Vie publique et vie privée : les médias et le public sont-ils trop gourmands?

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Une question qui se pose, et doit se poser, régulièrement, Tiré d’ ICI.Radio-Canada.ca

La relation entre les vedettes, les médias et les fans peut être complexe. L'annonce récente des séparations de couples célèbres au Québec a soulevé des questions. Tentons d'y répondre.

Mariloup Wolfe et Guillaume Lemay-Thivierge comme Marie-Mai et Fred St-Gelais étalent activement leur vie privée sur les réseaux sociaux. Leur mutisme dans cette période difficile de leur vie a animé les médias et relancé le débat sur la frontière entre vie privée et vie publique.

Leur séparation a donné lieu à plusieurs interrogations : les célébrités perdent-elles leur droit à la vie privée quand elles montrent leur intimité? Ces personnalités ont-elles une dette envers les journalistes et le public après avoir généreusement ouvert les portes de leur vie intime ?

Selon le professeur titulaire au Département de communication de l'Université d'Ottawa, Marc-François Bernier, spécialiste de l'éthique en journalisme, les séparations des personnalités sont des nouvelles d'intérêt public, « mais leur influence est faible ».

Écoutez le compte-rendu de Mélanye Boissonnault au 15-18

Surtout, les personnalités actives publiquement n'ont pas de dettes envers les journalistes, estime Marc-François Bernier.

« Les vedettes se servent des médias pour avoir de la promotion, de la visibilité, et les médias se servent de la vedette pour avoir plus de public, de rentabilité, de cotes d'écoute et de tirage. C'est une transaction qui ne fait que des gagnants. »— Marc-François Bernier

Le consentement qu'accorde donc l'artiste aux médias peut être repris, poursuit Marc-François Bernier, à l'exemple de la porte de notre demeure, qu'on peut ouvrir et fermer à notre gré. « On accepte de donner accès à certaines informations certains moments, et après on a le droit de ne pas donner l'accès parce que ça ne concerne que soi. Sinon, le concept de vie privée ne tient plus du tout. »

« Les artistes n'ont pas d'obligation de transparence de la vie privée, surtout lorsqu'elle porte sur les enfants, les parents, les conjoints. Ce n'est pas parce qu'ils ont une vie publique qu'ils appartiennent au public. »— Marc-François Bernier

Monnayer sa personnalité

Pourquoi tant d'artistes étalent leur vie privée sur la place publique? « Le premier produit d'un artiste est sa personnalité, qui est monnayable », et cette caractéristique se traduit souvent par un dévoilement partiel ou régulier d'informations privées à son sujet, soutient Marc-François Bernier. En cette ère de médias sociaux et d'information en continu, les occasions sont belles pour les artistes de présenter leur quotidien au plus grand nombre.

Le spécialiste de l'éthique en journalisme compare même cette situation à celle de l'athlète qui « évolue pour une équipe. Sa personnalité prend moins d'importance dans la réussite [de l'équipe], alors qu'un artiste compte principalement sur sa personnalité pour bâtir et développer sa carrière ».

Cette situation s'applique également aux athlètes qui pratiquent un sport individuel comme le tennis, à l'exemple d'Eugenie Bouchard.

Une dette envers les fans?

Les vedettes ont-elles une dette envers ceux qui les soutiennent dans les meilleurs moments comme dans les périodes difficiles de la vie? Marc-Antoine Bernier croit qu'elles ont toujours le choix de ne pas dévoiler davantage de détails en cette matière, « mais qu'elles doivent faire une analyse de coûts-bénéfices aussi, voir les avantages et les risques de trop en dire et gérer leurs rapports avec leurs fans ».

Pour l'artiste, la gestion de sa réputation et de son fonds de commerce devient alors cruciale.

De l'autre côté de la relation, le public a sa responsabilité. « Chaque fois qu'il consomme les sites et les magazines people, il dit à l'artiste et aux médias de continuer à publier ces nouvelles. Le jour où il arrêtera sa consommation, les médias changeront leur couverture. »

Avec les informations de Mélanye Boissonnault

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