MÉDIAS ET SECRET DÉFENSE : PETITES FUITES ET GRANDES OREILLES

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré de Journaleuse.com, le blogue de Margaux Duquesne

Ils ont eu à enquêter sur des affaires classées secret défense. Ils sont souvent l’objet de surveillance des services secrets français. Quelques signatures du journalisme d’investigation ont accepté de réfléchir à leur métier. En France, secret défense, secret des sources et liberté de la presse ne sont pas toujours compatibles. Les journalistes se fixent eux-mêmes leurs propres limites face à une raison d’État qui s’étend parfois au-delà de ses premières prérogatives. Décryptage.

Le 6 janvier dernier, l’ancien journaliste spécialisé dans le renseignement, Guillaume Dasquié, bénéficiait d’un non-lieu dans une enquête pour violation du secret défense qui courrait depuis 2007, date de son placement en garde à vue : pendant quarante-deux heures, les enquêteurs ont essayé de lui soutirer le nom de sa source à la DGSE qui l’avait informé dans le cadre de son article titré « 11-Septembre 2001, les Français en savaient long », paru dans Le Monde le 17 avril 2007. Pour son enquête, Dasquié s’appuyait notamment sur des documents classés « confidentiel-défense », le niveau le plus bas dans l’échelle de classification.

De son côté, l’histoire dite des « fadettes » a aussi eu son dénouement juridique dernièrement. En juillet 2010, Bernard Squarcini, ancien directeur de la DCRI, a fait réquisitionner les fadettes (relevé des appels téléphoniques) de Gérard Davet, journaliste au Monde. L’objectif : découvrir ses sources dans l’affaire Bettencourt, sur laquelle travaillait le journaliste, à l’époque. Le 18 février dernier, une peine d’amende de 5000 sera requise contre lui par le tribunal correctionnel de Paris.

Quelques jours plus tôt, s’est tenu un procès qui fera probablement jurisprudence : trois journalistes (Christophe Labbé, Olivia Recasens du Point, et Didier Hassoux du Canard Enchainé) ont comparu le 3 février dernier devant la 17ème chambre du tribunal de grande instance de Paris pour avoir révélé dans le livre L’espion du président, portant sur Bernard Squarcini et ses réseaux, les noms de cinq agents de la DCRI. Était-il indispensable de livrer l’identité réelle de ces agents du renseignement pour dénoncer des dérives ? Les journalistes, qui risquaient cinq ans de prison et 75 000 d’amende, ont finalement été relaxés dans un jugement du 18 mars dernier. Le tribunal correctionnel de Paris a estimé que la loi n’était pas suffisamment précise quant à la définition des services spécialisés de renseignement. Le ministère public a décidé de faire appel.

Trois affaires, avec des problématiques différentes mais qui couvrent pourtant les mêmes thèmes : journalisme et raison d’état. Comment enquêter sur des dossiers liés au monde du renseignement ? Sur quoi repose la légitimité du secret défense et que couvre ce dernier exactement ? Autant de questions auxquelles ont accepté de répondre les journalistes Guillaume Dasquié, Jacques Follorou et Gérard Davet (du journal Le Monde) ainsi que l’ancien « grand flic » de l’antigang Jacques Nain auteur de deux ouvrages : Secret défense : la protection de la raison d’État et Chronique des écoutes : petites et grandes oreilles de l’État.

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