Entrevue accordée par Bernard Derome (Tout le monde en parle)

Révision de Julie Miville-Dechêne, ombudsman | Services français

LA PLAINTE

Le 25 mars 2007, l'émission Tout le monde en parle présentait une entrevue de plus de 15 minutes avec le chef d'antenne Bernard Derome à la veille du scrutin provincial au Québec et de la soirée électorale à Radio-Canada. Dans le cadre de cette entrevue, M. Derome disait de Bernard Drainville, ex-journaliste à Radio-Canada et candidat péquiste dans Marie-Victorin :

B.D. : « Moi, je pense aussi que Drainville, il va aller très loin, il est pas allé là pour rien, je pense qu' il va aller très loin en politique. »

Le 28 mars, M. François Cyr, candidat de Québec solidaire, défait par Bernard Drainville dans la circonscription de Marie-Victorin, nous fait parvenir cette plainte :

1- « M. Bernard Derome est un journaliste connu et respecté à l'emploi de la SRC;

2- Lors de l'émission Tout le monde en parle diffusée le 25 mars 2007 M. Derome, dans le cadre d'une entrevue par ailleurs fort intéressante, a commenté de façon élogieuse la personnalité de son ex-collègue de travail M. Bernard Drainville;

3- M. Drainville était candidat dans la circonscription électorale de Marie-Victorin lors de l'élection provinciale du 26 mars dernier, le lendemain de la diffusion de l'émission;

4- Nonobstant les qualités personnelles ou professionnelles de M. Drainville, ce commentaire a procuré à ce candidat un avantage indu dont il est difficile d'estimer la portée. Il est par ailleurs bien connu que cette émission bénéficie d'une très large cote d'écoute;

5- Le caractère objectivement partisan de ce commentaire s'éloigne de la mission d'information de la Société;

6- Cette intervention de M. Derome ajoute à la confusion des rôles entre les fonctions d'information et celles de divertissement;

7- Bien que nous conservons toute notre admiration et notre estimepour le travail d'information de M. Derome, nous ne pouvons demeurer silencieux suite à cet incident. »

Le 3 avril 2007, Mme Geneviève Guay, directrice, Traitement des plaintes et affaires générales, Services français, lui répondait :

« Permettez-nous d'abord d'expliquer pourquoi de notre point de vue, ces prévisions de M. Derome n'ont rien à voir avec une prise de position politique de sa part. Dès qu'il a vu votre lettre, M. Derome nous a rappelé qu'il avait fait des prévisions semblables lorsque M. Jean Charest avait été élu pour la première fois à Ottawa, en 1984. Il nous faisait aussi remarquer ce matin que le nouveau député a déjà réussi à se faire entendre plusieurs fois dans les médias depuis son élection.

Vous savez sûrement que les qualités humaines ont un grand impact en politique. Ces qualités sont parfois tellement évidentes qu'elles deviennent des faits reconnus et indéniables. Par exemple, il n'y a pas grand-monde au Québec, de toutes les tendances politiques, qui nierait ces temps-ci les qualités de communicateur du chef de l'ADQ, Mario Dumont. Les lui reconnaître n'a rien de partisan. C'est plutôt du simple réalisme. On peut même parler ici de la reconnaissance d'un fait.

Si notre animateur s'est permis de tels propos, c'est que sa longue expérience lui a donné l'occasion de bien comprendre les qualités humaines requises par la carrière politique. Il connaît aussi très bien M. Drainville pour l'avoir côtoyé de près. Il n'a fait qu'avancer ce que d'autres constateront probablement plus tard, si le nouveau politicien ne rencontre pas trop d'obstacles sur sa route.

Nous ne demandons pas à notre chef d'antenne de rapporter simplement les faits de la journée ou de la semaine comme un automate. Nous lui demandons de tirer parti de son expérience pour analyser les événements et faire profiter l'auditoire de ses nombreuses années d'observation de la scène politique. Oui, il doit faire tout cela sans parti-pris et nous sommes convaincus nos auditeurs peuvent être tout à fait rassurés à ce sujet.

Vous soulevez au point 4 de votre lettre la question de l'influence qu'aurait pu avoir l'énoncé de M. Derome sur le vote dans votre comté de Marie-Victorin. Vous parlez d'un commentaire dont il est difficile d'estimer la portée. À ce sujet, nous croyons que plus les électeurs sont informés, mieux ils connaissent ceux qui aspirent à les représenter, plus ils sont en mesure d'exprimer librement leur droit de vote. En politique, un événement ou une déclaration peut inciter un électeur à voter dans un sens et susciter chez un autre une réaction complètement opposée.

