PKP décapé Éthique et médiatique dans l’engagement politique de Pierre Karl Péladeau

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Par Stéphane Baillargeon

Tiré du quotidien Le Devoir

Pierre Karl Péladeau et Silvio Berlusconi, même combat ? Le nouveau chevalier de l’indépendance est-il le Cavaliere québécois ?

Des observateurs et des partisans osent le parallèle. Marc-François Bernier, lui, trouve le rapprochement mal choisi. S’il faut vraiment comparer un magnat des médias à un autre, dit spécialiste de l’éthique du journalisme, aussi bien choisir Rupert Murdoch, dirigeant de News Corporation, un des plus grands groupes médiatiques du monde.

« Berlusconi, c’est un drôle de numéro, explique le professeur de l’université d’Ottawa. S’il y en a un qui ressemble à Pierre Karl Péladeau, c’est plus Murdoch. Lui aussi est libertarien. Lui aussi s’est retiré des conseils de presse, en Australie et en Angleterre. Lui aussi a acheté des chaînes de télé importantes et concentré ses médias. Mis à part le scandale des écoutes téléphoniques que nous n’avons pas ici, c’est le baron des médias qui ressemble le plus à M. Péladeau. »

Des exemples

Surtout, les deux patrons de presse présentent un défi de taille pour leurs sociétés, dans le cas de M. Murdoch, son Australie natale, mais aussi les États-Unis et la Grande-Bretagne où s’activent ses entreprises. L’information, c’est du pouvoir. En contrôlant d’énormes machines d’information, les industriels des communications concentrent beaucoup de pouvoir.

Un exemple ? Le professeur cite le débat sur les accommodements raisonnables qui a en quelque sorte engendré la proposition de charte de la laïcité. Le sujet devrait avoir son importance dans la présente campagne électorale. « Ce débat a été cadré, mis en scène par les médias de Québecor il y a plusieurs années, rappelle le professeur de communication. Souvent, des cas montés en épingle et un peu déformés. Ce cadrage fait que le débat porte sur tels enjeux plutôt que d’autres et qu’on en parle de telle façon plutôt qu’une autre. Ça laisse des traces. Ça fait partie du pouvoir médiatique. »

Un autre exemple alors ? Parlons notoriété de M. Péladeau lui-même. « Son entrée en politique est fracassante parce qu’il a une grande réputation maintenant au Québec, observe le professeur Bernier. Et cette grande réputation, très positive dans bien des cas, on ne va pas se le cacher, elle est due à la couverture très, très favorable à laquelle il a eu droit de la part de tous les médias de Québecor depuis au moins dix ans. Aussitôt qu’il faisait la moindre sortie publique, la moindre conférence, la moindre randonnée de vélo, il avait toujours une couverture favorable dans les médias de Québecor. Alors, c’est évident, il s’est créé une grande notoriété. Et maintenant, il la met au service d’une formation politique. »

Power et le pouvoir

Osons un rapprochement de circonstance. Les journaux de Gesca ont publié des dizaines et des dizaines de textes hagiographiques sur leur propriétaire Paul Desmarais, de Power Corporation, à sa mort, en octobre 2013. Les médias de Québecor, eux, encensent sans cesse leur patron et son power couple depuis son arrivée en poste.

« Cette notoriété n’est pas un hasard, poursuit le professeur, qui ne propose pas lui-même ce parallèle entre les deux empires de presse et leurs patrons respectifs. Quand les dirigeants de Québecor nous disent qu’ils n’interviennent pas dans les salles de rédaction, ce n’est pas très crédible. On a des témoignages publics qui disent le contraire, même si c’est très, très risqué de dénoncer l’ingérence dans son travail pour un journaliste en fonction. J’ai moi-même réalisé des recherches qui disent le contraire. Il y a de l’intervention chez Québecor dans les salles de rédaction. »

Le professeur Bernier a pratiqué le journalisme pour une publication de l’empire, dans les années 1980. Spécialiste de la déontologie, il est le premier titulaire de la chaire de recherche en éthique du journalisme de l’Université d’Ottawa dont le mandat se termine dans quelques semaines.

« Ce qui arrive était un peu prévisible, poursuit-il, quand, au tournant du siècle, les observateurs disaient aux gouvernements de faire attention avec la concentration de la presse et la convergence. On leur répétait qu’ils allaient remettre un gros pouvoir dans quelques mains. Maintenant, on ne peut pas se surprendre de l’instrumentalisation et de la mobilisation de ressources médiatiques importantes pour défendre les intérêts de certaines personnes. »

La suite de l’article de M. Baillargeon sur le site web du quotidien Le Devoir au bout de ce lien.

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