En Chine, le procès d'un avocat militant tourne à la bagarre

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré de ICI Radio-Canada.ca

Radio-Canada avec Reuters, Le Monde, Guardian et Agence France-Presse.

Le procès de l'avocat Pu Zhiqiang, l'un des défenseurs des droits de l'homme les plus connus en Chine, a été expédié en trois heures lundi sur fond d'échauffourées entre les policiers d'un côté, et les manifestants et les journalistes tenus à l'écart du procès de l'autre côté.

Plusieurs personnes s'étaient déplacées pour apporter leur appui au célèbre avocat, mais tous ont été rabroués par l'imposant déploiement policier. Des membres des forces de l'ordre habillées en civil ont violemment repoussé les journalistes. « Quand vous venez en Chine, il faut respecter les lois chinoises », a lancé un policier à un journaliste. Au moins trois personnes ont été arrêtées et deux ont été plaquées au sol, rapporte l'AFP.

Les autorités ont aussi bousculé des diplomates du Canada, de l'Australie, des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la Nouvelle-Zélande et de l'Allemagne venus assister au procès. Ces derniers se sont fait dire que la salle d'audience était « pleine » et n'ont pu y accéder.

Le procès de Pu Zhiqiang est particulièrement emblématique pour la Chine. Ce militant a été arrêté il y a un an et demi pour « incitation à la haine raciale » et « provocation de troubles » sur la base de sept messages publiés sur Weibo, l'équivalent de Twitter en Chine, entre 2011 et 2014. Dans ces messages, il critiquait la légitimité du Parti communiste chinois et ses politiques.

Ces accusations pourraient le mener à purger une peine de huit ans de détention, selon son avocat, Mo Shaoping.

M. Pu a accepté de « présenter ses excuses à quiconque aurait été blessé » par ces messages. Toutefois, il refuse d'en renier le contenu, a rapporté son avocat. Il réfute les charges portées contre lui et dit qu'« il n'a pas incité à la haine raciale et que ce n'était pas son intention ».

« Comme juriste, je crois au droit, donc je crois et j'espère que ce tribunal pourra prononcer un verdict qui résistera au jugement de l'histoire. »— Pu Zhiqiang lors de son procès

Aucun verdict n'a été prononcé, mais sa condamnation est fort probable, la justice étant rattachée au pouvoir politique en Chine.

Un procès censuré

Comme les journalistes et les diplomates, les amis et les proches de M. Pu se sont vu refuser l'accès à la Cour. Seule la femme de Pu Zhiqiang, qu'il n'a pas vue depuis son arrestation, il y a 19 mois, a pu assister au procès.

« Ils n'ont pas d'humanité. À l'extérieur, le gouvernement parle de démocratie, de droits de l'homme, mais ici, rien de tout cela n'existe », a déclaré à l'AFP Mme Bao Renpu, une manifestante près du tribunal.

Xie Sunming, un ancien client de Pu Zhiqiang, a fait 20 heures de route pour se rendre au procès, redoutant d'être arrêté s'il prenait l'avion ou le train. « Ils ne nous laissent pas rentrer dans le tribunal, mais ce n'est pas grave. Je viens soutenir Pu, un homme bon qui m'a immensément aidé », explique-t-il. Lui aussi avait été accusé d'avoir critiqué le gouvernement dans des propos diffusés sur les réseaux sociaux.

Les accusations portées contre lui

« L'incitation à la haine raciale » concerne des messages diffusés sur Weibo en 2014 qui mettaient en doute les informations du Parti communiste sur les attentats de 2014 de Kunming et d'Urumqi, attribués à des djihadistes ouïgours.

Le peuple ouïgour, musulman et turcophone, représente 45 % de la population du Xinjiang, une région autonome de la République populaire de Chine depuis 1955. L'année dernière, une escalade de violence a eu cours entre les forces de l'ordre chinoises et les Ouïgours. Ces derniers affirment être exclus des efforts d'investissements de Pékin dans leur région et d'être entravés dans la pratique de leur religion et de leur culture.

M. Pu critique notamment les « politiques absurdes », fondées sur le « contrôle et la vision d'autrui [les Ouïgours] en ennemis » du gouvernement chinois dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang.

« Si vous prétendez que le Xinjiang, c'est la Chine, alors ne le traitez pas comme une colonie et ne vous comportez pas en conquérants et en pilleurs! », écrit-il.

L'accusation de « provocation de querelles et de troubles » porte sur plusieurs messages critiquant des partisans du Parti communiste. Il se moque notamment de Mao Xinyu, le petit-fils de l'ancien leader communiste Mao Tsé-Toung.

Un message publié par M. Pu critique aussi le gouvernement d'avoir caché des informations concernant un déraillement de train en Chine qui avait fait 40 morts en 2011.

Dans ces publications sur Weibo, Pu Zhiqiang s'interroge sur la légitimité et la compétence des responsables du régime communiste, dénonçant leurs « mensonges » et leur « hypocrisie ».

Support de la communauté internationale

Bien que la couverture du procès ait été censurée en Chine, plusieurs ont démontré leur appui à Pu Zhiqiang.

Son ancien client, le célèbre artiste chinois Ai Weiwei a déclaré qu'« un gouvernement qui condamne des gens pour leurs idées et leurs opinions est dans une impasse morale. Il affiche ainsi son propre désespoir et sa folie au reste du monde ».

Une lettre publiée par l'ancienne ministre de la Culture de la République de Chine, Lung Yingtai sur le réseau social WeChat a abondamment circulé peu avant le procès.

« Le juge doit savoir que les Chinois du monde entier attendent ce moment [...] la machine d'État va juger un homme pour avoir écrit 600 mots. Oui, Pékin, montre-nous donc! Nous voulons savoir quel degré de civilisation ton rêve chinois a bien pu atteindre », a-t-elle écrit.

Un ami de M. Pu, l'américain Perry Link, a dit que les accusations portées contre lui étaient une excuse du Parti communiste pour justifier sa détention. « La vraie raison est que depuis 1989 et Tiananmen, il est un symbole de liberté de parole », explique-t-il.

« Il est grand, articulé, charmant, intelligent, bien informé et a une réputation de héros partout en Chine puisqu'il dit la vérité et spécialement sur le dossier de la liberté d'expression. »— Perry Link, ami de Pu Ziqiang

Dan Biers, un haut conseiller politique américain a affirmé que : « Les avocats et représentants de la société civile ne devraient pas faire l'objet d'une répression incessante ».

« Nous réclamons la libération de M. Pu et appelons la Chine à respecter les droits civils fondamentaux », a-t-il poursuivi.

Sur Weibo, plusieurs internautes ont adopté la photo de Pu Zhiqiang sur leur profil en signe d'appui.

Depuis l'arrivée au pouvoir du président chinois Xi Jinping, Pékin a renforcé la répression des voix critiques émanant de la société civile. Plusieurs dizaines d'avocats défenseurs des droits de l'homme avaient été détenus en juillet dernier à travers le pays.

Pu Zhiqiang, 50 ans, a notamment défendu les victimes de camps de rééducation par le travail, l'artiste chinois Ai Weiwei et un nombre important de citoyens qui ont critiqué les autorités.

À lire aussi : La Chine juge incorrect et partial un rapport de l'ONU sur la torture dans ses prisons

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