Vous savez par ailleurs que Radio-Canada a donné une tribune plus grande que jamais pendant cette campagne électorale à deux tiers partis. Un de ces partis était Québec solidaire que vous représentiez dans Marie-Victorin. Nous croyons que les électeurs qui souhaitaient s'informer sur les idées défendues par ce parti ont trouvé ce qu'ils cherchaient à nos antennes et sur notre site Internet. »

Le même jour, M. François Cyr réplique :

« Je prends acte que vous considérez que l'évaluation des qualités humaines des gens relèvent des faits et non des perceptions subjectives. Cela m'inquiète mais ne m'étonne pas. Departemental biais dirait-on en langue anglaise.

Plusieurs personnes de mon entourage ont perçu différemment cet incident: un encouragement d'un ex-collègue de travail donné devant 2 millions de personnes à un candidat quelques heures avant un scrutin. La gentille tape dans le dos à un gars de la gang… Mais ce n'est qu'une perception ! Comme si la politique n'était pas, hélas, très souvent qu'affaires de perceptions. Dans le fond, quoi de plus normal, de plus humain que de témoigner de son estime pour un collègue de travail qui fait le grand saut ? À bon droit et pour cause, M. Drainville jouissait déjà d'une large notoriété de par son statut de journaliste. C'est bien. Mais pourquoi en ajouter? »

M. Cyr demande donc une révision de sa plainte par l'ombudsman.

Le mandat de l'ombudsman

Le mandat de l'ombudsman, c'est de :

«… juger si la démarche journalistique ou l'information diffusée qui fait l'objet de la plainte enfreint les dispositions de la politique journalistique de Radio-Canada… »

Aussi appelée Normes et pratiques journalistiques (NPJ, accessible à l'adresse web suivante : www.ombudsman.cbc.radio-canada.ca/).

Cette politique s'appuie sur trois principes fondamentaux : l'exactitude, l'intégrité et l'équité

« L'exactitude : L'information est fidèle à la réalité, en aucune façon fausse ou trompeuse. Cela exige non seulement une recherche attentive et complète, mais une langue châtiée et des techniques de présentation sûres, y compris pour les éléments visuels.

L'intégrité : L'information est véridique, sans déformation visant à justifier une conclusion particulière. Les professionnels de l'information ne tirent pas profit de leur situation avantageuse pour faire valoir des idées personnelles.

L'équité : L'information rapporte les faits pertinents, reflète impartialement les points de vue significatifs et traite avec justice et dignité les personnes, les institutions, les problèmes et les événements. » (NPJ, III)

La politique journalistique est un ensemble de règles que la Société Radio-Canada s'est données au fil des ans. Ces règles, qui visent à développer un journalisme d'excellence, vont bien au-delà des prescriptions de la Loi. Elles proposent un idéal difficile à atteindre, mais vers lequel tous les artisans doivent tendre.

La révision

Le mélange des genres

La plainte met en lumière une pratique de plus en plus courante dans les médias électroniques : le mélange des genres, c'est-à-dire la tendance à mêler l'information, le divertissement, les variétés. Tout le monde en parle est l'exemple parfait de ce mélange qui, de toute évidence, plait aux téléspectateurs, puisque le 25 mars dernier l'émission a obtenu un auditoire moyen par minute de 1 927 000 selon les données BBM.

Il n'est donc pas étonnant que la direction de l'Information de Radio-Canada voit d'un bon œil et même encourage fortement ses animateurs et journalistes vedettes à accepter les invitations de Guy A. Lepage. Sophie Langlois, Daniel Lessard, Céline Galipeau et Charles Tisseyre ont tour à tour défilé sur ce plateau. Des journalistes moins aguerris, comme Julie Marcoux, y sont venus raconter candidement leur première expérience marquante à l'étranger.

Sur ce plateau, le journaliste invité se fait bombarder de questions, parfois imprévisibles. Il doit répondre du tac au tac pendant souvent plus d'une demi-heure à un intervieweur-humoriste qui passe en une fraction de seconde de la blague aux choses sérieuses. Peut-on vraiment s'attendre à ce que ce journaliste puisse respecter les règles de déontologie auxquelles il est habituellement soumis? À Tout le monde en parle, cela relève presque de l'exploit.

