Reportage sur Saint-Boniface (TJ)

Révision de Julie Miville-Dechêne, ombudsman | Services français

Sommaire

Un plaignant m'a écrit qu'il y avait deux erreurs dans la présentation d'un reportage au Téléjournal de 22 heures, le 2 octobre 2008, présentation lue par l'animateur. Selon lui, le nombre de francophones peuplant Saint-Boniface était inexact mais, surtout, le bulletin a présenté Saint-Boniface comme étant la plus importante communauté francophone à l'Ouest de l'Outaouais.

Le plaignant a raison. Le chiffre de 13 000 francophones fait référence à la circonscription fédérale de Saint-Boniface et non au quartier de Saint-Boniface.

Saint-Boniface est la plus importante communauté francophone à l'Ouest de l'Ontario, mais pas à l'Ouest du Québec. Des villes comme Toronto et Sudbury comptent plus d'habitants de langue maternelle française que Saint-Boniface.

La présentation écrite par un des rédacteurs du Téléjournal était erronée.

LA PLAINTE

Le 2 octobre 2008, au Téléjournal de 22 heures, l'animateur présente ainsi un reportage sur l'intense lutte électorale qui se déroule dans la circonscription fédérale de Saint-Boniface, au Manitoba :

« À l'Ouest de l'Outaouais, l'Outaouais ontarien s'entend, n'y a pas de communauté où vivent davantage de francophones au Canada : 3 000 Franco-Manitobains peuplent Saint-Boniface. Le comté là-bas est libéral depuis 1988, mais pourrait fort bien passer aux conservateurs cette fois-ci. Chose certaine, les francophones vont avoir leur mot à dire là-dedans. »

Le 15 octobre 2008, M. Réjean Grenier m'écrit qu'il y a deux erreurs dans cette présentation : il n'y a pas 13 000 francophones, mais 29 000 francophones à Winnipeg. Saint-Boniface n'est pas non plus la communauté où vivent le plus de francophones à l'Ouest de l'Outaouais ontarien. Toronto et Sudbury en comptent davantage. Voici un extrait de la plainte de M. Grenier :

« (…) Quelle ignorance chez un diffuseur national dont le mandat est de refléter la réalité canadienne! (…) J'y vois encore le reflet d'un parti pris socio-politique qui n'a pas sa place en journalisme. C'est à croire que dans ses bureaux éthérés de Montréal, la société d'état est noyautée par un groupe de petits Québécois réducteurs, imbus d'une idéologie passéiste, qui tentent encore de faire croire aux Québécois qu'il n'y a pas de salut hors de leurs étroites frontières (…). »

Le 17 octobre, dans sa réponse au plaignant, la direction a précisé que le chiffre de 13 000 francophones faisait référence à la circonscription fédérale de Saint-Boniface. Par ailleurs, elle a reconnu qu'un des membres de l'équipe du Téléjournal avait commis une erreur en écrivant « à l'Ouest de l'Outaouais », plutôt qu'à l'Ouest de l'Ontario :

« (…) L'animateur s'est rendu compte de l'erreur en direct. Il a tenté de la corriger sans y parvenir parfaitement. Bien sûr, il voulait dire à l'Ouest de l'Ontario. Cependant, nous sommes convaincus que le contexte était suffisamment clair pour que tout le monde comprenne qu'on parlait de l'Ouest de l'Ontario. Pour cette raison, nous ne croyons pas utile d'apporter de correction. (…) »

Le plaignant, qui exigeait une correction en ondes au Téléjournal, a écrit qu'il était insatisfait de cette réponse.

LA RÉVISION

Le journaliste, qui était allé tourner le reportage électoral à Saint-Boniface, avait soumis la présentation qui suit à l'équipe du Téléjournal :

« Une des batailles à surveiller au cours de cette élection a lieu dans Saint-Boniface au Manitoba où vivent quelques 13 000 francophones. Le comté là-bas est libéral depuis 1988, mais il pourrait fort bien passer aux conservateurs et les francophones auront leur mot à dire. »

Cette présentation ne contient pas d'erreur, mais une imprécision. On pourrait croire que 13 000 francophones vivent dans le quartier de Saint-Boniface, alors que ce chiffre s'applique à la circonscription fédérale de Saint-Boniface.

