Liberté de presse et « bon journalisme »

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

« On n’admettrait pas que la liberté de religion ne soit protégée que pour ceux qui pratiquent la « bonne religion ». Alors, pourquoi la liberté de presse devrait-elle être conditionnelle à ce que l’on se conforme à une certaine conception du « bon journalisme »? se demande Pierre Trudel, professeur de droit à l’Université de Montréal, spécialiste du droit des médias. Tiré de son blogue dans le Journal de Montréal.

Par Pierre Trudel

La liberté d’expression et de la presse est une liberté fondamentale. Mais on a l’habitude de la traiter en insistant sur son caractère limité.

Pourtant, comme les autres libertés affirmées par un texte constitutionnel, la liberté d’expression et de la presse ne peut être légalement restreinte que par la loi, c’est-à-dire une règle adoptée et appliquée par des instances de l’État. Les autres règles que peuvent s’imposer les médias n’ont pas un tel caractère impératif. Elles ne s’imposent pas avec le soutien de la force de l’État et des tribunaux.

En somme, les médias ont la liberté de se réguler, de se restreindre. Mais il y un problème lorsqu’on cherche à imposer ces normes volontaires à tout le monde.

Les normes déduites de différentes conceptions se réclamant de l’éthique journalistique ne sont pas des règles de droit. Ce sont des opinions reflétant les valeurs de ceux qui les expriment ou s’en font les promoteurs. Certes, des opinions qui ne doivent pas être prises à la légère, mais quand même des opinions. Il y a donc une différence entre une limite à la liberté de presse découlant de la Loi et celle qui résulte d’évaluations à caractère éthique.La loi limite impérativement la liberté de la presse tandis que les obligations éthiques proposent des balises à l’exercice de la liberté auxquelles sont libres d’adhérer les journalistes et les médias.

Les règles éthiques reflètent les réflexions continues sur ce qui doit être recherché, sur les valeurs que doivent servir les médias et sur les pratiques à encourager. Mais lorsque ces réflexions sont utilisées afin de justifier des sanctions contre les médias, la liberté de presse est en danger.

La suite de ce blogue de Pierre Trudel sur le site du Journal de Montréal au bout de ce lien.