équilibre.

S'il y a aussi des médecins qui ont ouvertement contesté la sécurité de ce vaccin (et plus généralement la sécurité de tous les vaccins), c'est qu'il y a des médecins qui sont idéologiquement anti-vaccinalistes. C'est leur droit. Mais comme journalistes, nous ne sommes pas là pour présenter, à temps égal, les « pro » contre les « anti ». Nous devons tenter d'aller vérifier les faits, derrière ces opinions. Et hélas pour les méfiants, toutes les études qui comparent les risques associés aux vaccins (ils ne sont pas nuls, et nous l'avons dit à maintes reprises ces dernières semaines) montrent aussi très clairement que ces risques sont considérablement moins élevés que les risques associés à la maladie.

Au Téléjournal de 22 heures du vendredi 27 novembre, le journaliste Denis-Martin Chabot présentait justement un reportage sur les effets secondaires du vaccin. Sur 2,5 millions de personnes vaccinées jusqu'à maintenant au Québec, il n' y a eu que 38 cas de manifestations cliniques sévères, incluant le choc anaphylactique, et aucun cas du syndrome de Guillain Barré.

Il y a deux semaines en France, il y a eu un premier cas de syndrome de Guillain-Barré associé à une vaccination à la grippe H1N1; la nouvelle a fait le tour du monde, et conforté tous les anti-vaccinalistes dans leur discours. Sauf que le temps entre la vaccination et l'apparition des symptômes était si court que la quasi-totalité des médecins croient que le vaccin ne peut pas en être la cause. Par ailleurs, le Dr Alain Poirier, directeur de la santé publique du Québec, nous apprenait que dans les deux semaines précédentes, il y a eu trois cas de Guillain-Barré au Québec, tous chez des gens non vaccinés. Mais de ces trois cas, personne ne parle. Quand on fait des études rigoureuses, on doit dépasser les associations anecdotiques, et voir s'il y a effectivement des différences significatives entre telle ou telle complication, entre des populations vaccinées ou non. Et ces études confirment que les risques associés à la vaccination sont réels, mais infimes.

Voilà les raisons qui font que Radio-Canada traite des risques associés au vaccin de façon ponctuelle, en réponse à des questions précises, mais que nous n'accordons pas à ce sujet l'importance que vous pensez qu'il mériterait. (…) »

Cette réponse n'a pas satisfait M. Guérin. Voici un extrait de sa réplique :

« (…) La réponse fournie ne donne pas de raisons pourquoi Radio-Canada ne nous a pas informé sur le fait que le fabricant n'avait pas testé suffisamment le vaccin avant la vaccination massive;

La réponse de M. Sormany relève l'existence d'« antivaccinalistes », mais Radio-Canada ne leur donne pas droit de parole. Pour ma part, je suis un simple citoyen dont les préoccupations sont fondées sur l'expérience personnelle. J'ai 4 enfants et je peux témoigner que mon fils souffre d'eczéma depuis qu'il a été vacciné en bas âge. Par ailleurs, ma mère est décédée en février 2000, en même temps que 9 autres personnes âgées en 14 jours dans son centre d'accueil. Coïncidence, ces personnes avaient été vaccinées en même temps quelques semaines auparavant; (…) »

LA RÉVISION

Couvrir un événement sans précédent, comme cette campagne de vaccination, est un exercice difficile pour tout organe de presse. Les journalistes sont inondés d'information par les autorités provinciales et fédérales de la santé publique qui ont un message à faire passer. Par ailleurs, Radio-Canada se doit d'observer une distance critique par rapport à ce discours officiel et a le devoir de relever les contradictions, les problèmes d'organisation, les risques potentiels ou les effets secondaires des vaccins dont il est question. En tant que diffuseur public, Radio-Canada a aussi de grandes responsabilités quand la santé des citoyens est en jeu. L'équilibre est donc difficile à atteindre entre deux principes journalistiques.