Règle générale, les deux rédacteurs qui écrivent les textes au Téléjournal remanient les présentations pour les rendre plus frappantes, pour faire des transitions entre les sujets ou, tout simplement, pour que le style corresponde davantage à celui de l'animateur.

Dans ce cas-ci, un rédacteur a fait une erreur significative en réécrivant cette présentation. Il a aussi répété l'imprécision contenue dans la présentation soumise par le reporter :

« 13 000 Franco-Manitobains peuplent Saint-Boniface ».

C'est la circonscription fédérale de Saint-Boniface, et non le quartier historique de Saint-Boniface, qui compte 13 000 francophones. La circonscription comprend aussi une bonne partie de la communauté de Saint-Vital, qui compte un nombre assez important de francophones. Donc, il y a certainement moins de 10 000 francophones dans le quartier de Saint-Boniface.

« À l'Ouest de l'Outaouais, l'Outaouais ontarien s'entend, n'y a pas de communauté où vivent davantage de francophones au Canada. »

L'erreur contenue dans la phrase ci-dessus est plus sérieuse. Le téléjournal, bulletin national diffusé à travers le pays, dit que Saint-Boniface est la plus importante communauté francophone à l'Ouest d'Ottawa! Qu'est-il advenu des autres communautés francophones de l'Ontario, que ce soit celles de Toronto (58 590 personnes de langue maternelle française) ou de Sudbury. Statistique Canada dénombre 19 005 personnes de langue maternelle française dans la circonscription de Sudbury, 26 305 dans celle de Timmins – Baie-James et 36 510 dans celle de Nickel Belt.

Saint-Boniface est bel et bien la plus importante communauté francophone à l'Ouest de l'Ontario, mais pas à l'Ouest d'Ottawa.

L'erreur a été commise par un rédacteur, et elle n'a pas été repérée par le chef de pupitre avant la mise en ondes à 22 heures. Ce soir-là, exceptionnellement, il n'y a pas eu de bulletin au RDI à 21 heures car le réseau diffusait le débat des chefs en anglais. En réécoutant le Téléjournal de 22 heures, on voit l'animateur hésiter, il semble essayer de corriger l'erreur, sans y parvenir (il ajoute « l'Outaouais ontarien s'entend »).

L'erreur est significative car on ne peut pas présumer que l'auditoire, principalement basé au Québec, sait qu'il y a d'importantes communautés francophones à Toronto et dans le Nord de l'Ontario. L'erreur a frappé le plaignant franco-ontarien, M. Réjean Grenier, car bien des francophones vivant à l'extérieur du Québec trouvent déjà que les téléjournaux nationaux ne reflètent pas assez leurs réalités.

Le premier directeur, Pierre Tourangeau, responsable entre autres du Téléjournal, qualifie l'erreur d'inacceptable. Il considère toutefois qu'un correctif au Téléjournal serait un remède disproportionné. Il propose de faire un correctif sur la page Mises au point, du site Web de Radio-Canada.

Conclusion

Les rédacteurs dans les salles de nouvelles sont des journalistes. Ils ont donc, tout comme les reporters, le devoir de faire des vérifications avant de modifier un texte fourni par un de leurs collègues. Ces vérifications sont beaucoup plus simples à effectuer qu'auparavant grâce à l'Internet, quelle que soit l'heure du jour.

La présentation lue ce soir-là était erronée. Elle ne respectait pas le principe d'exactitude contenu dans les Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.

En général, les rectificatifs en ondes sont réservés à des erreurs qui entachent des réputations, ou qui mettent en cause une personne ou une institution. Il faut chaque fois évaluer l'importance et/ou les conséquences réelles de l'erreur. Dans ce cas-ci, un rectificatif dans le site de Radio-Canada.ca me semble approprié.

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Version PDF de la révision.

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