Mutations, journalisme, superficialité et culte du divertissement

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du site web du quotidien Le Devoir

Par Fabien Deglise

C'est un truisme: la socialisation en réseau est en train de déplacer, retracer même, les contours des médias et le rapport des humains à la nouvelle et à l'information. Mais la mutation en cours est-elle vraiment profitable au journalisme et la circulation des idées? Pas toujours, si l'on se fie à cette analyse du Pew Research Center aux États-Unis qui constate que les transformations du paysage médiatique, induites par les réseaux sociaux, servent surtout les intérêts de la superficialité et d'une information versée dans le divertissement. Sale temps pour la profondeur, quoi.

Les chiffres ne trompent pas. L'information se partage beaucoup dans ces réseaux, chez 50 % des adeptes de ces mondes, dont 46 %, même, lisent et commentent les nouvelles. Mais leur rapport à l'information est souvent frivole. Preuve: lorsqu'un internaute arrive sur un site d'information en suivant un lien qu'il a trouvé sur Facebook, il reste sur cette page en moyenne 1 minute et 41 secondes, soit trois fois moins que les internautes qui arrivent directement et fidèlement sur la page du même site d'information. L'abonné d'un réseau social y consultera également moins de pages et reviendra moins souvent. C'est ce qu'on appelle butiner des contenus à l'ère du 2.0.

Face à l'hyperconnexion et l'infobésité, plus le temps de prendre le temps donc. Conséquence: les contenus qui attirent sont surtout faciles à consommer et relèvent du monde du divertissement, catégorie qui arrive au sommet de la liste des thèmes qui font le plus cliquer dans les univers numériques, constate le Pew. Cela représente 73 % des sujets recherchés par les abonnés de Facebook, suivis de près par les gens et les événements de son milieu communautaire (65 %), les sports (57 %), la politique locale ou nationale (55 %) et les faits divers (51 %). Économie, science, technologie et nouvelles internationales ferment la marche avec un intérêt affiché par 31 % à 39 % des abonnés au réseau.

On le sait: un meilleur accès à l'information, une diversification des portes pour y accéder, dans une logique de partage et de recommandation, fait forcément avancer le monde des idées, celui du journalisme et de l'information. Aux États-Unis, 5000 emplois dans le monde du journalisme numérique sont d'ailleurs liés à la mutation, estime le Pew. Mais dans quelle direction amènent-ils la profession? Là, est la question!

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