L'ultra-convergence ou l'information en déroute

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du Huffington Post

Par Jacques Létourneau, Président, Confédération des syndicats nationaux (CSN)

Ce n'est pas d'hier que les mutations dans l'univers médiatique québécois et canadien nous inquiètent. À chaque transformation dictée par des décisions d'affaires ou idéologiques, comme on le voit avec les coupes à répétition des conservateurs à Radio-Canada, c'est la démocratie que l'on pèle peu à peu. Et le problème, il est là, entier : les médias sont sous la férule d'un cercle toujours plus restreint d'hommes d'affaires et de certains politiciens qui les gèrent comme s'ils produisaient n'importe quels biens de consommation, avec les mêmes impératifs financiers ou budgétaires. Mais l'information, ce n'est pas une marchandise et elle ne doit pas être soumise aux mêmes exigences de « production ».

Cette concentration et cette convergence de la presse, bien réelles, sont des contributeurs de l'affaiblissement de notre démocratie. L'alarme a été sonnée à plusieurs reprises par des intervenants des médias et des témoins de ces changements, dont la CSN, la Fédération nationale des communications et ses syndicats œuvrant dans ce secteur ainsi que par des gens des régions inquiets de la situation et des annonces. Ils ont à plusieurs reprises exprimé leurs craintes devant ces bouleversements qui ne sont certainement pas liés qu'aux changements technologiques.

Comme nous, d'autres aussi ont plaidé pour une plus grande liberté de presse, comme la Fédération professionnelle des journalistes du Québec. Des voix se sont élevées pour dénoncer ces transformations guidées par de stricts intérêts financiers. En 2010, le rapport Payette avait fait état de la concentration de la presse et de ses effets sur l'information dans les régions. Il a été tabletté depuis.

Des luttes syndicales

Des travailleuses et des travailleurs de l'information ont aussi lutté pour protéger les conditions d'exercice de leur profession, et leurs emplois aussi. Au cours des 12 dernières années, le milieu des communications a été considérablement malmené par des conflits de travail, tous des lock-out : à Radio-Nord, en Abitibi ; à Radio-Canada, à deux reprises ; au Journal de Québec et au Journal de Montréal, où la convergence et les clauses professionnelles ont été au cœur des luttes.

Les syndicats des quotidiens de Gesca ont aussi connu des négociations difficiles, ces dernières années, qui ont conduit à des réductions du nombre d'artisans de l'information.

Les pressions de la convergence

Dans Journalistes, au pays de la convergence : sérénité, malaise et détresse dans la profession, le professeur Marc-François Bernier, de la Chaire de recherche en éthique du journalisme de l'Université d'Ottawa, a écrit en 2008 : « La convergence des médias d'information pèse lourd sur les épaules des journalistes du Québec, qui n'ont pas toujours l'autonomie qu'il faut pour résister aux commandes de leurs supérieurs, et cela est encore plus vrai pour les journalistes de Quebecor. » C'était avant le lock-out au Journal de Montréal, qui a créé une vaste salle de nouvelles avec l'agence QMI, qui se déploie maintenant dans tout le conglomérat..

Les dégâts dans les régions

Où en sommes-nous aujourd'hui ? Radio-Canada supprimera 657 autres postes d'ici deux ans ; La Presse abandonnera son édition papier et annonce son intention d'intégrer les sept quotidiens régionaux à La Presse + ; la vente des 74 hebdomadaires de Quebecor à Transcontinental pourrait entraîner la disparition de plusieurs d'entre eux ; la situation financière difficile du quotidien Le Devoir l'incite à développer davantage sa plateforme numérique ; la Presse canadienne, subissant les contrecoups de ses sociétaires, n'a d'autres choix que de réduire ses effectifs. Dans ce contexte, les journalistes indépendants peuvent-ils espérer sortir de la précarité ?

La disparition graduelle des journaux papiers est une autre entaille à la démocratie. Peut-on affirmer que le droit du public à l'information, notamment dans les régions, tiendrait strictement à l'accès à l'Internet ? Ou à l'achat d'une, voire deux tablettes électroniques par famille ? Bien sûr que non !

La suite de cette prise de position de M. Létourneau sur le site du Huffington Post au bout de ce lien.

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