Le paradigme de Dante : Photojournalisme et bédéreportage : la bataille des représentations

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du quotidien Le Devoir

Par Stéphane Baillargeon

Le Devoir a diffusé (il y a peu) une photo effroyable relayée par l’Agence France-Presse (AFP) montrant des militants de l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL) exécutant des membres des forces de sécurité irakiennes faits prisonniers dans la province de Salaheddin. Des hommes armés devant une fosse remplie d’autres hommes mains liées, la face contre le sable ensanglanté. La légende ne donnait aucune autre explication.

Dans le blogue Making-of, sur les coulisses de l’info, l’AFP s’est demandé s’il fallait montrer ces visions infernales qui relèvent clairement de la propagande extrémiste. « Pour l’AFP, la réponse est oui, écrit Roland de Courson. Mais pas sans prendre les plus extrêmes précautions pour s’assurer qu’elles n’ont pas été truquées, et éliminer celles qui relèvent uniquement de la violence gratuite, sans valeur informative. »

Est-ce vraiment la bonne réponse à la bonne question ? La professeure Catherine Saouter de l’UQAM, spécialiste des images de guerre, pense que non. Pour elle, il faut oser aller plus loin en se demandant à quoi sert encore la photo, et en particulier la photo de presse, dans un monde saturé d’images, violentes ou pas d’ailleurs. Elle pousse même l’audace jusqu’à penser que, de nos jours, dans notre univers gavé de clichés, le dessin, le bon vieux dessin, offre plus que jamais une solution de rechange intéressante pour témoigner du réel.

« Ce blogue de l’AFP est très bien fait, très rigoureux, et il n’y a rien à redire de ce point de vue, dit-elle en entrevue téléphonique. Mais d’une certaine façon, j’ai très envie de dire que ce problème est dépassé. Il est dépassé par un phénomène qui émerge du journalisme, un phénomène extraordinaire qui est très révélateur, très symptomatique du problème soulevé dans le blogue. Je veux parler de la remontée du dessin dans les pratiques journalistiques. On voit même qu’une concurrence tout à fait étonnante émerge entre le dessin consacré à l’information et la photographie de reportage telle qu’on la connaît. »

La revanche du dessin

Mme Saouter s’intéresse à cette renaissance depuis plusieurs années. Elle arrive d’un colloque sur le journalisme et la littérature, organisé à Metz, en France, où elle a encore parlé dessin documentaire. Elle cite des exemples récents au Québec, l’album Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle ou le bédéreportage publié à l’occasion du 70e anniversaire du massacre d’Oradour-sur-Glane dans La Presse.

La tendance a son livre fondateur, Maus (1986 et 1991) d’Art Spiegelman, pas vraiment du journalisme, plutôt la transposition dans un univers animalier du récit du père de l’artiste racontant la persécution des juifs d’Europe et la Shoah. On peut ajouter le cas précédent du caricaturiste britannique Gerald Scarfe, caricaturiste du Sunday Times, créateur des scènes animées du film de Pink Floyd The Wall, envoyé en reportage dessiné pendant la guerre du Vietnam. Il faut aussi citer les artistes de guerre qui accompagnent depuis des décennies les armées occidentales, y compris celle du Canada.

« Petit à petit, il se produit de plus en plus de reportages dessins et, depuis cinq ou six ans c’est l’explosion », dit Mme Saouter en citant deux stars du milieu.

La suite de cet article de Stéphane Baillargeon sur le site web du quotidien Le Devoir au bout de ce lien.

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