La diversité de points de vue :

« Les émissions qui traitent de sujets controversés doivent présenter, de façon équitable, l'éventail complet des opinions pertinentes. (…) » (Normes et pratiques journalistiques, III. Principes, 5)

Et l'exactitude :

« L'information est fidèle à la réalité, en aucune façon fausse ou trompeuse. (…) » (NPJ, III. Principes, 2)

En vertu de ce deuxième principe, Radio-Canada ne pouvait, pendant cette campagne de vaccination, accorder autant d'importance aux courants « pour » et « contre ». La réalité, c'est que l'efficacité des vaccins n'est plus à démontrer. La réalité, c'est que certains effets secondaires des vaccins sont prouvés scientifiquement, d'autres non. La réalité, c'est qu'aucune autre méthode pour vaincre les épidémies n'a été démontrée scientifiquement. Bien sûr, la science évolue et on manque d'étude sur les effets à long terme des vaccins, mais l'état actuel des connaissances scientifiques demeure le principal point de repère.

Comme le démontrent de nombreuses plaintes que j'ai reçues, le public s'est posé beaucoup de questions sur les risques du vaccin contre la A(H1N1). À une certaine époque, il existait un consensus populaire autour du fait que, pour le bien commun, c'est-à-dire l'immunisation générale de la population, un certain niveau de risque associé à la vaccination était toléré (chocs anaphylactiques, etc.). Aujourd'hui, beaucoup de citoyens ne sont pas prêts à prendre le moindre risque individuel au nom du bien commun. Or, le risque zéro n'existe pas en médecine. De plus, une partie de la population remet en cause la nécessité même de ces grandes campagnes de vaccination. La disponibilité de l'information sur Internet, souvent fausse ou exagérée, contribue à ce scepticisme, mais ce n'est pas le seul facteur.

Toutefois, parler des effets secondaires potentiels du vaccin ne revient pas à mettre en ondes toutes les thèses qui circulent sur le Web. Par exemple, malgré de nombreuses études, aucun lien de cause à effet n'a été prouvé entre l'autisme et la vaccination. Il est vrai, comme le dit le plaignant, qu'il existe parfois des coïncidences troublantes entre l'apparition d'une maladie et la vaccination. Mais cela ne constitue pas des preuves aux yeux de la science.

Les effets secondaires potentiels de la vaccination

Dans cette révision, j'ai donc tenté de savoir si l'information quotidienne à la radio et à la télévision avait traité des sujets qui, de toute évidence, inquiétaient une grande partie du public, comme en témoignent les sondages. Ce scepticisme n'était pas limité aux activistes antivaccin. Dans ces circonstances, le rôle de Radio-Canada n'était pas seulement de faire part des réticences du public, mais aussi de tenter de répondre aux questions légitimes sur :

  • les effets secondaires potentiels du vaccin avec adjuvant;

  • l'absence d'essais cliniques au Canada;

  • la question du consentement éclairé de la population.

    J'ai visionné et écouté de nombreux émissions et reportages pour effectuer cette révision, mais, je le dis d'emblée, je n'ai ni tout vu ni tout entendu (je ne traiterai pas ici de l'émission Découverte sur la grippe A (H1N1), car elle fera l'objet d'une révision à part).

    La très grande majorité du temps d'antenne était consacrée aux messages des autorités de la santé publique. On a largement fait état des ratés de l'organisation. Par ailleurs, il y a eu des efforts réels, quoique inégaux, pour parler des effets secondaires du vaccin :

