L’intégrité : la plus haute exigence

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du site web ethique.net

Par René Villemure, éthicien

En 2014, dans un monde où la méfiance remplace la confiance, où les amis espionnent leurs amis, et où les élections sont vues comme étant des « concours de beauté » ou de marketing, il existe l’obligation de constater que notre société semble idéologiquement et politiquement fatiguée. Les idéaux sociaux semblent être remplacés par les intérêts de quelques-uns.

Devant une telle fatigue idéologique, plusieurs perçoivent l’intégrité comme étant un antidote magique. Au même moment, l’intégrité semble largement mal comprise par plusieurs lorsqu’elle n’est pas réduite à sa version light ou de vitrine. Ou pire encore, lorsqu’elle n’est pas complètement vidée de son sens. « Il me semble que le concept d’intégrité manque de chair ». Ainsi, cette phrase d’un ami suggère la pertinence de nettoyer ce concept alors qu’un autre proche réplique que « le problème avec l’intégrité c’est sa haute exigence »…

Trêve de plaisanterie, on doit reconnaître que même si on convient unanimement que l’intégrité est fondamentale à la vie en société, l’utilisation du terme qui en découle est souvent abusive. De l’intégrité des données - pour dire leur fiabilité - à l’intégrité d’un projet - pour en dire l’intégralité ou l’ensemble - il y a un monde. Un monde où on ne fait pas référence à l’idée réelle ou au sens du terme intégrité. Un monde duquel on évacue le contenu éthique ou moral de l’intégrité, alors qu’il conviendrait plutôt d’affirmer haut et fort que, sur le plan de l’éthique, l’intégrité n’est pas une idée neutre ou sans exigences.

Plusieurs dirigeants et gouvernants proclament leur désir d’intégrité sans pour autant être prêts à en assumer les exigences qui lui sont inhérentes. Il existe tout un écart entre le désir d’intégrité et l’intégrité, entre contempler l’étoile et y toucher (desiderare). L’intégrité, comme toute valeur, est un choix. Le choix de l’intégrité signifie que dans les décisions difficiles, alors que tout est incertain, certaines options valent tout de même mieux que d’autres. Le décideur intègre doit donc impérativement agir sans compromis.

En peu de mots, l’intégrité, du latin integra, signifie entier. L’intégrité consiste à agir sans compromis en toutes circonstances. L’intégrité ne saurait souffrir d’aucune atténuation; il n’existe pas de niveaux d’intégrité.

Selon le dictionnaire Oxford Companion to Philosophy, « L’intégrité est la valeur que l’on prête à une personne sur laquelle on peut toujours compter en cas de difficulté». L’intégrité suppose qu’une personne s’en prévalant fera toujours passer l’entente entre les parties avant son intérêt personnel. L’intégrité exclut la trahison, le conflit d’intérêt, le mensonge ou la manipulation.

L’intégrité est un concept exigeant qui impose de toujours considérer l’intérêt de l’autre. Comme pour toute valeur, il faut éviter tant l’excès que le manque, tant le trop d’intégrité représenté par l’intégrisme que le trop peu d’intégrité symbolisé par la faiblesse morale.

Ayant au préalable réfléchi aux exigences de cette valeur, et afin de déterminer sa conduite, la personne intègre ne sera pas en perpétuel questionnement. Lorsque bien comprise, l’intégrité lui simplifie les choix, donc la vie.

L’application d’un concept tel que celui de l’intégrité impose sa compréhension, i.e. la capacité d’en saisir l’ensemble. Dans un monde qui communique de plus en plus souvent à coup de slogans et de message de 140 caractères, il est essentiel de prendre du recul. Essentiel de réfléchir aux conséquences malheureuses et aux dommages prévisibles de l’utilisation du terme intégrité sans en comprendre le sens.

Si on parle d’intégrité pour ne rien dire ou pour « faire joli », mieux vaut ne pas en parler. Ainsi, le dommage en sera diminué.

L’intégrité, c’est agir sans compromis.

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L’intégrité engendre la crédibilité

- Wayne Cheng

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