Le FFM : plus moderne, moins transparent

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré de la lettre hebdomadaire de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

Plusieurs journalistes se sont inquiétés récemment de la stratégie de communications du Festival des Films du Monde de Montréal (FFM).

Si numérique rime parfois avec transparence, la conférence de presse virtuelle par clavardage du FFM a plutôt eu l’effet inverse, le 12 aout dernier.

Les journalistes étaient invités à poser leurs questions en ligne sur un forum. Dès le début, il était impossible de savoir qui, précisément, répondaient à leurs questions. Serge Losique était accompagné d’une équipe de programmateurs anonymes.

Les intervenants derrière les claviers du FFM ont, ensuite, décidé de répondre uniquement aux questions qu’ils jugeaient pertinentes.

Interrogé sur le financement, le FFM a répondu que les questions devaient plutôt concerner la programmation du festival.

Lorsque les journalistes ont insisté, les programmateurs ont finalement indiqué que les médias seraient informés des finances après le festival, «si nécessaire».

Le FFM a ensuite martelé que la conférence de presse devait porter uniquement sur la programmation, prétendant savoir, plus que les journalistes, ce qui intéresse le public. « Nous nous occupons de la programmation, c’est ce qui intéresse le public et les professionnels».

Pas question, non plus, de parler de la structure de l’organisme. Une question portant sur le départ de l’ancien administrateur Michel Nadeau et la restructuration de l’évènement, a été jugée « hors d’ordre» par le FFM.

Lorsque les journalistes se sont repliés sur la programmation, les réponses continuaient d’être évasives. Impossible de définir, par exemple, qui seraient les grands noms, ni les incontournables : « Dans un festival international, tous les noms sont de grands noms », se sont fait dire les journalistes.

Au-delà du manque de contenu, c’est la formule de cette conférence de presse virtuelle qui était agaçante, voire hautaine.

«Ce mode virtuel, sous prétexte d’être 2.0, donnait plutôt l’impression d’ajouter une distance entre les journalistes et la direction», estime la responsable des affectations au module culture de Radio-Canada, Louise Rousseau, qui a posé des questions.

Elle juge que pour rendre l’opération plus limpide, il faudrait, au minimum, que les journalistes et les répondants du FFM s’identifient clairement à chacune des interventions.

Pour Andréanne Chevalier, journaliste au journal Métro qui a aussi suivi la conférence, cette façon de faire est frustrante.

«Le processus n’était pas clair, on ne savait pas qui posait les questions ni qui y répondait (jusqu’à ce que quelqu’un le demande). Les réponses tardaient : il s’est écoulé au moins une demi-heure avant que je vois une réponse à ma question. Je me demandais s’ils l’avaient reçu ou s’ils n’y répondraient tout simplement pas», a-t-elle affirmé à la FPJQ.

Manon Dumais, journaliste au quotidien Le Devoir a aussi déploré la formule utilisée.

La journaliste juge que la séance de clavardage qui durait deux heures était dénuée de tout contenu informatif.

«J’ai vu cela comme une perte de temps, car les seules informations obtenues se trouvaient dans un communiqué lui-même très laconique», a-t-elle dit.

La journaliste soutient avoir reçu très peu d’information sur ce qui était pourtant le sujet du jour : la programmation. Elle a dû effectuer ses propres recherches a posteriori.

Une conférence de presse en ligne peut fonctionner, et même être efficace, lorsque l’on répond aux questions des journalistes. Cependant, faire passer des réponses prédéfinies déjà disponibles dans un communiqué pour une séance de clavardage, répondre de façon anonyme, et se moquer du public en refusant des questions pertinentes sur le financement et la structure de l’organisme est non seulement une perte de temps, c’est une façon déguisée de mettre un frein à l’information.

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