Reportage sur éoliennes (TJ)

Révision de Julie Miville-Dechêne, ombudsman | Services français

Sommaire

Un plaignant estime qu'un reportage, diffusé au Téléjournal du 8 septembre 2009, sur un projet éolien dans la région de Saint-Ferdinand, contient des erreurs de faits et est biaisé en faveur des opposants aux éoliennes.

Le reportage sur l'opposition au projet éolien contient trois inexactitudes.

Par ailleurs, ce reportage, combiné à l'entrevue en studio de la ministre québécoise des Ressources naturelles et de la Faune, Mme Nathalie Normandeau, respecte globalement le principe de l'équilibre, comme le demandent les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

LA PLAINTE

M. Yves Charlebois estime que le reportage sur le projet éolien dans la région de Saint-Ferdinand, diffusé au Téléjournal le 8 septembre 2009, était biaisé. Selon M. Charlebois, le reportage a accordé une place disproportionnée aux opposants du projet et contenait plusieurs erreurs de faits. M. Charlebois est un citoyen de Saint-Ferdinand. Il milite activement en faveur du projet d'éoliennes.

La direction de l'Information estime qu'il était tout à fait justifié de choisir l'angle des inquiétudes suscitées par un projet d'éoliennes, même si les opposants ne représentent pas l'opinion de la majorité. Elle estime que le point de vue des défenseurs du projet a été entendu et que le reportage respecte, dans son ensemble, les règles d'exactitude, d'équité et d'intégrité.

LA RÉVISION

Le reportage de cinq minutes et demie de la journaliste Catherine Kovacs et de la réalisatrice France Dauphin sur le projet éolien dans la région de Saint-Ferdinand peut être visionné à l'adresse suivante :

http://www.radio-canada.ca/emissions/telejournal/2009-2010/Reportage.asp?idDoc=87337&autoPlay=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2009/RDI2/TelejournalSurRDI21H200909082100_1.asx

L'exactitude

Yves Charlebois soutient que le reportage contient des erreurs de faits. Le principe de l'exactitude est au cœur des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada :

« L'exactitude : l'information est fidèle à la réalité, en aucune façon fausse ou trompeuse. (…) » (NPJ, III. Principes, 2)

  • Le plaignant écrit que la journaliste aurait dû spécifier que lors de la soirée d'information du 26 août 2009, à Saint-Ferdinand, il y avait dans la salle des opposants et des partisans du projet. Catherine Kovacs a dit : « Les pour sont dehors, les contre dedans. » Au moment où la journaliste est arrivée sur les lieux, les « pour » manifestaient dehors. Le rassemblement à l'intérieur était organisé par les « contre ». Que des sympathisants du projet soient entrés pour écouter les interventions des opposants ne change rien sur le fond. La journaliste n'a pas dit combien de citoyens étaient « pour », et combien étaient « contre ».
  • Le plaignant estime que les opposants aux éoliennes sont au plus 60 sur 3 180 habitants des trois municipalités touchées. Ce n'est pas un fait, c'est une estimation. Dans tous les projets controversés, chaque camp a tendance à sous-estimer l'adversaire. Personne n'a été capable de me fournir une estimation fiable des forces en présence. Chaque camp a réussi à mobiliser une centaine de personnes à des manifestations. Mais beaucoup de non-militants peuvent avoir une opinion. Ce qui est clair, c'est qu'il y a deux camps et beaucoup de tension. Les élections municipales du 1er novembre prochain nous fourniront sans doute une meilleure évaluation des forces en présence, car un opposant aux éoliennes se présente à la mairie de Saint-Ferdinand.
  • L'hôpital psychiatrique de la municipalité employait 800 et non pas 1 000 personnes, comme la journaliste l'a dit. Elle s'était fiée au chiffre que lui avait donné le pro-maire de Saint-Ferdinand, Gérard Garneau.
  • Le plaignant a raison de dire que le projet de 50 éoliennes n'est pas dans un seul village, comme le dit la journaliste, mais dans trois municipalités. La nuance est importante, car quand on entend « le village a été choisi pour installer 50 éoliennes », cela donne l'impression que les gros engins seraient implantés en plein village. Or, les éoliennes seront dans des champs ou des boisés, dispersées par grappes sur 200 kilomètres carrés. On aurait pu parler de la « région de Saint-Ferdinand » pour éviter toute imprécision. La reporter admet que cette phrase prête à confusion.
  • La journaliste présente le maire d'Irlande, M. Bruno Vézina, en disant : « À Irlande, le village voisin, on a refusé les éoliennes. » La journaliste m'explique que c'est ce que M. Vézina lui a dit. D'après mes vérifications, rien ne permet de conclure qu'Irlande ou qu'un de ses citoyens a carrément refusé des éoliennes. Le conseil municipal d'Irlande a adopté une réglementation sévère afin de décourager les promoteurs d'éoliennes, mais cela ne veut pas dire qu'une compagnie avait des visées sérieuses sur ce territoire. La journaliste aurait dû attribuer ce présumé « refus » à M. Vézina et ne pas le prendre à son compte.
  • La journaliste dit dans son reportage que, lors de son passage, les élus étaient en voyage au Brésil, aux frais du promoteur Enerfin. Le plaignant juge que cette information est inexacte, car c'est la Municipalité régionale de comté (MRC) qui a payé la facture. C'est bien la MRC qui a payé, mais avec les fonds octroyés par Enerfin, donc le raccourci utilisé dans ce reportage m'apparaît acceptable.

