Remarque sur les schizophrènes (Maisonneuve en direct)

Révision de Julie Miville-Dechêne, ombudsman | Services français

LA PLAINTE

Le 8 décembre 2009, dans le cadre de l'émission radio Maisonneuve en direct, l'animateur Michel Désautels annonce à son collègue Pierre Maisonneuve quels seront les sujets à l'ordre du jour de son émission débutant à 15 h. C'est ce qu'on appelle le fil d'antenne. Voici la transcription de la fin du bref échange entre les deux hommes, qui a eu lieu un peu avant midi :

MICHEL DÉSAUTELS : (…) Santé, schizophrénie : premier de deux reportages de Myriam Fimbry, ce soir sur cette maladie-là, qui est l'une des plus méconnues des maladies mentales. Les chiffres sont vraiment spectaculaires. Il y a une personne sur 100 dans nos sociétés qui est touchée. Le dépistage ne se fait pas toujours, les soins encore moins, évidemment, donc c'est extrêmement complexe. Alors premier des deux reportages de Myriam ce soir. J'espère que vous serez là parce qu'il y a des choses extrêmement intéressantes là-dedans. »

PIERRE MAISONNEUVE : « Oui, et c'est une maladie difficile à prévoir les comportements. »

M. DÉSAUTELS : « C'est sûr. »

P. MAISONNEUVE : « Merci beaucoup Michel Désautels. Nous vous écoutons à Désautels en fin d'après-midi, oui, et en début de soirée. Au revoir. »

Le même jour, Mme Johanne Fontaine me fait parvenir une plainte à l'endroit de Pierre Maisonneuve. Elle n'a pas apprécié la remarque suivante :

(…) « C'est une maladie difficile à prévoir les comportements.

Manque de tact! Atteinte à l'intégrité des personnes atteintes! Entrain à bafouer les plus démunis entre tous…

En effet, la schizophrénie a bon dos. On lui prête tous les maux du monde. Ceux qui vivent avec ce genre de diagnostic et leurs proches, ont le très lourd fardeau, outre de devoir composer avec ce désordre, de devoir contrer l'opinion défavorable. Mission difficile! Voilà pourquoi des organismes de défense de droits oeuvrent inlassablement à déraciner les idées reçues et à tenter de sortir leurs protégés du ghetto idéologique dans lequel on les enferme allègrement

Par ce genre de dérapage, j'estime que mine de rien P. Maisonneuve ne fait que renforcer le préjugé, follement tenace dans la population. La mission, de difficile, devient impossible, lorsque l'a priori, est relayé d'aussi haut. (…) »

La direction de l'Information a répondu qu'elle tiendrait compte, de façon appropriée, de ces commentaires. Insatisfaite de cette réponse, Mme Fontaine m'a demandé une révision

LA RÉVISION

Voici une liste des symptômes possibles de la schizophrénie. Elle fait partie de la définition de la maladie sur le site Internet de la Société québécoise de la schizophrénie :

« Une personne atteinte de schizophrénie peut :

• éprouver des difficultés à établir un contact avec son entourage;

• être envahie par des idées et des impressions étranges;

• avoir l'impression d'entendre des voix qui, bien que n'existant pas réellement, font partie de sa réalité;

• être prisonnière de ses hallucinations et de son délire;

• avoir une perception de soi partiellement, voire totalement altérée;

• avoir beaucoup de difficultés à distinguer ce qui est réel de ce qui ne l'est pas;

• avoir la conviction que certaines personnes lui veulent du mal;

• se replier sur elle-même et se comporter d'une façon bizarre ou imprévisible;

• se désintéresser de nombreuses choses : habillement, ménage, hygiène corporelle, gestion de ses biens;

• avoir des réactions émotionnelles étranges et incongrues;

• percevoir son entourage comme hostile;

• ressentir une insécurité permanente. »

Selon la plaignante, la remarque de l'animateur constitue un manque de tact et pourrait alimenter les préjugés envers les malades. Pourtant, Pierre Maisonneuve n'a jamais dit, par exemple, que les schizophrènes étaient violents, ce qui est un préjugé, la proportion de schizophrènes violents n'étant pas plus grande que dans la population en général.

L'animateur a seulement dit que les comportements des malades étaient difficiles à prévoir. Si l'on se réfère à la liste des symptômes fournie par l'association québécoise qui défend les schizophrènes, les malades peuvent avoir des comportements imprévisibles.

En vertu des Normes et pratiques journalistiques, les animateurs doivent faire preuve d'exactitude dans leurs propos. Pierre Maisonneuve n'a rien dit d'erroné. Par ailleurs, la plaignante souhaiterait un degré de rectitude politique à l'antenne qui ne correspond pas au métier de journaliste. Bien qu'ils doivent faire preuve de respect envers tous et chacun, les journalistes n'ont pas à maquiller ou à taire la vérité afin d'épargner tel ou tel personne, ou tel ou tel groupe.

Conclusion

L'animateur de Maisonneuve en direct n'a pas enfreint les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

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Version PDF de la révision.

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