« Le journalisme doit déranger »

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Entretien avec Christophe Deloire, le directeur de Reporters Sans Frontières. Tiré d’InaGlobal, un site web de l’Institut national de l’audiovisuel (France).

Quel est l'état de la liberté de la presse dans le monde ? Blogueurs de Raqqa, expulsion d'Ursula Gauthier en Chine, situation en Hongrie ou encore loi sur la protection des sources : entretien avec Christophe Deloire, le directeur de Reporters Sans Frontières.

Christophe Deloire a été nommé directeur général de Reporters Sans Frontières en juillet 2012.

Pourriez-vous nous dire sur quels critères vous jugez la liberté d’informer ?

Christophe Deloire : Les critères et la méthodologie sont totalement transparents. On a créé il y a trois ans un indice de la liberté de la presse basé sur 120 questions (40 quantitatives et 80 qualitatives). Nos correspondants répondent aux questions quantitatives grâce à la collecte toute l’année d’informations sur le nombre d’exactions, de journalistes tués ou détenus dans 130 pays. Les 80 autres questions font l’objet d’un questionnaire en ligne, soumis à des répondants sélectionnés par nous-mêmes qui peuvent être des journalistes, des universitaires, des militants... Il y a ensuite une pondération par l’ordinateur, ce qui nous permet de dire si la situation s’est améliorée ou non.

Ce n’est pas un classement des gouvernements ni des États. C’est un classement de la situation de la liberté de la presse dans les pays. Il arrive que les gouvernements ne soient pas les seuls responsables, que la société puisse l’être aussi quand des violences sont exercées contre des journalistes par exemple. L’État peut cependant avoir une responsabilité quand il ne lutte pas assez contre l’impunité ou n’enquête pas assez sur les assassinats de journalistes.

Dans votre classement mondial de la liberté de la presse en 2015, vous notiez une détérioration générale. La situation s’est-elle améliorée depuis ?

Christophe Deloire : L’année 2015 aura été absolument terrible pour la liberté de la presse. On est entré dans une nouvelle ère de la propagande. Les nouveaux médias, qui ont permis d’ouvrir de grands champs de liberté, ont l’inconvénient majeur de permettre à n’importe quel pouvoir (économique, politique, religieux) de diffuser ses contenus à loisir et, le cas échéant, de les faire passer pour des contenus journalistiques alors que ces contenus ont été produits sans respecter les critères qui font le journalisme : la méthode, l’honnêteté et l’indépendance.

On peut penser aux vidéos de propagande des groupes djihadistes qui font parfois appel à des registres d’écriture qui peuvent ressembler à du journalisme mais qui ne le sont nullement.

La suite de cette discussion sur le site InaGlobal au bout de ce lien.

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