Ce talk-show est un véhicule publicitaire extraordinaire pour le service de l'Information : rappelons que le 25 mars, nous sommes à 24 heures de la soirée électorale de Radio-Canada. C'est un moment très important pour une télévision publique qui se définit comme étant la référence en période électorale. Bernard Derome en est à sa 19e soirée électorale. Il y a cinq ans, on n'aurait pas imaginé un journaliste peu enclin au badinage comme M. Derome aller « vendre » sa soirée électorale dans une émission de variétés. Mais le contexte change.

Selon la directrice du traitement des plaintes, Geneviève Guay, « (…) Nous ne croyons pas que l'information doive devenir du "show business" mais nous croyons qu'il est sain et normal de publiciser nos émissions d'information. Nous vivons dans un univers de compétition où les animateurs sont perçus comme des vedettes. Le public a besoin de s'identifier et de s'attacher à des vedettes. C'est de cette façon que le public construit la confiance qu'il accorde à une entreprise de presse (…). »

Cette vision a le mérite d'être claire, mais Tout le monde en parle n'est pas l'équivalent d'une entrevue dans un magazine à potins sur les talents culinaires de telle ou telle vedette. Dans le talk-show de Guy A.Lepage, la pression est extrêmement forte. Les invités veulent être à la fois intéressants, drôles et vifs d'esprit. Et pour les journalistes de Radio-Canada, il s'agit d'un exercice particulièrement périlleux car même s'ils participent à une émission de variétés, ils sont toujours soumis aux Normes et pratiques journalistiques (NPJ). À ce sujet, la politique des programmes de Radio-Canada est claire :

« (…) lorsque des éléments d'information sont introduits dans une émission de divertissement, ses Normes et pratiques journalistiques touchant le pluralisme et l'équilibre des opinions s'appliquent, surtout si des questions controversées sont abordées. Ce principe est particulièrement pertinent dans les émissions où les participants sont invités à donner leurs points de vue sur l'actualité et la politique, ou émettent spontanément des opinions sur des questions controversées. » (Politique des programmes, no 9)

Un journaliste qui a déjà participé à Tout le monde en parle me confiait son dilemme. « C'est extrêmement difficile, tu veux donner un bon show, tu es obligé de jouer le jeu, pour mousser ton émission. » En même temps, il savait très bien que pour « donner un bon show », il fallait qu'il aille à l'extrême limite de ce que la politique journalistique permet. « De quoi aurais-je l'air », a t-il conclu, « si j'interrompais Guy A. Lepage pour lui dire, "Ah non, la politique journalistique ne me permet pas de répondre à cette question". »

Il est évident que cette tendance au mélange des genres, cette nouvelle réalité journalistique ou le fait brut et le point de vue sont allègrement juxtaposés, tout cela mérite une réflexion plus poussée. C'est un sujet sur lequel je compte revenir durant mon mandat.

Analyse ou éloge

Revenons au cœur de la plainte, soit les propos de Bernard Derome dans le cadre de l'émission Tout le monde en parle. Ces commentaires ont été enregistrés le jeudi 22 mars, et diffusés la veille du jour du scrutin, soit le 25 mars à 20 heures.

Les voici dans leur contexte :

Question de Guy A. Lepage : « Deux journalistes de Radio-Canada ont fait le saut en politique, Bernard Drainville est candidat pour le Parti québécois, Christine Saint-Pierre pour le Parti libéral. Avez-vous été surpris de leur décision? »

Réponse de Bernard Derome : « Christine Saint-Pierre, non, pour être franc, je savais qu'elle avait déjà eu des offres dans le passé, qu'elle était intéressée, qu'elle voulait bouger. Bernard Drainville, ça, j'ai été très surpris. D'un autre côté, je le vois aller, de la même façon, moi je vais vous dire une chose : dans le cas de Drainville, je l'ai dit dans le cas d'autres candidats qui se présentaient pour la première fois. La première fois que M. Charest s'est présenté en 85, j'ai dit, ça, c'est un nouveau gars qui arrive à Sherbrooke et qui est au fédéral, j'ai dit : "Regardez le aller parce qu'il va aller loin ce gars là! " Moi je pense aussi que Drainville, il va aller très loin, il est pas allé là pour rien, je pense qu'il va aller très loin en politique. » (Texte mis en caractère gras par l'ombudsman.)

