Cancer et poudre aux yeux: les sources anonymes

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Le recours aux sources confidentielles, souvent qualifiées d’anonymes par les médias eux-mêmes et comprises comme telles par le public, est-il devenu un paravent qui permet ce qui ne devrait pas être permis en journalisme ? Une réflexion de Michel Lemay, relationniste de carrière et auteur du livre Vortex, la vérité dans le tourbillon de l’information. Blogue tiré de son site web wapizagonke.com.

Par Michel Lemay

Le dimanche 13 décembre 2015, le New York Times revenait sur l’attentat ayant fait 14 morts en Californie onze jours auparavant. La manchette, à la une, était : « Visa Screening Missed an Attacker’s Zealotry on Social Media ». Le premier paragraphe se lisait comme suit : « Tashfeen Malik, who with her husband carried out the massacre in San Bernardino, Calif., passed three background checks by American immigration officials as she moved to the United States from Pakistan. None uncovered what Ms. Malik had made little effort to hidethat she talked openly on social media about her views on violent jihad. » Sur ce constat spectaculaire et dérangeant venait s’appuyer un long exposé qui faisait comprendre qu’en dépit des milliards de dollars investis et de la suppression des obstacles aux intrusions dans la vie privée, les autorités chargées de protéger le public étaient incompétentes au point de ne même pas examiner le matériel public circulant ouvertement sur les réseaux sociaux. L’article, bien entendu, a eu beaucoup d’impact. D’autant plus que, comme chacun sait, si le New York Times le dit, c’est que c’est vrai.

Le problème, c’est que ce n’était pas vrai. Le FBI a expliqué le 16 décembre que Malik avait utilisé Internet pour envoyer des messages privés, qui n’étaient aucunement visibles publiquement. Comme l’écrira l’ombudsman du Times, Margaret Sullivan, la prémisse de l’article était tout simplement sans fondement[1].

La prémisse en question, faut-il s’en étonner, provenait de sources anonymes. On ne sait pas combien de sources anonymes, puisque l’article attribuait l’information à plusieurs sources afin de respecter, au moins en apparence, le principe qui veut que toute information sensible soit corroborée. Y avait-il deux sources, trois, quatre ? On ne sait pas. Et comme c’est souvent le cas, le statut des sources en question était on ne peut plus vague (« American law enforcement officials »).

Le problème, ici, aurait été que toutes ces sources n’auraient pas fait la différence entre messages publics et messages privés, comme l’expliquera le rédacteur en chef du Times, Dean Baquet, qui avait lu l’article avant publication : « Our sources misunderstood how social media works and we didn’t push hard enough. » Donc plusieurs sources, indépendantes les unes des autres, auraient fait simultanément cette même erreur quant au fonctionnement des réseaux sociaux. Bien sûr. Et Elvis a été vu chez Wal-Mart pendant les Fêtes.

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