    • Cet automne, on a entendu une dizaine de fois à l'antenne, en entrevues ou dans des reportages, le Dr Marc Zaffran du Centre de recherche en éthique de l'Université de Montréal, qui était très critique à l'égard de la campagne de vaccination et du vaccin de GlaxoSmithKline (GSK). Ce médecin soulignait le fait qu'on ne connaissait pas encore tous les effets secondaires de ce vaccin qui contenait de nouveaux produits. Le Dr Zaffran clamait haut et fort qu'il ne se ferait pas vacciner et que les autorités exagéraient la menace pour la santé publique.
    • Le 30 septembre 2009, un reportage diffusé dans les téléjournaux exposait clairement les arguments « pour » et « contre » la vaccination et concluait par cette citation d'un médecin sur le prix à payer pour une vaccination de masse : « Peut-être la conséquence c'est d'avoir 2-3 personnes qui vont paralyser, peut-être 10 types de réactions adverses (…) ».
    • Le 26 octobre, aux nouvelles radio, un reportage complet a été consacré aux risques du vaccin et les remettait dans leur juste perspective : mercure, squalène, syndrome de Guillain-Barré, tests cliniques en retard.
    • D'autres reportages radio ont été diffusés sur la controverse entourant la présence d'adjuvant dans ce vaccin. On a dit et répété que ce vaccin avec adjuvant n'avait pas été testé sur les femmes enceintes. Au début de septembre, Dr Karl Weiss, épidémiologiste à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, admettait même à notre antenne qu'il n'était pas prêt à se faire vacciner : « Il faudrait d'abord qu'il [le vaccin] démontre son efficacité et surtout que je sois assuré de sa sécurité (…) ». On a aussi transmis l'avis dissident du Dr Paul Hébert, du Journal de l'Association médicale canadienne, pour qui il aurait fallu distribuer plus vite un vaccin sans adjuvant, d'abord et avant tout aux personnes à risque.
    • Le 8 octobre, l'émission Maisonneuve en direct, intitulée « Pour ou contre le vaccin », a bien vulgarisé la question de l'heure. Le citoyen est-il assez informé pour prendre une décision éclairée? L'animateur et le Dr Weiss ont passé en revue les inquiétudes relatives à l'adjuvant, les retards dans les tests cliniques au Canada, l'absence de garantie absolue quand on introduit une nouvelle substance dans un vaccin. Le Dr Weiss a aussi mentionné que le virus était moins virulent que prévu et que l'on ne pouvait pas prédire l'importance de la pandémie.
    • Les 17 et 18 novembre, les bulletins de la radio, de la télévision et du RDI ont rapporté les premiers bilans des autorités quant au nombre de réactions allergiques au vaccin et au premier décès à la suite de l'administration du vaccin.
    • Le 28 octobre, l'émission 24 heures en 60 minutes (RDI) a parlé en détail du premier choc anaphylactique subi par une infirmière après avoir été vaccinée.
    • L'émission quotidienne RDI santé a consacré beaucoup de temps à répondre aux inquiétudes des citoyens. J'ai entendu les docteurs Karl Weiss et Alain Vadeboncoeur revenir sur l'absence d'études cliniques quant aux effets d'un adjuvant sur les femmes enceintes, sur les risques de réactions locales plus fortes à l'injection chez les personnes ayant déjà eu la grippe, sur les liens entre le syndrome de Guillain-Barré et le vaccin et enfin sur les réactions allergiques. On a aussi répondu à des questions sur les liens non prouvés entre l'autisme, la sclérose en plaques et le vaccin. Un nutritionniste a expliqué comment bien manger pouvait renforcer le système immunitaire et donc diminuer les risques de contracter le virus.

