Niqab et médias

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

La campagne électorale fédérale en cours a été kidnappé par la question du port du Niqab lors des cérémonies d’assermentation des nouveaux citoyens canadiens. À qui la faute ? se demande le chroniqueur média du quotidien Le Devoir, Stéphane Baillargeon.

Par Stéphane Baillargeon

L’autre jour, il y a trois semaines, j’ai joué au journaliste, au vrai de vrai. Au pro de la base abonné à la une des journaux, à l’ouverture des téléjournaux, à la convergence médiacratique.

L’autre matin du 22 septembre, donc. Je dois couvrir Justin Trudeau qui annonce son programme pour l’État culturel fédéral. La conférence de presse a lieu à deux pas du Devoir, dans un hôtel du centre-ville de Montréal. La terrasse sur le toit est pleine. Les militants portent une cocarde. Les candidats attendent sur une estrade de fortune. La meute des collègues piaffe devant un micro autour d’une petite forêt de caméras et d’appareils photo.

Le chef arrive et ça commence. M. Trudeau promet de bonifier le budget des grandes institutions culturelles en arrosant l’ONF, Téléfilm, Radio-Canada/CBC, le Conseil des arts du Canada. Le budget annuel du CAC doublerait, pour passer de 180 à 360 millions. Quelques jours auparavant, le Bloc se désolait du fait que ses adversaires ne parlent pas de culture dans cette campagne et réclamait 300 millions pour le Conseil.

Les journalistes prennent ensuite le micro à tour de rôle. Aucune question ne vient sur l’annonce du jour, sur le programme culturel. Est-ce la faute au politique ou au médiatique si on parle si peu de programme et de problèmes culturels dans les médias ?

En lieu et place, les échanges portent sur de plus graves et profondes questions. La réforme de l’assurance-emploi, la légalisation de la marijuana, les débats des chefs et puis l’assermentation des nouveaux citoyens à visage découvert. Les collègues insistent et, finalement, M. Trudeau répond, en gros, que les Canadiens préfèrent entendre parler de création d’emplois.

Proportions éléphantesques

L’affaire du voile intégral commençait à gonfler. En trois semaines, elle a pris des proportions éléphantesques encore confirmées dans le dernier débat des chefs de TVA, vendredi.

À qui la faute ?

Ce n’est pas au politique de lui dicter ses priorités, répète la coterie journalistique. Très bien. Ça se défend férocement. Est-ce pour autant aux journalistes de décider ?

Au nom de quoi ? Du bon peuple ? Comme si les collègues lui lisaient dans les entrailles à la manière des anciens aruspices inspectant le ventre des poissons ?

Un autre exemple. Tom-Thomas Mulcair est dans le Grand Nord. Il veut parler protection de l’environnement et lutte contre la pauvreté des Autochtones. Seulement, il y a « comme un voile » cachant en partie le message, rapporte un chroniqueur émérite présent. Comme « un niqab qui colle à la campagne néodémocrate », à Iqaluit comme ailleurs, précise-t-il.

Et qui l’a traîné là, à 2000 km de Montréal, dans sa valise de cabine, avec le calepin de note, le micro et l’ordinateur ?

Les questions sur ce fichu tissu demeurent pertinentes. De là à les ânonner pendant vingt jours, jusque dans un coin du monde dont les médias ne parlent jamais. Il n’y a que 6000 Iqalummiut, 0,02 habitant au km2 au Nunavut et combien de musulmanes, voilées ou pas ?

La suite de cette chronique de Stéphane Baillargeon sur le site web du Devoir au bout de ce lien.

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