Attentats de Paris : Du journalisme d’urgence

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Sans aucune injonction du gouvernement, la presse semble s’être mise elle-même en état d’urgence. L’émotion laisse peu de place au vrai journalisme, écrit le chroniqueur Daniel Schneidermann dans le quotidien français Libération.

Ainsi donc, le gouvernement ne profitera pas de l’état d’urgence pour tenter de contrôler la presse. Trop aimable. Mais il n’en est pas besoin. La presse s’est placée toute seule en état d’urgence. Les logos des journaux, leurs identifiants sur les réseaux sociaux, portent bandeau noir. «Comment vaincre Daech», «Comment écraser Daech», «L’islamisme, notre ennemi» titrent les hebdos. Et ce ne sont que sondages indiquant que les Français sont prêts à limiter leurs libertés.

Mais comment en arrive-t-on là ? Comment s’incruste, dans les médias, ce couple de l’état d’urgence et de l’union sacrée ? Et dans les têtes des journalistes ? Et des lecteurs ? Comment ça passe des unes aux autres, et réciproquement ? Comment ça circule ? Comment les uns et les autres finissent-ils par parler cette langue commune de l’urgence ? Vieille question. Comment ça marchait, dans les têtes des journalistes en août 1914, ou dans les têtes des journalistes américains après le 11 Septembre ?

L’union sacrée, l’état d’urgence ne s’imposent pas seulement parce que les journalistes et leurs patrons veulent vendre des journaux ou faire du clic - même s’ils souhaitent évidemment vendre des journaux et faire du clic. Ils ne s’imposent pas seulement non plus parce que les dissidents risqueraient des représailles physiques, ou se feraient pourrir sur les réseaux sociaux. Tous les journalistes se font aujourd’hui pourrir sur les réseaux sociaux, c’est une donnée. Pas seulement non plus parce que les journalistes craignent d’être ostracisés par les «sources» politiques ou policières. On trouve toujours d’autres sources, si l’on est ostracisé. Il se construit un peu sur tout cela, le journalisme d’urgence, mais aussi sur d’autres choses, plus souterraines, plus imperceptibles.

La suite de cette chronique de Libération au bout de ce lien.

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