Contrôle de l'information gouvernement Harper (Enquête)

Révision de Julie Miville-Dechêne, ombudsman | Services français

LA PLAINTE

M. Michel Bellemare estime que le reportage de l'émission Enquête du 28 janvier 2010, sur le contrôle de l'information par le gouvernement Harper, s'apparente à un règlement de comptes envers le Parti conservateur à cause des compressions budgétaires à Radio-Canada. M. Bellemare estime que Radio-Canada, comme le reste de la presse parlementaire, ne rapporte que les mauvais coups du gouvernement Harper et ignore les défauts de l'opposition, comme le contrôle de l'information exercé par Gilles Duceppe au Bloc québécois.

Le premier directeur par intérim des émissions d'Affaires publiques à la Télévision française, M. Pierre Sormany, a répondu qu'il n'y avait dans la démarche d'Enquête aucune rancœur et aucun règlement de comptes envers le premier ministre Harper. M. Sormany a rappelé que les compressions faites à Radio-Canada étaient surtout dues à la chute des revenus publicitaires et non à des coupes faites par les conservateurs.

Cette réponse n'a pas satisfait M. Bellemare, qui a rappelé que des artisans de Radio-Canada avaient bel et bien mis en cause le gouvernement Harper lors de la dernière vague de compressions. Il a donc maintenu sa plainte.

LA RÉVISION

Radio-Canada est-elle inéquitable envers les conservateurs?

Le plaignant croit, qu'en général, Radio-Canada et la presse parlementaire sont inéquitables envers le gouvernement Harper, et ne rapportent que ses mauvais coups. Il donne comme exemple le fait qu'Enquête ne fasse pas d'émission sur le contrôle de l'information qu'exerce aussi le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. Michel Bellemare admet qu'il n'est pas objectif, que sa perception teinte son commentaire. À son avis, il faudrait un réseau de droite, comme Fox News au Canada, pour rétablir l'équilibre des points de vue.

Je ne suis pas en mesure de poser un jugement sur l'équité de l'ensemble de la couverture du gouvernement Harper par Radio-Canada. L'exercice nécessiterait des moyens que je n'ai pas. Il faudrait décortiquer des centaines d'heures de reportages, analyser le choix de mots, le ton, les décisions éditoriales, selon une grille d'analyse détaillée et au-dessus de tout soupçon. L'exemple retenu par le plaignant pour juger qu'il y a injustice me semble poser problème. Les stratégies de communication du Bloc québécois n'a pas les mêmes conséquences que le contrôle de l'information par un premier ministre en poste. Le Bloc québécois est dans l'opposition et il n'a pas de prise sur la fonction publique. D'ailleurs, les journalistes parlementaires de Radio-Canada n'ont pas passé sous silence dans le passé cette mainmise du chef du Bloc sur ses troupes. Mais cela n'a rien à voir avec l'impact sur le débat public des choix de communication des gouvernements, qu'ils soient libéraux ou conservateurs.

L'émission d'Enquête est-elle un « règlement de comptes »?

Rien ne me permet de croire que la démarche de l'équipe de journalistes d'Enquête s'apparente à un règlement de compte envers le gouvernement Harper. La volonté des conservateurs de contrôler l'information est connue. Ce phénomène a été documenté depuis leur prise du pouvoir. Il s'agit d'un sujet d'intérêt public. Le choix des sujets traités à l'antenne relève de la liberté de presse, principe protégé par la Charte canadienne des droits et libertés.

Le plaignant écrit qu'avec cette émission, Enquête rompt avec sa tradition de travail journalistique de qualité. J'ai donc analysé le reportage de Guy Gendron et de Luc Tremblay afin d'évaluer s'il respectait les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada, basées sur trois grands principes : l'exactitude, l'équité et l'intégrité. C'est le cas.

Conclusion

Rien ne me permet de croire que le reportage de l'émission Enquête sur le contrôle de l'information par le gouvernement Harper est un règlement de comptes envers les conservateurs.

Le reportage respecte les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

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