Est-ce que ce dernier commentaire relève de l'analyse comme le soutiennent Bernard Derome et la direction de l'Information où est-ce que l'animateur « a commenté de façon élogieuse » la personnalité de son ex-collègue comme le soutient le plaignant. Voici ce que dit la politique journalistique de Radio-Canada sur les « analyses » :

« Les mises en contexte et les analyses ont comme seul objectif de permettre à l'auditoire, qui compte sur la presse audiovisuelle comme principale source d'information, de comprendre le mieux possible les évènements et les problèmes et d'en apprécier la portée. » (NPJ, IV, 1.2)

La direction de l'Information juge que Bernard Derome a fait de l'analyse car en décrivant ainsi le potentiel de Bernard Drainville, il fait comprendre aux téléspectateurs que le Parti québécois a mis la main sur un candidat qui aura probablement de l'influence dans le parti et peut-être aussi dans la vie politique québécoise.

Il m'apparaît que le commentaire de M. Derome relève davantage de l'intuition, de l'opinion. Il ne s'agit ni de flatterie, ni de louange, ni d'éloges, comme l'avance le plaignant mais il s'agit tout de même d'une prédiction non vérifiable, Oracle sibyllin, diront certains. Or, les normes radio-canadiennes qui limitent, il est vrai, la liberté d'expression, exigent du journaliste un devoir de réserve.

« Le professionnalisme, pour un journaliste, ce n'est pas tant l'absence d'opinion, ou d'émotions, que la capacité de les reconnaître et de s'en distancier, pour présenter l'information de façon objective. » (NPJ, III, 5)

Il est vrai que M. Derome connaît bien mieux que beaucoup d'autres B. Drainville. Ils ont travaillé ensemble et le chef d'antenne, un spécialiste des questions politiques, a été à même de juger des qualités du « correspondant » Drainville aux parlements d'Ottawa et de Québec. Il est évident que M. Drainville est un bon vulgarisateur, un bon communicateur, des qualités qui comptent beaucoup en politique. Mais M. Derome a été plus loin que ce simple constat : il a prédit que son ex-collègue irait très loin en politique. Peut-être a-t-il raison, peut-être a-t-il tort.

Bernard Derome a pourtant évité avec adresse les autres « pièges » de Guy A. Lepage. Il n'a donné aucun indice sur la façon dont il allait voter, il n'a émis aucune opinion sur Christine Saint-Pierre, ni sur la gouverneure générale, Michaëlle Jean, malgré les questions de l'intervieweur. Mais, dans le cas de Bernard Drainville, M. Derome a choisi de lui prédire un bel avenir, alors qu'on lui demandait seulement s'il avait été surpris par le saut en politique du journaliste.

La direction de l'Information évalue les propos mis en cause comme étant plutôt anodins. Selon elle, on verra en temps et lieu si B. Derome a eu du flair ou pas. Si oui, on dira qu'il a été le premier à parler du talent de l'homme, sinon on dira qu'il s'est trompé, sans plus. Je suis plutôt d'accord : à tout autre moment, ces commentaires seraient passés inaperçus, mais le 25 mars, on est à la veille de l'élection, à 12 heures de l'ouverture des bureaux de scrutin. Ces propos étaient de trop. À la veille du scrutin, le respect du devoir de réserve devait être plus manifeste.

Avec le recul, Bernard Derome convient qu'en période électorale, les sensibilités de tous les acteurs politiques sont à fleur de peau : Bernard Derome : « C'est sûr qu'il faut se tourner la langue sept fois dans la bouche avant de parler, je suis assez spontané, j'étais dans le feu de l'action (sur le plateau de Tout le monde en parle) »

Commentaire partisan ou non

Le plaignant estime qu'en prédisant un bel avenir à Bernard Drainville, candidat péquiste, M. Derome a émis un « commentaire objectivement partisan ».

Un partisan adhère à une cause, défend une personne, épouse un objectif. Pas de parti pris ici.

L'animateur n'a même pas fait référence à la formation politique à laquelle appartient M. Drainville. Bernard Derome a même pris soin de préciser qu'il avait fait le même genre de prédiction lors de l'arrivée en politique de Jean Charest. Ce préambule visait justement à prévenir le téléspectateur que l'allégeance du candidat n'est pas en cause.

Le plaignant reproche à Bernard Derome d'avoir, par son commentaire, procuré à M. Drainville un « avantage indu dont il est difficile d'estimer la portée ». Rien n'est moins certain. Tous les experts s'entendent sur le fait que la personnalité du candidat local compte bien peu dans le choix des électeurs. La circonscription de Marie-Victorin est péquiste depuis 1985. L'ex-députée du Parti québécois de l'endroit, Cécile Vermette a eu des majorités variant entre 2 937 et 7 390 voix. De plus, M. Drainville, grâce à son passé de journaliste, bénéficiait déjà d'une grande notoriété. Il a fait beaucoup d'apparitions dans les médias durant la campagne électorale. Il est difficile de croire qu'une simple phrase sur le plateau de Tout le monde en parle ait pu changer le cours de l'histoire.