    Dans certains cas, il me semble qu'on a trop peu parlé ou parlé trop tard de sujets qui étaient pourtant au cœur des préoccupations des citoyens :

    • Le 27 novembre, un mois après le début de la vaccination, un premier reportage a été diffusé aux bulletins de nouvelles télévisées sur les effets secondaires du vaccin. On aurait eu intérêt à présenter en détail les différents effets secondaires potentiels du vaccin plus tôt. Au moment de l'approbation du vaccin, le 21 octobre, les études fournies par GSK démontraient notamment que le vaccin avec adjuvant était plus douloureux que celui sans adjuvant. Ces informations étaient disponibles sur Internet et sur radio-Canada.ca, mais il aurait été bon d'en faire état dans les téléjournaux à ce moment-là.
    • Le 23 novembre, les premiers résultats des essais cliniques canadiens sur le vaccin de GSK étaient rendus publics à Sherbrooke. Un reportage a été diffusé au Téléjournal/Estrie, mais pas à l'antenne nationale.
    • Le 19 novembre, un lot de vaccins a été retiré de la circulation au Manitoba après que sept personnes ont subi un choc anaphylactique. C'était une première. Cette nouvelle a été rapportée dans les bulletins régionaux au Manitoba et au RDI à 16 h 35 mais elle ne s'est pas rendue dans les grands bulletins nationaux. D'autres choix rédactionnels ont été privilégiés. Quelques jours plus tard, les agences de presse internationales faisaient largement écho de l'incident qui avait été jugé secondaire ici.
    • Le 27 octobre, dans une émission spéciale de deux heures sur la grippe H1N1, diffusée au RDI, l'animatrice a posé une question fort pertinente sur les risques du vaccin contre la grippe et sur les peurs de la population. Elle n'a malheureusement reçu comme réponse qu'une généralité entendue mille fois : les risques du vaccin sont infinitésimaux comparés aux risques de la grippe. C'est vrai, mais on aurait espéré aller un peu plus loin. Il y a toutefois eu un effort pour diversifier les voix, puisqu'on a invité Daniel Crisafi, biochimiste et naturopathe. Il n'a pu parler que très brièvement. Le Dr Richard Marchand a bien expliqué pourquoi, malgré les apparences, il n'y avait pas de liens de cause à effet entre le vaccin et des maladies qui se déclarent au lendemain de l'injection. Le RDI me dit avoir tenté sans succès d'inviter sur le plateau des médecins critiques à l'égard de l'ampleur de la campagne de vaccination.
    • Le RDI a fait le choix d'utiliser toujours les mêmes médecins-chroniqueurs dans des émissions comme RDI santé. Afin d'accroître la diversité des points de vue, on aurait peut-être pu déroger à cette règle et inviter des médecins plus critiques de la stratégie des autorités médicales. Un bémol : plusieurs artisans m'ont dit qu'ils avaient cherché en vain des voies plus critiques dans le corps médical, mais que plusieurs n'osaient pas s'exprimer publiquement, de peur d'être rabroués par le Collège des médecins.

    Cela étant dit, je suis consciente qu'il est bien plus facile de constater les failles d'une couverture après coup que dans l'urgence du moment. La directrice du RDI, Luce Julien, m'explique qu'au plus fort de la crise, les autorités de la santé publique craignaient que cette grippe fasse des milliers de victimes. C'était bien sûr le scénario du pire, et il ne s'est pas réalisé mais, en tant que diffuseur public, Radio-Canada ne pouvait que prendre cette menace au sérieux. En a-t-on trop parlé? A-t-on contribué à faire paniquer inutilement les Canadiens en répercutant jour après jour le message des autorités de la santé publique? Ces questions se posent mais elles dépassent le cadre de cette révision. Étant donné que cette campagne était une première, quelle variable et quel point de comparaison peut-on utiliser pour décréter que les médias en ont trop fait. Enfin, je ne dispose pas des outils nécessaires pour faire une analyse quantitative et qualitative approfondie de l'ensemble de la couverture qui s'est étendue sur plusieurs mois.

Conclusion

Radio-Canada n'a pas passé sous silence les risques potentiels et les effets secondaires prouvés du vaccin contre la grippe A(H1N1).

Bien qu'il aurait été souhaitable de parler davantage dans les grands bulletins nationaux des risques potentiels du vaccin, ces lacunes dans la couverture ne sont pas suffisantes pour conclure qu'il y a eu violation des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

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