IRAN : LA LIBERTÉ D’INFORMATION TOUJOURS BAFOUÉE, UN AN APRÉS L’ÉLECTION DE HASSAN ROHANI

(Les textes que je publie dans cette revue de presse sont des références. Il ne faut pas les interpréter comme des opinions personnelles. Pierre Tourangeau)

Tiré du site web de Reporters sans frontières - RSF

Un an après l’élection de Hassan Rohani à la présidence de la République islamique d’Iran, RSF dénonce l’absence d’avancées pour la liberté de l’information et la situation inacceptable des journalistes et net-citoyens incarcérés.

C’est un bien triste anniversaire. Un an après l’arrivée du conservateur modéré Hassan Rohani à la présidence de la République islamique d’Iran le 14 juin 2013, Reporters sans frontières exprime sa profonde préoccupation concernant la situation de la liberté d’information et le sort des journalistes et net-citoyens en Iran.

Dans un communiqué de presse publié le 18 juin 2013, Reporters sans frontières avait exprimé son espoir de voir la libération de journalistes et net-citoyens alors emprisonnés. “Dans vos promesses de campagne, vous avez plusieurs fois mentionné vouloir oeuvrer en faveur de la liberté d’expression et de la presse, pour la libération de tous les prisonniers politiques. Ces engagements forts ont poussé les progressistes iraniens, notamment les jeunes et les femmes, à massivement voter pour vous. Il est aujourd’hui de votre responsabilité de les mettre en œuvre, et de faire en sorte que ces promesses ne restent pas des paroles vides de sens et réalité”.

Un an après, Reporters sans frontières dresse - avec tristesse et consternation - le même constat que celui effectué en novembre 2013 à l’occasion des 100 jours de présidence de Hassan Rohani : aucune avancée significative pour la liberté de l’information n’est à noter.

Avec ses 58 journalistes et net-citoyens emprisonnés, l’Iran est toujours l’une des cinq plus grandes prisons du monde pour les professionnels de l’information. 25 d’entre eux ont été arrêtés depuis le 24 juin 2013. Pendant cette année, 14 médias ont également été suspendus provisoirement ou définitivement par les autorités. Une vague d’arrestations qui fait suite à celle enclenchée il y a cinq ans au lendemain de la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad et de la répression des mouvements populaires. On peut citer notamment les cas de Kivan Samimi Behbani, Ahmad Zeydabadi, Bahaman Ahamadi Amoee, Masoud Bastani, Said Matinpour, Mehdi Mahmudian, Heshmatollah Tabarzadi, Mohammad Davari, Sakhi Righi, Hossein Ronaghi Malki, tous arrêtés en 2009 et condamnés à de lourdes peines de prison allant de six à vingt ans de prison ferme.

“La liberté d’information ne sera pas garantie en Iran tant que les autorités continueront d’incarcérer systématiquement les journalistes et net-citoyens. Le pouvoir judiciaire - sous les ordres du Guide suprême Ali Khamenei - a accentué ses offensives contre la liberté de l’information. En un an, plus de cinquante professionnels de l’information ont eu affaire à la justice. Ces intimidations judiciaires sont venues s’ajouter aux pressions financières et administratives que subissent les médias indépendants et d’opposition,” déclare Réza Moïni, responsable du bureau Iran-Afghanistan de Reporters sans frontières. “Garant de la Constitution, le président Hassan Rohani est responsable de son application. S’il est contre la répression, il lui revient de mettre un terme à ces pratiques inconstitutionnelles.”

Harcèlements en série

Saba Azarpeyk, journaliste du mensuel Téjarat-é-Farda et du quotidien Etemad, a été arrêtée le 28 mai 2014. On ignore toujours les motifs de son arrestation et le lieu de sa détention.

Saraj Mirdamadi, collaborateur de plusieurs médias et notamment du quotidien Hayat-é-No (suspendu en janvier 2003) et de la radio Zamaneh (basée aux Pays Bas), arrêté le 10 mai 2014, est illégalement gardé en prison sous la pression des Gardiens de la révolution.

Narges Mohammadi, journaliste et porte-parole du Centre des défenseurs des droits de l’homme, qui avait bénéficié, le 31 juillet 2012, d’une permission de sortie de prison pour traitement médical, après le versement d’une caution de 600 millions de tomans (environ 480 000 euros), a été de nouveau convoquée le 1er juin 2014 par le parquet qui siége dans la prison d’Evin. A la fin de son interrogatoire, elle a été informée de son interdiction de quitter l’Iran. Elle avait déjà été arrêtée le 21 avril 2012 dans la ville de Zanjan (nord du pays) avant d’être transférée à la prison d’Evin à Téhéran.

Mahnaz Mohammadi, journaliste documentariste, a été renvoyée en prison (Evin), le 7 juin 2014, pour purger une peine de cinq ans de détention ferme. Peine prononcée à l’issue d’un procès inéquitable. Malade, elle doit être placée sous la surveillance médicale. Le 16 juin 2014, à l’initiative de la Société française des réalisateurs de films, une pétition a été lancée en faveur de sa libération. Costa-Gavras, Bertrand Tavernier et le président du festival de Cannes, Gilles Jacob, comptent parmi les 500 premiers signataires.

Ces quatre journalistes constituent des exemples parfaits de l’injustice et du harcèlement dont sont quotidiennement victimes les journalistes et net-citoyens de la part du système judiciaire et des différents services de renseignements.

L’Iran, l’un des pays les plus répressifs au monde en matière de liberté de l’information, occupe la 173e place sur 180 pays, du Classement mondial 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

Voir aussi l’article intitulé RÉCIT DE LA RÉPRESSION CONTRE LA LIBERTÉ D’INFORMATION EN IRAN DEPUIS LE 1ER JANVIER 2014 sur le site de Reporters sans frontières au bout de ce lien.

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