L'équilibre et l'équité

En vertu des Normes et pratiques journalistiques, Radio-Canada doit s'assurer que ses émissions sont équitables et équilibrées :

« L'équilibre : les émissions qui traitent de sujets controversés doivent présenter, de façon équitable, l'éventail complet des opinions pertinentes. (…) » (NPJ, III. Principes, 5)

« L'équité : l'information rapporte les faits pertinents, reflète impartialement les points de vue significatifs et traite avec justice et dignité les personnes, les institutions, les problèmes et les événements. » (NPJ, III, Principes, 2)

M. Yves Charlebois estime que ce reportage manque d'équilibre, car aucun agriculteur ou propriétaire terrien, favorable au développement éolien, n'est interviewé. Il pense aussi que l'équipe de Radio-Canada n'aurait pas dû interroger le maire de la municipalité voisine, Bruno Vézina, car il n'avait rien à voir avec le débat. Il croit aussi que Radio-Canada a voulu discréditer un des défenseurs du projet éolien, le pro-maire Gérard Garneau.

En vertu de la liberté de presse, les journalistes ont toute la latitude nécessaire pour choisir les intervenants dans leurs reportages, à condition que le principe de l'équité soit respecté. M. Vézina est un des principaux porte-parole de la coalition régionale de citoyens opposés aux éoliennes, le « Regroupement pour le développement durable des Appalaches » (RDDA). C'est un groupe de pression bien organisé, qui a réussi à attirer l'attention des médias sans que l'on sache vraiment combien de citoyens il représente. Que M. Vézina soit le maire d'une municipalité voisine importe peu. Catherine Kovacs a pris contact avec le maire d'Irlande au cours de sa recherche et a trouvé qu'il défendait bien sa cause.

L'élu en faveur du projet éolien était nettement moins éloquent. Le pro-maire de Saint-Ferdinand, Gérard Garneau, s'exprime à peine une dizaine de secondes dans le reportage, avec beaucoup d'hésitation. La journaliste me dit qu'elle a choisi le meilleur extrait de l'entrevue. Malheureusement, je n'ai pas pu écouter l'entrevue intégrale de M. Garneau afin d'évaluer si on lui a rendu justice, l'enregistrement ayant été égaré. L'équipe était consciente de ce déséquilibre entre MM. Vézina et Garneau, mais elle n'a pas trouvé d'autres élus prêts à accorder une entrevue durant la journée de tournage. Les maires de Saint-Ferdinand et de Saint-Pierre-Baptiste étaient en voyage au Brésil. Catherine Kovacs a tenté, sans succès, d'obtenir une entrevue avec le maire de Sainte-Sophie-d'Halifax. Des efforts réels ont donc été faits pour trouver un élu capable de défendre le projet.

Un des choix éditoriaux de l'équipe est discutable : aucun cultivateur ou propriétaire forestier favorable aux éoliennes n'a été contacté ou interrogé, car, me dit la réalisatrice France Dauphin, « on savait d'avance ce qu'ils allaient dire ». On pourrait servir exactement le même argument à propos des opposants aux éoliennes, qui, pourtant, ont eu le temps nécessaire pour s'exprimer dans le reportage. Le syndrome « pas dans ma cour » est connu. Il n'y avait rien de surprenant dans le témoignage d'une résidente qui se plaint car sa vue va être gâchée par les éoliennes. Le conflit se ressemble d'une région à l'autre : d'un côté, les cultivateurs installés là depuis toujours (défendus par l'Union des producteurs agricoles) et les propriétaires de terres à bois (plusieurs exploitants vivent ailleurs); de l'autre, d'ex-citadins, des retraités, des familles qui ont choisi une région rurale pour sa beauté, ses vues et sa tranquillité. Les uns veulent un revenu d'appoint et des chemins forestiers payés par le promoteur, les autres ne veulent ni entendre ni voir d'éoliennes.

Toutefois, deux entrevues viennent rétablir un certain équilibre. Le chargé de projet d'Enerfin, M. Simon Jean-Yelle, explique que les cultivateurs se voient tous offrir les mêmes redevances pour chaque éolienne. Ces chiffres sont précisés en ondes, une transparence qui vient ébranler l'argument des opposants aux éoliennes voulant que tout soit secret. M. Jean-Yelle défend aussi la pertinence, pour les élus locaux, d'aller au Brésil voir un parc éolien d'Enerfin au Brésil. L'entrevue en studio de trois minutes avec la ministre québécoise des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau, vient aussi combler l'absence d'information dans le reportage sur les retombées du projet éolien (420 millions de dollars d'investissement, 500 emplois à court terme et 25 emplois permanents, aux dires d'Enerfin). La ministre explique que les projets éoliens créent des retombées économiques au Québec, notamment parce que les promoteurs doivent garantir 60 pour cent de contenu québécois. Mme Normandeau est d'avis que la population est consultée, puisque les projets éoliens sont tous soumis à des audiences du BAPE (Bureau d'audiences publiques sur l'environnement). Donc, le contrepoids est là.

Conclusion

Le reportage sur le projet éolien dans la région de Saint-Ferdinand, présenté au Téléjournal le 8 septembre 2009, contient trois inexactitudes.

Par ailleurs, le reportage, combiné à l'entrevue en studio de la ministre Nathalie Normandeau, respecte globalement le principe de l'équilibre, comme le demandent les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

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