Le CH perd, et les médias qui le couvrent ont horreur du vide

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Quoi dire et écrire quand il n’y a rien à dire ni à écrire ? Dans mon livre à moi, genre… Le blogue de Martin Leclerc sur ICI.Radio-Canada.ca.

BILLET - Mercredi soir, en sortant du vestiaire du Canadien après la défaite contre les Sabres de Buffalo, un estimé collègue a lancé une boutade qui en dit long sur le climat qui règne dans l'entourage de l'équipe. « Les joueurs et le coach ne savent plus quoi dire [pour expliquer leurs insuccès] et, honnêtement, je ne sais plus trop quoi écrire », a-t-il déploré.

Un texte de Martin LeclercTwitterCourriel

L'imposante machine médiatique qui entoure le CH a horreur du vide. Tous les jours, nous sommes payés pour rapporter, expliquer ou commenter ce qui se passe au sein de l'équipe. Les salles de rédaction investissent des sommes colossales pour obtenir cette information et peu importe que l'équipe gagne ou perde, nous avons tous du temps d'antenne ou de l'espace à remplir.

Parfois, ces exigences de production signifient que même lorsqu'il ne se passe rien, il faut qu'il se passe quelque chose. Parce qu'on ne peut mettre en ondes cinq minutes de silence, et parce qu'aucun média ne peut placer un écran vide en manchette dans sa section des sports.

Comme la machine médiatique qui entoure le CH a horreur du vide, il y a de drôles d'histoires qui se propagent. Des affirmations qui se répandent sur la plupart des tribunes et qui finissent par être acceptées comme des faits, mais qui ne reposent pas sur grand-chose.

Cette saison, celle-ci est ma préférée : « La saison du Canadien est foutue. Il va falloir que la direction de l'équipe se résolve à faire opérer Carey Price. Qu'on mette fin à sa période de rééducation! Ça ne donne rien de le faire jouer si l'équipe ne participe pas aux séries. Qu'on le fasse opérer et qu'il revienne en forme la saison prochaine! »

Pardon?

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S'il y a une chose que nous savons au sujet de la blessure de Carey Price c'est que, justement, nous n'en savons rien.

Depuis que le gardien du CH a fait une rechute à la fin de novembre, la nature exacte de sa blessure n'a jamais été révélée par l'organisation. À tort ou à raison, Marc Bergevin a d'ailleurs vigoureusement défendu cette culture du secret.

La plupart des observateurs estiment qu'il s'agit d'une blessure au genou droit. Toutefois, même les orthopédistes (extérieurs à l'équipe médicale du CH) qui regardent patiner Price sont incapables de dire avec certitude, à distance, si c'est une hanche ou un genou qui a été touché. Et s'il s'agit effectivement d'une blessure à un genou, parle-t-on de dommages ligamentaires? De problèmes rotuliens? De cartilages endommagés?

Dans la confrérie médiatique, personne ne le sait avec exactitude.

Dans ce cas, comment peut-on même avancer l'idée qu'il serait dans l'intérêt fondamental de Price, et du Canadien, de l'expédier dans une salle d'opération?

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Depuis trois semaines, après une convalescence d'un mois et demi, Price a recommencé à patiner quotidiennement en compagnie du thérapeute athlétique du CH, Graham Rynbend.

Price est entouré, suivi et chouchouté par une équipe de spécialistes. L'aurait-on laissé retourner sur la patinoire s'il n'était pas en voie de guérison? L'aurait-on laissé entreprendre une période de rééducation si on avait cru qu'il devrait ultimement se faire opérer?

Comment, dans ce cas, peut-on présenter l'intervention chirurgicale comme une évidence ou un passage obligé?

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Outre ceux qui tiennent absolument à ce que Price se fasse charcuter, il y a ceux (et ils sont de plus en plus nombreux) qui demandent aux dirigeants du Tricolore d'empêcher leur gardien-vedette de revenir au jeu cette saison afin d'améliorer les chances de l'organisation de sélectionner un meilleur espoir au repêchage.

Rien que ça.

J'ai beau chercher, je suis incapable de retrouver un seul exemple d'équipe ayant un jour laissé le meilleur joueur de la LNH sur la touche, alors qu'il était en mesure de jouer, pour améliorer sa sélection au repêchage.

Empêcher Price de jouer lorsqu'il sera guéri?

Imaginez la réaction des amateurs qui déboursent des sommes importantes pour se procurer des billets et des abonnements de saison. Imaginez le désarroi des télédiffuseurs qui allongent des dizaines et des dizaines de millions pour retransmettre les matchs du CH.

D'ailleurs, si Price se rétablit complètement d'ici la fin de la saison, ne sera-t-il pas dans son intérêt et dans l'intérêt de toute l'équipe de le renvoyer dans la mêlée, de reléguer ce cauchemar au passé et de remettre le train sur les rails avant de partir pour l'été?

La machine médiatique a horreur du vide. Pendant que le Bleu-blanc-rouge s'éteindra tout doucement d'ici la mi-avril, voilà donc le genre de sujets auxquels nous aurons droit.

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