Dominique Payette tire à boulets rouges sur les radios privées de Québec

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Les conclusions de l’étude sur les médias de la capitale, commandée par Pauline Marois à la professeur en journalisme de l’Université Laval, Mme Dominique Payette, après la défaite électorale de 2014. Tiré de ICI.Radio-Canada.ca

« Il y a un régime de peur dans la région de Québec » affirme d'entrée de jeu Dominique Payette en parlant des opinions véhiculées par les radios privées de Québec, « et beaucoup de gens en souffrent ».

Un texte d'Aude Brassard-HalléTwitterCourriel

La professeure de l'Université Laval rend publique mercredi son étude sur les médias de la capitale, commandée par Pauline Marois après la défaite électorale de 2014.

Alors qu'au départ la recherche devait s'orienter vers la partisanerie des médias, Dominique Payette avance que l'idée de climat social s'est imposée.

En entrevue, la professeure explique que l'enjeu dépasse largement celui des médias. « L'enjeu, c'est le climat social », clame Dominique Payette, qui avait également réalisé un rapport sur l'état des médias au Québec en 2010, à la demande de Jean Charest.

« Au fur et à mesure que je faisais des rencontres, j'ai réalisé : bordel! Ce n'est pas ça, l'enjeu », s'exclame-t-elle avant d'ajouter : « Ce qui est frappant, c'est comment tout ça se répète dans les autres médias, de manière tout à fait insidieuse. C'est comme si tout l'écosystème médiatique se faisait l'écho de ces dérapages-là. »

La professeure a réalisé des entrevues anonymes avec des acteurs de différents milieux pour brosser un portrait de l'impact de ce qu'elle qualifie de « dérapages ».

Pour elle, plusieurs en sont victimes. Elle affirme notamment avoir été confrontée par exemple aux témoignages d'enfants intimidés dans des cours d'école après que leurs parents syndicalistes eurent été la cible d'attaques de radios d'opinion.

Un rapport dénoncé dès le départ

La commande avait soulevé beaucoup de questions dans les médias de la région de Québec, certains avançant que le rapport était écrit d'avance. Des allégations que Dominique Payette réfute. Le rapport d'une cinquantaine de pages se penche sur tous les médias, journaux, télévisions et radios, mais c'est surtout ces dernières qui occupent les pages de Les médias à Québec, un enjeu capital.

Questionnée sur ses propres biais politiques - elle a été candidate péquiste dans Charlesbourg lors de la dernière élection provinciale -, Dominique Payette se défend d'en avoir contre les médias qui véhiculent des idées autres que les siennes.

« Le problème, c'est qu'on n'a que des médias d'opinion. Je n'ai pas de problème que ce soit orienté. Mais est-ce qu'on a vraiment besoin que ce soit tout dans la même direction? » demande-t-elle.

« Le problème, ce n'est pas qu'ils soient conservateurs, le problème, c'est qu'ils ne soient pas tolérables sur le plan social. »— Dominique Payette

« Ce n'est pas normal qu'ils fassent des ennemis avec les fonctionnaires, qu'ils fassent des ennemis avec des groupes féministes, qu'ils fassent des ennemis avec des groupes sociaux. Qu'ils soient anti-péquistes au final me dérange assez peu. »

Pas de mystère Québec

Dominique Payette réfute par ailleurs l'idée reçue autour d'un « mystère Québec ».

« Il n'y a pas de mystère Québec au sens où l'on aurait développé ici une manière unique de propager les idées de droite. »

Selon elle, la situation des médias dans la région se vit également dans d'autres pays, notamment aux États-Unis et en Australie.

« On dit souvent que le phénomène ne peut pas atteindre Montréal où des tentatives de diffuser des contenus semblables semblent ne pas avoir réussi », peut-on lire dans le rapport.

« Il est plutôt probable que cet échec relatif soit dû à l'impatience des propriétaires pour qui le marché montréalais est tout simplement long à percer », conclut son auteur.

Peu de régulation

L'un des problèmes, avance-t-elle, est le manque de régulation des radios, qui sont soumises au Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR).

« La complaisance des décisions rendues par cet organisme d'autorégulation atteint un niveau insoupçonné », peut-on lire dans le rapport, qui cite une décision du 15 juillet dernier.

« Ainsi, après avoir reçu 145 plaintes contre un animateur qui disait, parlant de cyclistes : "tu mérites qu'un char te passe dessus", le CCNR a décidé que cette phrase constituait un excès de langage qui traduit un trop-plein de frustrations. [...] Et le comité estime inacceptable l'utilisation d'un langage grossier traduit par l'expression fuck you. »

En entrevue, elle ajoute : « Le Conseil a rendu la limite acceptable conforme aux normes de ces radios - et pas l'inverse [...] Ce qu'on dit, c'est qu'un enfant de Québec peut entendre qu'on doit écraser les cyclistes, mais pas fuck you ».

Selon elle, les citoyens sont résignés lorsqu'il est question des médias, « et agissent comme si c'était une fatalité ». Elle ajoute que le manque de recours autres que les tribunaux pèse lourd dans la balance.

Dominique Payette dénonce également ce qu'elle qualifie de manque d'engagement des différents gouvernements.

Elle recommande donc que les compétences liées à la gestion des communications soient rapatriées par le gouvernement du Québec.

Dans l'attente, elle souhaite que toutes les entreprises de presse, y compris celles qui sont régies présentement uniquement par le CCNR, soient soumises au Conseil de presse du Québec. Celui-ci devrait, selon la professeure, alors avoir le pouvoir d'imposer des amendes « suffisantes pour modifier les attitudes et les propos en ondes », peut-on lire dans le rapport.

Une concurrence dommageable

Si la majorité des conclusions de L'information à Québec, un enjeu capital porte sur les radios, Dominique Payette plaide également pour une meilleure régulation des médias écrits, notamment des quotidiens.

Elle avance notamment que les lois canadiennes sur la concurrence devraient être levées pour les journaux dans un même marché « et que ces entreprises de presse puissent notamment s'entendre pour fixer les tarifs de publicité », pour garantir l'indépendance des salles de presse.

Le rapport doit être mis en ligne sur le site Internet de l'Université Laval.

Dominique Payette a été mandatée par l'ex-première ministre pour réaliser une étude subventionnée à même son allocation annuelle discrétionnaire de 200 000 $. 25 000 $ avaient été prévus pour le rapport d'une cinquantaine de pages, qui en aura finalement coûté 16 000 $.

Des responsables de radios privées à Québec ont affirmé qu'ils réagiraient après la parution du rapport.

Pour me joindre :

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