RUSSIE : Poutine fait main basse sur les médias occidentaux

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du site web du Courier international

Source : The Economist

En vertu d’une nouvelle loi, les journaux, radios et télévisions russes codétenus par des étrangers tombent dans l’escarcelle du président et de ses amis.

Vous travaillez pour un Etat étranger.” Voilà ce qu’aurait reproché un conseiller de Vladimir Poutine à Tatiana Lyssova, rédactrice en chef de Vedomosti, un quotidien économique respecté, lors d’une entrevue au Kremlin l’année dernière. Vedomosti [qui tire à environ 70 000 exemplaires] est en effet codétenu par trois groupes de médias étrangers : l’américain News Corp [éditeur du Wall Street Journal], le britannique Pearson (copropriétaire de l’hebdomadaire The Economist) et le finlandais Sanoma.

Et, dans l’esprit réducteur et conspirationniste des dirigeants du Kremlin, il n’en faut pas beaucoup plus pour faire de cette rédaction une annexe de la CIA et du MI6. Ce patriotisme paranoïaque, exacerbé par le conflit avec l’Occident dans l’est de l’Ukraine, permet de mieux comprendre pourquoi Vladimir Poutine a ratifié le mois dernier une nouvelle loi interdisant à partir de 2016 à toute entreprise ou particulier étranger de posséder plus de 20 % d’un média basé en Russie.

Vedomosti sera l’une des premières victimes de cette décision. [De son côté, la chaîne de télévision américaine CNN a annoncé le 10 novembre la suspension de sa diffusion en Russie d’ici la fin de l’année.] Pour le finlandais Sanoma, qui cherchait déjà à céder sa participation de 33 %, le nombre de repreneurs potentiels va diminuer, de même que la valeur de ses parts. News Corp et Pearson auront également du mal à vendre ou à réduire leur participation.

Même chose pour l’allemand Axel Springer, qui publie l’édition russe de Forbes – magazine qui dénonce courageusement des scandales d’Etat. D’après l’agence de presse Bloomberg, Vedomosti pourrait finir par être repris par une filiale de Gazprom, le géant de l’énergie, ou par Iouri Kovaltchouk, un proche de Vladimir Poutine. Le cas échéant, c’est la crédibilité même du journal qui pourrait être remise en question.

La radio Ekho Moskvy [Echo de Moscou], d’inspiration libérale mais contrôlée par la branche médias de Gazprom, a toujours été tolérée en raison de son audience limitée. Récemment, elle a toutefois été menacée de recevoir la visite d’inspecteurs officiels, et le 31 octobre ses responsables ont été réprimandés pour avoir diffusé des contenus “extrémistes” dans sa couverture du conflit ukrainien.

Confiscation

Les médias d’information ne sont pas les seuls visés par la nouvelle loi. Les éditeurs étrangers de magazines comme les groupes Hearst ou Condé Nast devront également suspendre leur publication ou les vendre à bas prix. Il s’agit “clairement d’une confiscation”, s’indigne Derk Sauer, investisseur néerlandais et fondateur de Vedomosti, en 1999.

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