Un traitement de faveur?

On peut comprendre que le plaignant, candidat de Québec solidaire dans Marie-Victorin, se soit senti désavantagé de ne pas avoir eu droit au même temps d'antenne que Bernard Drainville devant un aussi large auditoire. Il est vrai que parce que M. Drainville était un ex-collègue, M. Derome lui a prédit son avenir avec une belle assurance. D'autres candidats de talent, comme Phillipe Couillard en 2003, n'ont pas eu droit aux mêmes commentaires car on les connaissait moins avant leur élection. Donc, dans le cas de Drainville, il y a eu là une apparence de favoritisme, mais Bernard Derome ne pouvait pas non plus s'interdire de parler du candidat Drainville parce qu'il était son ex-compagnon de travail.ernard Derome est loin d'être le seul journaliste de Radio-Canada a avoir émis une opinion lors de son passage à l'émission Tout le monde en parle. Par exemple, le 6 novembre 2005, Daniel Lessard, l'animateur des Coulisses du pouvoir, prédisait à propos du scandale des commandites : « il y a personne qui va aller en prison ». Depuis ce temps, Paul Coffin, Jean Brault et Charles Guité ont écopé de peines d'emprisonnement, Jean Lafleur est derrière les barreaux. Un autre exemple : le 2 avril 2006, de retour d'Afghanistan, l'animatrice Céline Galipeau, déclarait : « (…) moi je dis : il faut que la communauté internationale reste (en Afghanistan) ». Il s'agit aussi à mon avis d'une opinion sur un sujet controversé.

Durant la soirée électorale, après le vote du 26 mars, l'opinion de Bernard Derome sur Bernard Drainville serait apparue anodine. La veille du scrutin, elle ne l'était pas.

J'estime donc qu'une partie de la plainte est fondée, mais il ne faut pas exagérer la portée de la prédiction de Bernard Derome.

Toutefois, je constate qu’il y a, de toute évidence, un risque à la participation des artisans de l’information à des émissions où la formule même les incite à donner leur opinion, souvent sur des sujets qui prêtent à controverse. La direction de l’Information juge bon de soumettre certains de ses artisans à cet exercice périlleux. J’invite la direction à faire preuve de prudence quand l’actualité, ou des controverses potentielles, augmentent les risques pour le journaliste. Je l’invite aussi à rappeler aux artisans que la politique journalistique s’applique, quelque soit la tribune.

Conclusion

Bernard Derome est loin d'être le seul journaliste de Radio-Canada a avoir émis une opinion lors de son passage à l'émission « Tout le monde en parle ». Par exemple, le 6 novembre 2005, Daniel Lessard, l'animateur des « Coulisses du pouvoir », prédisait à propos du scandale des commandites : « il y a personne qui va aller en prison ». Depuis ce temps, Paul Coffin, Jean Brault et Charles Guité ont écopé de peines d'emprisonnement, Jean Lafleur est derrière les barreaux. Un autre exemple : le 2 avril 2006, de retour d'Afghanistan, l'animatrice Céline Galipeau, déclarait : « (…) moi je dis : il faut que la communauté internationale reste (en Afghanistan) ». Il s'agit aussi à mon avis d'une opinion sur un sujet controversé.

Durant la soirée électorale, après le vote du 26 mars, l'opinion de Bernard Derome sur Bernard Drainville serait apparue anodine. La veille du scrutin, elle ne l'était pas.

J'estime donc qu'une partie de la plainte est fondée, mais il ne faut pas exagérer la portée de la prédiction de Bernard Derome.

Toutefois, je constate qu'il y a, de toute évidence, un risque à la participation des artisans de l'information à des émissions où la formule même les incite à donner leur opinion, souvent sur des sujets qui prêtent à controverse. La direction de l'Information juge bon de soumettre certains de ses artisans à cet exercice périlleux. J'invite la direction à faire preuve de prudence quand l'actualité, ou des controverses potentielles, augmentent les risques pour le journaliste. Je l'invite aussi à rappeler aux artisans que la politique journalistique s'applique, quelque soit la tribune.

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[1] Texte mis en caractère gras par l'ombudsman

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Version PDF de la révision.

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