Sortie virulente du président du CRTC contre la direction de Bell Média

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Quand les propriétaires des entreprises de presse se mêlent de dicter à leur rédaction comment couvrir ou ne pas couvrir un événement, la chose, heureusement, passe rarement inaperçue. Tiré du d’ICI.Radio-Canada.ca.

Le président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), Jean-Pierre Blais, dénonce ce qu'il qualifie de manipulation de la couverture de l'actualité par la direction de Bell Media.

Un texte de Daniel Thibeault

Selon nos sources, jeudi dernier, le président de Bell Média, Kevin Crull, mécontent de la décision du CRTC d'imposer aux distributeurs qu'ils offrent à leurs abonnés le choix des canaux à la carte, est intervenu personnellement auprès du service de l'information de son entreprise.

Il aurait interdit l'utilisation d'extraits du président du CRTC dans la couverture journalistique.

Bell est propriétaire entre autres des réseaux CTV, CTV NewsNet, et de la chaîne d'information économique BNN.

Lorsque colère et information ne font pas bon ménage

Selon nos sources, le président de Bell Media était furieux après avoir pris connaissance de la décision du CRTC.

Plusieurs analystes estiment que ces nouvelles règles risquent d'avoir un impact négatif important sur les plans d'affaires de plusieurs distributeurs.

Ainsi, à 16 h 00, lorsque la chaîne d'information économique BNN a diffusé un extrait de la conférence de presse de Jean-Pierre Blais, Kevin Crull serait immédiatement intervenu pour interdire l'utilisation d'autres extraits à l'antenne.

Nos sources confirment aussi que quelques minutes plus tard, le réseau d'information de CTV a annulé une entrevue qui était prévue à l'émission politique « Power Play ». Cette période de temps a d'ailleurs été offerte à Radio-Canada, qui a devancé son entrevue.

Enfin, en soirée, la chef d'antenne du réseau Lisa Laflamme, le chef du bureau parlementaire Robert Fife et un réalisateur, ayant convenu qu'il était inconcevable de couvrir la décision du CRTC sans un extrait du président du conseil, auraient décidé de défier la direction de Bell.

Le bulletin de 23 h 00 contenait un extrait de Jean-Pierre Blais.

Kevin Crull offre sa version des faits

En journée mercredi, par voie de communiqué, Kevin Crull a expliqué avoir en fait suggéré à la direction de l'information de CTV qu'il serait plus judicieux de mettre l'accent sur l'impact des décisions du CRTC sur les consommateurs et sur les activités de Bell Media.

Il dit maintenant reconnaître avoir pu donner ainsi l'impression qu'il s'immisçait dans des questions éditoriales et affirme avoir présenté ses excuses aux personnes concernées.

« Leur réaction forte et franche à mon intrusion me permet d'apprécier d'autant plus leur sens de l'indépendance, leur intégrité et leur professionnalisme. »

— Le président de Bell Media, Kevin Crull

Le président du CRTC indigné

« Le fait qu'une compagnie réglementée n'apprécie pas une décision est une chose. Cependant, une allégation à l'effet que la plus grande compagnie de communications du Canada manipule la couverture de l'actualité est troublante » a indiqué Jean-Pierre Blais dans un communiqué émis en milieu de journée, avant que M. Crull n'émette le sien.

« Détenir une licence de radio ou de télévision est un privilège qui vient avec d'importantes obligations établies pour l'intérêt public, tout particulièrement en ce qui a trait à la qualité de la couverture de l'actualité et des reportages », a-t-il poursuivi.

Et Jean-Pierre Blais va plus loin. « Les Canadiens doivent se demander combien de fois l'intérêt corporatif aurait pris place devant l'équilibre et l'intégrité des reportages auxquels ils s'attendent de la part du système de radiodiffusion », laissant ainsi entendre qu'il ne s'agirait pas du premier incident du genre.

Des tensions, déjà, dans le passé

Ce n'est pas la première fois que Bell Media et le Conseil ont maille à partir. En 2012, le CRTC avait rejeté l'achat d'Astral par Bell Media. La transaction avait finalement été autorisée l'année suivante, après que Bell eut modifié son offre.

Plus récemment, le CRTC a décidé de mettre un terme à la substitution des publicités américaines durant la diffusion du Super Bowl dont les droits, au Canada, sont la propriété de CTV.

Le responsable des affaires réglementaires chez Bell, Mirko Bibic, était même intervenu personnellement par courriel auprès des commissaires pour tenter de les rencontrer afin d'expliquer le point de vue de Bell. La démarche avait alors choqué le président du CRTC. La directrice du contentieux au CRTC avait répondu à la note en qualifiant pareilles rencontres d'inappropriées.

La compagnie qui estime que cette décision lui causera d'importantes pertes financières a demandé à la cour fédérale la permission d'en appeler de la décision.

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